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La systémique comme moyen d'action

Lorsqu'il s'agit de conception on parle souvent d'évolution itérative, dans la simple mesure où il s'agit d'observer les effets de la mécanique pour en corriger l'émergence.
En fait à ce niveau de complexité on pourrait ne parler que de rétroaction, où notamment on remarque que les effets produit par le système sont "vivants" dans la mesure où ils l'influencent. Cela évoque l'adaptation biologique au milieu, si on se demande comment ça marche, ça ne peut être que le fruit d'une interaction.

L'itération elle, évoque plutôt un processus complexe entièrement automatisé qui est capable de s'auto-réguler. Un robot fait tourner une boucle de code pour tenir en équilibre. Et (bon c'est un exemple) d'autres processus peuvent très bien venir secouer ce calcul qui tend à chercher la stabilité (comme quand il faut marcher).

Mais il faut bien comprendre que l'interaction n'est pas un dialogue sur un même canal. Il faut bien comprendre (bis répétita) que l'émergence comme le correctif ne sont pas reliés à leur cause par de simple câbles.

Souvent on cherche des particules ou des ondes pour suivre la trace du transport d'un message, là où il s'avère (oh mon Dieu !) que c'est un lien immatériel qui fait passer de la cause à la conséquence : la systémique. C'est à dire le fait que les choses fonctionnent ensemble.

L'émergence est en quelque sorte la multiplication des composants entre eux. Le fonctionnement du système se résume à la coordination de ses composants. C'est ça aussi l'adage de l'alchimie, la trans-mutation, ou comment et pourquoi l'existant est si éphémère et fragile... Il est un peu comme un immeuble, sans cesse prêt à s'effondrer, mais retenu en l'air par sa conception.
L'émergence commence par l'idée qui est à la base de l'assemblage et de la coordination des composants : quelqu'un s'est dit qu'en les mettant ensemble, on pourrait créer une nouvelle fonctionnalité.

Et souvent d'ailleurs cette nouvelle fonctionnalité aboutie n'a pas de plus bel avenir que de remettre en cause l'existant sur lequel il se fonde, en lui apportant les graines d'une meilleure efficacité.
Et d'ailleurs cela ne marchera jamais d'autant mieux qu'il y aura une cohérence voire même une résonance entre les buts du système en action et les buts de ce sur quoi il se base...

C'est ainsi que s'illustre l'importance de creuser dans les fondements les plus élémentaires, et de se poser des questions sur ce qu'on est en train de faire. C'est comme ça qu'on peut relier les grandes questions philosophiques (Qui sommes-nous ? Quel est le but de la vie ?), l'éthique (Pourquoi est-il illogique de faire du mal), et ce qui dans la pratique régit la vie quotidienne des habitants d'une civilisation. Il doit y avoir une articulation entre la nature et le système social.

L'autre courant dans la conception d'un système est donc le moment où on fait remonter les choses inattendues ou indésirables afin d'imposer de nouvelles restrictions au système. En effet à chaque fois qu'on découvre des problèmes on élague des capacités du système afin qu'il s'épargne une entropie susceptible de finir par dominer, et donc tout faire s'arrêter.

Si on maîtrise son fonctionnement, c'est facile, on dira qu'il suffit d'appuyer ici et relâcher là-bas. Et comme par magie (alors que ça n'a presque rien à voir) à l'autre bout de la chaîne on verra les effets négatifs disparaître.
Mais dans un système complexe chaque cause a des effets en cascade, il faut des systèmes génériques, tels que des interrupteurs complexes, capables d'agir de façon globale, et dont les effets sont vaguement faciles à prévoir, à ceci près qu'au moins ils sont contenus et maîtrisés.

Il y a beaucoup de domaines de la vie de tous les jours où on n'observe pas ce retour d'expérience dans ce qui est produit. Les commerçants peinent encore à joindre le slogan à la réalité alors que l'époque place (de façon figurative) l'utilisateur comme concepteur et propriétaire de tout ce qui peut l'aider à agir positivement. Ce serait bien, un monde où la propriété de tout bien est automatiquement affectée à celui qui en fera le meilleur usage (tout simplement...)

Même en politique ou en astrologie ou la météo ne revient jamais sur ses précédentes prédictions afin d'améliorer leur modèle qui leur permet d'avoir un quelconque contrôle sur le devenir de la société. Enfin je pense quand même que la météo est bien plus aboutie dans ce domaine. En politique ça s'appelle la démocratie, et ça consiste à répondre par oui ou par non à une question qui n'a rien à voir avec rien (en gros).

En encore une fois avec ce second courant, le retour sur expérience, l'effet qu'il a sur la conception n'est pas déterministe. Au départ (mettons, à l'époque de la royauté) l'effet était nul, mais dans une société connectée, il ne peut demeurer nul (pour le moins qu'on puisse espérer).

Il peut très bien arriver que ce soit la somme des retours sur expérience qui donne l'idée de créer un sous-système qui pourra s'occuper de ces cas de façon générique... en plus de servir à d'autres tâches et d'en simplifier la gestion.

C'est à dire que le correctif d'un système peut très bien, au lieu de générer une contrainte supplémentaire, être l'occasion de se débarrasser d'une grande somme d'anciennes contraintes au moment d'une rénovation.

Eh oui à l'ère de l'urbanisation des systèmes d'information on a acquit une bien meilleure compréhension des forces à l'oeuvre dans une société, de toute évidence déclinante, car agrippée à des usages qui appartiennent à une autre civilisation, non connectée.

En conclusion je peux redessiner le schéma que nous venons de parcourir, c'est simple : l'émergence résout un problème en en créant des petits, qui peuvent germer si on ne s'en occupe pas, tandis que le retour sur expérience permet de créer des solutions nouvelles.

Bon je sais pas si c'est la peine de rajouter que c'est ça qui nous manque.
Juste, il fallait mettre en évidence le fait que la systémique, chose immatérielle et difficile à exprimer ou à définir correctement, a une action réelle sur le vivant (et tout ce qui évolue).

Et qu'en ayant compris au départ qu'on n'obtient pas de résultats plausibles sans réfléchir à la mécanique d'ensemble, ni sans innover des solutions géniales (à base de une pierre deux coups).

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Les différentes initiatives de développement alternatif, la permaculture, les villes à rendement optimisé, les énergies alternatives, le logiciel libre, l'éducation adaptative, qui nous sont souvent présentés comme des graines d'un monde meilleur, sont en réalité l'évolution normale due à un retour sur expérience que les industriels sont contraints d'ignorer.

Ce qui est sidérant est qu'elle apparaissent comme marginales alors que nulle part ailleurs rien ne veut ni ne peut évoluer.

J'ai souvent observé que le système du commerce a pour principale émergence de freiner un grand nombre d'évolutions, surtout sur le plan humain et social, et même pour epêcher directement les gens de s'organiser, pour diriger cette "énergie évolutive" sur des petits gadgets en plastique sans intérêt (ou enfin bref, des besoins artificiels).

Ils sont devenus tellement forts dans l'art du mensonge qu'ils en perdraient presque l'usage du muscle de la vérité, y compris envers eux-mêmes.

En fait le plus souvent les expérience positives et les bonnes intentions se noient dans un brouillard de médisance et de récupération, jusqu'à la lassitude d'une idée qui n'a jamais vue le jour.

Alors, au moment où ces initiatives alternatives commencent à prendre racine et même qu'elle savent déjà devoir un jour converger, et devoir être régie par un système non-injuste, je tenais formuler l'idée selon laquelle... (bon pour tout résumer en une phrase) il faut d'abord apprendre à se corriger soi-même.

Ah oui, elle a déjà été récupérée celle-là ? dans le but de faire culpabiliser les gens là où c'est le Système qui devrait s'en occuper ? Ah pardon. Non mais l'idée c'est qu'à force de fabriquer des choses qui marchent, on finit normalement par obtenir un esprit plus souple et désireux de corriger les erreurs. C'est ça qui manque le plus !