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Quelques idées autour de la conférence « ça change tout » de Naomi Klein

Vue d'en haut


Dans son exposé Naomi Klein présente une image de la terre selon laquelle, les humains paraissent insignifiants. Cela l'a amenée à réévaluer la notion d'homme "face à la nature", là où non seulement il en fait partie, mais aussi face auquel il est minuscule.

Je me suis dit que l'image de la terre était d'une telle magnificence que cette vue avait sans doute détraqué ceux qui n'avaient aucune vie spirituelle.
Depuis que l'homme a marché sur la lune on a l'impression que la notion de "se prendre pour Dieu" s'est popularisée. Aujourd'hui on a des corps de métiers entiers qui se prennent pour Dieu. En terme général les gens essaient toujours d'abord de rabaisser les autres et de dévaluer leurs propos, avant même de les écouter, si tant est qu'ils ne fassent pas semblant.

Entre parenthèse j'ai pu observer en 15 ans de prog comment la moindre ligne de code obtenait des labels grandiloquents, objets de qualifications spéciales et d'une frime singulière. Les mecs ne peuvent pas parler simplement : ni même en fait, travailler simplement. (Il faut forcément que ce soit pénible et douloureux). Ils poursuivent un conformisme en perpétuel mouvement, et surtout ne savent que récupérer, utiliser, et épuiser (les gens) plutôt que créer, innover et servir.

Enfin bref nos petits enfers du quotidien forment le grand enfer qui nous pend au nez. Au final, quand on prend la posture terrienne, on observe une désorganisation telle que c'est comme si chacun courait dans tous les sens de façons stochastique. Il n'y a pas de grand courant, d'organisation, planification, régulation, en fait il n'y a pas ce que les fous veulent obtenir, un contrôle sur ce qui arrive, la "maîtrise".

On a besoin de l'invisible


Son discours s'articule autour de deux axes en slalom afin d'avancer, que son l'holistique et les barrières psychologiques.
Ce qu'on peut nommer "des liens invisibles qui nous unissent" procède bel et bien, forcément, logiquement, et réellement d'un ordre systémique. Toute chose faisant partie d'une chose plus vaste, il y a une inter-influence très forte qui s'opère entre différentes échelles de mesure.

Ainsi c'est amusant d'observer que les réseaux de défenseurs qui se créent tels des anticorps autour des sites naturels attaqués, n'aient aucun moyen d'être prédits (si ce n'est pas un minimum de décence).

Échelles de mesure


C'est très important de le voir car le Système commercial agité par l'odeur de l'Argent ne s'articule qu'autour d'une seule dimension, "la valeur", qui ne possède aucune signification linguistique ou logique. Et cela sans que personne ne s'en soucie. Ainsi la valeur d'une objet est comparable à la valeur d'un humain, et au final son travail paie sa vie. C'est n'importe quoi !
On a l'impression qu'ils ne peuvent plus agir que sous la contrainte. Leur degrés de liberté est très proche de celui d'un esclavagisme.

Si au moins la vie était garantie par le travail de chacun, on (la civilisation) aurait un socle solide sur lequel fonder les moyens d'avoir un contrôle sur son destin. Mais là 90% de l'énergie humaine ne fait que payer son pain quotidien. (ça ne devrait pas être plus de 30%, peut-on se dire).

Car en effet toute construction a sa zone d'entropie qu'il faut entretenir, uniquement pour qu'elle subsiste sans évoluer. Et là on peut dire que la zone d'entropie du système commercial arrive à 100%, c'est le moment de son implosion.

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Anciennes frontières


J'ai eu une lueur d'espoir en voyant cette brève noyée parmi les autres, où un pays offrait de pouvoir devenir citoyen sans forcément habiter à l'intérieur des frontières. Car si on crée, par exemple, une coopérative qui dit "on donne à chacun les BSPN (Biens et services de première nécessité), et tout se fait sans but lucratif, autour des besoins et des projets", elle pourra dire aussi "En participant à cette coopérative vous abandonnez votre pays, vos lois, vos impôts". Le but de la manœuvre étant bien évidemment que les banquiers se retrouvent comme des cons avec leur montagne d'argent volé, incompatible avec les systèmes d'échanges informatisés de ces coopératives.

(Enfin bon)

L'idée principale c'est de voir que les frontières sont surtout des barrières psychologiques, elles ont perdu toute signification, puisque la langue ou la culture locale ne sont plus des barrières. Si on pense en terme logiciel, on ferait mieux d'attribuer des fonctions aux zones géographiques.

Et si on pense en terme de société, il n'y a aucun intérêt à avoir des lois (et des prix) différents d'un pays à l'autre.

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Le Bien commun


En pensant à la robotique je me suis dit qu'un des premiers secteurs à devenir entièrement robotisé pourrait bien être le secteur bancaire, car ainsi ce serait drôle de voir que ce qui coûte le plus d'argent au plus de monde soit une machine stupide qui sert à rien.

Dans le système du commerce pour mener un projet à bien il faut, non pas que ce soit utile ou une bonne idée, servant le bien commun, mais une idée que les riches n'auraient jamais eu pour s'enrichir encore plus. Et ce sont eux qui avalise (ou interdisent) les activités professionnelles qui les arrangent (et dans les pires conditions les possibles évidemment).

Et rien ne peut se fait sans eux, car eux seuls ont le pouvoir magique de congratuler ou brimer les gens qui ont des projets. C'est à dire que les gens, simples animaux cellulaires, réagissent par tâtonnement de leur environnement en devenant capable de s'y adapter, aussi absurde soit-il. Ainsi apparaissent des dégénérés très content de savoir comment on fait du fric, le plus souvent sur le dos de la misère humaine, tout en prenant une posture paternaliste-déique, là où souvent leurs leçons de vie sont comme des coups de poignard à l'âme.

Quand on dit que ce dont on doit se sortir c'est de nous-même, c'est autant contre la frivolité agnostique des imbéciles qui croient que l'argent fera leur bonheur (que sont aussi bien les richissimes que les plus pourris dealers des quartiers) que de la torpeur des humains qui ont du bon sens mais qui malgré cela acceptent un sort injuste, en pensant parfois même qu'il est mérité.

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Unités de mesure


Il y a aussi cette vidéo sur les monuments incassables de l'histoire humaine, qui forment une chaîne dont la logique arrive à peine à soulever quelques hypothèses. Si les Pyramides de Gizeh sont à la mesure de la planète Terre plongée dans le système galactique, on s'aperçoit qu'un objet n'est pas un objet mais une relation entre des objets plus petits.
Bien sûr les dogmes gardés avec ferveur par des ignorants apeurés de n'avoir servi à rien finissent par sauter, le paradigme qui en découle reste, lui, difficile à énoncer.

On dit que les anciennes civilisations essayèrent de nous prévenir qu'il fallait être efficaces et prompts à savoir comment décoller de la Terre le temps que ces cycles naturels de catastrophes aient lieu en faisant le moins de victimes possible. Mais de cette époque à nos jours n'avons-nous pas observé une constante volonté invisible de freiner l'évolution ?

Tout aussi extravaguant que soit ce discours cela amène à une observation bien plus tangible, selon laquelle le Système du commerce a pour principal effet de brimer la noblesse de l'âme, en tentant de convertir les velléités belles et naïves en organisations criminelles ayant pour fond de commerce de sombres chantages affectifs.

C'est ainsi qu'il est stupéfiant de voir comme l'écologie est mesurée en argent. Le milliard est devenu une unité d'évaluation des catastrophes tout comme le terrain de foot est devenu une unité de surface. Bientôt peut-être certaines marques déposées seront d'autres unités de mesure, à qui on devra verser des royalties chaque fois qu'on voudra savoir quelque chose.

Et puisque ce sont les relations qu font les objets, l'espèce humaine (de la Terre) se définit principalement par les relations (hiérarchiques et étouffantes) qu'il y a entre les habitants.

Ce qui autorise à penser


C'est là que Naomi Klein passe ensuite aux blocages psychologiques. On a vu ceux dont l'humilité, qui au lieu d'être exemplaire, est une qualité exploitable librement, et ceux avec l'esprit minuscule qui aspirent à un bonheur fondé sur le sentiment de supériorité par rapport aux autres (qu'il dénigre en même temps dont il en a besoin pour s'auto-évaluer, ou s'auto-estimer - se branler en fait), mais surtout il y a une barrière psychologique partagée par tous, c'est cette "aval" dont je parlais au début.

Avoir l'aval d'un puissant, et pourvu que ce "puissant" soit systémique, voire mythique, constitue le principal piège. Être en accord avec l'existant, vouloir "le sauver de lui-même", essayer de sauver le plus de meubles possibles d'un ancien monde en feu, n'a rien d'honorable, ou de révolutionnaire.

Car au fond si nos actes sont limités et motivés par des raisons absurdes, quoi qu'on fasse de bien ou de mal on ne s'en sort pas. Or ce monde est absurde, le fait de devoir faire commerce le plus possible avec le moins de choses possibles, est absurde. Tant d'acteurs veulent s'intercaler entre les objectifs nobles et leurs moyens d'agir afin de grappiller des miettes pour faire vivre leur famille en péril, que tout est impossible.

Tout ce temps et cette énergie est dispersée dans des entrailles inutiles alors que le temps presse de veiller à certaines choses qui échappent totalement à la notion de commerce, que sont les animaux, la nature, la beauté, la joie, la paix, mais aussi et surtout la prévoyance, l'organisation, l'intelligence.

Quelle holistique ?


La notion holistique présentée par Naomi est un peu incomplète.
Depuis longtemps on croit, justement, à une holistique nommée la main invisible du marché, selon laquelle l'action de tous se trouvera magiquement coordonnée lorsqu'on procèdera à une mesure à grande échelle des exploits accomplis avec les décennies et les siècles.

On voit le résultat. ça ne marche pas du tout !!
Certains disent que le commerce n'a pas été assez libre pour que le résultat soit probant, d'autres que l'holistique c'est de la merde.
Parfois même les deux seront d'accord (en trinquant au bonheur d'avoir du fric).

Mais on peut observer simplement que cette idée selon laquelle la somme des partie fera le tout, sans qu'on s'occupe de ce que sera ce "tout", procède en premier lieu d'une invraisemblable et inconséquente fainéantise intellectuelle.
Après avoir opposé intelligence et "ça marche tout seul", on a directement évincé toute démarche d'intelligence. Comme Homer Simpson.

Et pourquoi, s'il vous plaît, on ne se poserait pas la question qui consiste à obtenir un contrôle sur les effets à grande échelles des actions à petite échelle ? Ne serait-ce que tisser les relations qui font naître ce géant qu'on nomme "civilisation". Pour ensuite, mais ce sera un autre travail, obtenir un minimum de contrôle sur notre destinée. (Un travail de l'ordre de la réforme des lois - j'entrevois d'ici les lois algorithmique prendre naissance).

L'holistique n'est pas un trc magique qui marche tout seul, il faut en saisir les rouages, afin d'avoir la surprise de constater combien l'humanité qu'il y a en nous peut engendrer une humanité toute entière.

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L'hologramme menaçant


Quand le capitalisme a révélé au monde que c'était à lui de s'occuper de ses affaires et pas à un état centralisé et tout puissant, ça l'a libéré. Ok. C'était il y a un siècle, à l'époque où on croyait que la terre était plate, illimitée, et où tout le monde était en noir et blanc.
Aujourd'hui on peut vivre au sec et au chaud. Devant nos ordinateurs.
Bref l'homme s'est adapté à son environnement (pourtant hostile).

Il est temps d'obtenir une vision plus ample de notre avenir collectif et de se demander comment employer à bon escient toute cette énergie humaine disponible. Bien sûr plein de gens auront plein de bonnes idées à écouter, et chacun voudra œuvrer dans ce à quoi il est le plus attaché. L'idée n'est pas tant de le libérer de ses chaînes que de lui offrir le schéma grandiose de ce à quoi il participe.

Ce dont l'humanité a besoin c'est du constat selon lequel son énergie saura été utile à l'ensemble de la famille humaine.

La barrière psychologique est une sorte d'hologramme de mur en brique, menaçant, interdisant strictement qu'on s'en approche parce que ça paraît stupide, alors qu'en fait on peut passer la main au travers.

Et quand on s'extrait de l'avidité de ceux qui voudraient siéger dans notre conscience comme un Dieu paternaliste, et qu'on se défini clairement les besoins et les chantiers qui devraient exister, on s'aperçoit qu'en réalité on a largement les moyens de tous les mener à bien.

Le dictat des mots creux


Et c'est là qu'on en arrive aux barrières psychologiques.
Naomi frôle la question et c'est pour ça que j'ai pris la plume. Elle dit (en gros) "Les actions nécessaires à la survie de l'humanité sont cruellement pondérés par les risques encourus par le PIB... comme si la croissance économique avait encore un sens, sur une planète en convulsion".
Normalement c'est à partir de là qu'on doit travailler.

C'est vrai, on s'en fout, que ça rapporte aux riches.
Eux ils veulent toujours tirer avantage de la situation, quel que soit le bordel qu'ils ont créé.
Et on s'en fout, de l'argent, car ce n'est qu'une autorisation d'agir. Mais les moyens pour œuvrer, devraient au moins être généré sans but lucratif (et intermédiaire), et finalement promis, dûs, à tout projet d'ordre vital.

C'est tellement pathétique de voir des catastrophes naturelles où tout le monde reste apathique, immobilisés par un manque de moyens qui est totalement virtuel.

Est-ce si difficile de relier comme dans une jeu pour enfant les Buts et les Moyens ? Car après tout ce n'est que ça un système.

On a des objectifs d'ordre systémique, des projets de bien commun et à une troisième échelle, des projets de réalisation de soi. Toutes ces aspirations peuvent très bien fonctionner simultanément, au lieu d'être contradictoires. Et quand elles le sont, il est légitime de se poser des questions.

C'est stupide de "ne pas avoir assez d'argent", de le collecter par des dons. Ce qu'il faut collecter ce sont des désirs nobles, mettre ces gens au travail, et leur offrir un cadre de vie. Au lieu d'appel aux dons il devrait y avoir des offres d'emploi !

C'est pas en argent qu'il faut compter les choses, mais les choses elle-mêmes !

L'homme est la plus raisonnable mesure de toute chose.