070625

URFIG

Nous sommes des internationalistes. La mondialisation, phénomène objectif, nous réjouit dans la mesure où elle rend plus impérieuse l’exigence éthique de non-discrimination, où elle facilite le rapprochement entre les peuples et l’émergence d’une solidarité mondiale, où elle pose, dans le concret des défis qu’elle provoque, la question de la subsidiarité et de la capacité à mettre en place, au niveau mondial, des institutions transparentes et contrôlées. C’est pourquoi nous récusons cette étiquette d’anti-mondialistes collée par des journalistes trop souvent enclins à la caricature.

Par contre, ce que nous combattons, c’est la globalisation, une vision très partisane du monde qu’on s’efforce – milieux d’affaires, partis politiques et media – de nous présenter comme un phénomène inéluctable, comme l’horizon indépassable d’une humanité qui serait arrivée à la fin de son histoire. La globalisation est le résultat d’un choix et d’une volonté. Nous récusons la pertinence de ce choix et nous opposons à cette volonté une résistance radicale. Car la globalisation, projet total, est une entreprise d’asservissement par lequel on entend soumettre la planète et ceux qui l’habitent à l’appétit de puissance et de profit d’un petit nombre.

Comme jamais auparavant, les humains sont confrontés à une entreprise globale de dépossession de la maîtrise de leur destin. Les formes brutales de la servitude – esclavage, servage, colonialisme, taylorisme, stakhanovisme - sont remplacées par des techniques plus insidieuses d’aliénation. Pendant des siècles, des femmes et des hommes se sont battus pour que l’humain soit reconnu dans sa dignité et que l’homme soit davantage un peu moins « un loup pour l’homme ». Cette quête, après des avancées parfois spectaculaires, est aujourd’hui contrariée, freinée, combattue par ceux qui s’imposent comme les « maîtres du monde » (ainsi que se désignent ceux qui se retrouvent à Davos) et s’emploient à restaurer les pratiques du 19e siècle à une humanité qui entre dans le 21e.

Nous sommes des internationalistes. Notre mise en cause des institutions internationales et en particulier de l’Union Européenne et de l’Organisation Mondiale du Commerce ne peut, en aucune façon, être assimilée à un repli nationaliste. C’est au nom de la démocratie et non pas de l’Etat-Nation que nous dénonçons le caractère opaque et oligarchique de ces institutions. La souveraineté n’est pas le monopole de l’Etat-Nation. Elle doit pouvoir s’affirmer à des niveaux inférieurs ou supérieurs à celui-ci. De même, notre respect pour les diversités ne peut être confondu avec une quelconque crispation identitaire. Nous sommes de ceux qui assument parfaitement la nécessaire complémentarité entre l’enracinement et l’universel. Jean Jaurès s’exclamait : « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène », la patrie étant avant tout à nos yeux, comme l’écrivait Cicéron, « l’endroit où l’on se sent bien ».

La résistance à la globalisation comporte de multiples tâches. Toutes nécessaires. Toutes complémentaires. Nous avons choisi celle qui consiste à mettre l’expertise à la portée du plus grand nombre pour inciter à l’action et pour la nourrir. Nous ne sommes pas les seuls. D’autres ont déjà fait ce choix, chacun selon leurs spécificités. Nous rendrons compte des travaux de ces collègues que sont, par exemple, les formidables équipes du Corporate Europe Observatory (Amsterdam) et de Focus on Global South (Bangkok). Et chaque fois que cela sera possible, nous proposerons les collaborations que l’efficacité suggère.

La matière que nous traitons est complexe. Cette complexité est aggravée à la fois par le secret et l’opacité des mécanismes de la prise de décision. C’est à dessein que les textes en vertu desquels on prétend régir nos existences sont, tant par le choix du vocabulaire que par celui des formulations, inaccessibles au plus grand nombre. Rédigés dans le secret, ils contribuent à l’opacité dont s’entourent les décideurs.

C’est la prise de conscience de cette nécessité d’un travail de décodage des textes, des négociations et des décisions, d’interprétation et de vulgarisation qui se trouve à l’origine de l’Unité de Recherche, de Formation et d’Information sur la Globalisation. Notre ambition est également de partager ce travail avec ceux qui n’y ont pas accès et qui se trouvent, pour la plupart, dans les pays du Sud.

Notre démarche est une contribution. Nous ne sommes qu’une composante d’un vaste mouvement riche d’une diversité au respect de laquelle nous tenons absolument. L’internationale citoyenne est forte parce qu’elle rejette le modèle historique d’internationales dont le centre s’employait à imposer son modèle. On connaît leur échec. Nous entendons être partie prenante d’une internationale qui accorde la priorité aux objectifs qu’elle poursuit et réduit au minimum les contraintes de structure et d’organisation. Il est possible d’être efficace à travers des modes de fonctionnement respectueux des diversités et éloignés du modèle classique de la hiérarchie pyramidale. N’en déplaise à certains, manifestement incapables de le comprendre et acharnés à souligner ce qui nous différencie sans jamais voir ce qui nous rassemble.

D’emblée, le projet URFIG a rencontré le soutien d’Oxfam Solidarité, en Belgique, et de l’Institut pour la Relocalisation de l’Economie, en France. Très vite, à ces appuis, se sont ajoutés ceux, décisifs, de la Fondation France Libertés et de la Fondation Goldsmith. Mais cette entreprise n’aurait pas vu le jour si, à l’origine, nous n’avions pas eu les encouragements du Professeur Pierre Bourdieu et l’aide d’un couple de généreux mécènes qui ne désirent donner aucune publicité à leur geste. Qu’ils soient ici tous remerciés.


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