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Troisième Lettre ouverte à M. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie

Par Manuel de Diéguez

Avant-propos
1 - Les premiers pas de l'ironie sur la scène internationale
2 - Le pacte d'alliance de l'ironie avec l'épouvante
3 - L'avenir de " Dieu " est entre nos mains
4 - Dieu et la politique de la Russie
5 - Les démocraties infernales

Avant-propos

Pourquoi les fidèles d'une religion ignorent-ils comment leur Eglise fonctionne dans le temporel et pourquoi ferment-ils les yeux sur les rouages politiques de l'évangélisme? Voilà une interrogation qui ressortit à la psychologie des croyances protectrices. Que deux siècles après la révolution de 1789, les citoyens ne veuillent pas examiner à la loupe les ressorts et les rouages terrestres des républiques de crainte que leur croyance en la démocratie idéale se trouve ébranlée est moins compréhensible.

Mais ni l'école des sciences politique, ni l'école nationale d'administration n'enseignent les mécanismes qui guident l'expansion militaire et la chute financière des empires. De l'école primaire à l'université, les professeurs d'histoire évangélisent le récit des évènements à l'écoute d'une catéchèse de la candeur - le livre d'heures et le missel d'un "pacte républicain" en résument les axiomes. La classe politique qui aura passé par le moule d'une vision doctrinale de ce genre se nourrira d'un mythe, celui de la Liberté; du coup, l'histoire simiohumaine ne deviendra intelligible qu'à la lumière d'une anthropologie critique.

On vient, une fois de plus, d'observer la sous-information politique d'une classe dirigeante infantilisée par des séminaristes laïcisés et qui déverse des phalanges de néophytes sur une scène internationale pré-idéalisée, donc cléricalisée en sous-main. La mise hors jeu, à Damas, de la France, et de l'Europe par une Russie et une Amérique hégémoniques fait jouer à l'Elysée le rôle d'un petit apôtre de paroisse.

Je consacrerai prochainement une analyse à la formation, à partir de la fin du XVIIIe siècle, d'une classe politique issue du creuset des docteurs de Sorbonne d'aujourd'hui. Comment une histoire prêchée à l'usage des évangélistes d'une démocratie auto-apologétique a-t-elle passé du modèle chrétien de la foi au modèle démocratique de l'esprit de dévotion des modernes, qui messianisent des abstractions proclamées salvifiques? Quel changement de confessionnal du salut mais non de l'esprit de rédemption que véhiculent maintenant des idéalités! La raison idéologique messianise des concepts. Une orthodoxie du langage a succédé aux méthodes de pensée de la théologie. Cette mutation mondiale du système d'éducation de la classe dirigeante et ce remplacement des mythes révélés par des mots sacralisés sont-ils inscrites dans le capital psychogénétique des anges au cerveau schizoïde ou résultent-ils d'une maladie guérissable par une thérapeutique appropriée à cette pathologie?

Il est trop tôt pour trancher cette difficulté médicale. En revanche, il est démontré que l'expérience historique des séraphins de la démocratie est un remède inefficace: personne, depuis trois quarts de siècle ne s'étonne de l'incrustation, dans les républiques, d'un demi millier de garnisons américaines qui n'y ont pas été appelées par le suffrage universel et dont l'expulsion n'est pas de la compétence du vote populaire.

Après la première guerre du Golfe, la conférence de Madrid a débouté l'Europe de ses prétentions à jouer sur la scène diplomatique de la planète ; après la seconde guerre du Golfe, Washington s'est offert le luxe d'aligner les petits chefs d'Etat du Vieux Continent sur le perron de la Maison Blanche. En 1990, on a vu M. Bush les rassembler à nouveau tout joyeux, mais dans son ranch et en gamins amusés de se mettre un chapeau de cow-boy sur la tête. Enfin en 2012 ils se sont docilement pelotonnés à Chicago autour d'un Barack Obama en bras de chemise

Caligula et son cheval à Chicago, Le messianisme démocratique, 20 mai 2012.

Qui peut s'imaginer un seul instant que Washington en viendra à prendre au sérieux des enfants de chœur convertis à ses prières? Un apostolat au service des brûle-parfum du mythe de la Liberté a pris la relève des anciens sacrifices.

Dans la troisième lettre à M. Poutine qu'on lira ci-dessous, je prends acte de ce que le malade est frappé d'une dichomie cérébrale incurable et que si la Russie ne prenait pas la relève de la France du XVIIIe dans la mission d'éducatrice politique et intellectuelle de l'Europe, ce continent connaîtra les félicités parfumées des naufrages cérébraux.

1 - Les premiers pas de l'ironie sur la scène internationale

- M. Président,

Il semble que mon récit ait pris un léger retard sur la cabriole tumultueuse des évènements qui se sont déroulés depuis quelques mois sur notre astéroïde et dont le cours a quelque peu modifié le poids, la dimension et la nature même des pièces à déplacer sur le pesant échiquier de la politique mondiale. Auriez-vous secrètement changé les règles du jeu? Le règne du monarque américain qui survole notre poussière est devenu soucieux. Le Vatican et Moscou auraient-ils quitté d'un commun accord et d'un même pas les coulisses du théâtre où le concept messianique de "démocratie" est devenu le pain de messe des Etats? Nous laisserons-nous longtemps hisser dans les airs par des abstractions ? Mais comment distribuer à tout le monde le pain bénit des idéologies? Seriez-vous montés ensemble sur la scène du comique sotériologique de notre siècle auriez-vous décidé de combattre côte à côte et à l'école de l'ironiste les rêveries qui enténèbrent l'encéphale simiohumain? Car il est venu jusqu'aux oreilles de l'intelligentsia européenne que Rome et la Russie auraient commencé de renverser en cachette les rôles des acteurs les plus séraphiques qui volètent sur notre goutte de boue et que vous progresseriez sur le boulevard de l'humour politique mondial.

Le 12 septembre, votre jeu a fait un grand tapage sur toute la planisphère du rire: vous avez pris au mot et laissé tout ahuri de sa gaffe diplomatique un humoriste maladroit, M. Kerry, ministre des affaires étrangères des Etats-Unis, qui avait cru faire de l'esprit sur la Syrie: on feindrait de renoncer à détruire purement et simplement cet Etat et à bombarder des populations sans défense si Damas laissait inspecter ses magasin de produits chimiques. Laisseriez-vous massacrer des innocents ou lâcheriez-vous du lest?

Vous avez saisi la balle au bond, comme on dit; mais savez-vous, M. le Président, que, depuis lors, tout le Vieux Continent s'interroge avec fébrilité sur les secrets de votre maîtrise du comique international? Auriez-vous fait débarquer l'humour sur la scène du monde? On remarquera que vous procédez par petites touches et que toute votre ironie revient à cacher votre talent de coloriste de la politique verbifique du monde. Savez-vous que les étudiants en science politique du monde entier admirent l'habileté du discours piégé qui vous permet de faire voleter dans les airs une poussière qui demeurait confinée dans les chancelleries?

Qu'avez-vous fait du marché que M. Kerry vous mettait entre les mains? En échange de son grain de sel, vous avez contraint les Etats européens en sabots et piteusement vassalisés par leur propre catéchèse à théâtraliser le ridicule de leur vocabulaire. Comment êtes-vous parvenu à leur faire battre des ailerons sur la scène? Ces angelots se trouvaient jusqu'alors bien masqués. Et maintenant, leurs casaques ont paru trouées et crasseuses. Comment les avez-vous conduits par la main, dirait-on, à étaler le plumage de leur servitude sous le soleil? Pourquoi ont-ils tremblé comme des feuilles d'automne sous le vent rafraichi de leur histoire?

Un citoyen des Etats-Unis - et membre, de surcroît, des services secrets du monstre informatique - a transité par un aérodrome exterritorialisé de Moscou. Ils n'avaient pas prévu que vous conseilleriez au pauvre hère de demander asile à une ribambelle de domestiques apeurés; et vous les avez fait défiler un par un sous les feux de la rampe. Quel inventaire! Vous saviez que ces valets rejetteraient chacun à son tour et dans l'effarement la supplique du malheureux, tellement l'œil de leur maître se faisait menaçant. Tout le monde a constaté l'ahurissement des Etats-Unis de se trouver mis en demeure de tenir leur rôle de Grand Confesseur de la démocratie mondiale ou de se révéler relaps et renégats. Il est aussi humiliant pour le propriétaire que pour son bétail d'assister à la capitulation publique de sa valetaille. Et vous vous êtes donné le luxe de renouveler votre démonstration doctrinale vingt-sept fois sous les yeux de la déesse Liberté !

2 - Le pacte d'alliance de l'ironie avec l'épouvante

Mieux que cela : la patrie d'Abraham Lincoln a découvert à cette occasion que, depuis des années, la planète auréolée des étoiles de la démocratie était soumise à une surveillance policière angélisée et que le despotisme rédempteur des modernes se revêt d'une machinerie d'apologètes de la Liberté. Malheureusement, l'intelligentsia européenne s'est tellement raréfiée et sa culture s'est à ce point amenuisée qu'elle s'est montrée tout ahurie par les exploits internationaux des logiciels de la Stasi américaine.

M. le Président, figurez-vous qu'autrefois une Europe de connaisseurs ne jugeait pas les livres à l'aune de leur tirage, mais à leur place dans la République des Lettres. Aujourd'hui, l'Amérique contraint ce malheureux continent à vérifier l'élasticité des ressorts et la solidité des rouages des œuvres avec des yeux de vendeurs. Comment voulez-vous qu'une civilisation soumise aux verdicts des marchands, qui jaugent les œuvres au montant des recettes qui entrent dans leurs caisses, comment, dis-je, voulez-vous qu'une civilisation placée sous le joug et la herse des livres de compte porte sur les barbares un regard informé? Avez-vous lu Le Meilleur des mondes paru en 1932 d'Aldous Huxley, la Psychanalyse de l'Amérique, paru en 1930, du Comte de Keyserling ou les Scènes de la vie future parues en 1930 de Georges Duhamel? En Occident, ces classiques ont été mis en liquidation par les lois du marché; et le verdict de ce tribunal les a fait disparaître depuis belle lurette des devantures de nos librairies.

Et pourtant, relevez l'heure exacte où l'ironie fait sonner le gong de l'histoire. Il faut attendre que l'épidémie ait fait tomber l'écorce de l'arbre et que le tronc ait commencé de pourrir de l'intérieur pour que l'humour rende visible au grand jour l'étendue d'un désastre irréparable. Alors seulement, le rire vient secouer les cadavres, alors seulement, la Métamorphose de Kafka fait débarquer le rire jusque dans les ossatures. Et maintenant, quelle sera la politique mondiale de l'alliance de l'ironie avec la mort et de la raison avec l'épouvante ?

3 - L'avenir de "Dieu" est entre nos mains

Le premier rire qui ait secoué des squelettes vous fait jouer sur le velours: voyez l'ex-Président Carter, prix Nobel de la paix, qui propose gravement à la conscience morale universelle de destituer un autre prix Nobel de la paix, M. Barack Obama, l'homme des drones et de Guantanamo. Quel est le chef d'accusation ? La tyrannie: le coupable a livré l'Amérique des adorateurs de la Liberté à une police secrète aussi omniprésente qu'omnipotente.

Mais, dans le même temps, le pape François demande instamment à l'Eglise catholique de cesser de jouer à la poupée et d'entretenir les fidèles des affaires capitales du monde, et maintenant, le Poverello demande aux Jésuites de mettre un terme au ressassement des péchés véniels. Mais si la piété abandonne les balivernes et les babioles, si la dévotion tourne le dos aux cierges et aux chapelets, Rome ébranlera rien de moins que le pilier central de la théologie chrétienne, parce que, depuis deux millénaires, celle-ci se fonde sur le principe angélique selon lequel toute autorité terrestre repose sur la volonté secrète d'une divinité aux desseins impénétrables, ce qui permet à ce retors du cosmos de cautionner le hasard et de cacher son jeu sur les ailes de ses séraphins.

Vous avez tout de suite compris la portée politique immense de ce cataclysme théologique, puisque, dans votre lettre du 14 septembre au pape François (- Lettre imaginaire de Vladimir Poutine au chef de l'Eglise catholique + Lettre réelle à Aurélie Filippetti, Ministre de la culture), vous avez souligné que Rome vient changer rien moins que le décor d'une longue duperie. Mais alors, comment l'abîme qui sépare la raison des écrivains et des penseurs de génie de la Russie, d'un côté, de l'entendement mort-né des petits historiens du temporel de l'autre, comment cet abîme va-t-il commencer de se combler? Car une divinité qui n'aura peiné qu'un demi siècle à labourer le sacré dans l'arène du monde - elle avait quitté le timon des affaires quelques années seulement après la tragédie du Golgotha - devra tout subitement cesser de se laver les mains des forfaits de la bête.

Depuis Dioclétien, le Créateur et son Eglise jouaient les Ponce Pilate sur les planches de l'histoire des nations; et maintenant, le Vatican demande au démiurge de la Genèse de mettre à nouveau le nez dans les affaires les plus malodorantes de sa créature. Elle vient de qualifier l'argent de "veau d'or" et le mot idole est tombé de ses lèvres après quinze siècles de silence sur ce vocable. M. le Président, je salue votre compagnon de route, je souhaite que sa science des odeurs qui montent de l'histoire vous aide à détecter les parfums et à flairer les pestilences du monde. Mais parviendrez-vous à détourner les yeux de la barbarie propre aux démocraties et à elles seules, celle des saints de la Liberté, qui, sous l'égide d'un empire à la bannière étoilée, affament des peuples entiers pour leur plus grand bien, disent-ils, et vous concoctent la rédemption de type démocratique dans les nouvelles marmites du diable, celles des droits de l'homme?

4 - Dieu et la politique de la Russie

Cinq siècles après la parution de L'Eloge de la Folie d'Erasme en 1509 et de L'Ile d'utopie de Thomas More en 1516, trois siècles après la parution de Les Voyages de Gulliver en 1721, un siècle et demi après la parution de L'Evolution des espèces en 1859, un siècle après parution de La Colonie pénitentiaire de Kafka en 1919 et de La Métamorphose du même auteur en 1915, l'Eglise courra-t-elle au secours de ces visionnaires de la condition humaine ou bien les Etats se mettront-ils à nouveau un bandeau sur les yeux et se livreront-ils, comme devant, au ridicule d'une Eglise qui aura renoncé à se mettre à l'écoute du génie des prophètes? M. le Président, sachez que "Dieu" et la Russie sauteront derechef et à pieds joints dans le cirque de l'histoire vivante. Quelle sera votre politique à l'égard d'un Créateur que vous aurez aidé à retrouver un rôle à sa taille?

Vous savez que la cosmologie mythique des visionnaires des premiers temps est tombée en ruines, mais que cet effondrement même redonnera toute sa vigueur à son sceptre cérébral et que les hommes d'Etat de demain ne pourront se passer du secours de ce gigantesque acteur, tellement sa carrure politique et morale se trouvera repeinte à neuf par la chute d'une démocratie de sauvages dans l'enfer de la famine. Observez la fausse sainteté qu'affiche la déesse Liberté.

De leur côté les astronomes se sont donné pour unité de mesure la distance de la terre au soleil, qui s'élève à cent cinquante millions de kilomètres. Ces arpenteurs impénitents multiplient ce jalon un million de milliards de fois pour courir seulement d'un bout à l'autre de leur microscopique univers matériel. Mais ensuite, des milliards de milliards d'années de la course de la lumière dans le vide viennent les tirer par la manche avec insistance et leur faire rencontrer de force une seconde galaxie, puis une troisième et ainsi de suite. L'infini n'a pas de frontière, si les mots ont un sens. Mais qu'est-ce que l'empire carcéral d'un Dieu cadenassé dans le néant si l'histoire et la politique ouvrent une étendue nouvelle à la réflexion sur la morale du genre humain?

Vous vous trouvez donc, M. le Président, dans un siècle où le Dieu des morts n'est déjà plus celui de demain. Le modèle ancien avait mis sept jours entiers, le pauvre, à se fabriquer un globe terrestre infinitésimal. A ce rythme, sa tâche n'est pas près de s'achever. Vous savez que Bossuet n'avait mis, ce malheureux petit démiurge à l'ouvrage que depuis quatre mille ans. Mais, précisément, l'évanouissement du Dieu des singes le fera resurgir un peu plus respirant dans les tempêtes du monde.

Certes, l'humanité actuelle éprouve encore le besoin impérieux de croire que le cosmos se trouverait entre les mains de quelqu'un, à la manière d'une diligence dont un cocher tiendrait les rênes entre ses mains. Les héros de leur solitude ne sont pas encore nés, il leur faut se décharger de ce fardeau sur les épaules d'un tiers. Mais, M. le Président, comment voulez-vous qu'une divinité et efflanquée et qui n'aura perdu que l'édifice d'une maigre cosmologie mythique ne s'attelle pas à une tâche de plus forte taille et plus digne de l'infini qui la défie, celle de se saisir du moins à bras le corps des affaires pestilentielles de sa créature, et comment un chef d'Etat à la mesure du tragique des barbares de la Liberté ne s'entretiendrait-il pas du sort de la planète avec un pape de génie, qui a compris, lui aussi, que l'alliance de saint Ignace de Loyola avec saint François scellera un pacte nouveau entre l'éthique et la pensée, le cœur et la politique, la lucidité des Etats et la faim dans le monde. Certes, la civilisation de l'intelligence et la barbarie des démocraties? Tel est le champ de l'action grand ouvert devant vous.

Mais pour que la Russie retire, aux côtés du Saint Siège, le bandeau que les Etats démocratiques se mettent sur les yeux, il faudra une géopolitique dont le regard de l'extérieur sur l'animal parlant encouragera l'Iran à repousser l'assaut de ses affameurs, encouragera la Syrie à résister aux fanatiques de la guerre sainte, encouragera la nation américaine à résister à la mise sur écoutes de tous les habitants du globe terrestre. Porterez-vous à pas de géant l'histoire du monde à la hauteur de la scène politique de notre temps - celle qu'Aristophane, Molière, Voltaire cachaient sous le voile du rire?

5 - Les démocraties infernales

Décidément, la patrie de Jefferson et d'Abraham Lincoln fait douter de la solidité de sa boîte osseuse quand elle vous donne, sans rire, l'assurance qu'à titre exceptionnel et en raison seulement de votre insistance, le fugitif que Rome et la Russie protègent d'un commun accord ne serait pas torturé par les sauvages de la Liberté et qu'il ne périrait pas sur la chaise électrique à cent mille volts de La Colonie pénitentiaire du grand Pragois? Mais le Dieu de Rome et le vôtre ne sont pas des naïfs en politique. Le ciel de la Russie et le ciel du Quirinal se méfient de la clause qu'il vous est demandé de signer, celle de livrer le plus benoîtement du monde le suppliant à la vengeance du Père Ubu qu'on appelle encore la Démocratie. La France, Dieu merci, a retiré la torture de son code pénal le 24 août 1780 - et cela sur les seules instances de ses philosophes du XVIIIe siècle, donc bien avant l'abolition de l'Inquisition, qui remonte à la Révolution de 1789, mais que Louis XVIII a légitimée à nouveau en 1814.

M. le Président, redresserez-vous une Eglise devenue indifférente au progrès moral des civilisations? Car Rome vous aide maintenant à combattre le faux clergé des droits de "Dieu", à combattre le sacerdoce de la "justice universelle" et des hosties verbales dont seul le concept nourrit le creux, à combattre l'apôtre américain de la démocratie des mots abstraits, à combattre le messie d'outre-Atlantique censé vous accorder la grâce la plus insigne, celle de renoncer, dit-il - mais du bout des lèvres - à torturer et à assassiner l'otage d'une Stasi dont le règne s'étend à tout le globe terrestre et que le peuple américain a dûment légalisée. Croyez-moi; vous aurez grand besoin du Dieu de l'Eglise de demain, celui que la Russie et Rome auront dépossédé de la cosmologie ridicule des ancêtres. Aidez ce Dieu-là à descendre dans les esprits et les cœurs.

Le 12 octobre, je vous entretiendrai à nouveau de vos relations intellectuelles avec Rome et de vos réflexions communes d'anthropologues et de psychanalystes de l'arme nucléaire iranienne.

Le 5 octobre 2013

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr