070517 7 min

Dictats

"Une fois débarrassés du fardeau de la réflexion, les choses vont plus vite !".

La raison pour laquelle nous parlons, alarmés, de dictature naissante, échappe encore à la plupart des gens ; surtout ceux qui en sont le sommet.

Faire lire systématiquement un texte de Guy Môquet à la rentrée de toutes les classes, est vraiment un exemple saillant d'intensité pour étudier cette question de dictature, mesurée par ses principes et ses effets.

Car toutes les dictatures du monde n'ont jamais annoncé leur advenue avec un grand panneau. Ce qui était du fascisme à l'époque Nazie ne peut plus en être aujourd'hui, car il est désormais qualifié ainsi, et sûrement que si cela avait été le cas à l'époque le courant n'aurait pas prit.

Il faut en conclure qu'il existe un courant similaire aujourd'hui qui rôde et qui est aussi peu détectable que l'était le nazisme à l'époque pour ceux qui ont eu la malchance de naître à ce moment-là et à cet endroit-là.

La raison en est que le précédent courant n'a pas été résolu, compris, assez analysé, seulement pointé du doigt et banni, refoulé, et resté incompris ; il a pu muter, se déplacer, changer de paradigme, mais pas de fonctionnement.

Un fonctionnement qui, quand il prend racine dans les réflexes, se répand comme le feu dans une broussaille asséchée, comme les défenses psychologiques des cerveaux concernés par cet exemple.

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C'est pourquoi il est criminel suicidaire ou démentiellement archaïque de refouler les analyses de nombreux intellectuels qui vont dans ce sens.

Quiconque a une connaissance même superficielle de l'Histoire sait avec quelle imprévisibilité peut s'engendrer un rouleau-compresseur qui détruit toute une société en une décennie.

Quiconque a un tant soit peu de culture admet combien il est primitif de devenir colérique lors d'une insuffisance de capacité à formuler ses pensées.

Pour analyser le cas de figure présenté par cette décision, somme toutes présentée comme anecdotique, il faut bien trier le bon grain de l'ivraie.
Il ne faut pas hésiter à dire du bien ET du mal de tout objet d'analyse.

Cela n'est jamais le cas, toutes les analyses sont polarisées, en fait disjointes en des lieux séparés, les "pour" et les "contre" et aucun des deux camps n'est capable de dire le moindre bien de l'autre.

Car dans la procédure habituée, les arguments ne sont jamais que des points d'appuis pour exprimer des contrariétés plus profondes et difficilement communicables.

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Contexte / Stratégie : passer en contre-coup pour un gouvernement souple et ouvert, afin de calmer ce qu'une étude aura prévue facilement, les velléités de guerre civile si Sarkozy était élu.
Juste avant les législatives cela permettra de s'octroyer le plein contrôle du pouvoir, afin de mettre en oeuvre le libéralisme plus rapidement.

Images d'émotion, applaudissements, sacre, ouverture, dynamisme, le public est conquit, presqu'autant qu'il le serait par le héros d'un feuilleton.

Et dans cette ambiance, une lente habituation à des mots violents dits doucement et en souriant s'opère mine de rien.

Des idées présentées comme des évidences énoncées à des blaireaux qui ont les idées confuses, de façon "décomplexée" (les nazis étaient très "décomplexés aussi), l'air de dire tout simplement "n'ayons pas peur des mots", "disons les choses comme elles sont"...

Comme tous les ordres autoritaires et brutaux, ils n'attendent aucune négociation, ils sont intégralement accepté et mis en oeuvre sans condition.
On appelle cela, en informatique, "des instructions".

Ce qu'on craint ce sont les habitudes que cela crée.
Autant que le fond du discours l'instruction est la suivante : la promesse d'affecter une grande richesse ou pauvreté à qui "le mérite".
Mais emballé comme c'est emballé, personne ne suppose qu'il y ait quelque chose de mal dans cette idée. Ni même ne fait le rapport avec Orwell, quand un mot, "le mérite" se traîne une acception diabolique.

Alors que nous devrions préalablement étudier cette question : Qu'est-ce qui fait le mérite ?

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Si cela avait été un autre texte (que la dernière lettre de Guy Môquet) la question suivante, de la légitimité d'une telle imposition, aurait été soulevée, comme un bouclier pour se défendre de ce qui eût été maladroit ou mal venu.

Mais là on ne peut rien dire.
On ne pourra qu'être d'accord avec l'idée d'instruire les jeunes cerveaux de son histoire, ses mots, sa force.

Peut-être que pour certains, Palestiniens cruellement exterminés par le silence international, cela doit avoir un goût amer, si cette scène est encore toute fraîche, datant peut-être de quelques jours à peine.

Mais une fois dégagés de la lourdeur du contenu, n'étudions que la procédure.
Il s'agit de systématiser la dictée d'un texte appelé à devenir rituel.

Une Dictée. (un Dictat ?).
Et surtout une dictée qui parle de quoi ? De la mort imminente, d'une violence inouïe, de la Shoa (Catastrophe) qui s'est abattue sur l'Europe à cette époque.
Cela parle de "rupture" également, de séparation brutale et définitive, d'abandon, de perte, et je le redis, de mort.

Inutile de rajouter que ceci ne contient aucun indice permettant de comprendre comment on en était arrivés là.

Je tiens à souligner ceci de capital qu'outre la dimension intellectuelle et historique de cet événement puissamment symbolique, pour le cerveau, qui n'est qu'un amas de neurones qui traite l'information, à ce moment-là et à cette date, sera inoculé dans tous les cerveaux des enfants l'idée cruelle de la mort, le jour de la rentrée scolaire.

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Au strict point de vue logique se pose la question : "tous les ans ?" Et : "Ou alors à quel âge est-ce le mieux pour faire cette citation ?".

Dans de nombreuses analyses sur les dictatures on dégainait l'argument selon lequel les choses de l'éducation ne devraient jamais n'être sous la responsabilité que des professionnels de l'éducation, puériculteurs, psychologues, pédiatres, etc...

Car avant tout, une jeune cerveau en cour de formation est très fragile et maléable, et ce cet instant dépend toute sa vie, et multiplié par toutes les écoles, cela conditionne fortement le destin de l'humanité pour les périodes futures.

L'éducation n'est donc plus une affaire de ressenti spontané, ou d'une mécanique rodée de lecture de texte, mais d'une science.
Et d'ailleurs il n'y a qu'en France que les écoles sont aussi rébarbatives, même en Afrique avec des moyens dérisoires, les Maîtresses savent comment captiver l'attention des enfants, qui écoutent avec les yeux grands ouverts et raidis sur leurs chaises.

Un tel résultat est tout simplement impossible à espérer s'il est imposé par la peur de la répression ou d'une de ces très délicates "pressions sociales".

Cette mécanique serait plutôt à-même de fabriquer des automates tendant vers la démence, et à fabriquer cette "pression sociale".
En fait si on suit son trajet elle ne fait que se répercuter, depuis son point d'origine, l'ordre arbitraire et non discutable.

Concrètement les gamins diront sûrement "Rah c'est vrai j'avais oublié à la rentrée ils vont encore nous soûler avec comment sapel déjà Guy Môquet ah ouais c'est vrai..."

Voilà le genre de résultat obtenu par la force.
Soyons francs cela ne fera pas avancer grand chose.

Alors qu'à l'évidence, ce qui importe, ce serait d'une manière générique de stimuler la psychoaffectivité qui permet de mieux apprécier ce texte, ou en tous cas, toujours d'une manière générique, que ses paroles "Soyez Dignes de Nous" puissent, par une quelconque magie (laissée libre aux éducateurs), résonner avec la réalité.

(mais au fait, qui, "Nous" ?" Cela ne peut-il être laissé à une libre interprétation ? "Nous les morts, qui veillons sur vous".)

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Ainsi le rôle d'un Directeur devrait être directif au sens vaste et non au sens ponctuel, dans le sens où ce qui est rigide dans l'ordre doit être "le résultat souhaité" et non "la méthode pour l'obtenir".
Bien distinguer ces deux facettes d'un même objet, permet d'éviter, par erreur, d'obtenir le contraire de ce qu'on voulait.

Tiens donc, en voilà une question préliminaire inévitable : quel est le résultat souhaité ?

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