Article I : Tous les êtres humains naissent libres et crétins de la masse

130510 12 min  justice
Ce que je vais raconter est le fruit de mon expérience ; ce n'est pas le délire d'un gars qui a pris l'habitude d'écrire des articles.

Dix ans, ah la la, dix ans passés à écrire du code de programmation à un niveau d'intensité qui frise la folie.
On nomme "illettrés" les gens qui ne savent pas lire le code, pas explicitement de tel ou tel langage, mais de décomposer en segments opérationnels additionnables à peu près toutes les activités d'ordre dynamiques. Un ascenseur qui s'élève, une balle qui rebondit, le trajet d'un avion de ligne, autant que la psycho-dynamique, le fait de réagir, d'entrer dans la complexité, de savoir rester dans l'incertitude le temps qu'il faut, sont le fait d'une intelligence, et d'une activité qui est possible à écrire avec du code (de façon formelle ou en raison des lois qui se dégagent de la complexité).

La robotique peut remplacer 90% du travail fait par les hommes, sans pour autant renier la qualité de l'humain qui est d'être créatif, adaptatif, expérimenté, ou doué d'une intuition entraînée (parce que l'intuition inexpérimentée est le pire danger qui guette).
Et c'est pas étonnant puisque la majorité de l'activité humaine est centrée sur sa subsistance au jour-le-jour plutôt que sur ce qui correspond le mieux à sa nature, à savoir créer et apprendre, et évoluer.

Et pour que la robotique puisse remplacer les politiciens, banquiers, autant que les miniers et fermiers qui creusent et cultivent les richesses trouvées par hasard dans le sol, tel l'argent qui pousse aux arbres, la seule chose qui puisse permettre cela est le fait de se rendre compte que c'est, 1 : possible, 2 : souhaitable.

*

Un jour je devais faire un site web pour un projet télévisé complètement aberrant qui n'a heureusement jamais vu le jour, et dans ce cadre perdu d'avance j'ai constaté que tous les choix qui étaient faits étaient irrationnels.

Souvent j'ai parlé avec des gens qui produisaient des sites et cherchaient du travail, alors je leur montrais l'outil que j'avais passé dix ans à concevoir dans ce but (approximatif), et leur réaction était de fermer les yeux, agiter la main, et dire "non non non". C'est à dire que sans même y jeter le moindre coup d'oeil ils avaient déjà une opinion déjà faite.
C'est à dire que leur opinion ne peut que être celle des autres mais qu'ils n'ont aucune confiance en la leur propre.

J'ai entendu ces choses (dans l'ordre chronologique)
- Internet c'est juste une mode
- Internet on a toujours pu vivre sans, donc ça ne sert à rien
- la musique sur internet ça ne marchera jamais, c'est fait pour être vendu sur des CD
- la vidéo sur internet ça ne marchera jamais (dixit le premier PDG de Thomson-CSF)
- les CMS ça ne sert à rien (dixit des agences de webdesign)
- Normaliser le HTML, pourquoi réinventer la roue ?
- Gagner en vitesse d'affichage n'est pas une priorité (alors que l'enjeu est le nombre de forêts brûlées)
- Moi j'ai déjà ce qu'il me faut (toujours sans même jeter le moindre coup d'oeil)
- C'est de la daube (encore sans même jeter le moindre coup d'oeil)

Bon j'en perd le compte, il y a tant d'exemples inexprimables.
Il faut quand même saluer l'extraordinaire intelligence qui est simulée dans chacun de ces cas.
Le point commun c'est la fermeture immédiate des yeux, l'agitation de la main pour dire "dégage", et une opinion irrationnelle instantanément solidifiée.

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Dans le même temps, j'ai officié à la recherche de solutions logique et rationnelles, pensées, articulées, démontrées, voire même parfois simulées informatiquement (alors que c'était pas la peine) pour :
- mettre un terme définitif à toutes les guerres
- éradiquer la famine
- proposer un modèle d'équité et de justice
- mettre en oeuvre les Droits de l'Homme.
C'est super simple à faire, il suffit d'un paradigme, et il est exprimable en trois mots. En retour, la réaction habituelle est la même qu'à l'énoncé du prix du pain au chocolat (1 euro 30 ; ah oui ça augmente).

Et, ce matin seulement je viens de faire le rapprochement, c'est la réaction naturelle obtenue par défaut : l'agitation de la main, la fermeture instantanée des yeux, et l'argument massivement inébranlable :
- ça ne marchera jamais
- on a déjà essayé
- c'est dangereux
- il n'existe que deux modèles de société et aucun ne marche
- c'est de la folie des grandeurs
- les gens comme moi n'ont pas ces problèmes
- pourquoi tout réduire à des problèmes ?

etc...
Quelle magnifique simulation d'intelligence, c'est presque poétique.
Personne ne se demande comment une opinion ridiculement minuscule arrive à rivaliser avec le fruit de plusieurs lustres de travail et de recherche, de remises en cause et de prises de conscience, si ce n'est en l'accablant d'une masse de plomb qui est, dans sa bouche, la plus fine des politesses pour dire ce qu'il pense vraiment : "pauvre nul !".
(Ou plutôt, pour obstruer véritablement ce qu'il n'ose penser de lui-même).

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Il y a deux facteurs dont l'opposition est, non pas la preuve de leur incompatibilité et l'obligation de devoir choisir, mais la preuve de l'incomplétude de la compréhension du problème.
Ces facteurs sont la liberté et le devoir.

(La solution est que le devoir accompli librement est le seul porteur de sens.)

Pour ne pas laisser libre court à la crétinerie de la masse, des gens pensent que la solution est la dictature. Des gens le souhaitent. Les humains seraient forcés à faire ce qu'il faut pour que le Système marche. Et cela sans s'interroger une seconde sur ce que ça veut dire, que "le système marche" ; parce que s'il "marche", c'est sûrement qu'il permet les Droit de l'Homme, pas qu'on les ampute.

S'il faut les amputer pour que "le système marche", c'est que le système ne marche pas.
Gnnnneeeh.

Et en face nous avons toute une majorité de gens qui refusent de voir disparaître la crétinerie de la masse, comme si elle était associée à la liberté ; au point d'entendre Kerry dire ce que j'ai dis un jour à un adolescent prêt à toutes les bêtises "on est libres d'êtres crétins".

Eh oui c'est vrai, mais pas pour un pays ou une personne morale, seulement pour un individu en passe d'apprendre la vie. Un individu n'a de compte à rendre qu'à lui-même, c'est là toute la différence.
Sinon c'est le discours de celui qui n'a de compte à rendre à personne, donc d'une dictature. C'est la même chose mais c'est pas pareil. Gnnnneeeeh

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L'univers tel qu'il est conçu, comme les plantes qui poussent, est doté de liberté dans son évolution. Cette liberté lui permet d'accéder à l'harmonie, la perfection, la complétude, qui est comme l'univers, une magnificence. C'est beaucoup plus magnifique quand le beau du cosmos est libre d'être beau.
La difficulté d'un système social c'est de faire que l'addition de la liberté de chacun produise les germes de cette même liberté.

Un coucher de soleil, pour nos scientifiques, n'est qu'un amas de photons de longueurs d'ondes assez variables, allant de l'orange au bleu, sans trop être capable d'expliquer pourquoi des fois ça vire au violet, des fois.
Pour l'humain libre de l'embellir, et de le contempler en compagnie d'être aimés, qu'ils soient présents physiquement ou par le coeur, c'est une magnificence qui devient symbolique de la vie elle-même, au point qu'on se dise "L'humain est fait pour les couchers et levers de soleils", et "les couchers et levers de soleils sont faits pour l'humain !". On s'en nourri, on s'y retrouve... enfin bref c'est assez inexprimable.

Ainsi on ne peut renier l'inexprimable ; C'est pourquoi la crétinerie de la masse en fait tant usage.

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Les mecs dangereux sont ceux qui mettent l'inexprimable au service de leur cécité mentale et de leur refus de réfléchir. Et les mecs ostracisés et ridiculisés, insultés et oubliés, sont ceux qui débroussaillent l'inexprimable pour en extraire des séquences opérationnelles sur le plan logique.
C'est quand même amusant qu'aucun politicien ou "homme puissant" dans l'histoire des sociétés n'ai jamais inventé quoi que ce soit ou participé d'une quelconque manière à l'évolution de la société, tandis que les scientifiques, les artistes, les inventeurs ont tous dû batailler pour survire, au point qu'on peut se demander si on n'en n'a pas perdu 90% sur le trajet.

Et au point qu'on peut se demander si l'humanité ne serait pas déjà bien plus avancée sur le plan évolutif si on ne les avait pas éliminés, comme ça se fait le plus souvent, d'instinct, par pur réflex.

*

Quand Jésus de Palestine revint du désert il courait à grandes enjambées d'un pas léger vers la civilisation pour leur apprendre la bonne nouvelle. Que leurs soucis et leurs angoisses pouvaient être dissipés en un éclair, que leurs problèmes pouvaient tous être résolus par une méthode simple, que l'origine des maladies pouvait être coupé net, et leurs conséquences vaporisées dans l'instant ; Et que l'humanité avait le droit, la liberté et les moyens de vivre heureuse et en paix. Et que d'ailleurs c'est tout ce qu'oe le Cosmos leur demandait ; Ce n'est pas beaucoup demandé.

Evidemment ils l'ont décapité vite fait.
Pourquoi évidemment ?
Parce que se tenir debout est plus difficile que couper des têtes.

Parce que faire face à ses propres erreurs et lacunes, l'abnégation, le fait d'entrer en rivalité avec des réflexes automatiques et de les temporiser par une légère réflexion de 0,0026 secondes et beaucoup trop difficile vis-à-vis de ce qu'en diraient ses copains de l'école maternelle.

Et aussi parce qu'il faut que tout le monde s'y mette en même temps afin de trouver en Autrui l'encouragement que fait perdre le doute qui découle du fait de s'aventurer en terre inconnue, à la proue du bateau du monde.
Parce qu'il faut du courage.

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C'est toujours ce même problème aujourd'hui, il faut ériger un réseau systémique, câblé, avec des prises mâles et femelles, qui pourtant ne peut exister que quand il existera. Il faut consacrer son loisir et son temps libre restant non consommé par le système injuste pour mettre en place les pièces d'un puzzle dont les branchements sont encore incertains.

C'est le fait même de s'atteler librement à une tâche qui la rend porteuse d'espérance.
C'est le fait même d'être forcé à une tâche stupide qui plonge le monde dans la crétinerie criminelle.

L'inventeur ou le penseur est un homme seul dans le désert avec une prise qu'il ne sait où brancher, et son esprit projette le monde qui convient à cette prise 220 volts qui ne sert à rien.
Et le badaud passe en se moquant.

C'est toujours le même problème quand un homme seul veut faire la révolution alors qu'un peuple entier n'en voit pas l'intérêt.
Ou quand l'individu seul doit se défendre contre une impalpable et impersonnelle institution.
Ou quand rien ne peut se faire sans les autres.

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Je pense sincèrement que la crétinerie de la masse est un terme qui doit figurer dans les Droits de l'Homme, au même titre qu'y figure le devoir de révolution face à la "tyrannie", le devoir de désobéissance, et ce qui fait la respectabilité des lois.

La crétinerie de la masse est l'inertie fondamentale et logique qui découle de l'absence de liberté morale.
Car la liberté n'est pas que celle de mouvoir ses bras dans les airs (pour ceux-là seuls qui en ont les moyens, ça aussi a été oublié) c'est aussi celle, la Liberté Morale d'avoir de nouvelles idées, de nouveaux paradigmes, de nouvelles visions capables contrebalancer, faire effet de levier sur toute une somme mondiale d'habitudes et de réflexes conditionnés et impensés.

La Liberté Morale est catégoriquement la plus immense des libertés, la plus importante (ça veut dire : dont le futur dépend) et aussi la plus facile à réprimer.

Et pour l'obtenir, il faut décrypter et codifier ce qui s'y oppose.
Ce qui s'y oppose, que je nomme "la crétinerie de la masse", constitue l'environnement et l'écologie psychique. Ah oui, ça y est, il est temps de parler d'écologie psychique !

Ce sont l'ensemble des choses qui pourraient être dites et des réponses qui seront les plus probablement retournées, théoriquement, à l'énoncé d'une nouvelle idée.
Ce "théoriquement" dépend du climat social. Il est constitué par l'addition des opinions individuelles, qui dépendent du climat social. C'est très itératif. C'est en cela que l'évolution est difficile.

Au final, "la tyrannie", l'oppression, est celle qui est exercée un peuple figuratif sur les individus de sorte qu'ils se sentent dans le devoir de dissimuler des faits ou des situations.

Chez les chinois cela se fait par politesse, réservant à la seule amitié profonde le soin de les détecter, librement.
Aux état-unis ça prend la forme du déni de misère, c'est pour eux quelque chose d'extrêmement insultant, et c'est pour ça qu'ils votent pour les riches, afin de s'y affilier moralement, indépendamment de leur crétinerie massive. Pour est il est impensable de voter pour un pauvre (ce qui, on l'admettra, réduit considérablement le champ des possibilités de trouver le candidat approprié).

Ils sont donc prisonniers de leur climat social, (ou quelle que soit la façon de nommer cela).
C'est une forme d'oppression, qui n'est pas exercée par un dictateur, mais dont le dictateur est un peuple figuratif, quasiment imaginaire.

Une étude a montré - plein d'études montrent pleins de trucs - que les gens agissaient le plus souvent en conséquence de ce qu'en dirait "Autrui", selon l'énoncé : "comme si quelqu'un d'invisible les observait".
C'est quand même assez rassurant, contrairement à ce que peut en croire le peuple figuratif qui a peur des fantômes, parce que ça situe la conscience "quelque part" ; et parce que cela permet de définir, ou au moins de donner une clef qui permet de définir un comportement "humain". Par opposition le psychopathe agit comme si personne ne le voyait (ce qui est impossible !).

*

Bon je n'ai pas très bien réussi à définir et formaliser certaines idées, alors je vais sûrement y revenir plus tard, donc on peut considérer ce texte comme un brouillon.
C'est normal après tout, toute chose naît crétine ! C'est pourquoi il y a Evolution !