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Le Combat De La Raison 11 - L'abaissement des peuples

1 - Comment se fait-il...
2 - Une Iliade de la sottise

Comme nous avons grandi ! Nous sommes devenus des spectateurs de mèche avec l'irréfutable. Assis sur les gradins du monde, nous avons changé notre histoire en un vaste théâtre cérébral. Que pensons-nous de notre nouvel habitacle - un cosmos irrémédiablement déserté par le Dieu de nos pères? Mais, dans le même temps, nos ancêtres nous ont soudainement ratatinés! Le silence d'un espace vidé du géant qui l'habitait et le tragique d'une durée privée à jamais de son titanesque locataire ont fait de nous les interlocuteurs éberlués du grossissement de notre boîte osseuse.

D'ores et déjà, c'est à des citoyens d'une trempe nouvelle, c'est à des orphelins de leur face à face avec le sacré, c'est à des confesseurs décidés à nous ouvrir les yeux et les oreilles que nous devons le bénéfice d'un redressement de notre échine. Mais vous avez compris où je veux en venir; vous êtes nombreux à vous dire que vous n'êtes plus des enfants en bas âge et que les grandes affaires du monde vous regardent. Devenons des questionneurs impatients, trépignants et incommodes.

.Comment se fait-il que notre classe dirigeante ait tenté - et à notre insu - de mettre notre voisine, la Russie, au pain sec et à l'eau?

.Comment se fait-il qu'un sceptre étranger ait osé demander aux assermentés et mandataires de la souveraineté du peuple français de perpétuer à nos dépens un forfait diplomatique de ce calibre?

Comment se fait-il que les délégués de notre souveraineté aient pu ridiculiser à ce point l'autorité sur la scène internationale de tous les corps électoraux du Vieux Monde ?

Comment se fait-il que nos fondés de pouvoir et toute la phalange de nos exécutants soient tombés dans la honte et l'effronterie de défier notre souveraineté? C'est aux yeux du monde entier qu'ils ont subitement jeté aux orties les relations traditionnelles et multiséculaires que les nations civilisées entretiennent avec leurs us et coutumes et qui régissaient les relations de bon voisinage des Etats entre eux.

Comment se fait-il que la main de fer d'une puissance campée à cinq mille kilomètres de nos côtes ait fait plier l'échine et la fierté de tous les Etats souverains du Vieux Monde?

Comment se fait-il que des nations européennes d'une raideur digne de leur rang aient rompu leurs amarres et que leurs têtes chenues et leurs cheveux blancs aient si docilement consenti à une ignominie diplomatique - celle de mettre l'illustre nation de Tolstoï et de Dostoïevski au ban de l'économie mondiale?

Comment se fait-il qu'une chancellerie éloignée de mille deux cents lieues de nos rivages interdise subitement aux dignitaires de la France de livrer à la Russie deux navires de guerre commandés depuis des années à nos chantiers navals, alors que leur construction est achevée depuis des mois et que l'acheteur les a payés d'avance?

Comment se fait-il qu'on ne nous ait pas soufflé mot du statut réel d'une Europe monstrueusement vassalisée par un César étranger?

Comment se fait-il que ce maître aille jusqu'à se vanter de sa capacité de débarquer avec désinvolture en tous lieux sur notre astéroïde?

Comment se fait-il que le reste du monde se prosterne devant un prétendu ordonnateur du Bien et du Mal sur toute la terre habitée?

Comment se fait-il que les forces armées de vingt-huit nations du Vieux Continent, des plus grandes aux plus microscopiques, se trouvent placées - en temps de paix et à jamais, disent les traités que nos dirigeants corrompus ont signés - sous le commandement d'un képi débarqué en 1917 seulement sur le globe terrestre?

Comment se fait-il qu'aucun ennemi réel ne menace de près ou de loin un continent de mollusques apeurés et que nous nous livrions à des exercices militaires et à des manœuvres gesticulantes à seule fin de paraître conjurer un danger réel?

Comment se fait-il qu'un empereur éphémère plastronne sans déclencher nos rires à la tête d'une démocratie tombée de la dernière pluie?

Comment se fait-il que l'éphémère se soit incrusté pour l'éternité sur nos arpents sans que nous nous soyons esclaffés?

Comment se fait-il que soixante dix ans aient passé depuis la fin de la dernière guerre mondiale et que nos chefs d'Etat se prélassent encore entourés sur nos terres des garnisons étrangères de notre prétendu délivreur?

Comment se fait-il qu'un petit époumonné danois ou norvégien nous exhorte à prendre les armes contre la Russie?

Comment se fait-il que ces nains soient toujours désignés par notre maître de là-bas?

Comment se fait-il que notre presse et notre télévision d'esclaves ne nous parlent jamais du joug qui pèse sur nos épaules et qui s'alourdit jour après jour?

Comment se fait-il que notre citoyenneté ridiculisée par nos pitreries, se réduise à écouter les balivernes et les bavardages qui nous cachent l'état de notre plumage et de notre ramage?

Comment se fait-il que nos chenapans du rire ne prennent jamais pour cibles un demi-milliard de citoyens et de citoyennes européens passivement quadrillés, et à leurs frais, par cinq cents places fortes et garnisons américaines enracinées, l'arme au poing, à Mons, Ramstein, Bologne, Pise, Florence, Naples, Palerme et Syracuse - pour nous en tenir à notre continent seulement?

2 - Une Iliade de la sottise

En vérité, jamais encore de si maigres arbrisseaux n'avaient suffi à nous cacher la forêt. Mais comment nous y prendre pour attaquer une forteresse haute de tant d'étages, aux murs enfoncés à une si grande profondeur, aux remparts si proches des nues et vénérés depuis tant de générations? Nos pères, nos grands-pères et nos arrière-grands-parents ont vu le drapeau de l'étranger flotter sur tant de nos cités qu'il nous faut prendre la mesure de la rudesse de la guerre qui nous attend: jamais cinq cents bannières ne quitteront notre territoire par le seul effet de nos prières, jamais l'étranger ne lèvera le camp sur des salutations courtoises et des remerciements appuyés pour la longue hospitalité que nous aurons accordée à leurs armes.

D'un côté, comment nous donnerons-nous des chefs aguerris et inspirés par un haut apostolat? De l'autre, jamais une élite issue du suffrage universel n'échappera à la corruption attachée aux principes mêmes qui assurent la sélection des élites à la majorité des voix.

Comment informer les masses que le militaire conditionne le politique et que charbonnier doit se rendre maître chez soi avant de courir aux urnes? Les majorités élisent nécessairement des classes dirigeantes incompétentes sur la scène du monde et les élites militaires au front bas ne sont jamais que des Spartacus, dont les sociétés civiles expulsent rapidement les casques et les galons. C'est pourquoi les Romains faisaient camper leurs légions hors de Rome - et quand Séjean les aura installés dans la ville, leur police ne fera que hâter le pourrissement de l'empire. L'Amérique en a retenu la leçon: ses troupes bivouaquent à perpétuité hors des villes de leurs vassaux, parce qu' il suffit de les soustraire au regard des peuples pour qu'ils se croient souverains.

La semaine prochaine, nous verrons si la nasse est bien serrée ou si quelques souris en rongeront les mailles.

Le 20 mars 2015

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr