1-9 De la sagesse et de la frivolité en politique

22 min

Le 27 de la lune de Maharram, 2007
Rica à Rhedi

Je trouve les caprices des Français étonnants. Il y a près de trois siècles que l'un des plus illustres de leurs ancêtres, le baron Charles de Secondat de Montesquieu, leur racontait les parures des femmes de Paris. Quelquefois, écrivait-il, leurs coiffures montent insensiblement, le lendemain, une révolution les fait descendre d'un seul coup. Tantôt, ajoute-t-il, leur ascension met leur visage au milieu de leur corps, tantôt, ce sont leurs pieds qui occupent cette place, tellement leurs talons les tiennent en l'air. Faut-il croire ce philosophe quand il soutient que les architectes de sa nation ont bien souvent haussé, abaissé ou élargi les portes des maisons et des châteaux du pays " selon que les parures de leurs femmes exigeaient ces changements " ?

Aujourd'hui, les Gauloises portent à leur gré la redingote citoyenne ou la robe de cour ; et comme elles ont l'intelligence de changer sans cesse de toilette afin de plaire aux spectateurs au gré des lieux et des saisons, leur garde-robe leur donne un grand avantage politique tous les cinq ans, quand elles briguent le trône transitoire que les démocraties ont établi dans leur sein ; car elles s'habillent pour tous les publics de France et de Navarre, tandis que leurs maris, leurs frères, leurs cousins, leurs oncles, leurs pères ou leurs grand-pères se voient réduits à la portion congrue. Aussi est-ce un bien triste spectacle que celui de leurs cohortes impatientes, qu'on voit se bousculer dans le sillage des déguisements habiles et superbes de leurs femmes. Mais pour l'étranger, c'est un grand amusement d'accompagner dès le matin un cortège hilare ou ronchonneur .

L'événement le plus extraordinaire de la représentation est le rassemblement, à la fin de chaque lustre, des Français de tout âge et de toutes conditions condamnés à ne jamais changer jabots et dentelles pour désigner le directeur du théâtre pour le lustre suivant. Cette année, douze acteurs de haut vol, dissemblables à souhait par leur prestance, leur dégaine et leur débit se pressent aux portes du palais de leur République ; et c'est le peuple tout entier qui choisit dans un grand rire ou avec des mines austères le personnage mal ficelé ou revêtu d'une parure éclatante, dont la fonction sera de guider sans sourciller sur la scène de l'histoire du monde une nation tour à tour enjuponnée et pantalonnée . Il faut savoir que ce mode de pilotage des Etats modernes est tellement hasardeux que le gouvernement actuel des Français s'est hâté, quelques jours seulement avant de remettre au peuple souverain le sceptre de son destin , de modifier la Constitution avec toute la sagesse des Lycurgue et des Solon, afin de permettre à leur Parlement et à leur Sénat de se constituer précipitamment en haute cour de justice et de voter à toute allure la destitution d'un président de pacotille qu'une foule égarée par le chant des Sirènes de la démocratie aurait élu par inadvertance, ignorance, négligence ou malencontre ; car les candidats aux suffrages majoritaires de la folie ou de la raison diffèrent entre eux comme le lapin de la belette et l'aigle du passereau, de sorte que le sceptre de la félicité ou du malheur fait changer à la nation de voix et de plumage au gré des cahots et des soubresauts du vote populaire. Hélas, celui-ci se révèle le plus puissant et le plus instable des monarques ; et c'est en tremblant que les philosophes du pays le voient côtoyer les précipices en sifflotant et tomber dans des coupe-gorges par surprise.

Il se trouve que les Français sont encouragés à persévérer dans l'insouciance et la frivolité par la prudence même de leur Etat ; et plus la sagesse de leurs législateurs est avertie, plus leur pharmacopée des catastrophes convainc les citoyens à prendre leur destin en mains d'un cœur d'enfant jouant à la marelle. Il est assurément raisonnable de disposer de chirurgiens du suffrage universel dont l'habileté et l'expérience permettent de remonter le cours de l'histoire et de remettre sur ses jambes une patrie à demi ensevelie sous les décombres de sa gloire et de sa grandeur passées. Mais j'éprouve quelqu'étonnement de ce que la miséricorde d'Allah le tout puissant bénisse des millions de rieurs et de joyeux lurons que le tragique de la légèreté met à la fête tous les cinq ans. La frivolité des Français est-elle donc invétérée au point de défier le sens commun ? A-t-on jamais vu un peuple se rendre sur le forum pour y désigner non point le chef serein, le chef d'expérience, le chef au cerveau tranquille qui pilotera l'Etat d'une lune de Saphor à une lune de Rebiab, d'une lune de Gemmadi à une lune de Chahban, d'une lune de Zilcadé à une lune de Maharram , mais seulement le pitre qui aura distribué le plus de sucreries à la foule ? La France est-elle un Pactole qui déverse sans fin les plus riches présents dans le boîte de Pandore de la crédulité publique ? La France sera-t-elle dirigée d'une main de fer dans un gant de velours au profit de l'étranger ou d'une main de velours dans un gant de fer pour la grandeur et la souveraineté de la nation ?

Je te raconterai la pièce au fur et à mesure de son déroulement ; car le drame s'annonce cornélien et racinien tout ensemble. En vérité, tout le répertoire du théâtre français sera de la fête . Mais je crains fort que, dans les coulisses , des géants plus anciens tirent les ficelles de l'histoire de la France ; je crains, mon cher Rhedi , qu'Eschyle et Shakespeare ne viennent réduire au rang de figurant un peuple qui n'aura pas appris à défier la mort.

3 avril 2007


2 - La décadence de la raison
Le 7 de la lune de Rhegeb, 2007
Rica à Rhedi

Mon cher Rehdi, chez les Romains, le grand pontife, Mucius Scaevola, disait qu'il était bien nécessaire que le peuple ignorât beaucoup de vérités et crût en beaucoup d'erreurs, parce que cela permettait de dénoncer le tragique de tous les malheurs de la nation dans la fureur de quelque dieu dont on avait négligé le culte . Il suffisait donc, pour que la République voguât en sûreté parmi les récifs, qu'on apaisât sa colère à multiplier les sacrifices et les processions. En ces temps reculés, plus une croyance se voulait contraire au bon sens des hommes, plus elle répondait au génie des dieux. Les Français ont perdu le grand avantage dont bénéficiaient leurs ancêtres de purifier Paris avec des torches, du soufre et de l'eau salée ; mais il est bien embarrassant, pour un Etat, de ne plus disposer de l'intelligence des idoles les mieux affûtées pour sauver la patrie, et plus fâcheux encore d'avoir perdu le bénéfice de l'heureuse disposition des entrailles des poulets.

Comment conduire un Etat à bon port si, faute du juge infaillible qu'était le bon appétit d'une volaille , il ne reste, pour toute pitance du ciel qu'un fleuriste heureux, un chantre des merveilles de la nature, un laboureur tenace, un éleveur chanceux, un chasseur passionné, un pêcheur à la ligne? Comment piloter sans victimes la nation des élus de la liberté ? En vérité, les Français ne se posent même plus une question aussi saugrenue que celle de défier les tempêtes de Chronos. Puisque l'océan des âges a cessé de déchaîner ses flots, les cuirassés du plus puissant empire de la terre patrouillent impunément de Gibraltar jusqu'à Tyr.

Les dernières nouvelles du nez des Français sont alarmantes. Plongés dans leur assiette, leur peu de flair les empêche de sentir l'odeur de l'étranger qui les vassalise. Les narines de Clio sont vainement alertées par l'interdiction adressée à Paris de se livrer au commerce des armes avec la Chine , par l'installation de garnisons de plus en plus puissamment armées sur le territoire de l'Italie et de la Pologne, par l'ordre donné à toute l'Europe de renier les principes de la justice et du droit dont l'Europe se réclamait hier encore, par le verdict de l'empereur de la liberté de condamner à la famine une Palestine coupable d'avoir voté pour sa délivrance, par la mise en pilori d' Ispahan pour le motif qu'à l'exemple de nos voisins, nous essayons de nous procurer une arme que huit Tartufe se partagent et dont nous savons tous qu'elle est inutilisable sur les champs de bataille. Mais surtout, la raison de l'Europe asservie s'est à ce point affaiblie qu'elle ignore combien le prestige des descendants de Darius exige désormais que nous possédions les mêmes foudres de l'imagination que le Vatican, dont les fulminations précipitent des peuples entiers aux enfers. Faut-il que l'Occident ait perdu la tête pour oublier que jamais trois dieux armés des marmites du diable ne se feront une guerre des rôtissoires. Les dieux ne sont pas plus suicidaires que leurs adorateurs. Et pourtant, de la Hollande à la Finlande, de la Suède à la Pologne, de l'Allemagne à la Roumanie, les dirigeants élus de l'Europe sont reçus en livrée dans le ranch d'un Pygmée du Texas !

5 avril 2007


3 - Tambour battant
Le 6 de la lune de Chalval, 2007
Rica à Rhedi

Mon cher Rhedi, Le plus amusant, chez les Français, est l'art avec lequel ils font un mélange de leur frivolité avec le grain de sérieux qu'il faut parfois leur reconnaître ; car, d'un côté, ils demandent le plus sérieusement du monde à des candidats étrangers à l'art de gouverner de se présenter à leurs suffrages pour le temps d'une ritournelle ; puis, par un comble de la dérision, ils affectent d'accorder à leurs chuchotements un temps de parole fort équitablement partagé, tellement leur culte de l'égalité les transporte dans le ciel de leurs idéalités. Mais, dans le même temps, ce qui leur reste de logique leur fait dresser l'oreille et les fait se mettre à l'écoute de deux ou trois candidats seulement, parce que la capacité de ces derniers de se faire entendre repose sur des armées de partisans .

Sitôt l'élection achevée, qu'advient-il des acteurs de fantaisie que la bénévolence des Français a laissé jouer un rôle d'amuseurs publics au cours du premier acte? Le couperet qui met fin à la plaisanterie est-il si cruel qu'il laisserait des morts sur le carreau ? Ce serait mal prendre la mesure de l'entendement de ce peuple de négliger son art d'accommoder les restes de la comédie. Sache qu'à peine le rideau est-il tombé que les vaincus bénéficient pour longtemps du tapage auquel le suffrage universel les a autorisés à se livrer ; et ils se changent pour toujours en factions et en cénacles. Mais n'imagine pas que le duel auquel se livrent ensuite deux survivants seulement de la première bataille les décidera enfin à s'occuper un peu plus sérieusement des affaires du monde et du rôle que la France sera appelée à y jouer. Fifres et les tambours vont maintenant si bien faire retentir les mêmes sornettes que le dernier acte de la représentation sera mené tambour battant.

6 avril 2007


4 - Le cerveau des élites
Le 16 de la lune de Chalval, 2007
Usbek à Rhedi

Comme il est difficile, mon cher Rehdi, de détourner le regard des Français de leurs papillotes et de leurs fanfreluches ! Ils avouent eux-mêmes que, de tous les régimes politiques, la démocratie est le pire, mais que ce pire passe encore avant tous les autres tellement il présente de mérites. Nos philosophes ont comparé les vices et les vertus respectifs des théocraties d'autrefois et des idéocraties d'aujourd'hui . Ils en ont conclu qu'il n'existe jamais que des semi tyrannies ; car tous les Etats du monde sont menés par des oligarchies de complexions diverses, les unes se réclamant de dogmes immuables, les autres se grisant des vapeurs d'une science de l'action réputée infuse et qui inspirerait les masses à l'image des effluves de feu la grâce divine.

Mais, selon nos philosophes, les classes dirigeantes des nations n'en sont pas moins fort inégalement éclairées. Ce sont les époques, les climats et les lieux qui leur font un cerveau. Comme tous les autres, le régime démocratique se tient en équilibre entre les périls extrêmes de la tyrannie et ceux de l'ignorance des foules. La balance à peser ces deux épouvantes n'a jamais été construite; mais les désastres attachés à la double démence qui frappe notre espèce culminent dans l'élection du chef dans les démocraties, parce qu'il est impossible d'initier le peuple tout subitement et seulement pour la circonstance aux vrais enjeux de la politique, qui sont internationaux par définition . C'est pourquoi les démocraties sont faites pour naviguer par temps calme et sous une brise qui les fait chantonner, tandis que les tyrannies passent de la médiocrité désarmée à la sottise musclée.

6 avril 2007


5 - Le retour des fétiches
Le 7 de la lune de Maharram,
Usbek à Ibben

De quoi est-il le plus interdit de parler à Paris et dans toute l'Europe d'aujourd'hui ? De l'intelligence . Pourquoi cela ? Parce que ce sujet conduirait les esprits à distinguer les cultures des civilisations. Mais pourquoi serait-il si dangereux de séparer les magiciens des savants? N'est-il pas bien évident que toutes les civilisations sont également des cultures, mais que toutes les cultures ne sont pas des civilisations ? Malheureux, qu'avez-vous dit là ! Il n'est pas de pire hérésie qui se puisse proférer à Paris que de refuser la confusion entre les travaux de l'intelligence et l'écheveau des traditions et des coutumes, entre les droits de la raison de ceux des mœurs et des croyances, entre les forces du savoir et celles des rites et des superstitions, entre les pouvoirs de la connaissance et les privilèges dont jouissent désormais les mythes et les religions.

Pourquoi une damnation , une malédiction, une pestifération aussi subite qu'irrémédiable a-t-elle frappé la ville des lumières? Parce que l'Europe s'affole de ce que Descartes soit désormais fort bien reçu au-delà de l'Océan et qu'il nous revienne, son Discours de la méthode dans une poche de sa redingote et , dans l'autre, un traité de stratégie des Clausewitz de la démocratie conquérante à l'usage des indigènes du monde entier. Face au grand danger que serait la signature d'un traité d'alliance entre le sceptre de la logique français et une religion de la liberté à l'usage des indigènes face au péril extrême d'un pacte entre le règne des armes et une catéchèse de la justice universelle au profit d'un empire, face à l'apocalypse d'une entente des Machiavel de la vertu avec l'asservissement du monde au glaive des idéalités que brandit un césarisme de la liberté, Paris et Athènes, Rome et Berlin, Madrid et Moscou croient trouver le salut à sacrifier leur intelligence sur l'autel des cultures, afin de dresser la multitude des folklore et le bruissement des roseaux face aux légions des messies impériaux.

Naturellement, cette pharmacie ne fait que précipiter le désastre ; car si la culture des Hottentots est une civilisation, réjouissons-nous de la découverte récente de la civilisation des chimpanzés ; et regrettons seulement que nos ancêtres à fourrure n'aient pas encore produit des sorciers pour bénir les chefs d'œuvre de leur génie dont nous ferons une exposition sur les rives de la Seine.

Vois comme les civilisations sont mortelles, vois comme elles sombrent corps et biens dans le naufrage de leur intelligence, vois comme les descendants de Darwin et de Freud retournent aux fétiches et aux amulettes de leurs ancêtres !

7 avril 2007


6 - L'école de la vassalité
Le 20 de la lune de Rhegeb
Usbek à Rhedi

Pourquoi la monarchie démocratique des Français ne tente-t-il jamais d'attirer l'attention du peuple sur le destin du monde ? La terre entière voit l'Europe enserrée, comprimée, étouffée. Beaucoup jugent admirable l'insouciance d'un peuple qui détourne les yeux du tragique qui va l'engloutir. Quelques-uns s'irritent du peu de probité des soupirants du suffrage universel ; car ces ambitieux ne rêvent que de s'emparer du sceptre d'un Continent tombé en quenouille. D'autres font valoir que les bons pédagogues doivent se garder de bousculer l'âge tendre. Ceux-là réduisent à l'impuissance les quelques sages qui s'obstinent à rappeler que les peuples et les nations ne sortent pas tout seuls de l'enfance et qu'à les livrer trop longtemps aux périls que leur fait courir le bas-âge, le malheur épuise leur volonté et leur courage avant l'heure. Les Français hésitent à grandir et à mûrir entre une reine souriante et un roi volubile. En vérité, c'est sans seulement s'en douter qu'ils vont choisir entre deux élites , l'une spécialisée dans la promesse de quelques sucreries, l'autre d'ores et déjà vassalisée au profit d'un empire étranger.

Il fut un temps où l'un de leurs philosophes les plus prometteurs est venu instruire sa jeunesse à l'école de nos sages. De retour dans son pays, il a enseigné à ses compatriotes à réfléchir à l'esprit des Etats et des lois, à observer l'influence des mœurs sur la politique des nations et à peser les poids respectifs de la raison et de la superstition sur la conduite des affaires de la planète. C'est ainsi que nos sages du XVIIIe siècle ont fait accoucher Paris de la pensée mondiale de leur temps. Et voici que cette même France à laquelle, selon nos historiographes les plus sûrs, nous avons enseigné à se délivrer des ténèbres du Moyen-Age y est retournée à si vive allure qu'elle vénère désormais à nouveaux frais et sous un autre habillage non seulement les fétiches et les amulettes qui encombrent encore les autels de leur vieille religion, mais les superstitions et les charlataneries qui fleurissent depuis le fond des âges sur les cinq continents.

Comme il est difficile de faire emprunter à une nation le rude chemin de la pensée ! C'est que les plats du vrai savoir sont amers. Mais vois combien le naufrage de leur raison est la cause de la ruine politique des Français! Un peuple qui n'ouvre plus les yeux sur ses sorciers oublie bientôt de les ouvrir sur le glaive de l' étranger qui le transperce. La France se laissera-t-elle abêtir jusqu'à la moelle par l'armée des messies de la démocratie impériale devant laquelle elle s'est agenouillée au milieu du siècle dernier ?

En vérité l'Europe d'aujourd'hui est aussi divisée qu'autrefois entre ses philosophes debout et ses devins prosternés ; simplement, la démocratie l'a fait changer d'autels. C'est sa liberté qu'elle expose maintenant sur ses offertoires, c'est de sa liberté qu'elle fait l'offrande au ciel de son vainqueur, c'est sa liberté même qui expose le pain de sa servitude sur ses propitiatoires. Aussi ne sait-elle même plus qu'elle est en guerre contre le faux délivreur qui l'a attachée aux sortilèges de ses sorciers de la liberté . Mais vois comme nos philosophes d'autrefois ont eu raison d'enseigner une autre liberté que celle dont l'Europe se réclame aujourd'hui . Car les dirigeants des peuples qu'ils ont asservis aux vœux de l'étranger deviennent bientôt de si grands menteurs et se montrent à ce point transis de peur devant leur maître d'au-delà des mers qu'ils comptent sur leurs doigts les maigres phalanges de leurs partisans; et ils se voient bientôt condamnés à l'impuissance à l'école même de leur vassalité .

7 avril 2007


7 - La raison et la liberté
Le 25 de la lune de Rhegeb
Usbek à Rhedi

C'est sur les chemins de la saine logique politique de leurs philosophes que les simianthropologues français ont enseignée au monde que les malheurs de la servitude s'enchaînent inexorablement les uns aux autres, c'est à l'écoute de leur dialectique qu'ils observent les chaînes de la peur à laquelle les gouvernements domestiqués par l'étranger ne tardent pas à se soumettre en retour. Mais comment le génie cartésien de la France arracherait-il les peuples de la vieille Europe au sommeil dans lequel leurs dirigeants décervelés les maintiennent si le peuple français ne donne plus au monde entier le fier exemple d'une liberté qu'il avait conquise sur ses autels ?

On me dit que la nation ne dort pas vraiment, on me dit qu'elle regarde ailleurs , on me dit qu'elle n'a pas d'yeux pour les peuples asservis qui l'entourent. Mais on me dit aussi qu'on ne fait pas taire longtemps les Français ; on me dit aussi que chaque fois qu'ils se sont réveillés, ils ont coupé des têtes de la valetaille de leurs rois.

Puisse le monarque des Français que nous appelons de nos vœux s'occuper à rendre à ses sujets une justice inviolable ; puisse Allah retirer les petits de l'oppression des grands ; puisse le ciel de la France ressuscitée reculer encore les bornes de sa puissance et reprendre son combat contre l'injustice du monde . .

8 avril 2007


8 - Un peuple disparu peut-il réapparaître ?
Le19 de la lune de Maharram,
Usbek à Rhedi

Je t'écrivais, il y a peu, du bon cœur des Français. Car leur commisération est grande pour tout ce qui est étranger ; mais sache que leur pitié ne porte jamais que sur des bagatelles, tellement ils se méfient d'eux-mêmes sur les affaires d'importance. Aussi veulent-ils bien s'enchaîner aux lois d'une nation rivale ou même ennemie jusqu'à se dégrader, pourvu que leurs perruquiers décident de la forme des perruques sur toute la terre. Rien ne paraît plus décisif aux législateurs du royaume que d'asservir du septentrion au médian l'univers au règne de leurs cuisiniers.

Le plus grand dommage qui en découle pour leur nation est la condescendance dont ils font preuve à l'égard de ceux de leurs grands hommes dont le génie mérite de s'étendre à toute la terre. Il y a près de trois siècles, leur Montesquieu s'est exercé à étudier l'esprit des lois de tous les peuples de l'univers et les formes singulières que prennent les Etats. Or, la folie du siècle présent ne résulte que de l'oubli de ses écrits . Comment se fait-il que tout ce qui s'arme d'une plume en fasse fi ? C'est que les Français confessent de bon cœur que les autres peuples de l'Europe peuvent bien se montrer plus raisonnables que Paris pourvu qu'ils se reconnaissent mal vêtus et mal chaussés.

Voici, parmi cent autres, un exemple de l'indifférence de ce peuple pour ceux de leurs compatriotes dont le malheur est d'avoir fécondé le cerveau de l'humanité . Il y a une soixantaine d'années, un décret de l'ignorance et de la sottise de toutes les tribus de la terre a subitement décidé de réinstaller le peuple de Moïse sur le sol dont il avait été si injustement chassé par les Romains il y a quelque deux mille ans. Crois-tu qu'il se soit trouvé un seul Gaulois pour rappeler à ses compatriotes et à tout l'univers que les mœurs , les lois et la religion de cette peuplade avaient été étudiées soixante lustres plus tôt par l'un de leurs auteurs les plus illustres et que si les descendants de Vercingétorix demeurent le peuple le mieux cravaté du Vieux Continent, il compte également dans ses rangs des Hippocrate de la folie dont aucune autre nation n'a seulement songé à égaler les écrits.

Qu'ont donc enseigné au monde les Esculape français de la politique ? Qu'un peuple transporté sur le territoire de ses ancêtres par un coup de baguette des magiciens Cujas ou Galien y fera grossir les deux cerveaux dont le genre humain se partage les sortilèges, celui qui s'attache à bénir la terre et celui qui fait monter des parfums dans les airs. Il faut savoir que les Etats sont à l'image des peuples qui les font mouvoir et qu'il n'est pas de nation qui ne tente, non seulement d'étendre son territoire à l'appel de son Dieu , mais également de se vaporiser dans les nues. De cette collaboration sont nées les idoles construites à la taille des empires. Qu'en est-il de la coalescence des effluves dont les rêves et les armes de l'humanité sont issus ?

10 avril 2007


9 - La psychophysiologie des peuples
Le 21 de la lune de Maharram,
Usbek à Rhedi

Les Français d'aujourd'hui ont oublié de dévider l'écheveau des évidences qui lui auraient permis de prédire que le peuple des Tables de la loi allait s'appliquer à reconquérir arpent après arpent la terre de ses aïeux et qu'il n'aurait de cesse qu'il n'eût répandu son verbe et sa semence sur toute l'étendue de la Judée et de la Samarie; et il était non moins démontré que la moitié de la boîte osseuse du simianthrope rêveur et velu alimenterait l'autre moitié, de sorte que la manne des songes les plus exaltants ferait germer des connexions durables entre les labours et les Ecritures du peuple du Sinaï. Aussi n'a-t-il pas tardé à suer sang et eau afin de transporter dans son ciel les royaumes de la terre porteurs du sceau de son ciel.

Mais l'histoire de l'alliance du fer et du songe est soumise à des coupures de courant . Israël avait résisté à vingt siècles d'errance et d'exil. A replonger dans l'histoire cuirassée, son encéphale dédoublé allait enfler jusqu'à l'hypertrophie. Du coup, il se produirait un hiatus grandissant entre les lobes cérébraux aussi antagonistes que conjoints qui contraignent notre espèce à en découdre avec sa dichotomie cérébrale . Mais jamais nos anthropologues n'avaient réussi à loger une variété estampillée d'évadés de la zoologie dans un vaste bocal et à les livrer en grand nombre à une expérimentation sans exemple de notre historicité propre.

Pendant un siècle entier, les anthropologues français ont enregistré les courts-circuits et les collapsus qui leur ont permis de fonder non seulement la première anthropologie expérimentale, mais de doter la France du premier regard jamais porté de l'extérieur sur notre boîte osseuse . Car, chez les Gaulois , les deux encéphales qui les habitent - l'onirique et son valet de chambre en ce bas monde - cohabitent ou collaborent sans trop se chamailler. Certes, il arrive que le domestique emprunte un instant la tenue de son maître ; certes, il arrive que le maître retrouve son sceptre et tienne à nouveau les rênes du cosmos entre ses mains ; certes, il arrive même qu'il s'installe avec tant d'éclat sur le trône de l'univers que ses palefreniers s'en montrent tout déconfits. Mais après tant de siècles de bons usages et de partage des épreuves communes à ses deux encéphales, la France du rêve et celle des labours s'accordent pour emprunter un régime de croisière, chacune se réservant un labourage et un pâturage partagés à sa fantaisie entre les nues et le sol.

C'est pourquoi les auteurs français n'ont pas leur pareil pour juger du degré de raison et de folie des nations oscillantes entre le rêve et la herse; et si leurs compatriotes n'étaient pas si entichés de leur cuisine, de leurs parfums et de leurs vins , la gloire de leur Montaigne, de leur Descartes et de leur Montesquieu feraient une constellation sans pareille dans le cosmos. Car les simianthropes de ce pays ont si bien assagi l'organe bipolaire qui scinde les fuyards de la nuit animale entre leurs étoiles et leur glèbe qu'ils ne cessent de radiographier la folie politique de l'Europe et du reste du monde.

11 avril 2007

perso.orange.fr

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