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Le héros de l'espace

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Ce que j'ai à raconter puise sa vitalité dans mon désir de parler avec Toi !

A un stade précoce de la formation spirituelle on découvre différents niveaux d'amitié. En gros dans ton âme se forge les sillons qui te permettront de saisir plus vite qui sont tes amis inconditionnels, de ceux qui ne font que profiter des portes que ton âme emplie de bonté laisse ouvertes.

Je l'ai appris à l'époque où j'étais dans la musique. Le monde du spectacle a quelque chose de cruel qui forge beaucoup la personnalité, car tout aussi merveilleuses que soient les personnes que tu rencontres, elles peuvent partir vite et pour toujours.

Les liens tissés avec le plus de force le sont le plus souvent au détour d'une microseconde d'inattention, où se révèle une symbiose, une entente profonde, spirituelle. On ne peut jamais en parler ou l'approfondir, on ne peut qu'espérer et Souhaiter que la vie nous offrira les occasions d'être ensemble pour encore frôler le temps d'un instant, ce genre de magie, qui laisse des souvenirs impérissables, et qui s'embellissent avec le temps, éternellement. Ce sont des graines plantées qui engendrent des Univers !

Un de mes dixièmes sens m'offre la possibilité de post-rétroactivement concevoir ce qui sera forgé par un instant qui n'est pas encore apparu dans le temps, mais qui existe déjà, même si il est difficile d'en saisir toutes les astuces et tous les aléas. Ce sont juste des sensations !

*

Muni d'une gloire éphémère, oui j'avais plein d'amis, très intéressés pour récupérer dans les miettes que je laissais tomber un peu du bonheur qui emplissait ma vie. J'avais tous les accès, toutes les portes s'ouvraient, et j'étais fidèlement indifférent.

Puis un jour le plus limpide et fulgurant, le plus splendide et lumineux de mes amis est parti. Je l'ai vu voguer et aider son prochain, là où il est maintenant, au Paradis.
Alors s'est posée la question de savoir sur quoi se fondait cet élan, cette énergie vitale qui m'habitait. Je ne le savais pas, même si je l'aimais, même si on avait pactisé officiellement, même si nos espoirs étaient syntoniques et mêlés, à quel point je serais déchiré par cette perte, comme si tous les atomes de mon corps étaient arrachés ; j'étais dévasté.

Des Amis ? Leurs paroles semblaient creuses.
Une vie et un Chemin, un Destin ? Mais quel besoin et quelle leurre ça aurait été de continuer là où On voulait aller ?
Y aller pour lui ? Sans n'en avoir plus envie ?
Sans rien y voir de merveilleux ?
Je me souviens de sa voix douce et emplie de force.

Le fait est qu'un sens devait se développer pour devenir capable d'anticiper la douleur qu'occasionne une perte dont on ne peut pas encore être conscient de l'importance.
J'ai vu plein de gens disparaître sans trop souffrir, y compris parfois j'étais heureux pour eux, de voir leur vie accomplie, et les voir retrouver la Paix. (Alors dans les enterrements j'apportais un brin de légèreté et je soulageais facilement ceux qui s'angoissaient).

Puis le destin a parlé. Des gens m'attendaient. J'ai été comme excommunié. J'aurais dû m'en douter. Ceux de mes amis sur lesquels je pouvais compter étaient les plus éloignés du centre de gravité de la Société, les marginaux.

Les autres, quand on leur montre le visage de celui qui est à l'agonie, qui n'ose appeler Au Secours, qui n'a plus un grain de vie à donner, te ferment la porte au nez.

*

Des gens m'attendaient Oui ! Ils étaient dans le virage !
Ils sont venus me repêcher, en une seule phrase.
"Tu as des choses à faire !"

Un jour un ancien espoir était à deux doigts de renaître,
mais une seconde après il fut anéanti.
Ensuite de quoi je pu voir à travers le rideau qu'est ce monde bêtement visible. Ce qui est caché, ce sur quoi tout repose, la mécanique céleste, la Raison, la Logique !

Certaines capacités nouvelles peuvent paraître assez futiles. Quand je touchais un objet infime des milliers de rêves traversaient mon esprit.
J'en ai découverte une, en laquelle je croyais, comme tout le monde le croit, alors pourtant qu'il faut être armé d'une machine à ralentir le temps pour que ça marche.

Comment réagissent les gens du centre de la Société, attachés au usages et aux manières plutôt que conscients du socle du Cosmos ?
Ils ferment la porte au nez de ceux auxquels ils ne peuvent se référer, ils refusent de voir et continue de marcher tout droit, l'air halluciné, ils sont sujets aux mouvements de foule et se réveillent après en se demandant ce qui s'est passé, ils restent pétrifiés devant l'horreur dont ils peuvent témoigner, et aveugles à l'horreur dont ils ne font qu'entendre parler, comme si, autour d'eux, il n'y avait que des gens comme eux, sans conscience véritable. Comme si c'était ça qu'ils craignaient et à la fois la seule chose qu'ils pouvaient conseiller.

Elle est pourtant si facile à activer ! Elle réside potentiellement en chacun. Elle est imputrescible. Elle renaît toujours. C'est le premier atome à être agité par le fluide de la Vie !

Comment leur en vouloir. S'ils accentuent le danger en restant à l'écart pour ne pas se salir, ce n'est pas ainsi que raisonne un héros de l'espace !
Le danger peut être écarté et la vie reprendre ses droits, si on réagit vite ! Et réagir vite est le fruit d'un long et difficile aménagement de l'âme, de sorte que les outils utiles soient toujours disponibles.
Il faut toujours être prêt à tout quitter !

*

C'était la deuxième fois que ça m'arrivais. Ma confiance était déjà complète. Ne ris pas ! Je n'en retire aucune fierté. J'ai presque oublié cela une seconde après.
Je marchais et je pensais que je devais réparer quelque chose... dans le Cosmos !
J'aime te faire rire avec ce mot !

Cela m'est apparu en conclusion de toute une série d'événements, d'erreurs, de réparations, et de copeaux qui s'amoncelaient.

Alors soudain j'entends "Hé Monsieur Monsieur !". Je tourne la tête et regarde la scène, une voiture arrêtée en plein milieu de la route avec deux gars qui agitent les bras. Je regarde patiemment tout autour, qui surveille, qui voit, qui regarde, qui arrive. On est en plein désert. Dans vingt secondes les voitures déferleront.

Alors je traverse et le gars me saute au cou en me disant que personne n'a voulu les aider jusque là.
Bon il voulait que je pousse sa vieille caisse pour la faire démarrer, je me suis cru en Palestine où ça arrive tout le temps. Après une petite course à pieds sur la route, et trois essais, je lui dis qu'elle ne démarrera jamais.
Qu'il faut savoir admettre quand une bécane ne veut pas démarrer.

Et puis je me dis, Ô Cosmos, c'est tout ce que tu me demandes ?
De faire que ce gars devienne capable de prendre le virage qui consiste à admettre son échec ? Tu te fous de moi ou quoi ?

Dix minutes plus tard, j'entends un choc et de la tôle froissée.
A ce moment-là je suis assis à ma place favorite en train de regarder un grand carrefour, où les gens se sentent toujours un peu perdus. J'attends juste les dix minutes du sèche-linge de la laverie automatique !
Alors je vais voir, il y a une Smart en diagonale sur la route, qui fait marche arrière, l'avant gauche défoncé, je me dis "lui il a pas de chance".

Un camion qui avait freiné juste à temps continue sa route sur le passage ainsi dégagé, et une voiture arrêtée est collée à celles qui sont stationnées. Elle semble vide, j'ai l'impression que quelqu'un s'est garé là, et qu'elle a été déplacée par le choc.
Le camion s'arrête à côté de moi et le gars côté passager sort en disant "Il est fou ce gars !".
Les deux se plantent là, regardent la scène, puis remontent dans leur camion et repartent.
Et là je regarde plus attentivement : Et si il y avait quelqu'un dans cette voiture ? Je m'approche, et je vois un gars inconscient. J'accours. La portière est enfoncée et la vitre explosée.
- Vous êtes en état de choc ?
Et là il se réveille : "Oui."
- Très bien, est-ce que vous pouvez bouger ? Est-ce que vous pouvez respirer ?
- Oui ça va.
- Et ça c'est du sang ? Ah non c'est... (un logo rouge sur sa chemise, Marlboro Classic, la chemise que m'avais offerte mon ami décédé, et j'étais venu laver...)
- Est-ce que la vitre a explosé vers l'intérieur ?
- Oui.
En effet j'en vois un peu, mais je ne trouve pas la plus grande partie des bouts de verres. (ça permet de savoir si sa tête a frappé la vitre.)
Il n'a pas de ceinture. J'appelle le gars avec la Smart qui est complètement déboussolé. Je vois des morceaux qu'il devrait ramasser mais je lui demande plutôt de m'aider à arracher la portière. Elle se détache de tous les côtés. On sort le conducteur, on lui demande à nouveau si ça va, et je vois tous les morceaux de verre qui étaient sur son siège. Il tient debout. Je leur dit "Pour l'instant on s'en fout de savoir qui a raison ou qui a tort, veillez juste à savoir si tout va bien".
Et je vois les deux futurs amis chercher à s'aider mutuellement.
Et je m'esquive.

*

Ouaiiis ça m'étais déjà arrivé. Il s'est (quand même) passé une minute entre le carton et mon intervention, et tout l'endroit avait tendance à vouloir se pétrifier.
Le héros de l'espace c'est celui qui repars sans dire Au Revoir, sans besoin d'un Merci, sans regret, ni sans aucune joie.
C'est comme la marche à pieds, c'est statique, c'est socle, c'est la base.
C'est l'état le plus fondamental du phénomène majestueux de la Vie !