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Réaliser ses rêves ?

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Déjà il y a eu la pub qui disait "Réalisez vous rêves", dont on a pu déduire selon toute logique que cet adage était en train de glisser sur le toboggan de la démence du système de l'empire de la Déception. Et maintenant il y a la pub qui fait dire à la petite fille "Il est drôle ce monde !" et là on sent poindre à l'horizon une attaque de zombies, ou un truc du genre.

Tu vas pas être déçue, de ce monde ! Mais c'est vrai que les enfants ne s'attendent pas à ce que la vie, qui est un miracle, soit conditionnée par les désirs d'une poignée de malades.

Quant à réaliser ses rêves, c'est une expérience qui est au centre du rapport à la réalité, cette réalité qui ne cesse de rétrécir à chaque fois que quelqu'un en parle. Le rapport à la réalité est le fruit de l'éducation, d'où l'importance du sport, où on essaie d'allier l'idée à ce qui est accompli. L'idée se calibre sur le faisable et l'accompli peut le percer, pour atteindre le miraculeux.

Je me souviens quand le premier numéro d'un magazine de musique que j'avais mis en kiosques était sorti, mon ami me dit, éberlué, "tu as accompli ton rêve !". Je n'avais pas cette impression parce que les choses étaient allées graduellement et tranquillement, même s'il m'avait fallu au moins 40 centimètres de papiers administratifs pour y arriver. Sur le plan sportif j'avais l'habitude que ce soit plus difficile. Mais finalement chaque jour il nous est donné d'obtenir ce qu'on entrevoyais à peine la veille. Non pas qu'on se disait "un jour il y aura cela", mais disons que la boule à facette de la réalité reflétait un certain enthousiasme de milles manières, même si on n'y a pas trop prêté attention, et qu'un autre jour, on retombe sur l'une de ces facettes, devenue réalité.

J'avais déjà compris l'astuce cosmique, la réalité produite est celle dont les actes passés sont la justification - ça marche à l'envers en fait.
Ainsi la somme d'inconséquence produite par l'ignorance ne cesse-t-elle de générer un monde qui est tout sauf drôle.

L'ignorance est celle qui consiste à confier à des personnes morales qui font des transactions le soin de faire que le monde soit juste et équitable ; ce dont ils se moquent éperdument. Par contre ceux que ça intéressent peuvent toujours essayer de faire des transactions à leur manière pour voir si ça a un effet ; c'est la guerre. Et bien sûr les transactions sont le seul moyen d'action, le seul levier activable ou pas, qui fabrique la réalité de ce monde, le commerce, et son principe préhistorique.

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Dans le même temps on se pose des questions sur la démocratie, et comme d'habitude le questionnement s'interprète de deux manières opposées, ceux qui la critiquent et ceux qui la renient (ils viennent de sortir, ceux-là).

C'est pourtant le même problème que celui du principe du commerce où on confie à qui n'en veut pas le soin de faire advenir la justice, là où ceux qui le désirent ne peuvent que voir le train passer.

Hey, j'ai été piégé par une pub-virus sur internet, j'ai réagi trop vite. Il y avait deux colonnes, 65% et 35%, Oui et Non, une photo de Sarkozy, et une question : "Voulez-vous le voir revenir en politique ?". J'ai pas réfléchi j'ai cliqué, mais c'était un hameçon.
Ah on en rêve de la démocratie informatique.

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Le rapport à la réalité qui définit antropologiquement cette époque est celui de la schizophrénie, dans la mesure où il s'agit de fabriquer les artifices superficiels d'un semblant de succès aussi théorique que niais, et de s'auto-satisfaire devant cette apparition plantée là par des gens payés pour faire tenir debout la façade en bois peinte d'un monde plus juste.
Surtout dans la pub, qui est très parlante du subconscient de l'époque, où les personnes morales payent cher le luxe d'entendre ses clients dire "Je suis heureux avec ce produit".

Il n'empêche que ce sont là de beaux doux rêves.
Mais à quoi ça rime d'aller chez un vendeur, de lui donner de la monnaie pour acquérir des objets ? On le félicite, on félicite ce monde, on le complimente, on obtempère ? A quoi ça rime ?
La dimension symbolique et oubliée du principe du commerce est le subconscient de cette époque. C'est ce qui n'est jamais interrogé, qui se trouve au centre de tout, ce sur quoi la gravité n'a aucun effet, et ce qui calibre les schémas comportementaux.

Les rêves que les personnes morales rêvent que les gens fassent, c'est d'acheter leurs produits. Pour eux il n'y a pas de plus grande satisfaction qu'une réserve de clients insatisfaits qui désirent leur acheter des trucs, même s'ils ne le peuvent pas.

Et le commerçant lui croit vivre une vie normale et faire comme tout le monde, en plaçant au centre de son système nerveux le principe qui consiste à retirer des bénéfices en s'intercalant entre un désir et une réalité.

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J'entends plus souvent qu'avant parler de "un Autre système", toujours de manière évasive, et presque sous le manteau, parce que ça relève du système nerveux central du Système, et donc du subconscient, dont la fonction est de fabriquer le conscient. C'est normal que cela soit très difficile d'accès, car il y a un système de protection pour empêcher de rentrer dans le subconscient car cela serait une violation, au sens informatique du terme, le fait d'injecter une donnée dans ce qui sert pourtant à la fabriquer.

Pourtant dans la vie quand les choses se réalisent c'est avec une certaine grâce, d'un vague symbole ça devient progressivement une chose qu'on aurait pu faire depuis longtemps, et un jour par hasard on s'y met et soudain on se souvient que ce ne fut, il y a longtemps, qu'un vague symbole.

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Si on observe les choses de ce drôle de monde de loin, l'enfant qui sommeille est capable de remarquer qu'elles ne sont pas à la place, que ce sont tout simplement les mauvaises personnes au mauvais endroit, et qu'en y remettant de l'ordre tout irait soudainement beaucoup mieux.

Et la question qui se pose, partant de ce constat rêveur et distant et devant surmonter sa mise en pratique, son rouage, son articulation historique, son Comment faire, est "Comment produire ce résultat sans spécifiquement avoir à y penser ?"

Car c'est bien joli d'avoir des méthodes et des techniques, mais il faut un minimum de sagesse philosophique aussi ; le genre de chose qui appartient aux doux rêveurs.
Le rapport du rêve à la réalité est le même que celui du conscient au subconscient, quand on va dans ce sens, il faut percer les défenses du subconscient car c'est une violation, que de lui objecter des choses, alors que lui il les fabrique sans faire exprès, mais à condition de ne pas être troublé, dérangé, incliné vers un de ses 4*4 pôles de soulagement.
C'est même un équilibre fragile et c'est le fruit d'une harmonie qui est longue à mettre en place et rapide à perturber.

Il n'y a que par cette voie qu'un monde nouveau adviendra. Et pour cela il faut au préalable saisir les désirs et les besoins du subconscient du monde, un peu comme quand il s'agit de travailler avec des créatifs, auxquels il faut plus de liberté qu'aux employés de bureau, de façon à ne pas nuire à la qualité de leur travail.
Le monde est exactement comme ça, et tout ce qui est fait "objectivement" constitue pour lui une nuisance, car sa méthode est "naturellement".

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Voyez par exemple si vous comprenez, cher lecteur, de quoi je parle alors que je ne l'ai pas encore dit : ça ne veut pas dire qu'il ne doit pas y avoir de perturbation, ça ne veut pas dire qu'il faut laisser faire les choses naturellement, ça veut dire ce qu'est un Système.

On n'objective pas un résultat, on se pose des questions profondes, dont on tire des procédés divers qu'ensuite il faut assembler pour que, quand ils sont associes, le résultat désiré soit automatiquement produit.
C'est très économique en ce qui concerne le rapport effort/efficacité.

Réciproquement les désastres divers dont personne n'est responsable, et même si on objective un coupable ça ne mène à rien, sont des résultats qui doivent être considérés comme désirés.

J'ai un exemple drôle, pour le coup : le législateur essaie d'obtenir le résultat selon lequel "on ne peut expulser les gens de chez eux qu'en été". Et après il se dit "il faut fixer des dates" alors il dit "l'été c'est de avril à octobre". Ensuite que se passe-t-il ? Les gens se font toujours expulser en octobre, donc au début de l'hiver.
Pourquoi, parce que dans la pratique c'est toujours reporté à l'année suivante si bien que les procédures se bousculent avant la fin de la période, alors qu'au début on a l'impression d'avoir le temps devant soi.
Et donc ils produisent l'inverse de ce qu'ils veulent, et donc on peut dire que ce qu'ils veulent est spécifiquement que les gens soient expulsés en hiver.

La façon de faire se joindre la théorie et de la pratique est directement le fruit de l'expérience, la sagesse, l'intelligence, et c'est ce en quoi le rapport à la réalité est plutôt difficile à acquérir.

Un Système peut s'exprimer par l'idée selon laquelle pour obtenir un résultat, il faut d'abord le démonter, être capable d'obtenir chacune de ses parties, en tirer des processus fonctionnels qu'il faut ensuite assembler. C'est de l'alchimie au sens propre, c'est de la recombinaison.

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Pour entrer dans ce qui compose les constats inquiétants il faut remonter à leur sens profond. La démocratie, avant tout c'est l'idée d'avoir un contrôle sur le devenir des événements, et (justement) de ne pas les laisser confiés à "la nature". Il faut bien que l'humain serve à quelque chose, en l'occurrence, veiller à la façon dont ses idées deviennent réalité. Souvent c'est un peu comme avec les génies qui accordent trois voeux, à chaque fois il interprète mal ce qu'on lui demande.

C'est pareil en programmation, alors donc on fouille et ce qu'on trouve c'est notre propre erreur. Ah mais on peut pas tout savoir.

Ce contrôle pourra mieux s'opérer sur une machinerie qui ait des leviers, parce que là il s'agit de freiner la voiture à pédale avec le pieds, et on en arrive à reprocher aux présidents de république le freiner du mauvais pied. Ils peuvent rien faire, les pauvres.

2 - après le contrôle, il y a ce qui exerce le contrôle, c'est à dire ce qui joue. Pour bien faire il faudrait que le contrôle soit exercé par le rapport entre les résultats du système et ses buts, et donc en premier que ces buts soient avoués. Aujourd'hui ils sont seulement publicitaires et fantasmés.

3 - il y a l'idée selon laquelle, ce qu'on veut au fond, c'est pas tant que les gens aient leur mot à dire, qu'ils soient finalement satisfaits. Qu'ils le soient "en majorité" est déjà, en soi, un préhistoricisme. Ils doivent l'être tous. Et ils ont du mal à être satisfaits, ce sont des clients. Et même s'ils arrivaient à quelque chose, ils seraient quand même déçus. Cette satisfaction doit se situer parmi les buts du système, indirectement ; c'est en gros l'idée selon laquelle les gens, quand ils travaillent, vivent, se développent, le font pour le profit de tous et non au détriment des autres.

4 - il y a un concept de réseau très important à noter, qui est une étrange combinaison de protocoles sévères et de particularités folkloriques. Le but étant qu'il fonctionne, la façon dont les éléments sont joints ne peut l'être qu'en respect du fonctionnement des autres.
Centraliser, décentraliser... le système doit être capable de ces ceux opérations où et quand ça lui semble utile, à n'importe quelle échelle.

Déjà avec cette présentation topologique sommaire un vague symbole effleure mon esprit, un monde où les tendances seront signalées par des pictos consensuels indiquant les endroits qui nécessitent une attention particulière. Bah oui j'ai eu cette vision. Ce sont des pictos complexes qui évoquent des situations structurelles. C'est tout un vocabulaire ds systèmes qui doit naître, si on veut obtenir le contrôle de notre destin.

Et chacune de ses situations structurelle, qui sera comme une énigme à résoudre, sera reconnue parce que dans les époques précédentes, on les aura toutes vécues une à une.
Et la situation structurelle-mère, la première de toutes, la base de tous les systèmes, est celle qui aura été vécue et résolue à notre époque : celle du plantage, qui se produit quand on veut objectiver un résultat plutôt que de se donner les moyens qu'il soit le produit d'un fonctionnement normal.

C'est pourtant bien cela qui se qui se passe à chacune des extrémités de tout système, car il est fini en taille et en but, mais c'est quand même inquiétant quand c'est ce qui arrive à son noyau central. Mais bon après les gens s'en rappelleront.