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I - La Classe Dirigeante Des Etats-Vassaux

Quatre lettres ouvertes à M. Jacques Myard, Député de la nation, Président du Cercle Nation et République

I. Qu'est-ce qu'une nation ?

1 - Comment comprendre la France ?

M. le Député, permettez-moi de commencer la rédaction de ces lettres ouvertes à votre adresse par un appel respectueux à votre patriotisme: la nation de Descartes vous demande d'approfondir la portée proprement philosophique de votre vocation politique.

Qu'est-ce qu'un député de la nation, donc d'un peuple souverain? Il y a trois mois, votre initiative d'entraîner vaillamment jusqu'à Damas une délégation d'une quinzaine d'élus formés à l'école de votre courage, puis, plus récemment, votre vol intrépide jusqu'à Moscou, me semblent d'une signification politique à approfondir et à expliciter en long et en large, tellement votre action illustre l'embarras intellectuel compréhensible et l'ambition légitime des représentants les plus éclairés de la République, donc des plus inquiets. Car de nombreux députés s'interrogent, non sans désarroi, sur les responsabilités internationales réelles ou seulement formelles qu'il incombe à la classe dirigeante d'aujourd'hui d'exercer.

Quelle est la capacité des mandataires assermentés d'un peuple censé se piloter lui-même, de graver l'empreinte de sa réflexion sur la planète tout entière, et cela à l'heure tardive, où l'échiquier qu'on appelle le globe terrestre se place au cœur des politiques nationales? Vous avez soulevé la question de la nature et du poids des relations que les peuples proclamés les rois de la mappemonde depuis plus de deux siècles entretiennent réellement avec les phalanges sommitales du concept de démocratie, donc avec leurs guides, pilotes, conseillers, meneurs ou chefs de file.

2 - Quelle est l'armature cérébrale de la droite française ?

Le suffrage universel a-t-il jamais compté dans la conduite effective des Républiques? Qu'attendre de la compétence ou de l'incompétence des corps électoraux? Ne sont-ils pas demeurés poussifs et aveugles sur la scène de l'histoire universelle? Les obstacles pratiques que rencontre la sagesse si généreusement attribuée aux masses électorales depuis 1789 sont tellement nouveaux et focaux qu'une brève rétrospective de leurs avatars sur cet échiquier gigantesque est devenue nécessaire à une réflexion anthropologique de fond sur une histoire des démocraties dont les yeux se seraient dessillés et qui se fonderait sur une connaissance iconoclaste au besoin, de la psychobiologie des peuples de l'Antiquité à nos jours.

C'est dire que si votre parti, tout récemment rebaptisé "Les Républicains", ne se dotait pas de l'assiette d'une intelligence prospective de l'histoire du cerveau de la France et d'une interprétation résolument anthropologique du destin cérébral de notre nation sur la scène internationale, vous manqueriez d'un discours philosophique réellement heuristique et qui nous expliquerait clairement les relations ambigües, donc faussées, que l'Europe actuelle entretient avec la Russie et avec l'Amérique.

Il nous faut donc tenter de conquérir une connaissance rationnelle des vrais enjeux de la géopolitique de notre temps, donc nous armer d'une analyse des fondements psychogénétiques qui sous-tendent les empires d'un XXIe siècle redevenu parareligieux. Alors seulement, le parti des "Républicains" deviendrait, aux yeux des historiens de la vie mythologique des peuples, le premier parti qui aurait compris le véritable sens du mot République, c'est-à-dire de la double nature de la cuirasse cérébrale et du rêve que ce type d'Etat voudrait incarner.

3 - Une physique de l'esprit

Je m'explique: lorsque les rois de France ont tenté de faire valoir les droits concrets attachés aux Etats immergés dans le temporel, alors que le Vatican était tenu pour le seul garant des esprits célestifiés dès le berceau, les monarchies ne pouvaient se permettre de contester la légitimité absolue, donc exclusive, de l'interprétation cosmologique de l'univers que l'Eglise présentait depuis des siècles à un genre humain demeuré dans les langes. La conscience morale était encore viscéralement religieuse et seul le sacré portait la tiare d'une universalité légitimée. L'humanité tout entière se trouvait donc conduite d'une main ferme à goûter sur cette terre les prémices des bienfaits de l'immortalité future dont elle se couronnait d'avance.

Aussi l'Eglise se définissait-elle comme le corps physique - mais dûment substantifié à ce titre - d'un Christ dont l'incarnation présentait un sûr avant-goût des félicités posthumes que le Créateur réservait à notre espèce. Un homme-dieu marchait à grands pas dans l'histoire du monde, celle qui se révélait vérifiable la plume à la main. C'est pourquoi Louis XIV et Louis XV ont emprunté le seul chemin demeuré ouvert à une politique séculière, celle d'un gallicanisme rattaché à la théologie physiciste des chrétiens : les rois de France se trouveraient validés à leur tour par les enjambées du ciel de l'endroit, donc par la volonté expresse du géniteur du cosmos de guider sa créature parmi les récifs du temporel.

Il s'agissait donc seulement d'accorder entre elles deux sacralités concomitantes et proclamées étroitement solidaires. Aussi Bossuet prêchait-il que, depuis Clovis, la divinité avait prévu le règne de nos dynasties conjointes, complémentaires et qui se succèderaient selon un plan concerté du démiurge: il fallait veiller à la continuité effective et de génération en génération des rois numérisés de là-haut. L'Eglise, la royauté et toute la noblesse se partageaient le sang bleu et lisaient ensemble le livre de bord du fils de Dieu en personne.

4 - La politique du langage et la psychophysiologie de l'histoire du monde

Au G7 d'Elmau, la Chancelière Angela Merkel, fille d'un pasteur luthérien, avait tenté d'emprunter la voie du sacré chrétien le plus classique, celui dont elle était censée partager la stratégie avec le nouveau maître de la conscience universelle, le Président des Etats-Unis d'Amérique. Il était incontestable, disait-elle, que l'empire américain exerçait désormais une hégémonie spirituelle mondiale et que, par conséquent Washington fît légitimement régner son aristocratie parareligieuse sur toute la terre habitée - et cela au nom du salut planétarisé dont les grâces démocratiques allaient combler le monde moderne à perpétuité. Seul le mythe de la Liberté démocratique véhiculait la parole de l'éternité et le sceptre nouveau du salut et de la délivrance d'ici bas.

A ce titre, il était immanquable que le G7 fût réservé aux sept apôtres principaux de la démocratie mondiale des élus. La foi se trouvait unifiée à l'école d'une orthodoxie, et le cénacle des infaillibles vouait aux gémonies une Russie proclamée coupable d'une hérésie pécheresse, donc frappée d'une malédiction doctrinale évidente aux yeux du nouveau tribunal de Dieu. Moscou avait profané les saintes hosties d'une vérité évangélico-démocratique placée sous les ordres d'un Vatican plus inspiré d'en-haut que jamais - celui d'une Liberté désormais mise en scène par le seul mythe démocratique.

Dans ces conditions, comment défendre le gallicanisme européen, sinon par le biais de la validation du monopole de la théologie de la damnation et du rachat contemporains? Il fallait tenter de défendre les droits propres d'une nouvelle Rome, celle d'un univers placé à jamais sous la férule exclusive d'une démocratie mondialisée et s'efforcer de bâtir sur les cinq continents les Eglises d'un régime politique idéalisé, donc censé être devenu intemporel précisément à ce titre - donc assermenté pour la glorification de son concept. Mais comment faire régner cette hostie vocalisée au bénéfice solitaire de Washington? La Liberté démocratique serait déclarée commune à l'Europe et à l'Amérique. Du coup, le Beau, le Bien et le Juste reposeraient sur les fonts baptismaux de l'homme sacralisé à l'écoute des avocats de l'universaliuté de l'empire américain.

5 - Le roi et ses courtisans

Pourquoi le solipsisme démocratique était-il nécessairement voué à l'échec politique? Parce qu'il se révèlera bien incapable de jamais théologiser, donc de jamais cadenasser d'une orthodoxie définitive, une présence physique passagère, c'est-à-dire vassalisatrice par nature et par définition - et cela soixante-dix ans après 1945 - la présence, dis-je, de cinq cents bases militaires américaines armées jusqu'à la gueule sur tout le territoire de l'Europe. Le manichéisme d'un continent asservi à un maître étranger et réduit à tolérer l'implantation sur son sol d'un conquérant en armes ne répond que partiellement au modèle d'esclavage par la sanctification des esclaves dont Rome elle-même ne pouvait se réclamer que partiellement - le modèle de l'autorité qui permettait au Saint Siège de désigner solitairement ses serviteurs les plus expérimentés, donc ses hommes-liges les plus dévoués et de les placer souverainement à la tête de tous les diocèses du monde contrecarrait les rois du temporel.

L'Eglise régnait par l'interposition de son corps sacerdotal assermenté, qu'elle glissait ouvertement entre les souverains les plus puissants du temporel et leurs peuples convertis à les adorer dans l'humilité. L'Amérique, elle, n'a pas d'autre Eglise à mettre exclusivement à son service que celle de ses "jeunes chefs", dont elle introduit le coin en Europe; mais ce clergé demeure vacillant, parce qu'il est jugé traître aux patries et se démasque fatalement à ce titre.

Comment se donner des allures de maître de maison quand la presse peut écrire: "Le sommet du G7 avait à peine commencé que déjà Barack Obama livrait les grandes lignes du communiqué final. Il nous donnait le format réel du raout bavarois. Il passait du G7 au G1. Les six autres États ne bénéficiaient que de strapontins à la table du patron. Les six eurent droit à la même suffisance d'un golfeur parvenu à l'endroit de son caddy."

Comment jouer du moins les commensaux respectueux quand la presse peut écrire: "En 1975, Giscard d'Estaing concevait le G6 comme un espace de discussions franches, sans protocole et en toute décontraction. Avec la sortie de la Russie du G8, seule nation à s'opposer, le format a été réduit à celui du G1 avec six auditeurs attentifs. Nous ne sommes plus dans la discussion, mais dans la prise de notes sous la dictée d'Obama."

Comment ne pas se révéler seulement le majordome de la cérémonie quand la presse peut écrire: "Négligeant le tort causé par les sanctions à l'Europe, le président des USA, moderne docteur Diafoirus, a su rester ferme. Peu importe les conséquences des saignées ou des purges, celles-ci doivent être faites. Si l'Europe en crève, ce ne sera pas de la faute du médecin, mais de celle du manque de rigueur dans l'application des traitements. Les sanctions russes, c'est dur pour vous, mais c'est pour votre bien futur, et surtout pour le mien présent." (Ronald Zonca, La Russie et la triste farce des sanctions)

6 - L'Europe, la France et la raison politique mondiale

C'est sans seulement s'en douter que Mme Merkel s'est livrée à Elmau au jeu suicidaire de ce double attelage des esprits et des corps. Elle ne savait pas, semble-t-il, ce que tout le monde voyait clair comme le jour, à savoir que si elle feignait d'ignorer la présence perpétuelle de deux cents camps militaires américains armés jusqu'aux dents sur le territoire de son pays et si elle proclamait démocratique, donc séraphique, l'occupation militaire aussi résolue qu'inexorable de sa patrie, c'était seulement en vertu, si je puis dire, d'une soumission constitutionnalisée et qui ne saurait cacher éternellement son illégitimité viscérale sous le masque de l'évangélisme pseudo démocratique des modernes. Mettez le mythe de la Liberté entre les mains d'un maître, ce dernier ne se donnera jamais que des serviteurs de sa propre couronne.

C'est pourquoi, M. le Député, si votre parti perdait le courage d'observer la déchirure qui crève les yeux entre l'étoffe théologique de la sainteté démocratique, d'un côté et l'histoire du monde réel de l'autre, votre gallicanisme amputé de sa logique vous réduirait de force à assumer la contradiction radicale de légitimer la présence en Europe - et à titre perpétuel - de troupes américaines de Ramstein à Syracuse et de Naples au Kosovo. Mais vous ne parviendriez pas à faire triompher à l'école de son propre Verbe une stratégie de l'asservissement pseudo-démocratisé et en acier trempé - et cela, parce qu'il s'agit du même défaussement théologique, donc du même alibi de la piété qui permettait à Rome de valider son occupation du monde à titre constitutionnel. Comment légitimer par ce type de défaussement sacerdotal la présence physico-spirituelle d'une puissance étrangère dans notre jardin?

Vous savez que le traité de Lisbonne vous commandera fatalement et très bientôt de donner vigoureusement rendez-vous à la France souveraine et de l'apostropher en ces termes: "Qu'en est-il de la culpabilité de toute la classe politique européenne?" M. le député de la nation, c'est la crainte du futur verdict de la Haute Cour de Justice qui effraie d'ores et déjà, mais encore en secret, les dirigeants des platebandes de la gauche et de la droite françaises : la crainte, dis-je, de voir soulevée par un peuple proclamé souverain la question qui a conduit à la vassalisation subreptice de l'Europe et à la trahison de ses élites par le biais de ses Constitutions elles-mêmes - car seul ce coup de force a permis de violer l'âme et l'esprit de leur Constitution.

7 - Une solitude entre chien et loup

Mais, me direz-vous, depuis 1966, la France n'est plus occupée par les forces armées d'un empire étranger. Certes, elle a ratifié l'asservissement constitutionnel de toute l'Europe des nations à l'ange Gabriel de la démocratie mondiale, mais seulement sur le papier; car elle s'est bien gardée de s'appliquer physiquement ce garrot. La "spiritualité démocratique" de la France ne repose que sur le Verbe séraphique de la Liberté, et demeure toute sacramentelle. Il n'appartient qu'aux Etats immergés dans le temporel de se partager cinq cents bases bien réelles de l'étranger sur leur territoire.

M. le Député, ruez-vous dans la brèche immense ouverte entre le réel et le vaporeux, armez la République souveraine d'une critique du sacré de type démocratique - sinon, vous n'aurez pas de géopolitique des vassalisations auréolées par leur langage et vous n'accèderez pas à une connaissance pensante du fondement psychogénétique de la souveraineté des nations vaincues. Qu'en est-il du faux ciel des peuples terrassés par leurs idéalités?

Alors, le parti des "Républicains" et votre propre parti passeront seulement, aux yeux des historiens du cerveau des civilisations, pour un symbole du naufrage de la lucidité politique de toute l'Europe d'aujourd'hui. Evitez la pusillanimité intellectuelle des décadences. Si cette civilisation décérébrée devait son sauvetage politique au courage propre à la philosophie et à elle seule, donc au cerveau cartésien de la France, quel gage de notre résurrection que votre solitude de précurseur de la liberté d'un continent!

Vous savez, M. le Député, que la parole de vérité est rarement pesée sur la balance de la pensée, mais seulement déposée sur les plateaux de la politique. Il est donc nécessaire que l'homme d'action ait les coudées suffisamment franches pour se désengluer des soucis de carrière qui s'attachent à sa vocation propre, nécessaire, dis-je, qu'il consacre le temps indispensable à l'accomplissement de son vrai devoir, celui de peser le vrai et le faux à l'écoute des verdicts de la raison.

Vous avez atteint à la fois l'âge de la seule liberté souveraine, celle de la réflexion et celui de la maturité dans l'action. Celle-ci exige l'introduction, loin des feux dévorants de l'actualité, d'une véritable anthropologie critique - et cela aussi bien à l'usage de la science historique d'aujourd'hui qu'à celui de la géopolitique. Ce sera l'objet de ma lettre ouverte de la semaine prochaine.

Le 19 juin 2015

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