Les offertoires de Jahvé racontés aux enfants (2)

20 min aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

Présentation
1 - Les charcuteries sacrées
2 - Les masques moraux de l'immoralité
3 - Le retour au meurtre sacré
4 - Calchas
5 - La balance à peser l'assassinat cultuel
6 - La guerre des dieux
7 - Les barbares de la Liberté
8 - Soyez les civilisateurs de la démocratie
9 - Les acteurs du comique
10 - Post-scriptum

Présentation

Mes deux textes des 10 et 17 janvier (Mon Panthéon 1 - Mon Panthéon 2) illustraient un mode d'interprétation de l'évolution de l'intelligence humaine que mes lecteurs connaissent bien : ils savent que j'observe les germes spirituels que les plus grands esprits ont semés parmi les barbares de leur temps et qui féconderont leur avenir intellectuel à l'épreuve des siècles de leur postérité. Mais pour opérer un choix parmi les hommes de génie de ce calibre, il faut disposer d'un embryon de philosophie de la raison, donc d'un commencement de regard de l'extérieur sur la course de fond des évadés du règne animal. Or, ce marathon ne se rend observable qu'au spectacle des immolations les plus payantes de leurs congénères que les semi-évadés de la zoologie offraient bien saignants à leurs premiers dieux. Puis, le genre simiohumain s'est mis à l'école de la substitution massive de ses animaux domestiques aux sacrifices de grand prix de ses ancêtres. Mais comment rendre la viande de boucherie aussi rémunératrice que la viande humaine, comment tirer de la pingrerie d'une soudaine parcimonie sacrificielle le même profit cultuel que des fournitures plus coûteuses sur les autels de la mort rémunérée ? Un regard nouveau sur les hommes de génie naîtra nécessairement de la place qu'ils occuperont sur le chemin d'une anthropologie universelle de la chair religieuse et d'un désensauvagement progressif des mangeailles sacrées.

C'est pourquoi mes textes sur un Panthéon idéal de l'humanité - Homère, le Bouddha, Socrate, Confucius, Sophocle, Tacite, Cervantès, Swift, Shakespeare, Bergson - devaient fatalement me conduire à l'examen de l'endroit précis que la guerre d'Israël en Palestine occupe dans l'évolution transanimale de l'humanité. Seule une spectrographie du devenir cérébral de notre espèce permettra à l'anthropologie moderne du sacré de remonter à l'immolation d'Iphigénie et de peser la nature et l'enjeu des meurtres jugés rentables aujourd'hui. Observons les auréoles verbales dont la bête se couronne - l'inconscient religieux des origines y palpite encore.

*

1 - Les charcuteries sacrées

Au XVIIIe siècle, vous couriez encore le danger de vous trouver brûlés vifs sur les bûchers de la foi des chrétiens si l'idée malencontreuse vous avait traversé l'esprit de nier le miracle de la métamorphose des offrandes censées se produire le dimanche sur les autels sanglants de France et de Navarre. Au XVIIe siècle, il était préférable, comme Descartes s'y était résigné, de ne pas évoquer la place centrale qu'occupe le soleil dans la ronde des planètes - et pourtant, l'héliocentrisme se trouvait démontré depuis près d'un siècle. Apprenez qu'à toutes les époques et en tous lieux de la mappemonde, l'espèce à laquelle vous appartenez est demeurée semi animale et que c'est à ce titre que vos congénères s'imposent des tabous dont l'immoralité demeure cachée à leur regard, ce qui les aide à ralentir l'évolution de leur encéphale sans seulement qu'ils s'en doutent. Vous remarquerez, en outre, qu'à partir de la fin du Moyen Age, c'étaient les découvertes astronomiques, puis biologiques qu'il était devenu immoral, donc impie, d'imposer aux cervelles, tandis que vous aurez à combattre une interdiction dont l'immoralité secrète vous demeurera cachée sous la cécité de bonne foi de vos aînés, tellement l'inconscience vertueuse des adultes de votre temps semble remonter à la préhistoire: on veut vous interdire tout progrès moral, parce que l'interdit qu'on vous impose émane d'une morale chargée de légitimer à nouveaux frais les dons de chair des premiers hommes à leurs dieux.

Comment ressusciterez-vous sans le savoir le modèle des trucidations sacrées d'autrefois, et cela au nom même des idéalités désincarnées qui servent d'étoiles idéologiques à la démocratie mondiale?

2 - Les masques moraux de l'immoralité

Prenez l'exemple antique de l'assassinat d'Iphigénie sur l'autel du dieu Eole. Ce sacrifice avait provoqué l'indignation religieuse des fidèles au spectacle de l'immoralité de Clytemnestre, épouse de Ménélas, chef de la flotte de guerre des Grecs, dont la mécréance jugeait immorale, elle, la pieuse immolation de sa fille, dont la trucidation avait pourtant été demandée le plus dévotement du monde par le devin officiel de l'expédition, le renommné Calchas. Comment mettre en doute l'autorité de ce saint patenté si Eole se refusait obstinément de souffler à pleins poumons et de conduire toutes voiles dehors les Achéens sous les murs d'Ilion?

De même, les Gaulois de bon aloi et respectueux des valeurs de leur démocratie se déchaînaient le plus sincèrement du monde contre les hérétiques qui prétendaient soudainement que les maigres carcasses d'animaux de boucherie qu'on offrait depuis peu sur les autels traditionnellement sanglants des ancêtres n'étaient pas moins généreusement payées de retour par des dieux devenus peu exigeants en un tournemain. Comment pouvait-on dévaloriser à ce point les Gaulois que l'on égorgeait jusqu'alors sur des offertoires richement achalandés, donc bien dégoulinants, comment des impies aussi entêtés qu'irréfléchis pouvaient-ils soutenir l'absurdité selon laquelle les Immortels se seraient ravisés la nuit dernière et qu'ils accorderaient désormais la même rentabilité sacrificielle à l'hémoglobine des deux charcuteries sacrées?

3 - Le retour du meurtre sacré

Vous voyez, les enfants, que, d'une culture à l'autre, la raison et la déraison qui commandent l'éthique de l'humanité ne se pèsent pas sur la même balance du juste et de l'injuste, du vrai et du faux, de la civilisation et de la barbarie. Sachez que vous vous trouverez contraints, et cela par la volonté des lois sauvages de la République de votre siècle, de vous présenter sur la scène du monde en plaideurs éloquents et réputés sincères de l'immoralité démocratique derechef attachée par le Dieu d'Israël aux plus vieux sacrifices de sang, sachez que vous servirez, sur la scène d'une fausse justice internationale, d'apôtres réputés consentants des retrouvailles de votre temps avec les immolations les plus primitives du genre humain, sachez, de surcroît, que ce sera au nom d'une immoralité déguisée en morale que vous serez appelés, par les Calchas d'aujourd'hui, à servir de solennels sacrificateurs à un dieu de l'Ancien Testament attifé en serviteur de la Liberté du monde. Car l'Etat d'Israël exigera votre retour repentant au culte du sacrificateur achéen qui accusait Clytemnestre d'immoralité pour avoir jugé sauvage le saint assassinat de sa fille sur l'autel du dieu du vent.

4 - Calchas

Au nom de quelles ordalies le peuple de Moïse exigera-t-il que la démocratie mondiale remonte sur les planches du meurtre rituel et qu'il déclare pieuses les conquêtes auxquelles le dieu sanglant d'Israël se livre de nouveau au Moyen Orient? Vous savez qu'il y a trois-quarts de siècle, cet accoucheur mythique du cosmos est retourné en Palestine, dont il s'était absenté depuis deux millénaires et qu'il s'est hâté de chasser de leurs terres un premier lot de sept cent cinquante mille habitants du pays. Vous savez également, que, depuis lors, ce rude revenant étend de nouveau ses conquêtes de sauvage, mais que sa ruée, sabre au clair, a néanmoins été jugée tellement barbare par l'unanimité des nations civilisées de notre temps qu'elles ont élevé les martyrs du ciel de l'endroit au rang d'un second Vatican, vous savez enfin qu'à ce titre, la Palestine jouit désormais du statut d'un Etat métaphorique, donc réduit, à l'instar du Saint Siège, au rang d'un observateur symbolique de l'animalité du genre humain.

Et pourtant, que ferez-vous de l'immoralité attachée à l'interdit nouveau qui vous étrangle, celui de crier votre sainte fureur dans les rues de vos cités et sur les places de vos villages ? Au nom de quelle morale vous interdira-t-on de condamner les sacrifices humains de votre temps, puisque la justice et le droit de la démocratie mondiale ont décidé de faire courir de nouveau le fléau de la balance des dieux du côté de Calchas ? En un mot, que ferez-vous non seulement de l'interdiction immorale qui vous frappe de condamner l'immoralité des crimes actuels de Jahvé, mais de l'obligation d'en confesser la sainteté?

5 - La balance à peser les meurtres sacrés

Ecoutez ce que répondait le vaillant amiral Ménélas aux entêtés qui auraient voulu lui arracher le couteau des mains: les Célestes, disait l'illustre marin, ont la tête solidement vissée sur les épaules, les Célestes sont des logiciens de la politique internationale, donc de l'art de la guerre, les Célestes ne s'appelleraient pas les Immortels s'ils tombaient à chaque instant dans la sottise de rémunérer au même prix les trucidations sacrificielles les plus précieuses sur leurs offertoires et les offrandes bon marché qu'on achète tous les jours sur l'agora et dont la modicité ne vide votre escarcelle que de trois sous."

Que réclame de vos cervelles d'enfants la balance du dieu des combats qui tient le destin d'Israël entre ses mains? Que vous sacrifiiez sur le vieil autel des Achéens rien moins que la morale et la foi auxquelles la Démocratie mondiale s'est convertie sur tout notre astéroïde, rien moins que la sainte immolation de la Palestine sur l'offertoire du vieux Jahvé.

Mais si vous refusez tout net de revêtir la chasuble des nouveaux sacrificateurs d'Iphigénie, sur quels arguments vous appuierez-vous pour demander à Israël de renoncer au sacrifice le plus payant, celui d'un peuple entier sur les propitiatoires du Vieux Testament? Ne pensez-vous pas que vous manquez encore de la balance qui vous permettrait de peser la raison politique de l'humanité? Certes, il sera difficile à fabriquer, l'appareil de pesée des sacrifices dont le fléau vous indiquera le prix comparé de quelques animaux domestiques au dieu de la guerre et le coût du sacrifice d'un peuple entier d'innocents au dieu Jahvé.

6 - La guerre des dieux

Et pourtant, votre destin de moralistes et d'anthropologues de la politique des démocraties achéennes du monde entier vous appelle à planter le dard de votre réflexion la plus audacieuse dans le culte des meurtres pieux dont la gloire ensoleillait l'histoire universelle. Car la guerre de Calchas vous pose une question à laquelle vous ne pouvez vous dérober: est-il vrai ou erroné qu'à long terme, le peuple de David a raison de fêter ses retrouvailles avec l'étal et le couteau des devins antiques ou bien, tout au contraire, paiera-t-il, le moment venu, un prix tellement exorbitant pour le meurtre de la Palestine sur ses autels qu'il se rendra insolvable à jamais? Car la véritable balance à peser le sang de l'histoire est aussi une horloge de haute précision; et cette horloge-là fait courir les aiguilles de la vie et de la mort sur le cadran de la mémoire du monde. Prêtez l'oreille à la parole de Chronos. Qu'a-t-il glissé à l'oreille du pape François?

"Si, en mai prochain, tu salues la Palestine du titre d'Etat souverain, cette audace sémantique ne sera pas tellement héroïque dans ta bouche, puisque toutes les nations civilisées de la terre ont fait, de cet Etat, le nouveau Saint Siège de l'esprit de justice sur notre planète. En revanche, si le successeur de Pierre se transporte à Jérusalem, il en oubliera qu'il s'agit d'une ville conquise le glaive à la main et maison par maison par un prédateur et qu'aucune démocratie n'a hissé le drapeau du droit international sur ce trophée. Oublieras-tu que la Palestine est clouée sur une potence et qu'à ce titre, elle disqualifie de tout le poids de son sang l'expansion territoriale ultérieure d'Israël? Tu as le choix: ou bien tu trahiras la mémoire spirituelle du monde, ou bien tu feras basculer du côté de la politique internationale au Moyen Orient le fléau de la balance chrétienne du ciel de la justice; et l'on verra, deux cent vingt-cinq ans seulement après la révolution de 1789, le Saint Siège rappeler la France à se souvenir de ses devoirs à l'égard des valeurs ascensionnelles des républiques et de la démocratie - et le monde entier tiendra de nouveau entre ses mains une boussole de la conscience morale commune à l'église de la Liberté politique et au christianisme."

7 - Les barbares de la Liberté

Sachez donc, les enfants, quel est l'enjeu caché du débat de fond de notre temps, celui qui porte sur le statut spirituel de la politique et de la morale des démocraties. Au XVIIIe siècle, l'Eglise catholique qualifiait de "sacrilèges" les plaisanteries religieuses minoritaires des encyclopédistes - les superstitions majoritaires de Rome faisaient s'esclaffer les maigres phalanges de la raison; et les rieurs répondaient inlassablement, mais vainement aux accusateurs de Curie qu'ils ne luttaient pas dans l'arène de l'histoire du globe terrestre afin d'exercer le droit de proférer des blasphèmes insultants, mais seulement de défendre une liberté souffrante, celle de dire la vérité au monde.

Que vous dit Voltaire? Qu'on veut faire passer à vos yeux pour des outrages à l'orthodoxie jacobine et républicaine le récit exact des exploits guerriers de Jahvé en Palestine. Mais, songez qu'au XVIIIe siècle, le combat cuirassé de logique que vous meniez pour la défense des droits communs à la raison et à la morale, ce combat portait déjà sur le pouvoir, profanateur par nature, que vous exerciez de seulement tenter de rendre majoritaire la vérité rationnelle, donc minoritaire par nature et de réfuter les prodiges de la superstition populaire auxquels les masses de l'époque se trouvaient asservies.

Aujourd'hui, le même combat contre l'erreur collective se trouve qualifié de sacrilège par vos tribunaux. Accepterez-vous qu'une République fondée sur les droits de la raison vous interdise l'exercice des prérogatives de la raison - celles que la science historique revendique depuis Thucydide ? Retrouverez-vous votre courage à l'heure où une inquisition habillée en démocratie sous la toge des juges du Conseil d'Etat de la République étend son règne sur les droits de la pensée critique? Protègerez-vous la démocratie de Calchas du poids de votre silence complice, ou bien vous souviendrez-vous que la vérité est toujours minoritaire au départ - sinon elle n'aurait pas à quitter sa solitude? Toutes les majorités du monde falsifient la vérité du seul fait qu'elles ont le poids du nombre pour elles.

Tel est l'appel à l'hérésie qui définit le courage de la pensée et qui élèvera la lucidité de votre jugement au rang d'une balance vaillante de la vie et de la mort de votre intelligence, tel est le juge des nations civilisées qui vous rendra rieurs. Insufflez votre intrépidité à un pape iconoclaste, donc minoritaire. Il vous dira que ce sont les idéalités carnassières de la démocratie mondiale que vous aurez à combattre. Si vous construisez la balance à peser la déraison et l'injustice du dieu Eole d'aujourd'hui, Athéna vous accueillera dans son temple.

8 - Soyez les civilisateurs de la démocratie

Mais quelle est la balance à peser le rire des grands délivreurs du genre humain? Sachez, les enfants, que le rire de la raison est le berceau de la vie socratique, sachez que la philosophie est née avec le sourire de la pensée, sachez que les plus grands génies de la littérature mondiale sont, eux aussi, des Titans du rire et qu'ils s'appellent Aristophane, Molière, Cervantès, Swift, sachez que si vous ne devenez des spéléologues du Tartuffe qu'on appelle la Démocratie mondiale, vous n'aurez pas répondu à l'appel du "Connais-toi" que vous adresse votre siècle.

Soyez les fécondateurs de l'intelligence nouvelle qu'enfante le naufrage des civilisations. Le génie satirique des Anciens enfermait encore le rire dans l'enceinte de la vie privée. A l'heure où, aux côtés d'un conquérant, l'humanité se blottit sous le parasol de la démocratie afin de se protéger des ardeurs du soleil de la vérité, l'histoire des Etats s'ouvre enfin au rire de la raison.

Ce sera l'Etat de la France, les enfants, qui demandera à votre fausse Liberté de digérer des prodiges sur les autels de la République, ce sera la mâchoire de ce dieu-là qui croquera les péchés que vous n'aurez pas encore commis, ce sera le couteau de ce sacrificateur-là qui immolera la voix de votre conscience au plus profond de votre gorge, ce sera la démocratie de Calchas qui vous châtiera à titre préventif afin d'éviter vos rechutes dans le péché - la justice de votre propre pays vous appliquera le même traitement qu'aux criminels invétérés qu'on condamne à des peines incompressibles, parce que le risque qu'ils récidivent est inscrit dans leurs gènes. Mais vous suivrez Jack Lang et Pierre Tartakowsky: "Le juge n'a pas fait prévaloir la liberté d'expression sur l'interdit et c'est une décision qui est lourde de périls" a déclaré le Président de la Ligne des droits de l'homme. Leur courage vous dit: "C'est Iphigénie que vous assassinez sur l'autel chaque fois que vous tuez la liberté de la France".

9 - Les acteurs du comique

A l'heure où le glaive de Jahvé se proclame la lumière de la démocratie mondiale, quels sont les personnages de comédie qui secouent d'un rire homérique l'histoire de la mappemonde?

Ecoutez Alice raconter au globe terrestre le débarquement du grand Guignol et du burlesque sur la planète des nations et vous remarquerez que le royaume des enchantements modernes fonctionne sur le même modèle que celui de l'Eglise auto-angélisée du Moyen Age. Quand vous observiez à la loupe le vocabulaire dont s'illuminait le ciel romain, vous outragiez l'image stellaire d'elle-même qui servait de miroir complaisant à l'humanité narcissique de ce temps-là. Dans quel miroir plus flatteur que le précédent vous demande-t-on maintenant de vous mirer? Si vous n'avez pas d'anthropologie du rire, vous n'observerez pas comment le monde se réfléchit dans les idéalités en miroir que sa scolastique lui fournit; et Alice ne vous aura pas conduits comme par la main dans l'atelier du rire où se construit la balance à peser l'histoire de la sophistique universelle de l'humanité.

Mais sachez, les enfants, que les Célestes sont devenus sourcilleux au chapitre de leur définition rieuse de la moralité et de l'immoralité, du juste et de l'injuste, de l'impiété et de la piété des Achéens. Quelle longue mémoire que la leur! Ne feignez pas d'ignorer que le sionisme renvoie le monde entier à la question fondatrice des civilisations, celle des sacrifices humains; sinon, vous ne connaîtrez jamais les crimes pieux que les aventures d'Alice au pays des merveilles de la démocratie mythologique mondiale ont la charge de vous cacher, et jamais vous ne rembourserez sur votre escarcelle le montant de la dette de sang que, vous aussi, vous aurez contractée.

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10 - Post scriptum

Jean-Luc Pujo fait savoir aux lecteurs de son site qu'il ne comprend pas mon texte du 24 janvier et que, par conséquent, il ne le fera pas connaître à son public: "Ce texte ne sera pas diffusé sur notre portail car nous n'avons pas compris le sens de ce texte."

Comme il se trouve qu'aucun des grands portails qui diffusent in extenso ma modeste réflexion hebdomadaire - puis la laissent en ligne toute la semaine - n'a rencontré la moindre difficulté à comprendre ce que j'ai écrit - tous les mots que j'ai utilisés se trouvent dans le Larousse - j'en conclus que cet ami est tellement intelligent qu'il feint de ne pas me comprendre et qu'il m'appelle à lui expliquer gentiment les raisons pour lesquelles il fait semblant de ne pas m'entendre.

Mais, dans ce cas, seule une brève psychanalyse anthropologique peut expliquer à mes lecteurs habituels pourquoi les pieux professeurs protestants de l'Université de Neuchâtel se sont écriés d'une seule voix: "Sire, nous ne le comprenons pas" en réponse à Napoléon qui leur demandait ce qu'ils pensaient de Kant.

En vérité, l'ignorance simulée des savants interlocuteurs neuchâtelois de l'empereur résultait de ce que l'œuvre de Kant est construite sur le modèle des bombes à retardement dont j'ai tenté d'observer les ressorts, les engrenages et les rouages dans mon Panthéon (Panthéon 1, 10 janvier 2014, Panthéon 2, 17 janvier 2014), et notamment à propos de Socrate, de Tacite, de Cervantès et de Bergson. En effet, le philosophe de Königsberg a découvert qu'il n'existe pas de dame Causalité installée dans l'étendue et que les petits cailloux qu'on appelle des causes sont, eux aussi, des fruits de l'encéphale simiohumain. C'était réduire l'univers à la ruée aveugle et incompréhensible de la matière, ce que David Hume avait démontré avant la Critique de la raison pure du grand Allemand dans sa célèbre Enquête sur l'entendement humain de 1748.

Comment placer devant ce gouffre un empereur qui vient d'exorciser le néant et de réinstaller Dieu dans ses apanages de grand architecte de la monarchie, de ciseleur de son propre sceptre et de gestionnaire omnipotent de l'univers? Mais voyez comme tout se tient dans la pesée des prérogatives que le ciel exerce sur cette terre: quand M. Netanyahou feint de croire que la sécurité d'Israël serait menacée par Téhéran et que l'Europe entière se trouverait pulvérisée si le pouvoir causatif d'une bombe imaginaire tombait entre les mains du Satan iranien, que fait-il d'autre que de brandit le totem langagier dont Kant a commencé le décorticage anthropologique et dénonce le rôle de masque verbal que les évadés partiels de la zoologie lui font jouer dans leur tête? De même que Kant a déconstruit le vocabulaire enchanté dont l'humanité se chapeaute, Israël brandit un exorcisme langagier - son auréole démocratique - afin de cacher au monde entier que Jahvé poursuit sa ruée aveugle et inexorable en Palestine. Si je disais à M. Netanyahou: "Pourquoi fais-tu semblant de croire ce que tu nous racontes?", il me répondrait: "Je ne vous comprends pas".

Voyez, cher Jean-Luc Pujo, avec quelle habileté les semi-évadés de la zoologie se cachent sous leurs mythes sacrés et feignent de ne pas comprendre ce qu'on leur dit le plus clairement du monde. Comment se fait-il que la rue, en revanche, se montre tellement plus perspicace que vous? Les manifestants en colère qui, dimanche dernier, criaient dans Paris: "Vive la liberté d'expression", ont parfaitement compris, eux, que le Conseil d'Etat in corpore de la France brandit le chiffon rouge de la répression pénale de l'antisémitisme et du racisme afin de cacher aux citoyens honnêtes que, sous les flambeaux et les lampions de la vulgate démocratique, il s'agit d'occulter, aux yeux des Français de bonne foi, le spectacle des conquêtes sionistes de Jahvé au Moyen Orient.

Cher ami, ne faites pas semblant d'ignorer ce que tous les Français patriotes voient clair comme le jour. Réjouissez-vous, au contraire, de ce que le Conseil d'Etat montre du doigt - et à la lumière même de sa feinte ignorance - les personnages en action sur la scène internationale et les tireurs de ficelles qui manient la marionnette Démocratie sur les planches de l'histoire du sang et de la mort. Les gens simples ne se mettent pas sur les yeux le bandeau de la cécité volontaire.

Penser la France, c'est penser le monde, penser le monde, c'est penser l'histoire, penser l'histoire, c'est penser le naufrage mondial de la raison historique. Quand Bossuet racontait les croisades, il ne se dérobait pas à la tâche de les comprendre - il croiyait les expliquer à la lumière de sa foi, il pensait sincèrement qu'il fallait faire cesser le scandale d'une profanation: un sépulcre pourtant glorifié de se trouver désert était tombé entre les mains des infidèles. La raison moderne, elle, n'ayant aucune science des mentalités religieuses et de l'esprit d'orthodoxie, remplace par un gigantesque trou noir le sceptre d'un ciel qui a cessé de faire cortège aux évènements. Remplacer la pensée mythique par l'absentéisme intellectuel coûtera cher à la civilisation mondiale.

Le 31 janvier 2014|

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr