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La neige de Chavez

ça y est, ça fait sept jours.
La décision officielle de consacrer sept jours de deuil était une bonne décision, et je l'ai faite mienne. On n'assiste pas tous les jours à un événement aussi historique.

Pendant le deuil on vit normalement mais on s'interdit encore de faire une croix, de laisser partir, d'abandonner l'idée et de faire comme si rien n'était. C'est une période pendant laquelle j'ai un peu tendance à maudire ceux qui continuent d'exister sans n'avoir fait aucun détour pour venir signer de leur présence le cortège phénoménal de pensées pleines d'amour qui sont dues à un tel héros, qui consacra sa vie à faire devenir réalité les rêves les plus audacieux et les plus vibrants d'humanité.
Ah mais oui mais c'est comme ça qu'on les reconnaît, quel que soit leur art, s'il y mettent toute leur âme, ils y laissent leur vie, c'est comme ça qu'on les reconnaît ! (Je me souviens de Luther Allison, mort sur scène).

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Non, rien n'a changé d'un coup, on espère que le Vénézuéla saura déjouer les arnaques de l'empire de la Déception, mais quand même, pouvoir dire dans cinquante ans "j'y étais" et même mieux, "le j'ai vécu", fait partie des choses importantes qui marquent une vie.
Un pays entier est venu prouver son amour à celui qui les avait libéré de l'esclavagisme, ça aussi ça n'arrive pas tous les jours !

Je me souviens en passant, le jour où on annonçait la mort de Chavez, avait été programmé aux infos "le retour de Sarkozy", qui justement a orchestré des tentatives d'assassinat contre le premier. Les gars de l'UMP étaient déjà sur le plateau, pour dire "le temps est venu, la France a besoin d'un gouvernail !" avec leur tête de blanc-becs vendeur de voitures. Et l'image d'un président déchu qui se prend pour une princesse, en train de pousser un photographe comme pour l'insulter, et de dire "la France à besoin de moi !".
Quelle ironie n'est-ce pas ! Quel contraste hein ! La vague révolutionnaire a frappé, et ceux qui le souhaitaient mort se font happer par elle. Et soudain leurs propos sont vidés de toute substance, et ils ne peuvent rien y faire ! Ahaha !

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Chavez a existé de façon exponentielle, et à l'instant de sa mort, on se l'imagine jusqu'à la dernière seconde, il n'a pas quitté des yeux l'objectif qu'il s'était fixé. Et quand tout a été perdu, on était triste pour lui surtout, un homme si bon et dévoué, à qui la vie échappe alors qu'il a tant à faire, de quelle méchanceté injuste cela procède-t-il ?

Alors voilà, arrive l'heure d'une dernière pensée pour souhaiter bon voyage à un monument historique, qui a défié une autorité fondée sur des valeurs obsolètes, ce qui les oblige à durcir le ton sans cesse, menant le monde vers une dictature hallucinée. On la voit venir de loin, quand on a l'esprit révolutionnaire, et Chavez lui, a défié l'empire, et planté les germes de sa fin.

Sur le plan historique sa fin était inéluctable mais les choses ne se font pas toutes seules ! Il faut encore se lever, se mettre en face, et les épingler d'une vérité indéniable qu'ils ne peuvent plus feindre d'ignorer.

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J'ai vu plein de gens mourir, malgré n'être rien d'autre qu'un utopiste décérébré, naïf, faisant fi des difficultés colossales que suppose mes idées. Plein. Je crois que je vais en perdre le compte.

Qu'ils aient été proches, que je les ai connus longtemps ou pas, ou même sans jamais les avoir rencontrés, parmi toute la population mondiale qui ne cesse de se régénérer, il y a quand même des gens dont la mort fait saigner mon âme.

Il y en a suffisamment pour avoir l'impression aujourd'hui d'être une sorte de survivant. On n'estime jamais assez la valeur de la vie jusqu'à ce qu'on ait vu autant de gens partir. Pourquoi pas moi, qui suis si pressé ?
Ah oui c'est vrai, ma ligne de vie de ma main stipule que je dois tenir jusqu'à 140 ans au moins !

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Ils évoluent encore après la mort, j'en ai revu certains en rêve qui paraissaient avoir vieilli, gagné en sagesse, changé de coiffure, et aussi être très occupés. Ils viennent parfois nous rendre visite, on peut se retrouver et on se reverra, ça c'est certain, et ne pas le savoir est dommage.

J'imagine un Chavez assagi, ne parlant que pour tout dire d'un coup, avec une profonde paix et tranquillité. Ah mais oui ça c'est l'image d'un Dieu !

Alors ça y est c'est l'heure d'un dernier Au revoir.
Une dernière pensée pleine d'affliction et de chagrin, pour celui qui représentait l'espoir, une issue, l'échappatoire si fébrile et infime pour la survie de l'humanité, à l'heure où commence un des plus monumentaux bouleversements qu'elle ne connaîtra jamais.
Maintenant on te laisse partir. Tu as sûrement fort à faire.
Il reste des choses à élucider (comme cette confiance aveugle aux médecins, dont on n'a eu aucune explication finalement, eux aussi ils jouent beaucoup sur une sorte d'autorité sensée être méritée sans qu'on n'ait à demander de preuves, et ça me froisse !), mais en gros, c'est l'heure du dernier Adieu.
J'ai confiance en la vérité.

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Et comme souvent dans ces cas-là... il neige.
Enfin je sais pas si c'est pareil pour les autres selon leur météo, mais nous il y a deux jours, c'était le printemps, il faisait 15°, et là depuis 24 heures il neige sans interruption et ça tient.
Et ça arrive très souvent. Pas qu'il neige, mais qu'il neige juste au moment où on décide d'avoir confiance en la vérité.

Le ciel est blanc, rétro-éclairé, tous les recoins sont arrondis, les routes sont jonchées de cristaux lumineux, et le ciel ne tarit pas.
Je la vois tomber et je me dis "c'est une neige de Chavez, ça va être énorme !".
Vas-y Chavez, fonce, danse, tourbillonne, pèse de tout ton poids !

Hasta Siempre !