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Laurent Fabius et la France

1 - L'accord du 24 mars 2013 avec l'Iran
2 - La résistance des juifs de France
3 - Spinoza, Bergson, Freud et Einstein
4 - Un Etat souterrain
5 - L'éthique du monde et les barbares de la démocratie
6 - L'incohérence de la politique contemporaine
7 - L'approfondissement de la politologie
8 - M. Laurent Fabius et la morale

1 - L'accord du 24 mars 2013 avec l'Iran

La semaine dernière, j'ai tenté d'aplanir quelque peu les sentiers d'un géant de l'histoire universelle, l'Evidence. Ce mastodonte, disais-je, allait débarquer en souverain sur la scène internationale, ce monarque monterait sur les planches sitôt que le rideau de fumée de la guerre évitée de justesse en Syrie placerait les relations d'Israël avec l'Iran et avec le reste du monde au premier rang des acteurs internationaux. De surcroît les évènements n'ont pas manqué de confirmer une autre évidence, à savoir que Sa Majesté le Bon Sens s'avance aux côtés de ses prophètes, dont les serviettes débordent de constats banals.

Mais puisque l'accord que la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, l'Allemagne et la France ont conclu avec l'Iran le 24 novembre 2013 déclenchera fatalement une guerre titanesque, celle qu'Israël déclarera au reste de l'univers, il importe de passer en revue les forces en présence et de décrire les premières opérations militaires sur le théâtre du destin de la planète tout entière. Quelle sera l'issue de ce conflit de Titans sous l'œil courroucé d'Israël? Mais une question préalable se pose aux belligérants : comment les autres peuples de la terre se résigneraient-ils confier la défense de leurs intérêts nationaux à des représentants cachés de l'Etat d'Israël? Et si cette absurdité se trouvait exclue sous la plume de tous les stratèges des Etats souverains, n'auraient-ils pas un intérêt vital à commencer par distinguer clairement les thuriféraires inconditionnels d'Israël campés sur leurs deux jambes d'un côté de la population de la judaïté nationale, de l'autre, qui n'est nullement solidaire ou complice des phalanges d'Israël au sein de toutes les patries du globe terrestre et qui, sitôt qu'on consent à lui donner la parole, s'indigne haut et fort de se trouver prise en otages par Israël sur le sol de leur pays.

2 - La résistance des juifs de France

Exemple : il y a deux ans, une phalange célèbre de juifs français, dont MM. Finkielkraut, Pascal Bruckner, BHL et Olivier Nora, directeur de Grasset et de Fayard, ont signé dans Le Monde une déclaration d'allégeance inconditionnelle à la défense des intérêts territoriaux et guerriers d'Israël, mais pour ajouter, aussitôt, que l'intérêt supérieur, donc seul réel, de l'Etat hébreu était justement de ne pas encourager les juifs de la diaspora à soutenir fanatiquement l'expansion armée et cruelle d'Israël dans les territoires occupés au Moyen Orient, et notamment la colonisation sauvage de Jérusalem et de la Cisjordanie.

Trois jours plus tard, le Président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) publiait dans Le Monde une violente protestation contre une défection des signataires aussi traîtresse à ses yeux, parce qu'une identité juive qui se fonderait sur les principes abstraits, donc solennellement universalisés de 1789 n'était jamais qu'une construction superficielle et artificielle - il ne s'agissait que d'un panier vide et à remplir d'aliments consommables, donc d'"identités fortes" et nécessairement fondées sur la possession d'une terre ancestrale, sur des traditions ethniques et religieuses multimillénaires et sur un sentiment d'appartenance corps et âme à un peuple déterminé et dûment reconnaissable en tant que tel.

Mais qui a-t-on vu monter sabre au clair à l'assaut de Richard Prasquier? Un hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn en 1997 et dirigé par Maurice Szafran - Marianne. Deux ans plus tard, qui a réussi, en quelques jours, à placer M. Strauss-Kahn sur orbite présidentielle? Un quatuor composé de MM. Fabius, Elkabbach, Cohn Bendit et Guetta. Mais qui a ri le premier d'une opération à ce point cousue de fil blanc? M. Jacob, alors président du groupe parlementaire de l'UMP à l'Assemblée nationale. Puis dans la presse quotidienne, qui a pris la suite? Libération,qui appartient aux Rothschild. Puis, qui a photographié la "Porsche tranquille" de M. Strauss-Kahn, sinon Le Monde, dont les principaux actionnaires s'appellent Bergé, Pigasse et Niel? Bien plus: vingt-quatre heures avant l'affaire de l'hôtel Sofitel de New-York, Le Monde publiait sur une demi-page une photographie assassine de ce candidat à la Présidence de la république française entouré de son staff exclusivement composé de juifs dévoués à sa cause? Qui a publié le 2 septembre 2013 une longue interview du Président Bachar El Assad dont M. Fabius avait déclaré "qu'il ne méritait pas de vivre"? Le Figaro qui appartient à M. Dassault, autrefois M. Bloch, qui a tenu à donner à l'Etat une sévère leçon de professionnalisme diplomatique. Qui a publié, en 2013, une photographie de tout le "gouvernement Fabius" sur les dents et prêt à se ruer avec enthousiasme sur la Syrie? Le Nouvel Obs, dirigé par M. Jean Daniel. Qui organise des concerts judéo-palestiniens dans le monde entier? M. Barenboïm, qui a dirigé l'orchestre national de France avant d'accepter la direction de celui de Chicago. Qui tire à boulets rouges sur l'empire américain, sinon un Noam Chomsky? Qui n'a été blanchi de l'accusation d'antisémitisme qu'en appel pour avoir condamné l'expansion territoriale d'Israël, sinon M. Edgar Morin, qui s'appelle Morin comme je m'appelle Dupont?

Certes, M. Hollande a qualifié "d'indigne" le boycott des importations de produits israéliens par des citoyens français qu'indigne l'extension territoriale d'Israël en Palestine. Mais qui a infirmé une justice aux ordres - tant en première instance qu'en appel - sinon une cour de cassation attentive, depuis des décennies, à encadrer étroitement le concept vagabond d'antisémitisme? Certes encore, M. Hollande a chanté son amour inconditionnel "pour Israël et pour ses dirigeants" à Tel Aviv : " Si on m'avait dit que je viendrais en Israël, et que, en plus de faire de la diplomatie, j'aurais été obligé de chanter, je l'aurais fait. Pour l'amitié entre Benyamin et moi-même, j'aurais toujours trouvé un chant d'amour pour Israël et pour ses dirigeants." (François Hollande en Israël - 20 Novembre 2013) Mais qui l'a rappelé à la décence sur France Inter? M. Patrick Cohen : "Où s'arrêtent la diplomatie et la proximité ou la connivence sans doute nécessaires entre dirigeants étrangers? Et où commence la complaisance avec ces mêmes dirigeants?"

3 - Spinoza, Bergson, Freud et Einstein

Mais il y a plus: depuis le XVIIe siècle, la philosophie mondiale repose sur quatre cerveaux juifs: Spinoza (1632-1677), auteur du Tractatus theologico politicus - ma théopolitique - et d'une Ethique qui ont anéanti le mythe d'un Dieu personnel et identifiable. On doit à ce super logicien la noyade définitive du créateur du cosmos dans un panthéisme qui rend absurde toute théologie ambitieuse de mettre en scène un acteur reconnaissable à sa gestuelle, absurde un gestionnaire qui gouvernerait l'univers à la manière d'un chef d'Etat talentueux, absurde un auteur capable d'écrire en prose et en vers, de s'exercer à l'éloquence et de se reposer après un dur labeur. Puis Bergson, le grand incompris de l'Evolution créatrice qui, en bon spinoziste a transporté la vie spirituelle de l'humanité au sein d'un évolutionnisme où la distinction entre les "sociétés ouvertes" et les "sociétés fermées" est devenue plus actuelle que jamais. Puis Freud, le Christophe Colomb qui a ouvert la politique et l'histoire à l'exploration du continent caché de l'inconscient ; et enfin Einstein, le navigateur du néant qui démontra que tout corps en mouvement dans le vide transporte son horloge avec lui et que le temps est une matière en cours de coagulation ou de liquéfaction à une vitesse inversement proportionnelle à la vélocité du mobile qui transporte sa propre pendule sur son dos.

4 - Un Etat souterrain

La question politique qui se trouve désormais posée à tous les Etats par le déclenchement planétaire de la guerre entre la majorité des nations du monde, d'une part et Israël d'autre part, est de savoir comment empêcher que ce petit Etat ne désigne en sous-main et n'impose à ses hôtes des ministres des Affaires étrangères dévoués corps et âme à l'Etat hébreu et de mobiliser au besoin toute la population juive du pays à soutenir de ses louanges les Kouchner ou les Fabius. Je rappelle que M. Sarkozy, lui-même d'origine juive, avait osé nommer M. Védrine à la tête du Ministère des affaires étrangères de la France et qu'il avait suffi de vingt-quatre heures à M. Prasquier pour le faire revenir sur son hérésie, parce que l'ancien Secrétaire général de l'Elysée de M. Mitterrand n'offrait pas de garanties suffisantes aux yeux du Conseil représentatif des institutions juives de France.

Je rappelle également que M. Kouchner, précipitamment nommé en remplacement de M. Védrine, a réussi à faire échouer le projet-phare de la Ve République post-gaullienne - l'alliance des nations riveraines de la Méditerranée - parce qu'il s'agissait de rendre Israël seul maître de cette alliance. Je rappelle enfin que M. Fabius a soutenu Israël face à l'Iran au cours des négociations de Genève du 10 et du 21 au 24 novembre 2013, et cela non seulement sans réfuter en rien, mais sans jamais seulement évoquer le mythe saugrenu selon lequel la bombe nucléaire de Téhéran détiendrait le pouvoir, aussi magique que solitaire, de réfuter la doctrine de la dissuasion nucléaire qui fonde la stratégie de toute la planète depuis six décennies - tout le monde sait que deux nations armées de la bombe thermo-nucléaire se neutralisent réciproquement et qu'Israël entend seulement perpétuer son hégémonie au Moyen Orient, ce qui contraint cet Etat à alimenter une diabolisation mythologique et ridiculement gesticulatoire de la Perse moderne.

Tout le monde sait que M. Laurent Fabius est un homme intelligent et qu'il ne croit en rien aux sottises selon lesquelles l'Iran serait dirigé par une horde de fous et de sauvages décidés à pulvériser, Rome, Madrid, Paris et Londres pour se faire pulvériser en retour quelques minutes plus tard. Du reste, le 20 novembre, M. Fabius déclarait encore qu'il fallait "dompter", l'Iran. Il faut donc appliquer à M. Fabius la logique universelle de Spinoza qui, le premier, a soumis l'éthique mondiale au raisonnement cartésien.

Qu'enseigne la logique? Que Fabius fut un célèbre général romain surnommé Cunctator, qui signifie temporisateur, parce que, ne pouvant croiser le fer sur le champ de bataille avec l'invincible Hannibal, il le suivait sur les collines d'alentour afin de retarder sa marche et de ralentir le rythme de ses victoires. Or, M. Fabius prend l'Iran pour Hannibal le Terrible; et il entend mettre en laisse l'Attila des temps modernes. Sa logique de l'imaginaire l'égare dans le gesticulatoire israélien - décidément, comme dirait Spinoza, l'illogique est immoral, l'immoral est aveugle et l'aveuglement est le frère aîné de la sottise.

5 - L'éthique du monde et les barbares de la démocratie

M. Fabius a fourni une démonstration éclatante de la stratégie diplomatique d'un ministre des affaires étrangères que les livres d'histoire reconnaîtront pour l'inventeur du gaullisme illogique - le gaullisme au profit d'autrui, donc, en l'espèce, à l'avantage immoral d'une nation étrangère. En effet, le coup d'éclat du 10 novembre, qui avait pris tout le monde de court et qui avait permis d'expulser provisoirement Mme Ashton de la table des négociations, n'avait d'autre objectif que de mettre en place un piège à double détente, celui de passer le relais fabiusien à l'AIPAC (American Israël Public Affair Committee) qui dirige, en fait la chambre des représentants du peuple américain.

Du coup, M. Obama a dû éteindre l'incendie allumé à distance dans son propre pays par un trompeur étranger et supplier les sionistes du Congrès de ne pas écouter la voix d'Israël, ce qui illustrait une nouveauté parlementaire inouïe. Car M. Edward Kennedy avait tenté pendant plus de trente ans, et en patriote lucide, de faire reconnaître l'AIPAC pour un groupe de pression de l'étranger installé sur le territoire national et légitimé à ce titre, donc pour une organisation saugrenue et au service d'un autre Etat que celui des citoyens américains.

Pour la première fois, un président des Etats-Unis en exercice traitait ouvertement l'AIPAC de groupe de pression incongru et abusivement lové sur le territoire de la nation. Mais pour forcer le passage à Genève, il a fallu faire accourir en toute hâte M. Lavrov, M. Kerry et M. Wang Yi, le ministre chinois des affaires étrangères. On sait qu'à eux trois, ces géants sont parvenus à forcer le passage en accord avec la Maison Blanche, qui travaillait déjà en coulisses pour une entente avec l'Iran du temps de M. Ahmadinejad. Mais M. Barack Obama s'est vu contraint à l'immoralité d'expliquer longuement à la nation américaine que la pression sur l'Iran se poursuivrait intensément, alors que le problème de fond, celui d'une vraie morale internationale, va maintenant diviser la planète entre Israël et le reste du monde: on ne saurait fonder une civilisation durable sur l'immoralité titanesque de contraindre une nation de quatre-vingt millions d'habitants à choisir entre la famine et la capitulation diplomatique, on ne saurait vivre dans les temps barbares où le mythe démocratique met vertueusement le canon de la Liberté sur la tempe des nations souveraines.

On voit que si, dans six mois, la France n'était pas parvenue à imposer au monde entier un traitement éthique, donc logique de la question de fond, celle des paramètres factices qui pilotent l'immoralité de la diplomatie mondiale et qui maintiennent toute la problématique de la géopolitique à l'écart du vrai sujet, à savoir la guerre entre l'Occident en plein naufrage de sa civilisation et le réseau nationaliste israélien, le monde tombera entre les mains des barbares de la démocratie. C'est ce sauvetage de la vie ascensionnelle du genre humain et cet appel à une spiritualité trans-théologique qui scelle un accord en profondeur entre le pape François et la Russie en chemin. Mais comment se fait-il que Spinoza, Bergson, Freud et Einstein soient précisément à la source de la souveraineté de la pensée logique, celle d'une espèce capable de découvrir qu'elle n'a pas de Dieu dans son dos et que si elle ne pilotait pas l'éthique du monde en souveraine, personne ne le fera à sa place?

6 - L'incohérence de la politique contemporaine

Aussi la diplomatie mondiale se trouve-t-elle face à un obstacle proprement intellectuel à franchir: comment résoudre une aporie de nature anthropologique, celle de féconder la postérité des cervelles évoquées plus haut? Car si des docteurs chevronnés du ciel des protestants rencontrent des docteurs du ciel des catholiques, jamais ces deux phalanges de spécialistes locaux de l'éthique du monde ne débattront de l'existence ou de l'inexistence de Dieu, mais exclusivement des rituels qui pilotent les cérémonies du culte de l'une et de l'autre mythologie religieuse. De même les hommes politiques et les diplomates ne se rencontrent jamais que pour traiter d'une difficulté liturgique située à mi-pente de la vraie question et superficielle, parce qu'il est impossible aux Etats de précéder l'esprit public moyen et les mentalités régnantes de leur temps.

Mais il arrive également que le retard cérébral qui paralyse une époque se réduise à trois ou quatre ans seulement; et, dans ce cas, le blocage des neurones des acteurs de la pièce les conduit à un échec coupable, parce que la clarté de l'évidence se heurte d'ores et déjà à une réalité bien trop visible pour légitimer plus longtemps les exercices de la lenteur et de la paresse d'esprit des Etats du moment. Car ceux-ci sont habiles à se placer sous le drapeau de leur prétendue prudence politique et de leur fausse habileté diplomatique. Mais que faire si la démonstration, depuis un demi-siècle, de l'irréalité de la bombe thermonucléaire sur un champ de bataille est proche de débarquer dans l'actualité politique mondiale? Tous les spécialistes de l'art de la guerre et tous les connaisseurs de la science des armes savent que la pulvérisation de l'humanité est un mythe stupidement calqué sur l'inconscient théologique de l'Occident et sur la foudre de l'excommunication majeure du XIe siècle. Israël le sait mieux que personne, mais il s'agit seulement, pour cet Etat, de placer le globe terrestre tout entier sous le joug d'une immoralité intellectuelle digne du Moyen Age, afin de conserver en vie le Lucifer illogique des modernes.

On sait que l'ignorance politique des peuples du XXIe siècle est bien plus étrangère à l'éthique que celle de l'humanité du Moyen Age: les croyants savaient globalement quel était l'enjeu théologique de l'hérésie d'Arius, des Cathares, des Luthériens et des Calvinistes, tandis que, de nos jours, la controverse sur la bombe thermo-nucléaire ressortit à un blocage de la pensée logique bien plus caché qu'à l'époque de Spinoza. Pourquoi tout le monde passe-t-il sous silence l'argumentation irréfutable de la dissuasion nucléaire, sinon parce que cette doctrine fonctionne, en réalité, sur le vieux modèle de la foi - celle que la laïcité refoule dans l'inconscient des peuples souverains; car sitôt un Dieu dûment installé dans les apanages et les prérogatives solitaires d'une orthodoxie intouchable, personne ne pèse plus ni son étiage cérébral, ni les coordonnées anthropologiques de la politologie qu'on vient pourtant de lui fournir clés en mains - et l'on relègue dans l'oubli toute la construction du personnage dans l'inconscient de la politique ainsi que tous les mécanismes qui assurent le fonctionnement psychopolitique d'un Zeus immoral. De même, on ne débat qu'en aval d'une bombe pourtant logiquement neutralisée sur le modèle d'un Dieu enfin privé de ses tortures souterraines et l'on évite soigneusement d'observer en amont les fondements d'une orthodoxie falsifiée du nucléaire et celle d'une divinité des marmites infernales dont le cadavre a été autopsié par nos quatre mousquetaires du génie juif.

7 - L'approfondissement de la politologie moderne

Pour préserver les Etats fabiusiens, donc truqués, du danger de désigner un guerrier masqué d'Israël à la tête de leur Ministère des affaires étrangères, la solution exigera nécessairement l'approfondissement de la réflexion anthropologique qu'appelle notre époque sur l'immoralité universalisée des théologies.

Pourquoi M. Roland Dumas, ex-ministre des affaires étrangères de François Mitterrand et ancien Président du Conseil constitutionnel a-t-il bien pu exposer à la télévision et sans se trouver censuré, que la politique israélienne contre la Syrie était préparée depuis longtemps à Londres et au profit de l'Etat hébreu, que des tunnels avaient été creusés depuis plus de deux ans sous une autorité sioniste mondialisée et qu'en cas de difficulté dans l'exécution de ce plan, il était prévu de faire appel à la puissante communauté juive américaine et à la diaspora internationale? On comprend bien que le silence des médias français et mondiaux face aux révélations d'un haut responsable français et peu enclin à s'exprimer à la légère, parce que écoutées par des centaines de milliers d'auditeurs, ne saurait s'expliquer s'il s'agissait seulement d'un mot d'ordre dont le secret aurait été aussi mystérieusement qu'impérieusement dicté à tout le monde. En vérité, il s'agit d'une énigme polymorphe et qui tient à la pauvreté des connaissances anthropologiques du genre humain, donc à l'ignorance de l'évolution cérébrale d'une espèce viscéralement théologique et tombée en panne depuis l'évasion du genre humain de son statut zoologique originel.

Qu'est-ce à dire? Que seule une connaissance rationnelle des origines animales communes aux mythes théologiques et aux mythes guerriers messianisés ouvrira la voie à une radiographie de la politique semi-simienne de notre temps.

Car sitôt que l'accord du 24 novembre a été connu à Ryad, l'Arabie saoudite a demandé en toute logique au Pakistan de lui fournir la bombe atomique clés en mains. Naturellement, la noisette qui sert de cervelle éthique et politique à des chameliers enrichis ne leur permet pas encore de comprendre que le rang des nations sur la scène d'une prétendue morale universelle n'a dépendu de leur maîtrise de l'arme apocalyptique que de 1945 à 1947 ou 1948, le temps, pour d'autres Etats, de partager le monopole de l'immoralité. Le Pakistan actuel ne menace en rien les Etats-Unis de sa foudre inutile et Israël, qui possède la bombe depuis 1966, n'était pas invité à Genève - en raison de la petitesse de sa taille - tandis que l'Allemagne, qui demeure dépourvue de l'arme mythologique, occupait à Genève en fait, sinon en droit, le rang d'un membre permanent du Conseil de sécurité. Il est probable que les ressources autarciques de Washington en pétrole lui permettront bientôt de renvoyer Riad dans les sables vertueux du désert - mais, ici encore, seuls les progrès de l'anthropologie scientifique permettront à une humanité devenue pensante de connaître les origines parazoologiques du mythe d'une apocalypse internationale et de son prolongement parathéologique dans le nucléaire guerrier. Alors seulement les nations auto-proclamées intouchables en raison de leur éthique semi animale, celle de leurs pulsions meurtrières réciproques, permettront à la science historique et à une science politique trans-zoologique de conquérir une profondeur nouvelle de leur connaissance d'elles-mêmes. Car il est illogique, donc immoral, d'ignorer que les guerres de la bête renaîtront fatalement, et cela précisément en raison du refus des Etats vertueusement méta-suicidaires de quitter le globe terrestre pour se vaporiser définitivement dans la plus haute atmosphère de leur éthique.

8 - M. Laurent Fabius et la morale

L'immoralité qui frappe l'illogisme politique de Laurent Fabius renvoie à la pesée d'une ambiguïté cérébrale enracinée dans une zoologie déjà devenue schizoïde. Les détoisonnés du IIIe millénaire sont des mammifères cérébralement dichotomisés. A ce titre, et à l'image de leurs ancêtres des forêts, ils ont grand besoin de se réclamer d'une provenance géographique. Mais ce primate bipolaire a également besoin de se domicilier dans des mondes résolument cérébralisés et universalisés par des langages qui sonorisent diversement sa dégaine. Ni l'une, ni l'autre de ces identités ne suffit à l'animal biphasé. Il lui faut habiter à la fois sur la terre et parmi des dieux forgés par sa parole. Les religions répondaient au modèle de dédoublement de la domiciliation vocale et terrestre de cette espèce. Il existait autant d'Apollons tangibles que de temples de ce dieu. Et pourtant, il existait également et dans toutes les têtes un personnage invisible, musicalisé et unifié. On vénérait Apollon comme, de nos jours encore, on rend un culte à la vierge statufiée de Fatima, palpable de Lourdes ou substantifiée de Medjugorge d'un côté et, de l'autre, à une Marie unifiée et logée dans le ciel. Les catholiques qui ont perdu le Dieu national des Capétiens ont rompu avec la monarchie de droit divin; du coup, ils ne savent plus où ils habitent. Qu'en est-il de l'existence terrestre et de l'existence théologique de Laurent Fabius et quelle morale de la France met-il en scène dans les nues?

Car aussi longtemps qu'Israël n'avait pas retrouvé un territoire à sacraliser, les juifs ont paru confusibles avec les multiples populations sans terre de la diaspora. Mais la naissance d'un territoire israélien pose à la géopolitique du patriotisme la question anthropologique et éthique avec laquelle M. Barack Obama se collette d'ores et déjà concrètement et jour après jour, parce que l'AIPAC se veut à la fois domicilié dans l'universalité du mythe biblique d'Israël et au service des lopins de l'Etat d'Israël sans perdre, pour autant, son troisième habitat, les Etats-Unis.

Aussi les années à venir placeront-elles l'expansion irrépressible de l'Etat juif au cœur d'une histoire à la fois anthropologique, politique et ethnique. Ou bien le "Grand Israël" éradiquera le peuple palestinien sur le modèle, devenu paradigmatique, de l'extermination des Indiens d'Amérique sur leurs arpents, ou bien la planète de la science et de la technique connaîtra des convulsions patriotiques aux conséquences imprévisibles, tellement il sera bien impossible de jamais anéantir une nation à l'âge du téléphone portable, des satellites et des avions à réaction.

Cette réalité pose aux juifs de France la question axiale de leur statut psycho-politique triphasé. Si, à la suite de la bataille de Pavie et de l'emprisonnement de François 1er à Madrid, l'un de mes ancêtres avait bénéficié de la nationalité française et si on lui avait proposé de diriger la politique étrangère de son pays d'adoption au détriment de l'Espagne, il aurait refusé une mission politique irrémédiablement scindée entre deux identités incompatibles avec l'exercice d'une fonction de haut rang au sein de l'une ou de l'autre nation. Ce n'est pas la faute des juifs de France s'ils sont scindés de naissance entre deux éthiques, deux universalités et deux logiques politiques. Mais comment les historiens de demain raconteraient-ils le passage de M. Laurent Fabius au Quai d'Orsay s'il leur demeurait interdit d'élever leur narration à la cohérence interne qu'exige l'esprit de logique de l'anthropologie critique de demain?

Pourquoi le temporisateur des Romains s'est-il opposé à Scipion l'Africain, qui voulait poursuivre la guerre contre Hannibal jusqu'à Carthage? Le Fabius français refuse la présence d'un Iran nucléaire aux côtés d'Israël, mais il ne s'étonne pas de ce que l'on traite de chefs d'Etat des dirigeants qui s'indignent seulement de ce que l'étranger surveille leur téléphone portable, mais non que deux cents garnisons étrangères campent sur leur territoire. Comme il est difficile aux Fabius de poursuive Hannibal jusqu'à Carthage!

Le 30 novembre 2013
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr