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44 - L'école de la mort

Le 5 de la Lune de Gemmadi

Uzbek à Rhedi,

L'Ecole rappelle que l'utopie messianique avait déjà trépassé à l'heure où un illustre démagogue, un certain François Mitterrand, avait administré in extremis une forte dose d'eschatologie et de sotériologie à l'histoire ; mais ce remède de cheval n'avait réussi à prolonger que de quelques années l'agonie du règne des songes politiques. Après la chute du mur de Berlin, il n'y avait plus aucune chance que le parti des rédempteurs et des évangélistes du genre simiohumain retrouvât un avenir à l'école des prestidigitations les plus majestueuses. Aussi les astronautes français de la condition semi animale est-elle née au moment où la race multimillénaire des magiciens s'éteignait et où l'espèce se voyait condamnée à cesser pour toujours de rêver.

Tu sais qu'en Europe le retour massif aux autels est désormais exclu, premièrement parce que le mythe chrétien du salut a cessé de servir de levier au temporel, et secondement, parce que toute tentative de faire débarquer derechef un royaume des espérances posthumes sur la terre se heurte à la réfutation scientifiques des constructions mythologiques auxquelles Darwin et Freud ont donné le coup de grâce . Il ne reste donc d'autre choix qu'entre le retour à la loi de la jungle et une tyrannie de l'ordre public . Mais l'Ecole de Paris n'est naturellement pas tombée dans la sottise de croire que notre espèce allait tout subitement cesser de se laisser fasciner par le fabuleux et le fantastique sous prétexte que les illusions de l'espérance ont perdu le double habitat du ciel et de la terre et que les charlatans de l'absolu ne savent plus où donner de la tête.

Aussi est-il dans la logique du génie de l'Ecole de Paris de se demander pourquoi le simianthrope est devenu et demeure un animal onirique. Mais cette vérité simple et terrible n'aurait pas trouvé les conditions favorables à l'expression de son autorité scientifique si les trépas parallèles du délire socialiste et du délire religieux n'avaient bientôt livré les cinq continents à la race des brigands et des forbans, dont tu sais que le souci exclusif est de s'enrichir et de vivre grassement. Les peuples et les nations se trouvent donc appelés à sombrer dans un désespoir entièrement inconnu de l'histoire universelle ; car les désastres mêmes qui ont frappé les plus grands empires ont aussitôt fait renaître leurs délires, et cela avec d'autant plus d'exubérance et de vigueur que notre espèce juge vraies les erreurs qui la rendent heureuse et erronées les vérités qui l'expédient sous la terre.

Aussi le défi le plus extraordinaire que l'Ecole a vocation de relever est-il de féconder l'avenir de la raison du monde à l'écoute de ses promeneurs de l'abîme, alors qu'aucune civilisation n'a jamais seulement tenté d'aiguiser son intelligence sur l'établi de sa mort. Au contraire, les cimetières sont là pour nous faire cesser encore davantage de penser que par bon vent et sous une brise légère. Songe que le naufrage des plus grands empires fait surgir de terre des bâtisseurs habiles à dresser dans les nues de gigantesques métropoles du fabuleux ; songe que les édifices du fantastique sont d'autant mieux pointés vers le ciel que les peuples et les nations sont demeurés plus ignorants. C'est pourquoi l'Ecole est appelée à allumer la mèche d'une révolution politique dont le passé ne lui fournit aucun point d'appui, puisque nous demeurons seuls à savoir que le genre simiohumain actuel ne dispose pas encore de l'encéphale qui lui permettra un jour, si la nature consent à produire ce miracle, de se nourrir du pain de la mort. .

Le 1er juin 2007

perso.orange.fr