La Société de l'information : lointains fondements et vagues perspectives

150310 14 min  Système
L'été de la naissance de la société de l'information amena les regards vers le ciel bleu où rôdaient des drones. Étaient-ils menaçants ou prometteurs ?
Bigbrother, la menace qui plane sur le sentiment de liberté, ferment du génie humain, qui est une nécessité évolutive, constitue lui aussi un pallier évolutif.
Comment rester humain dans une société où la technique est plus avancée que l'évolution psychosociale, comme quand on donne du pouvoir à un inculte capricieux.

La société s'est bâtie à-même le sol. Peu à peu les inégalités ont engendré la méfiance. Et les motifs de cette méfiance contenus et cernés, maîtrisés. Jusqu'à il y a peu la "justice" avait un pouvoir accusateur qui produisait un sentiment de honte. Cela a formé un équilibre et des habitudes. Les terriens-marcheurs sont libres de se mouvoir partout où il n'y a pas bloqué par une serrure. C'est l'état de Droit. Avec des lois absolues.

Mais que se passerait-il si la méfiance devenait superflue (grâce à ne source d'énergie illimitée résolvant toute misère, ce qui arrivera un jour), ou si au contraire les délimitations de ce qui engendre la méfiances, deviennent caduques ?

Pour approfondir cette seconde idée on ne manque pas d'exemples où ce qui était confié à la décence, dans l'alimentation, l'écologie, ne peut plus rivaliser contre la nécessité de tirer le plus de profit possible. Et quand on y pense la marché du crime est aussi faramineux que celui de l'énergie. Or ce monde a besoin de nouveaux marchés, et on observe le comportement mafieux des états. Par exemple l'exercice nommé "optimisation fiscale" est un jeu de hasard pariant sur le rapport entre la hauteur du crime commit, son coût, et ce qu'il rapporte. C'est un business à part entière.

Le système du commerce a exacerbé des réflexes primitifs, d'avarice, d'égoïsme. L'intelligence déployée est celle de la roublardise. Toute une civilisation occidentale s'est bâtie en prônant une "raison" qui, dans ce cadre, rime avec une loi du plus fort. Pourtant une intelligence utilisée à mauvais escient est logiquement amputée de son socle rationnel. Il n'est plus alors capable de soutenir ses Actes. C'est ce qui se passe normalement. Quand à l'inverse les actes président l'intelligence c'est qu'on est d'office plongés dans un marasme.

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La société de l'information a créé un nouvel axe évolutif. C'est à dire qu'elle peut désormais se faire sur cet axe en plus des autres. L'influence sur ces autres peut devenir majeure. C'est un axe d'évolution semblable à la physique théorique : ce n'est que de l'information, pas de la matière, et son utilité est constante, au lieu d'être éphémère.

Pourtant le système du commerce, qui consiste à intercaler un commerçant entre les besoins et les moyens, n'a jamais été conçu ni adapté pour les commodités (j'utilise le terme de Yanis Varoufakis) immatérielles.
Pas plus qu'aux investissements à long terme.
(On a donc ici 3 natures économiques distinctes : les biens courants, les biens de production des biens courants, et l'information organisationnelle.)

Parmi tant d'autres conséquences surprenantes, se produit un niveau de culturation grandissant à vitesse exponentielle. Chaque jour y va de sa découverte scientifique. Comme si un nouveau champ d'investigation s'ouvrait à nous, on redécouvre sous l'angle informationnel tout l'existant. Par exemple on "découvre scientifiquement" l'apport des insectes dans l'agriculture. Le genre de chose qu'on ne peut savoir que culturellement au sein d'une société stable sur plusieurs générations.

Et soudain on ne peut plus mentir. Et soudain on s'aperçoit qu'énormément de nos connaissances étaient en fait des slogans publicitaires, que le temps avait gravé dans la pierre. Et soudain on découvre qu'il n'est plus possible de procéder de la sorte. Soudain toute une clique de "commerciaux" sont catalogués comme faisant un usage excessif de leur cerveau préhistorique. Ils peuvent être jugés irresponsables. Soudain les gens se regardent bizarrement, et dans cet instant historique qui précède la réflexion, ils souffrent plus que jamais des déficiences des Autres.

Nous entrons dans un monde où l'information précède la raison, qui elle a tendance, alors, à s'exercer de façon péremptoire et fatidique. Comme si, pour compenser des siècles d'obscurantisme informationnel compensé par une raison mystique, elle n'avait plus aujourd'hui qu'à reposer sur l'information.

Et en même temps cette masse d'information permet de voir se dégager les grandes lignes qui sont l'objet d'une interprétation complexe qu'il clairement n'est plus sérieux de prendre à la légère, tel que le font les médias simplificateurs.

Et enfin ce système d'information est nourri par des capteurs, des robots virtuels ou mécaniques armés de caméras, micros, et ce sont les gens eux même qui remplissent les formulaires et capturent et distribuent les flux.

Par extension, les capteurs peuvent aller vérifier l'information, ou la contredire.
A une époque on disait que l'information était le pouvoir, mais ce n'est plus vrai à l'époque où le peuple Est l'information. Il la crée et la possède. Il se hisse au même niveaux que ceux qui ont du pouvoir. Ils peuvent juger sur pièce et se faire leur propre opinion.

C'est la fonction principale du S.I. que de révéler, d'éclairer, et d'obtenir avec certitude le contexte le plus opérationnel à l'exercice de la Raison.
Lui aussi entre en rivalité avec le monde du commerce. Car il y oppose des arguments logiques.

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Les drones, sont un support pour ces capteurs (LCD) qui appartiennent au SI. En un sens ils symbolisent ce nouvel axe informatif qui s'élève au-dessus du bruit.
Et on se retrouve un peu bêtes.
Oui on peut voir les piscines des voisins, mais on peut voir plein de choses. Les révélations ne peuvent qu'aller crescendo.

C'est le monde dans lequel on vit qui est le tenseur évolutif principal des usages possibles de cette nouvelle technologie. Que peut-on obtenir de ces nouveaux moyens ?
Là où des équilibres ont été trouvés entre des forces 2D, doit-on encore en trouver de nouvelles pour contrer les nouveaux crimes possibles ?

Parmi ceux-là, le premier usage des drones a été de cibler des civils innocents dans une guerre télécommandée, au propre comme au figuré. Nous n'avons même pas de mot pour dire ce qui à une époque aurait été considéré comme de la lâcheté.

Et l'autre exemple sont les drones qui survolent les centrales nucléaires, de façon ostensible. Les opérateurs qui sont aux commandes envoient ainsi un message selon lequel le monde 2D est obsolète. Car "On" peut cartographier et surveiller les aller et venues de façon anodine. Obtenir des informations qui ne doivent pas être publiques, à cause de la criminalité. Et surtout le plus effrayant, il y a un "On".
Ce sont les utilisateurs de la société de l'information.
Le vieux monde qui juge et craint ce "On" s'en exclut de facto.

Comment contenir désormais les nouveaux crimes possibles, si même les serrures aux portes ne servent plus à rien, puisqu'on peut passer par les fenêtres ? (au propre comme au figuré, derechef).

A partir de là il faut scinder les crimes contre l'ancien système et les vrais crimes, comme le fait de larguer des grenades. Le crime de lèse-majesté est celui qui consiste à s'informer par ses propres moyens, ce qui ne saurait tarder d'être interdit.

Les nouvelles délimitations de l'interdit deviennent bien plus vagues et complexes, très difficile à énoncer de façon absolue. Il s'en suit un sentiment d'injustice, contrebalancé par tout le système de la Justice, des lois et du droit dans son ensemble.

Au moment où apparaissent de nouveaux mots tels que "criminalisation" (acte de faire une loi qui convertit un citoyen innocent en criminel), le besoin de prendre du recul sur ce qui organise la société est conduit par un accès à une quantité croissante d'information.

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D'abord au début, en 1969, on voit la Terre depuis la Lune pour la première fois. Cette date fut si importante qu'on aurait pu réinitialiser le calendrier, comme l'an zéro de la société de l'information, par quoi elle commence, et où elle nous conduira, son symbole, son drapeau.

Cette vue était anciennement attribuée à celle de Dieu, et les premiers à y accéder on pu sentir son souffle sur leur nuque. Le haut niveau spirituel requit pour pouvoir embrasser cette vue dépasse allègrement les capacités de compréhension des petites fourmis qui vivent sur cet astre. Cela a pu en rendre fous quelques uns. Le sentiment de supériorité n'a jamais été un tel poison depuis cette vue de notre solitude traumatisante.

Mais on n'est pas seuls. On nous observe. On ne nous juge pas.
Le seul jugement qui vaille est la valeur des larmes du jour de pleurer sa propre mort.

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Aujourd'hui il se passe que le monde change.
On a bâti tout un monde et tout un système sur des préceptes, croyances, erreurs, illusions, et sur une certaine forme d'"obscurantisme de la raison", et soudain ces lacunes sont rendue nettement visibles, clairement indubitables.

Dans un monde où on se sent seuls, où l'intelligence, loin d'être gratifiée ou encouragée, est plutôt crainte intérieurement, et raillée publiquement, critiquée pour sa non-correspondance avec des croyances irrationnelles culturelles, on a le loisir d'observer combien les fondements inconscients les plus infimes peuvent se développer en monstres hideux et destructeurs.

A l'heure où certains se demandent encore pourquoi payer pour faire vivre des penseurs, d'autres s'aperçoivent que si il n'y en avait pas et qu'on en voulait, on ne saurait pas comment en obtenir. Et que le peu qu'ils sont est porteur du germe de l'humanité. Et que ce qu'ils expriment, c'est toute l'humanité qui l'exprime.

Au moment où on s'intéresse à la richesse, ce mot obtient immédiatement une signification plus vaste et dès lors on s'effraie du gâchis humain.
L'humain est fait pour être créatif, et même la nature, et l'évolution naturelle ne cessent de le montrer, car ils ne cessent de nous surprendre.

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Imaginez un bureau embauché pour faire un dessin, dans lequel chacun est payé équitablement, quelle que soit dessin aura été choisi.
Si dans ce bureau certains ont plus de succès, ils seront fiers. Si d'autres ne travaillent pas, les autres le regardent de travers. Le bureau peut très bien ne produire aucun résultat.

Ce bureau est un modèle de micro-société et on peut tracer ses choix évolutifs. Si les bons vendeurs se séparent des mauvais, on crée des inégalités. Et en même temps la qualité ne sera plus unanime. Et la solution qu'aurait trouvée le plus marginal du groupe est manquée. Ou, si le groupe décide de travailler collectivement, le rôle de chacun sera difficile à cerner. Parfois une simple petite remarque peut faire toute la différence.
Mais cela nécessite une communication et un rapprochement entre les gens du bureau.
C'est cela, que permet le système d'information global.

On peut imaginer que les profits doivent être distribués, de toutes manières, à des bureaux, qui comportent l'ensemble des membres actifs de la société. Ainsi chacun est rémunéré de façon indépendante de ce qu'il produit. Et en même temps, la qualité de ce qui est produit rejailli sur l'ensemble de la société.
Et cela est bien plus intéressant et pertinent à faire évaluer par un SI que de chipoter inutilement sur le rôle et la valeur de chacun.

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Le système d'information connaît tous les secrets, alors donc il vaudrait mieux ne pas en avoir. Mais pour ne pas en avoir il y a deux solutions, non contingentes, ni exclusives. Soit on subit le système au point que toute créativité ou sentiment de liberté soit anéanti, soit soit le système est heureux de cette multitude dont il fait une richesse.

Notez que lorsque bigdata génère des profits sur vos profils, "la multitude crée la richesse", est un terme publicitaire pour dire "la quantité génère l'argent". Et le terme "heureux" ne s'applique qu'aux multinationales.
Dès lors qu'un concept est projeté dans un contexte absurde il perd beaucoup en profondeur.

Alors que ce qui est attendu avec le plus d'impatience par l'évolution, est le contrôle de la complexité. A l'heure où on voit la biodiversité s'amenuiser de façon dramatique, le système d'information devient, lui, capable de l'administrer. Cela soulève des vieilles questions de centralisation/décentralisation, privatisation/nationalisation.
On voit que ce dont nous avons besoin est une combinaison qui n'a jamais été testée, une nationalisation décentralisée. Cela n'est rendu possible que par le SI.

Il est certain que de privatiser revient à confisquer au public, et centraliser revient avouer son incapacité à gérer la complexité.
La multitude ne peut être une richesse qu'en profitant au plus grand nombre, tout simplement.

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Ce monde, avec son système injuste du commerce, oppose un contexte absurde à toute idée créative. Les nobles intentions et beaux projets s'écrasent vite comme des vagues sur un rocher de condescendance et de bas rationalisme.

L'élévation vers un système d'information permet de voir cela avec plus de clarté. De plus loin les lignes directrices sont plus visibles et saillantes.
Et ça tombe bien parce que depuis toujours le pouvoir a fait croire aux gens qu'il possédait justement ce type de connaissance, à laquelle le manant n'accède pas.

Aujourd'hui rendu publique car ayant été mécanisée, la connaissance, ou du moins la faible information constituée par les grandes lignes de la connaissance, agissent comme un virus sur le système existant dans la mesure où, obsessionnellement (car ne cessant d'être prouvé), il force à redéfinir, élargir et mieux comprendre les termes utilisés.

Les lois sont écrites avec des mots mais l'esprit humain peut redéfinir ces mot, et sa connaissance grandissante ne peut cesser de le faire. Il faudra sans cesse réévaluer les lois, tout au long des générations futures.
C'est pourquoi elles doivent être fondées sur des constituants logiques, et donc exprimables au sein du système d'information. Lui-même doit pouvoir évaluer une situation en fonction des lois, et des nombreuses comparaisons entre elles, dans un cadre logique, nécessairement.

On parle d'argent de propriété de socialisme d'écologie de terrorisme de pollution d'accord commerciaux etc etc... Aucun de ces mots n'a la moindre étincelle de neuf qui caractérise les beaux objets. Tous ensemble ils cherchent à définir le cadre grisâtre du monde tel qu'il est.
Les discussions sont stériles puisque le sens changeant des mots exerce de grands maux de crânes pour finalement retomber sur une loi du plus fort.

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Une société de l'Information constitue un palier évolutif d'une invraisemblable munificence.
C'est le fruit cumulé de la labeur de tous les humains et ça leur appartient à tous.
On n'avait pourtant même jamais pensé à accumuler la labeur sur des projet à d'aussi long termes. Ou même encore à penser le travail non plus en terme de répétitivité, mais en terme incrémental.

Soudain aussi on s'aperçoit comme il est futile de penser en individu, idolâtrie, personnalité, psychologie... car au final la question qui nous occupe de façon la plus imposante est le UN formé par tout ce monde.

Où est le Un ? Quand les gens sont richissimes, ça sert à quoi ? Quand des factions se battent, ça profite à qui ? N'est-il pas laborieux de voir les gens obligés de trouver leur compte dans la seule rémunération qui leur est offerte, en dépit qu'on leur ai ôté tout désir de vivre ?

Pourtant le Un on le retrouve facilement quand il faut trouver les estomacs volontaires pour bio-dégrader le plastique, et réparer les dégâts dont les auteurs se sont amendés au moyen d'une fraction des profits de leurs crimes.

Et le Un est aussi visible, de façon très saillante de la SI terrestre, quand des exploits sont accomplis. Outre les sports extrêmes, tous les endroits où peuvent être emmenés une GoPro sont autant de découvertes sous un nouvel angle. On observe la faune sans la déranger, ce qui semble miraculeux. On s'aperçoit que le seul fait de les déranger nous avait confisqué 99% de la densité émotionnelle de l'information.

Et de la même manière on se se demande si 99% de l'humain ne serait pas efface par la simple "éducation".

Le Un dont le monde a besoin, ne peut être effectif qu'en tant qu'acteur pro-actif de ce qui est réalisé. (Le terme de ce qui est réalisé, dont je parle souvent, est aussi évoqué dans l'article de Yanis : ce n'est pas nécessairement voulu, mais c'est obtenu, donc ça appartient à ce qui est réalisé. Ainsi la pollution est une réalisation.)

C'est à dire lorsque la citoyenneté dans son ensemble sera considérées comme "un client".

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C'est ainsi que la société va changer de cadre et de perspective, quand elle saura une société de l'information, menée à bien par ses propres utilisateurs, au détriment de ceux qui, à une ancienne époque, pouvaient seuls en profiter.