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Ii - Le continent européen en apprentissage de sa servitude

LA CLASSE DIRIGEANTE DES ETATS-VASSAUX

Quatre lettres ouvertes à M. Jacques Myard, Député de la nation, Président du Cercle Nation et République

Introduction

Il suffirait à une poignée d'hommes politiques européens de quelques mots bien assénés pour renseigner le suffrage universel du Vieux Continent des raisons simples et évidentes pour lesquelles l'empire américain tente de dresser le Vieux Monde contre la patrie de Tolstoï et de Dostoïevski.

Voici les clés de cette énigme: sept nations se trouvent officiellement détentrices de la foudre nucléaire, les Etats-Unis, la France, l'Angleterre, la Russie, la Chine, l'Inde et le Pakistan. Mais il ne suffit pas de disposer de l'arme apocalyptique pour exercer une hégémonie de type biblique. La Chine court en tête des nations proches d'insuffler à la terreur une âme économique, l'Inde suit Pékin avec un retard de quelques enjambées - mais l'essentiel est de se trouver sur la piste d'envol. Deux Etats, l'Angleterre et la France, ayant perdu leur empire colonial, se sont retirées de l'arène où d'autres puissances jouent au pilotage du globe terrestre. Le Pakistan, géant prématuré, piétine sur le seuil dans l'attente d'une audience internationale qui répondrait à sa fierté de détenir une arme inutilisable.

Mais seule la Russie avance résolument sur la voie appienne des armes para-nucléaires de demain. La progression technologique de l'ex-empire des Tsars repose sur le perfectionnement à l'infini de l'armement classique. A l'heure de l'informatique et des logiciels, un Etat inventif prend rapidement une avance et qui condamne le sceptre nucléaire à un rapide vieillissement de son arsenal et de ses canonnades.

D'ores et déjà, l'issue de cette confrontation ne fait plus de doute. La puissance militaire mondiale des Etats-Unis repose sur un adage vieux de deux millénaires, selon lequel la domination des mers serait la clé de la suprématie invincible d'une nation sur toutes ses consœurs. Cette fixation des esprits sur l'hégémonie navale d'autrefois est décédée dans les dernières années du XXe siècle, quand les monstres d'acier à propulsion nucléaire qui avaient succédé aux caravelles de Charles Quint ou de Guillaume le Conquérant sont devenues pulvérisables en haute mer et à des milliers de kilomètres des côtes du viseur qui les prend pour cibles: des missiles tirés du rivage et enfouis à cinquante mètres sous la terre ne laissent aucune chance de surnager aux tortues porteuses d'aéronefs sur leur carapace d'acier.

L'avance technologique des armes téléguidées de la Russie et sa maîtrise des missiles miniaturisés ont convaincu l'empire américain d'achever en toute hâte la vassalisation économique et militaire du Vieux Monde et de tenter de lancer précipitamment le continent de Copernic à l'assaut, par procuration, de l'ex-empire des Tsars. Une telle stratégie n'est évidemment possible qu'en raison de la sous-information et de la pauvreté de la réflexion stratégique d'un continent fatigué et dont la connaissance de l'histoire et de la politique s'arrête aux portes de la science des armes modernes. Il faut avoir passé par Saint-Cyr ou par l'Ecole de guerre, comme le Général de Gaulle ou Jacques Chirac, pour porter sur les Etats et sur le cerveau de la classe dirigeante élue au suffrage universel un regard instruit à l'école des conquérants qui, depuis des siècles, ont démontré que la clé de la politique est dans la science de la guerre.

C'est pourquoi on voit des enfants de chœur comme Mme Merkel ou François Hollande monter sur la scène du monde en tenue de majordomes décorés d'un mythe de la Liberté écrit sous la dictée d'un maître.

Monsieur le Député,

1 - Le retard intellectuel des classes dirigeantes

A l'origine, le pouvoir populaire direct, donc encore petitement localisé, voyait les adultes de sexe masculin se rassembler plusieurs fois dans l'année et souvent en armes sur la place publique de leurs cités aux fins d'y trancher sans barguigner des affaires publiques à la majorité de mains levées. Mais sitôt que cette forme expéditive du gouvernement citadin s'est exercée sur un territoire relativement étendu et comportant plusieurs villes et de nombreux villages, la minusculité d'un pouvoir physiquement présent sur quelques lopins est évidemment devenue inapplicable aux casus belli les plus cruciaux.

De plus, Athènes a rapidement démontré l'incapacité naturelle des peuples de ce bas monde, tant citadins que ruraux, de diriger une nation à l'échelle du monde pourtant restreint et lent de leur époque et de mettre occasionnellement et pour quelques heures seulement le siècle de leur temps à l'écoute des enseignements simplistes et sporadiques de la vie champêtre. Périclès lui-même était rapidement devenu l'otage de la place publique où un pouvoir seulement corporel courait dans le vide et la bride sur le cou.

La désastreuse expédition de Sicile a tout de suite démontré aux chefs d'Etat que les démocraties à mi-temps ont besoin de sécréter une classe de transfuges permanents et qui mettront à quia la petitesse originelle des nations livrées à l'incompétence et à l'amateurisme populaires. Mais cette première élite d'une vie publique héritée du pouvoir de type corporel des origines ne saurait se montrer tout de suite suffisamment instruite et réfléchie pour élever aussi instantanément que spontanément une science de l'histoire au-dessus de la gestion des tracasseries de villages.

2 - Comment instruire des élites vouées à l'éphémère ?

Et pourtant, M. le Député, les démocraties devenues trans-municipales demeurent nécessairement condamnées à se nourrir leur vie durant de la fiction qui a donné naissance à leur vicariat originel, celui d'une collaboration censée étroite et naturelle entre les peuples et leurs dirigeants d'un moment, donc d'une interdépendance harmonieuse entre la tête microscopique et les jambes provisoires d'un seul et même corps électoral artificiellement unifié.

Mais alors, un pouvoir politique précaire, parce que soumis à des réélections rapprochées et livré à une autorité éphémère par nature et par définition ne présente-t-il que l'avantage indirect d'empêcher du moins qu'un abîme grandissant ne s'ouvre entre le peuple et ses dirigeants d'un moment, mais seulement, hélas, faute qu'une classe dirigeante d'un grand génie trouve le temps de s'éduquer? Car la brièveté du pouvoir le prive du socle de toute légitimité solide. Si Néron avait dû demander tous les trois ou quatre ans aux Romains : "Voulez-vous continuer avec moi?", il n'y aurait plus de tyrannie, mais plus de légitimité réelle non plus, tellement l'autorité véritable se fondera toujours sur la durée dans l'esprit du genre humain.

C'est pourquoi l'inaptitude des classes dirigeantes rudimentaires des démocraties modernes à conquérir rapidement la hauteur de vues et les savoirs nécessaires à leur fonction et à leur vocation s'est inévitablement révélée aux premiers anthropologues de la politique, ce qui n'a cessé de poser aux cités la question la plus fondamentale de toutes, celle à laquelle l'audace de votre initiative a donné une acuité appelée à révéler rapidement sa portée internationale.

Car le spectacle de la médiocrité des élites dirigeantes élues par un peuple encore sous-informé de la nature de l'échiquier du monde a bien vite débarqué dans l'histoire tragique et sanglante des démocraties modernes: souvenez-vous de la mise en scène atterrante du désarçonnement des Etats européens entre 1919 et 1940, à l'heure où il s'est révélé impossible d'instruire la caste inexpérimentée hissée au pouvoir par le peuple et de l'informer de la nature de l'alliance du socialisme messianisé classique avec le nationalisme spartiate du IIIe Reich - puis, entre 1945 et 1989, quand les cerveaux dirigeants, donc censés pensants, n'ont pas réussi à conquérir une connaissance anthropologique de l'eschatologie politico-religieuse des marxistes et, en général, de la nature viscéralement onirique de l'encéphale des évadés de la zoologie.

M. le Député de l'intelligence de la France, cette question darwinienne aurait dû se poser aux sciences humaines dès le XVIIIe siècle, puisqu'elle résultait de l'avènement, deux millénaires auparavant, d'une mythologie du salut universel et de l'ubiquité d'une délivrance miraculée du genre humain. Ces phantasmes politiques avaient conduit le fabuleux chrétien non seulement à abolir purement et simplement la propriété privée, mais à la démence d'éradiquer de surcroît les neurones et les chromosomes qui pilotent le fantastique cérébral dont ce malheureux animal se trouve habité de naissance. Si vous ne faites pas débarquer une psychobiologie, même élémentaire, dans la politologie mondiale d'aujourd'hui, la connaissance du genre humain dont témoignera votre parti en demeurera au siècle de Voltaire, qui rêvait de remplacer le Dieu des marmites infernales par un Dieu de bonté.

3 - De la nature des grands Etats

De nos jours, l'alliance de principe de l'utopie politique des premiers chrétiens avec les restes de la mystique dialectisée de Karl Marx - ce pacte se fondait sur l'espérance du débarquement, supposé imminent, mais au forceps, d'un succédané plus satisfaisant que le précédent du royaume sanglant des cieux sur le globe terrestre - cette alliance cruelle et carnassière, dis-je, du paradis et de l'enfer a cessé de se révéler périlleuse, du moins dans l'immédiat, et n'appelle plus en rien le fervent apostolat d'une pensée rationnelle résolument d'avant-garde.

En revanche une anthropologie nouvelle est appelée à monter en première ligne: car il s'agit d'éduquer la prochaine élite politique de la démocratie mondiale, dont la pensée sera appelée à combattre une ignorance inconnue jusqu'à présent, celle dont souffrent désormais les Républiques fondées sur le dogme planétaire de l'infaillibilité d'un suffrage universel mystérieusement inspiré à sa propre écoute. A ce titre, cette autorité collective méconnaît les fondements tout humains des axiomes et des postulats réputés salvateurs qu'affiche la démocratie mondiale messianisée d'aujourd'hui. "Dieu" a passé la main: il a cessé de s'adresser seulement aux quelques chantres de sa grandeur qu'il était censé avoir triés sur le volet. Il y a gagné une audience nouvelle - celle des masses grisées par le mythe de la Liberté. Mais la passivité dévote des démocraties et leur docilité rivalisent désormais avec l'obédience religieuse des masses d'autrefois.

Cette ignorance des secrets anthropologiques de la piété est mal inspirée. Elle s'offrira demain à la pesée d'une France mieux informée des sommeils et des réveils ravageurs du sacré. Observez les paramètres de la pseudo réflexion contemporaine concernant les léthargies et les sursauts eschatologiques des empires démocratiques - car le monde moderne s'est construit sur le songe de l'indépendance innée et de la souveraineté naturelle des masses. Celles-ci sont censées donner un souffle politique bénéfique par définition à un suffrage universel rédempteur. Croyez-vous, M. le Député, que les "Républicains" pourront se permettre d'ignorer longtemps encore les entrailles et le cerveau du nouveau guide suprême du genre humain - ceux du dieu Liberté?

On a pu observer tout récemment le type d'ignorance finaliste et d'incompétence scolastique propres à toute la classe dirigeante européenne d'aujourd'hui: souvenez-vous du comportement d'enfant rusé de Mme Merkel face à un Vladimir Poutine sagement réaliste. Aussi longtemps qu'il aura suffi à la Chancelière de s'affairer autour d'une nation des lessives et des confitures et de bien gérer le ménage d'après guerre des Germains mis à la rude école d'un empire étranger et domestiqués pour longtemps, aussi longtemps, dis-je, que cette ménagère aura paru armée d'une connaissance suffisante des fourneaux et de la gastronomie réservées aux chefs des démocraties actuelles, elle a semblé faire l'affaire. Mais sitôt que la planète des décérébrés retrouvera son allure transculinaire, il apparaîtra que cette Egérie des marmites ne comprend goutte au train des Etats vivants et des empires en mouvement.

M. le Député, vous avez pris rendez-vous avec l'histoire réelle des Etats - mais c'est le monde entier qui attend une science anthropologique de la politique. Les "Républicains" sont-ils plus informés de la découverte de l'évolutionnisme en 1859 et de la psychanalyse en 1900 que les chrétiens du XVIIe siècle de l'astronomie de Copernic?

4 - Les Cathares du marxisme

G.K. Chesterton (1874-1936) prophétisait que le monde serait dirigé par des ménagères. C'est dans un esprit d'institutrice-modèle et d'élève compénétrée d'évangélisme scolaire que Mme Merkel a vivement reproché au successeur des Tsars d'avoir violé un ordre international censé immobilisé pour l'éternité, puisque le mur de Berlin était tombé sur le modèle de la chute des murs de Jéricho. La Chancelière se présente en pédagogue d'une démocratie mise à l'abri des enseignements de l'histoire réelle des Etats. C'est à ce titre, et à l'instar d'un Barack Obama, qu'elle affecte d'ignorer qu'un gouvernement russe digne de ce nom ne saurait renoncer à l'ambition de toutes les grandes nations de conquérir les frontières que requièrent l'étendue de leur territoire et la masse de leur population. On ne dirige pas davantage la Russie à l'échelle du Lichtenstein que la France à l'échelle du Montenegro. M. le Président du Cercle Nation et République, que pensez-vous de la postérité à donner au traité de Westphalie de 1648, qui avait interdit aux Etats civilisés de se mêler de la politique intérieure des autres Etats?

Quand bien même l'ex-empire des tsars aurait été vaincu en toute loyauté sur le champ de bataille, donc par la seule force du glaive d'un Alexandre invincible, aucun dirigeant russe d'envergure ne saurait délégitimer la vocation naturelle et propre à cette nation depuis plus de trois siècles de s'ouvrir - et l'épée à la main au besoin - le libre accès à la Mer Noire et à la Méditerranée. Tout chef d'Etat de ce pays qui renierait l'esprit de la politique de Pierre le grand et de la grande Catherine se verrait reprocher sa pleutrerie et n'éviterait le gibet qu'en raison de l'instauration, depuis 1996, d'un moratoire sur les exécutions en Russie.

M. le Député, quelles sont votre politique et votre pesée de l'avenir de la nation française? Quelle est votre philosophie des frontières? Près de trois cent soixante dix ans après le traité de Westphalie, laisserez-vous un empire étranger entraîner toute l'Europe dans le sillage de son messianisme anti-russe ou bien armerez-vous la géopolitique d'aujourd'hui d'une réflexion de fond sur le droit international actuel?

Car, comme il est rappelé plus haut, la Russie soviétique ne s'est pas effondrée à la suite d'une guerre perdue, mais seulement pour avoir assisté à la répétition générale d'un théâtre eschatologique atterrant. Qu'en est-il du grotesque planétaire d'un mythe démocratique dûment calqué sur celui du christianisme originel? Si la démence inouïe d'un messianisme politique avait tenté de remettre en marche l'épopée ahurissante des Cathares du XIIe siècle, dont la folie rêvait de convertir tout le genre humain au saint devoir de sauver le joyau de la chasteté jusque sur le lit conjugal, un péril politique de ce calibre aurait été rapidement circonscrit et efficacement combattu, tellement un programme de la rédemption fondé sur le dépérissement sacré et l'extinction sanctifiée du désir sexuel, donc sur une planification de l'extermination salvifique de l'espèce pécheresse ressortissait à une hérésie dont il était inutile de combattre la stupidité à l'école des bûchers de l'Inquisition: il n'est pas besoin d'une science anthropologique de la folie humaine pour savoir que ce genre de dérangement cérébral s'éteindra parmi les fuyards de leurs forêts par la simple contre-offensive de l'instinct de conservation de tous les êtres vivants.

5 - De l'utopie à la mystique

En revanche, la glorification religieuse de la pauvreté et le rêve ahurissant d'abolir la propriété privée ne sont pas seulement d'origine chrétienne: leur source s'est révélée d'ordre psychobiologique. De plus, ce songe ne s'est montré congénital à un évangélisme d'origine biologique qu'à partir de la tradition ascétique de la philosophie stoïcienne et en réaction à une dépravation universelle et pathologique des moeurs. Mais, au XIXe siècle, une mutation aussi soudaine que peu banale du modèle de production capitaliste a subitement ensauvagé ce système économique: il n'était pas prévisible que des mécaniques motorisées et automatisées se substitueraient soudainement à la lenteur et à la maladresse du travail individuel. Cette accélération abassourdissante et cette massification à la fois catastrophique et comique du labeur des masses ont enfanté un esclavage d'un type inconnu et incroyable, celui de la robotisation des travailleurs systématiquement mécanisés. Dès 1936, Charlie Chaplin filmera cette gigantesque galéjade dans Les Temps modernes.

De plus, la crédibilité de l'abolition - dans un bain de sang rédempteur - de l'instinct de propriété inscrit dans nos gènes depuis Cro-Magnon a pu se nourrir de la conversion de quatre-vingts pour cent de l'intelligentsia mondiale aux bienfaits d'une utopie politique. Mais jamais cette théologie pour asile d'aliénés n'aurait égaré le peuple le plus réaliste et le plus ancien de la terre, le peuple chinois, si la mécanisation effrénée des multitudes au profit d'un capitalisme d'esclavagistes n'avait pas présenté un péril plus réel pour la survie des fuyards du règne animal que le rêve d'enfermer une espèce sexuée dans la maison de fous de la chasteté universelle.

Quoi qu'il en soit, une politologie qui châtierait à jamais la Russie en raison du naufrage d'un délire politique tellement passager que le christianisme originel l'avait terrassé en une seule génération ressortit à une forme de démence collective fort significative de la carence intellectuelle et philosophique qui frappe aujourd'hui de plein fouet les élites dirigeantes de type démocratique. Car Mme Angela Merkel, j'y reviens, semble ignorer l'origine messianique d'une mythologie politique imposée de l'extérieur à l'Europe et au seul bénéfice d'un empire mondial du salut par la démocratie [Voir Introduction]. Or, l'expansion foudroyante du mythe de la Liberté politique s'est précisément construite sur la voracité du capitalisme messianisé, lequel s'était déchaîné à l'échelle du monde entier depuis le XIXe siècle.

L'idée de mettre la massue d'un maître de l'onirisme politique actuel entre les mains des vassaux de ce songe impérieux - et cela à seule fin de frapper la Russie à coups de gourdin - n'a d'autre finalité géopolitique que d'assurer la prospérité des marchés financiers ficelés à l'empire du dollar par les accords de Bretton Wood. C'est pourquoi la trique des sanctions économiques prises sous la férule d'un empire réputé rédempteur ont aussitôt fait progresser à tout vat les exportations de l'Amérique... en direction de la Russie.

M. le Député de la nation, serez-vous le déclencheur de l'Europe d'une lucidité triplice: religieuse, politique et militaire? Serez-vous l'éveilleur qui dira aux Français qu'il n'y a pas de politique internationale qui puisse passer au large d'une science historique experte à peser ensemble et sur la même balance le poids des armes et celui des songes.

6 - Psychobiologie de la vassalité parareligieuse

Que dit le baromètre de la sottise politique - celui qui indique la température des mondes imaginaires dont l'histoire de la planète se nourrit? Il faut expliciter les raisons psychobiologiques qui colloquent désormais le monde dans la postérité de l'évolutionnisme de Darwin et de l'inconscient de Freud. Car l'esclavage de type démocratique n'a pas livré les ultimes secrets de son Graal. Seule une décérébration brutale des élites et une infantilisation subite de toute la classe dirigeante européenne a pu engendrer une carence des cervelles perméables à ce type de domptage: la nouvelle épidémie de la folie sacrée est devenue celle de la chute précipitée des civilisations développées dans un type de puérilité spécifique et propre seulement à un mythe de la Liberté tombé dans la folie.

C'est cette puérilité politique qui a conduit Mme Merkel jusqu'à soumettre les services secrets de son propre pays à la surveillance et au contrôle d'un empire étranger - et cela au point de leur ordonner le plus naïvement du monde d'espionner Airbus au profit de son concurrent, le géant américain Boeing. Seule une candeur pathologique peut rendre crédible un angélisme de ce calibre. Admettez-vous, M. le Député, ou bien que Mme Merkel ne sait pas un traître mot de la politique internationale et de l'histoire réelle de ce bas monde et qu'elle est demeurée aussi étrangère à ce domaine que Mallarmé ou saint François d'Assise, ou bien pensez-vous qu'elle devrait passer aux assises?

Mais, encore une fois, où sont les psychiatres de la feinte innocence du mythe de la Liberté quand le vainqueur de 1945 en tient le sceptre d'une main ferme?

7 - Le cerveau actuel des dirigeants européens

Que la vassalisation cérébrale du monde d'aujourd'hui soit à l'école du mythe politique de la Liberté démocratique semble incroyable au premier abord; mais savez-vous que le Salvador s'est vu contraint de vendre trois cents tonnes d'or afin de payer une gigantesque amende que l'Amérique lui a infligée? Or, ce petit pays a été condamné précisément par le type de tribunaux qui permettra demain aux entreprises du Nouveau Monde de citer les Etats européens à comparaître, l'échine basse, devant des instances judiciaires composées de marchands américains. L'accusation dira que Paris, Londres ou Rome auront violé le saint principe de la liberté mondiale du commerce. On demandera aux malheureux Européens de ne s'opposer en rien à l'implantation vertueuse des entreprises d'outre Atlantique sur leur territoire ! La liberté démocratique est messianique ou n'est pas.

M. le Député, vos collègues de l'Assemblée nationale ont-ils pris conscience de ce qu'après soixante-dix ans de présence de ses légions sur notre continent, le Nouveau Monde ne lâchera pas prise de sitôt et que seule une longue guerre de reconquête des apanages politiques propres aux Etats souverains leur redonnera leur autorité et leur influence d'antan? Mais sans doute avez-vous compté sur vos doigts ceux de vos compagnons de route qui ont vraiment compris cette situation. Aurez-vous la force de prendre la tête d'une France et d'une Europe à dévassaliser à l'écoute des leçons d'une connaissance anthropologique de l'histoire du monde? Dans ce cas, vous n'aurez aucune chance d'y parvenir si notre politologie biphasée et nos sciences humaines schizoïdes demeuraient obsolètes en raison de leur méconnaissance de la nosologie qui a rendu onirique de naissance l' encéphale dichotomisé de notre espèce. La politique ne se laisse plus comprendre seulement à moitié : si l'on ne va pas au fond des choses, on reste dehors.

8 - Un animal masqué par son langage

J'insiste sur ce point décisif. Car le gouffre qui s'est ouvert sous les pas de la classe dirigeante de la démocratie mondiale est d'une nature fort différente de celui qui s'était ouvert sous l'agora au cinquième siècle avant notre ère: cette fois-ci, seule la connaissance des ressorts qui commandent l'évolution des neurones d'un animal encore suspendu entre ciel et terre pourra armer la classe dirigeante européenne de demain d'une connaissance anthropologique de son inconscient cérébral; et seule une science de l'imagination humaine permettra de déclencher le divorce progressif des élites d'avant-garde d'avec un corps électoral mal instruit de la nature des verdicts que prononce un suffrage universel mythifié à l'école de son propre langage et à l'écoute de sa propre voix.

Il serait stérilement piétinant, M. le Député, de constater seulement que l'homme n'est pas encore un transfuge parachevé du règne animal: car c'est de la spécificité auto-béatifiante de l'animalité humaine qu'il faut tenter de cerner le séraphisme. Or, cet angélisme est viscéral, et cela non point exclusivement parce qu'il porte toujours le masque d'un monde imaginaire, mais parce qu'il se révèle substantifié, si je puis dire, par la parole sacralisante des mythes collectifs. C'est le discours lui-même qui donne le change, c'est le discours lui-même qui métamorphose le réel à le transporter dans l'abstrait, c'est le discours lui-même qui chapeaute le monde et le couronne des guirlandes d'un vocabulaire pseudo ascensionnel. L'animalité humaine n'a pas d'équivalent dans le monde animal, parce que la domestication politique des peuples et des nations n'est pas un domptage de cirque, mais une tiare. La servitude des Etats européens n'est pas la vassalité des fauves terrifiés, mais celle d'une valetaille porteuse des pancartes de la vertu démocratique sur lesquelles leur maître a gravé le sceau de dela Liberté.

L'empire américain n'est pas encore identifié dans ses prérogatives pseudo sanctifiantes, celles d'un César salvifique, mais seulement au titre d'une dérive "unipolaire" marginale de la politique classique. On s'imagine que l'animalité proprement humaine ne serait pas psychobiologique par nature sous le prétexte qu'elle ne broie pas les malades et les vieillards sous ses crocs - tout au contraire, elle leur "assure une fin de vie dans la dignité et dans l'apaisement" - ceux d'un humanisme saintement démocratisé.

Quand, en 2013, le pape François mobilise un milliard et demi de catholiques contre la guerre en Syrie et, en 2015, la même multitude contre la pestifération de Vladimir Poutine, le devoir de la pensée rationnelle mondiale est de se dire que ce pape est un anthropologue à sa manière et qu'il a pris quelque avance dans la spectrographie des idéalités carnassières dont les fauves s'auréolent.

Que dit le Jésuite déguisé en Franciscain - ou l'inverse - qui dirige l'Eglise? Que l'homme est un sanctificateur voué à glorifier sa bestialité masquée et qui met ses mâchoires à l'écoute de l'ange de la Liberté qu'il est devenu à ses yeux. Cet animal-là "fait l'ange", disait Pascal; et c'est viscéralement qu'il rentre ses griffes pour jouer au séraphin. M. le Député, la semaine prochaine, je me demanderai si vous ne vous seriez pas avancé sur un champ de mines, celui d'une révolution parallèle des sciences humaines et du droit international.

Le 26 juin 2015

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr