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Les offertoires de Jahvé racontés aux enfants (1)

Présentation
1 - Alice au pays des merveilles
2 - La mise à feu manquée de la planète
3 - Ah !les enfants
4 - L'avènement des férocités démocratiques
5 - Que sait votre classe dirigeante ?
6 - Que savait M. Sarkozy?
7 - Que sait M. Hollande ?
8 - La nouvelle stratégie d'Israël
9 - L'accusation de trahison d'Israël
10 - Le sionisme de demain
11 - La géodomie de Jahvé
12 - Le contre-feu13 - Les ailes de cire de la Liberté

Présentation

Il est devenu impossible de rendre compte de l'histoire du dernier semestre de l'an 2013 si les véritables acteurs de l'histoire du monde ne sont pas identifiés. L'heure est venue d'adresser aux enfants en bas âge du XXIe siècle une lettre circonstanciée, afin de leur raconter les évènements que les autels du mythe démocratique permettent d'occulter. Mais ensuite, il faudra se résoudre à quitter le genre épistolaire et à préciser la nature et l'enjeu planétaires de la conquête systématique de la Palestine par Israël. Or, le récit de cette conquête sous le drapeau de la démocratie sacrificielle se révèle hors de la portée des Thucydide et des Tacite qui n'étaient pas des théologiens de la Liberté. La narration messianisée ne devient intelligible en profondeur qu'à la lumière de l'histoire de la bête depuis l'offrande d'Iphigénie au dieu Eole.

Il faut une vision eschatologique des évènements pour s'indigner de la partialité des Européens, qui prétendent non seulement accorder les mêmes droits et la même légitimité internationale au conquérant et à ses victimes et qui soutiennent en outre qu'un accord préalable aurait été signé en secret entre les négociateurs, selon lequel Israël cesserait de progresser sur le terrain du moins au cours des pourparlers.

Je défie la science historique actuelle d'expliquer des faits pourtant dûment constatés par les huissiers d'une sotériologie qu'on appelle maintenant des chroniqueurs et des mémorialistes et qui enregistrent des déclarations effectivement prononcées par le chef de la diplomatie du salut d'Israël; car si vous n'avez pas une connaissance anthropologique des mondes oniriques qui servent de casques cérébraux à l'humanité, comment ouvririez-vous les yeux des générations futures sur "l'hypocrisie des Européens", qui n'hésitent pas à "provoquer des tensions diplomatiques à cause de la construction de quelques maisons" et qui, dans leur "partialité constante" donnent le sentiment de "chercher à faire peser la faute sur Israël"?

Mes deux textes des 24 et 31 janvier illustreront une étape nouvelle de ma lecture anthropologique de l'histoire évènementielle, mais nullement en raison d'une mutation de ma méthode d'analyse et de pesée des circonstances, mais d'une modification en profondeur du paysage inconsciemment théologique qu'occupe la géopolitique contemporaine. Aujourd'hui, comme hier, il s'agit de tirer les conséquences logiques de l'évolution de la boîte osseuse d'une espèce dont les neurones ne sauraient à la fois se trouver en route et arrivés à bon port. Mais seule la levée de cette contradiction permettra à la science historique de demain d'observer, non point seulement d'un millénaire à l'autre, mais de siècle en siècle les étapes de la connaissance et de la réflexion que la boîte osseuse de cet animal a parcourues dans une durée mémorisée de ses syllogismes inachevés.

L'encéphale d'un contemporain d'Homère n'est pas le même que celui des encyclopédistes français du XVIIIe siècle, le Moyen Age géocentrique et rédempteur n'habitait pas la même caverne cérébrale que la relativité générale d'Einstein, qui met l'espace et le temps hors de la portée des équations des ancêtres et qui réduit le calculable au mutisme. La méthode historique et la pensée philosophique doivent désormais fonder l'objectivité du savoir des modernes sur une distanciation en avance sur la subjectivité mal décodée de l'époque dans laquelle leur discipline se trouve immergée.

Je convie mes lecteurs à débarquer dans le pays des cuirasses mentales qui, depuis l'éjection erratique de notre espèce de la zoologie, ont rendu l'histoire du monde schizoïde, je leur demande de poursuivre à mes côtés la construction de la balance à peser l'animalité théologisée de l'histoire.

*

1 - Alice au pays des merveilles

Sachez que, le plus souvent, des évènement qui pourraient aussi bien ne pas survenir viennent tirer la corde du sonneur au clocher de l'histoire: cent vingt ans après l'affaire Dreyfus, qui envoya, en 1895, un innocent à l'île du Diable, l'arrière petit-neveu de la plus célèbre victime de l'antisémitisme du XIXe siècle, M. Bernard Stirn, juge unique et souverain de cette cause nationale et président de la 7e sous-section au contentieux au Conseil d'Etat a décidé de faire carillonner le campanile de son autorité au beffroi de la liberté d'expression et d'opinion des citoyens.

La finalité, sur le long terme, de cette sonnerie d'un bourdon solitaire est de ne pas entraver l'expansion territoriale du clocheton d'Israël au Moyen Orient par des contestations locales de nature à ternir l'image morale d'Israël aux yeux de la sacristie du monde qu'on appelle la démocratie; mais la signification anthropologique de cette décision d'une portée internationale réside dans l'interprétation des motivations classiques alléguées par tous les Etats sur la scène de la mappemonde, à savoir, primo, la défense traditionnelle des "idéaux de la République", à savoir, secundo, la sauvegarde coutumière de la "dignité humaine" censée se trouver soudainement menacée sur tout le territoire d'une nation par des profanateurs, à savoir, tertio, la "protection patriotique de l'ordre public", à savoir, quarto, le sauvetage vertueux de la "cohésion nationale", donc de l'unité cérébrale du peuple gaulois

Que tous les enfants de chœur de l'histoire de la France se réjouissent: ce jugement des bedeaux du tricolore les délivre de l'antisémitisme primaire, remâché et ressassé de grand-papa, ce jugement de Clochemerle de la géopolitique contribuera à faire entrer dans l'âge adulte la jeunesse sous-informée du pays, ce jugement flamboyant de sottise la contraindra à ouvrir un œil plus averti sur l'histoire véritable de notre astéroïde.

Finies les gambades, les dérobades et les gamineries: les Machiavel et les Talleyrand vous appellent à retirer le bandeau des idéalités vaporeuses ou le voile de gaze qu'Alice vous contraignait à vous mettre sur les yeux au pays des auréoles verbales de la démocratie.

2 - La mise à feu manquée de la planète

Voulez-vous que je vous raconte l'histoire véritable des tiares du langage dont notre astéroïde se couronne? Sachez que la guerre entre Israël et le reste de la planète a été déclarée en juin 2013 et qu'elle bat son plein depuis plus de six mois sans que personne vous en ait jamais pipé mot, sachez que Tel Aviv a échoué in extremis à déclencher une guerre mondiale en Syrie, alors qu'une intense accélération de la conquête armée du "grand Israël", inaugurée en 1948, était devenue nécessaire à l'heure où la Palestine accédait au rang spirituel d'un Vatican de la démocratie mondiale, sachez, de surcroît, qu'il s'agissait de rendre irréversible l'interdiction fermement signifiée à Téhéran depuis de nombreuses années de jamais se doter à son tour de l'arme nucléaire obsolète dont Israël entend conserver l'exclusivité dans la région, sachez enfin, que la résistance à cette gigantesque entreprise guerrière a soudainement jailli d'Angleterre, où la chambre des Communes, actuellement dominée par le parti conservateur, ainsi que la Chambre des Lords unanime, aidées, dans une circonstance aussi extraordinaire, par une vingtaine de députés du parti majoritaire, ont mis soudainement le chef du gouvernement tory, M. Cameron, dans l'impossibilité diplomatique et au grand dépit d'Israël de précipiter le royaume de sa gracieuse majesté dans le piège d'une guerre universelle.

3 - Ah !les enfants

Ah !les enfants, que de secrets d'Etat bien gardés, que d'évènements conjurés de justesse, que de drames évités par miracle! Jamais vous n'auriez pu connaître ces mystères si le Conseil d'Etat ne me contraignait à vous les raconter au risque de vous faire quitter précipitamment un hexagone en bas âge et de porter tout soudainement vos regards encore apeurés sur le globe terrestre des adultes. Apprenez que quatre-vingts représentants du peuple américain au Congrès ont également osé défier Israël, apprenez sans trembler que, dans le sillage des députés intrépides du bord de la Tamise, ces députés ont eu l'audace d'avertir crûment le Président des Etats-Unis, M. Barack Obama, qu'ils engageraient rien moins qu'une procédure de destitution sauvage contre lui s'il persévérait à servir d'otage épouvanté à une puissance étrangère et s'il s'obstinait à céder, dans l'effroi, aux ambitions guerrières des prétendus descendants du roi David.

Que vous dire encore? Apprenez que la Russie et la Chine, plus étroitement alliées que jamais, ont servi de boucliers de la paix à une planète placée au bord du gouffre par les matamores d'Israël, apprenez que les missiles de longue et de moyenne portée de Moscou et de Pékin ont préservé Damas des dégâts qu'une fantastique canonnade aurait provoqués en Syrie et du massacre des habitants qui en serait résulté sur tout le territoire du pays. Une puissante flotte de guerre américaine se trouvait concentrée en Méditerranée, prête à déclencher la tuerie réclamée par Israël à cor et à cris. Mais le pape François a réussi à alerter la conscience morale d'un milliard et demi de chrétiens, tant catholiques que protestants; et ces croisés de la démocratie mondiale ont aidé le monde à étouffer dans l'œuf la guerre titanesque dont le renvoi sine die a fait enrager Israël sur toutes les ondes en France et en Europe.

4 - L'avènement des férocités démocratiques

Prenez une longue vue et observez de sang froid la signification morale et la nouveauté méthodologique de la science anthropologique d'avant-garde dont on vous cache les preuves et les démonstrations: pour la première fois dans l'histoire du monde, le Saint Siège a lancé sur le front d'une guerre secrète et sans merci contre Israël quatre-vingts de ses ambassadeurs accrédités dans toutes les grandes capitales; et l'on a vu un Vatican hors jeu sur la scène internationale depuis le XVIIIe siècle débarquer à nouveau sur les planches du vaste théâtre qu'on appelle l'histoire universelle. Du coup, il est devenu loisible à Moscou, à Pékin et à une Maison Blanche aux abois de desserrer quelque peu l'étau des sanctions économiques que la planète de la sainteté démocratique exerçait sur l'Iran; et Téhéran a quelque peu échappé à l'asphyxie, au grand dam de la diplomatie française, dirigée par un fou furieux, un certain Laurent Fabius.

Cette mutation en profondeur de l'éthique d'un monde ensauvagé par son vocabulaire de la Liberté amorce un tournant décisif et en profondeur de l'histoire du XXIe siècle; car, depuis la tentative de blocus de l'Angleterre par Napoléon 1er, deux siècles de la morale internationale de type démocratique avaient fait courir l'humanité en direction d'une férocité nouvelle des Etats, celle qui dotait le sceptre du jus gentium du pouvoir hallucinant d'affamer des peuples et des nations de cent millions d'habitants. Le Vatican a réussi à ressusciter l'éthique évangélique antérieure à l'alliance de Washington et de Tel Aviv avec le meurtre idéalisé et au règne du séraphisme carnassier des idéalités carnassières dont ces deux Etats ont fait leur drapeau au paradis des abstractions.

Comment se fait-il que vous n'ayez rien su du pain bénit des démocraties, comment se fait-il que l'histoire réelle des lions rugissants dans les cages du dieu Liberté se trouve entièrement soustraite à vos regards d'enfants domptés dès le berceau? La cause en est parareligieuse et catéchétique: on vous contraint à lire le bréviaire du salut qui vous raconte les aventures angéliques d'Alice dans un royaume enchanté, on vous contraint de vous agenouiller sur le prie-Dieu d'Alice au pays des hosties du langage dont le credo a succédé à celui de feu la civilisation du sang des ciboires.

5 - Que sait votre classe dirigeante ?

Mais croyez-vous vraiment que vos gouvernements ignorent autant que vous-mêmes l'identité des maîtres du jeu du monde et les cartes majeures qu'Israël et l'Amérique tiennent entre leurs mains? Pensez-vous vraiment que les hautes fonctions des dirigeants que vous avez élus sans seulement connaître leurs attaches doctrinales demeurent dans une ignorance et une sottise puériles et que les vrais ressorts de la politique des idéalités confessionnelles de 1789 demeurent cachés à leurs yeux d'enfants? Dans ce cas, qui dispose du pouvoir fabuleux de contraindre les marmots qui règnent sur vos têtes à lire le gentil livre d'images qu'Israël enseigne à la planète? M. Sarkozy a réussi, cinq ans durant, à brandir jusque dans le bureau ovale de la Maison Blanche le mythe de la menace nucléaire que l'Iran était censé exercer sur tout le globe terrestre. Dix ans plus tôt, en 2003, M. Anthony Blair s'était illustré aux côtés du célèbre roi des magiciens, le général Powell, à agiter à son tour la fiole ensorcelée d'Israël sous les yeux de tout le genre humain, celle d'une apocalypse imaginaire dont Saddam Hussein aurait découvert la formule dans les sables du désert.

Croyez-vous que ces fabricants de vos horloges savent ce qu'ils se racontent? Sachez que M. Sarkozy s'imaginait avoir toute sa tête quand, comme il rappelé plus haut, il avertissait sans relâche M. Obama du prétendu péril qu'une bombe nucléaire iranienne - aussi inutilisable que toutes ses consœurs - ferait courir à Israël? S'il s'est fait aussitôt rappeler vertement à sa pendule par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) pour avoir commis l'inexplicable imprudence de confier un instant les chronomètres du Quai d'Orsay à M. Védrine, c'est qu'il ignorait sincèrement l'évidence que l'arme nucléaire n'est pas une arme de terrain et qu'il s'agit seulement de l'affichage international d'un cadran métaphorique dont Israël contraint les Présidents de la République française à mouvoir les aiguilles.

6 - Que savait M. Sarkozy?

Mais quel était le sérieux de l'information diplomatique et le degré de savoir de M. Nicolas Sarkozy quand, à l'occasion solennelle du défilé du 14 juillet 2008 sur les Champs Elysées, il a installé le Président Bachar Al Assad à ses côtés? Cet hôte d'honneur de la France faisait-il de la Syrie l'alliée réelle de l'Amérique et de l'Europe? Le Président de la République de l'époque se savait le serviteur de Washington: il s'agissait de détourner Damas du soutien à l'Iran et au Hezbollah. Mais savait-il, pour autant, que le combat du monde entier contre Téhéran n'était que l'expression de la volonté commune au Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et au Comité israélo-américain des affaires internationales (AIPAC), dont la politique extérieure de Washington est largement tributaire?

Sachez, les enfants, que le recul intellectuel des chefs d'Etat de la religion mondiale de la Liberté est fort limité. M. Sarkozy était piloté par un totem verbal à l'usage des enfants de la politique, "l'équilibre dans la région", mais sa réflexion sur le concept d'équilibre demeurait d'une pauvreté politologique atterrante : il ne se disait en rien que tout "équilibre" n'est jamais que l'expression du rapport des forces entre tels Etats à tel moment et à tel endroit de la planète et que "l'équilibre au Moyen Orient" assurait provisoirement à Israël un statut dominant au détriment non moins provisoire de Téhéran. M. Sarkozy ne pesait nullement le vocabulaire de la précarité qui fait le tissu des jours, alors que les grands hommes d'Etat savent où le char de l'histoire conduit le langage des nations et des civilisations. Inutile de citer à la barre du tribunal du temps des figurants qui ne connaissent ni l'auteur, ni le sujet de la pièce, ni les planches du théâtre sur lequel le drame se déroule d'acte en acte.

7 - Que sait M. Hollande ?

Vous me direz que M. Hollande, lui, avait parfaitement compris le décompte du temps que Tel-Aviv adresse à la montre de poche des Gaulois d'aujourd'hui et qu'il s'est hâté, avant même de se trouver élu par le peuple français, d'appeler M. Laurent Fabius à tirer avant l'heure de son gousset le même chronomètre de la politique extérieure du pays qui avait conduit M. Kouchner à faire échouer au profit d'Israël le projet d'union des pays riverains de la Méditerranée. Sachez que votre classe dirigeante ne feint pas d'ignorer, mais qu'elle ignore réellement les véritables rouages de la géopolitique et que les bras lui en tombent d'apprendre quelquefois et tout soudainement le nom de ses maîtres.

La preuve? Si M. François Hollande était un connaisseur des arcanes de la scène internationale, il n'aurait pas, une fois de plus et dans son allocution solennelle du 31 décembre 2013 aux Français, fait allusion au prétendu gaz sarin qui a failli déclencher une guerre pour rien en Syrie; car il aurait lu le rapport de Theodor Postol, professeur à la haute école de technologie de l'Institut du Massassuchett et de M. Richard Loyd, ancien inspecteur de l'armement à l'Organisation des Nations Unies, qui ont ouvert les yeux au Président Obama il y a plus d'un mois de cela et qui lui ont démontré, preuves à l'appui, que les services secrets américains avaient été trompés par Israël et par l'Arabie saoudite; et il saurait que la déclaration de guerre des Etats-Unis à la Syrie via le Congrès date du 12 décembre 2003. On y lit déjà que la Syrie acquerrait "des armes de destruction massive qui menaceraient la sécurité au Moyen Orient et les intérêts de la sécurité nationale des Etats-Unis".

8 - La nouvelle stratégie d'Israël

Mais le verdict d'un Conseil d'Etat décidément mieux informé que l'Elysée fait prendre un retard non moins involontaire que le précédent à une classe dirigeante française dont la candeur politique garantit l'innocence. Car la perte de la naïveté infantile conduit nécessairement à une complicité voulue. Si l'élite au timon des affaires de la France devait demeurer en bas âge et persévérer à ignorer qu'Israël s'engage maintenant dans une stratégie de la dévotion astucieusement adaptée à la situation, elle ne comprendrait goutte au déplacement subit et imprévu des pièces du jeu sur l'échiquier du monde auquel nous assistons, et l'on verrait une République française noyautée du haut en bas de son appareil d'Etat ignorer comment Tel-Aviv raisonne sur la scène internationale d'aujourd'hui.

Comment le Quai d'Orsay apprendrait-il jamais que Washington continuera d'exercer sa domination sans partage sur une Europe vigoureusement vassalisée sous le sceptre de l'OTAN dès lors que la découverte de la surveillance téléphonique minutieuse de tous les dirigeants européens par les services secrets des Etats-Unis n'a pas suffi à rendre le spectacle de la vassalisation d'un Continent et d'une civilisation entière plus visible qu'auparavant? Aucun parti politique d'aucune nation de l'Europe n'a décidé, pour autant, de s'armer d'un embryon de regard sur l'occupation militaire qui, depuis soixante-dix ans, met le berceau de la pensée critique sous tutelle et prive un demi milliard de simianthropes des armes de la souveraineté; et pourtant, la donne a quelque peu changé, parce que Washington déclare maintenant - et le plus officiellement du monde - que la surveillance des conversations privées et publiques des chefs d'Etat étrangers serait suspendue, mais que le principe des écoutes demeurait légitime, parce que "nécessaire à la sécurité des Etats-Unis".

Comment plier dorénavant l'échine sous le soleil de l'histoire sans que la docilité commence de s'étaler au grand jour? De plus, les ressources financières des empires ne sont pas illimitées. La dévalorisation accélérée des montagnes de dollars en papier doré que Washington ne cesse de déverser sur un monde solidement enchaîné à ses ambitions fondent comme neige, ce qui interdira bientôt au nouvel empire romain de payer le coût vertigineux du maintien sur pied de guerre d'une armée immense - un million et demi de légionnaires répartis entre plus de mille garnisons sur toute la terre habitée, dont deux cents armées jusqu'aux dents en Allemagne et cent trente sept en Italie. Elle ne durera que quelques années encore, la domination dispendieuse de la flotte de guerre américaine sur toutes les mers du globe. Comment Israël répond-il d'ores et déjà à cette situation nouvelle?

9 - L'accusation de trahison d'Israël

Sachez, les enfants, que, dans un contexte aussi précaire, les stratèges du messianisme politique songent subitement à se rapprocher de l'Europe de demain, mais le plus prudemment possible et seulement à petits pas, parce que, dans le même temps, Tel-Aviv veillera, pour longtemps encore à garder les deux fers au feu. Comment Ménélas hâterait-il la prise de Troie si l'histoire de la planète entière vire soudainement de bord? Dans combien de temps Eole soufflera-t-il de nouveau dans la bonne direction? Et l'Achéen se dit: "Le moment est propice pour un coup de main. Emparons-nous sans coup férir de la vallée du Jourdain et arrachons en hâte au Congrès américain un triplement de son soutien financier au titre des dommages et intérêts immenses qui nous sont dus à la suite du comportement hostile à nos intérêts de la Maison Blanche en Syrie et en Iran."

Mais Israël se le tient-il si peu pour dit qu'il est revenu sans tarder et spectaculairement à la charge. On sait, j'y reviens, que le Comité des Affaires Internationales Americano-Israéliennes est le plus puissant géant diplomatique de la planète et qu'il s'agit de rien moins que d'un Etat dans l'Etat. Son contrôle de l'exécutif, du législatif et du judiciaire américains dépasse de loin ceux de son allié européen, le Conseil représentatif des institutions juives de France. L'objectif actuel de l'assaut de l'Aipac est de biffer purement et simplement les clauses de l'accord diplomatique solennellement conclu entre le monde entier et l'Iran. Pour cela, il lui faut contourner la légitimité même du veto absolu que la Constitution des Etats-Unis a placé entre les mains du Président afin de l'armer, au besoin, contre toute tentative partisane de ruiner de l'intérieur la confiance des nations du monde entier en la fiabilité et le sérieux des traités signés par l'Etat américain avec tous ses partenaires sur la scène internationale.

Mais il existe également une commission parlementaire expressément appelée à s'opposer, en cas de nécessité extrême, à l'autorité constitutionnelle d'un Président qui trahirait le pays et le livrerait pieds et poings liés à une puissance étrangère. Certes, cette commission de salut public se trouve prudemment entravée du fait qu'elle doit rallier les deux tiers de ses membres, c'est-à-dire soixante sept représentants et sénateurs patriotes, qui infirmeront le veto d'un traître à la patrie. Le crime est-il suffisamment criant? La bataille fait rage. Le Titan sioniste a déjà acheté cinquante deux voix. Il ne lui en manque que quinze pour renverser l'accusation et pour livrer le pays à une puissance étrangère sous couvert d'assurer son salut. Il ne reste au Président insulté par ces soupçons qu'à jouer la montre contre un groupe de pression d'une puissance sans équivalent dans le monde et seul en mesure d'accuser froidement de trahison la tête de l'exécutif d'une grande nation.

Quelles sont les chances d'Israël de prendre une revanche, glorieuse à ses yeux, sur tous les autres pays démocratiques du globe terrestre - alors que le pape François a aussitôt compris l'immensité de l'enjeu et déclare qu'il se rangeait résolument du côté de Téhéran? Certes, quand M. Biden, vice-Président des Etats-Unis ou M. Kerry, chef du Département d'Etat, tentent sans relâche et dans un va-et-vient incessant entre Washington et Tel Aviv, de retarder la colonisation guerrière de la Cisjordanie, le monde entier s'esclaffe au spectacle du hochet ridicule que les hautes fonctions de ces deux hommes les a réduits à brandir dans le vide. Certes encore, le monde entier les observe repartir et revenir avec, sur les bras, une décision tranquille de plus de Tel-Aviv de poursuivre la construction de milliers de logements nouveaux en Palestine.

Mais MM. Kerry et Biden ne savent pas encore, semble-t-il, que le Sénat et la Chambre des représentants sont entièrement tombés entre les mains d'Israël et que les décisions du Congrès de financer ce pays à fonds perdus sont payées depuis belle lurette sur les sommes astronomiques que le contribuable américain verse aveuglément à Israël. MM. Kerry et Biden n'ont-ils pas d'yeux pour les cahots de la calèche américaine sur la route de Montreux, ne savent-ils pas que le même président qui avait conclu, trois mois plus tôt, un accord avec Téhéran a fait revenir M. Ban-Ki-Moon sur son invitation de l'Iran à Montreux et que M. Kerry a fait machine arrière sur les bords du Léman. Qui tient les brides? Le carrosse à deux cochers basculera-t-il dans l'ornière ?

10 - Le sionisme de demain

Sachez que, six mois seulement après le revers spectaculaire d'Israël en Syrie et en Iran, le sionisme a trouvé son second souffle à l'échelle du monde, parce que les cartes du jeu obéissent maintenant à un nouvel équilibre des forces au sein de tous les Etats-enfants: car, d'un côté, le capitalisme bourgeois brinqueballe sur un échiquier international en perdition, de l'autre, une nouvelle classe dirigeante forge ses armes à toute allure sur l'enclume titanesque d'un sionisme en acier trempé - la capitale en sera un Hercule. Quand Jérusalem aura été reconquise maison par maison, cette ville se placera au centre de la toile.

La revanche posthume de Karl Marx se dessine sur le cadran des diagnostics de Chronos; si le capitalisme résiste à l'évangélisme médicamenteux qu'on appelle l'utopie, le naufrage de ce système économique n'en sera que retardé de quelques décennies. Comment le sursaut du moribond sous l'égide de la production massive de biens à bas prix en provenance de la Chine guérirait-elle une maladie incurable ? L'avenir politique d'Israël réside dans le no man's land économique qu'ouvrira le second trépas mondial d'un univers industriel et commercial broyé dans les mâchoires d'un étau : le machinisme n'échappera pas à la double denture de la surproduction et de la sous-consommation des masses.

11 - La géodomie de Jahvé

Sachez, les enfants, que les anthropologues de génie dont dispose Israël ont approfondi la science psychobiologique balbutiante d'un genre humain encore privé de recul intellectuel digne de ce nom. Sachez que les laboratoires de psycho-biologie de cet Etat viennent de mettre en pleine lumière la dichotomie native qui caractérise le cerveau embryonnaire de cette malheureuse espèce depuis l'apparition de ses dieux schizoïdes. Si vous plongez dans la boue du temporel l'animal branché depuis le paléolithique sur des mondes merveilleux, mais imaginaires, il périt d'asphyxie au ras du sol, mais si vous lui administrez l'antidote du fantastique religieux biphasé qui l'habite, il tombe dans le délire. C'est pourquoi, au XVIIIe siècle, la bête théologique n'a oublié un instant la démence de ses rêves sacrés que pour leur substituer un nouvel empire des songes diviseurs, celui du rêve démocratico-républicain. Mais l'engloutissement actuel de cette ultime fantasmagorie politico-religieuse livre l'humanité aux mythes artificiels que sécrète désormais le fabuleux chimique de la drogue.

Dans ce contexte, seul Israël a conservé intacte la double face de la vie onirique simiohumaine des origines, celle qui s'enracine à la fois dans un territoire arpentable et dans les nues. C'est cela qu'ignorent les sciences humaines sans recul d'aujourd'hui et c'est cela qui permet à Israël d'enraciner la topologie de son "Connais-toi" distancié dans l'arrière-monde d'un sionisme bicéphale. Les deux autres monothéismes schizoïdes, le chrétien et le musulman, mettent en scène des dieux qui s'avouent méta-territoriaux, donc ouvertement scissipares, tandis qu'Israël transporte partout un dieu autarcique et indélocalisable.

Jahvé est né à tel endroit précis du globe terrestre et il a planté à jamais sa tente dans un sol avec lequel il fait corps depuis l'enregistrement de son acte de naissance dans le livre de la Genèse. Le fidèle bipolarisé par ce dieu-là depuis trois millénaires s'agrippe à son jardin et y cultive ses légumes et ses fleurs, mais avec une ténacité et un acharnement que rien ne saurait terrasser. Un peuple capable de véhiculer ses hectares célestes dans sa tête se reconstruit en tous lieux la demeure autochtone d'un dieu géodome, celui dont la spécificité théologique ne se trouvera décryptée que le jour où le diagnostic de la schizoïdie viscérale qui frappe les premiers évadés de la zoologie connaîtra les causes chromosomiques de la guerre entre les dieux polychtoniens et le dieu chtonien de la Judée. Telle est la source semi-animale de l'élan nouveau qu'Israël a pris sur la planète d'Eole.

12 - Le contre-feu

Mais voici le contre-feu: si l'Iran ne rencontre plus d'obstacles à livrer au Hezbollah les armes les plus modernes, puisque le territoire de la Syrie a été libéré, si le Brésil, la Russie, la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud déplacent progressivement, mais irrésistiblement le centre de gravité de la planète en direction de l'Asie, si l'Occident civilisé, mais décérébralisé, n' a plus d'autres armes de la pensée civilisatrice que la Liberté de délivrer des escrocs russes à leurs geôles au nom du droit d'escroquer, que la Liberté de glorifier les exploits urinaires des pisseuses russes dans les églises au nom du droit de pisser sur les autels, que la Liberté de chanter le mariage sodomite ou saphique au nom des droits universels de l'humanité, que la Liberté de convoler à titre fictif au nom du droit à de justes noces, de quel côté croyez-vous que la pensée rationnelle va porter la hotte du monde? Ne voyez-vous pas que la raison commence d'ouvrir les yeux sur les pérégrinations mentales de l'évadé des forêts, ne voyez-vous pas que la décision du Conseil d'Etat de la France jette un voile sur les véritables rouages du globe terrestre?

Apprenez donc, les enfants, à lire, avec des yeux dessillés les aventures d'Alice au pays des enchantements vocaux d'une démocratie mondiale miraculée par son vocabulaire. Que fait d'autre M. Valls, Ministre de l'intérieur de la France quand, d'un claquement des doigts, il convoque le Conseil d'Etat et lui fait infirmer en moins de temps qu'il ne faut pour le dire un jugement rendu par le tribunal administratif de Nantes, auquel la France ne reproche que le blasphème d'avoir été prononcé au détriment des intérêts territoriaux d'Israël en Palestine, que fait-il d'autre, dis-je, que d'élargir la définition du sacrilège dans le Littré et de l'étendre arbitrairement à la profanation de l'omnipotence et de l'omniprésence du peuple de Jahvé en Palestine? Prenez-vous vraiment M. Valls pour une tête brûlée, croyez-vous vraiment qu'il se serait rué les yeux fermés dans le risque de voir son orthodoxie réfutée de nouveau? Sachez que ce lecteur assidu de Lewis Carroll sait fort bien que le fantastique démocratique est un conte rédigé à l'usage des enfants d'un monde à catéchiser de la tête aux pieds et que le royaume des abstractions miraculées et hissées dans le ciel du langage ne sert qu'à masquer le spectacle du noyautage confessionnel des Etats par les agents du surnaturel pseudo démocratique israélien.

13 - Les ailes de cire de la Liberté

Pour la première fois, un juge siégeant au Conseil d'Etat détient le pouvoir fabuleux de dicter à toute la justice administrative de la nation et au nom de la plus haute juridiction du pays les sentiers sur lesquels la liberté des citoyens de juger la politique de leurs dirigeants se trouvera restreinte chaque fois que les conquêtes d'Israël en Judée se révèleront menacées de délégitimation aux yeux des Etats démocratiques - ce qui renverse le fondement même des Républiques. Car, disait Montesquieu, toute décision du pouvoir exécutif qui s'impose de force à l'ordre législatif et à l'ordre judiciaire leur retire, en fait, leurs compétences constitutionnelles propres - et cela sous les prétextes angéliques à souhait dont le despotisme use depuis le fond des âges, à savoir la feinte protection de l'ordre public et la défense simulée d'une liberté aux ailes de cire.

Il y a deux ans, M. Régis Debray et d'autres intellectuels de renom ont tenté de débattre à l'Ecole Normale supérieure de la rue d'Ulm du blocus aux yeux de la terre entière d'une ville d'un million sept cent mille habitants ; et l'on a vu le même juge du Conseil d'Etat interdire ce débat à la plus prestigieuse de nos grandes écoles et cela, une fois de plus, au nom des relations étroites que ce creuset des agrégés de Lettres et de philosophie entretient avec le seul affranchi des règles du droit international de la planète.

J'approfondirai la semaine prochaine la signification anthropologique de mes allusions énigmatiques aux embarras de la flotte des Achéens devant les murs de Troie et aux efforts de Ménélas de se rendre le dieu Eole favorable.

Le 25 janvier 2013|

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Les offertoires de Jahvé racontés aux enfants (2)

Présentation
1 - Les charcuteries sacrées
2 - Les masques moraux de l'immoralité
3 - Le retour au meurtre sacré
4 - Calchas
5 - La balance à peser l'assassinat cultuel
6 - La guerre des dieux
7 - Les barbares de la Liberté
8 - Soyez les civilisateurs de la démocratie
9 - Les acteurs du comique
10 - Post-scriptum

Présentation

Mes deux textes des 10 et 17 janvier (Mon Panthéon 1 - Mon Panthéon 2) illustraient un mode d'interprétation de l'évolution de l'intelligence humaine que mes lecteurs connaissent bien : ils savent que j'observe les germes spirituels que les plus grands esprits ont semés parmi les barbares de leur temps et qui féconderont leur avenir intellectuel à l'épreuve des siècles de leur postérité.