Hollywood et la politique américaine : A propos de « django Unchained » de Quentin Tarantino.

3 min  cinéma

Je ne voudrais pas trop doucher l'enthousiasme des cinéphiles, mais il me semble important de rappeler quelques vérités. Comme disait Malraux, "le cinéma est (aussi) une industrie". J'ajouterai que le cinéma est non seulement une industrie et un commerce, mais qu'il surtout une arme politique plus efficace que le missile le plus meurtrier.

Avant de tourner le premier plan de son film, M. Tarantino s'est donc assuré de son financement par la Weinstein Company (TWC), fondée par MM. Robert et Harvey Weinstein. Une rapide recherche sur le capital de cette société vous fait rencontrer Colony Capital, Tutor-Saliba Corporation, Morgan Stanley, Qatar Investment Authority et notre grand ami le Sheikh Hamad bin Jassim bin Jaber Al Thani. Du beau monde, n'est-ce pas, pour lequel la valeur d'un film se mesure à la recette qu'il produit. (Petite parenthèse hors sujet, mais amusante: la vente des gladiateurs footballistiques parisiens par Colony Capital à Qatar Investment Authority est donc une petite opération entre amis.)

Celui qui paie commande, c'est la loi du commerce. Ainsi, lorsque le fonds Rothschild finance le film d'Oliver Stone sur Kennedy (JFK), il serait puéril de s'étonner que les causes de son assassinat tournent uniquement autour de la guerre du Vietnam et qu'il n'est pas fait la moindre allusion au combat de Kennedy contre les privilèges des banquiers de la FED, et notamment contre les Rothschild.

L'importance d'Hollywood dans la politique d'expansion de l'empire américain n'est plus à démontrer. Lorsque John Kerry, le nouveau responsable de la politique étrangère proclame que l'Amérique doit "propager la démocratie et les valeurs américaines dans le monde entier" et donc qu'il convient "d' associer le reste du monde au choix que nous avons fait", on voit immédiatement qu'il pense au véhicule le plus approprié à cet objectif, le cinéma.

L'image est le support du messianisme américain. C'est pourquoi, aujourd'hui, Hollywood s'acharne aussi durement contre "l'exception culturelle" française.

La puissance financière, l'expansion politique et la conquête des cerveaux cheminent de conserve. C'est ainsi qu'au lendemain de la fin de la guerre, le gouvernement français de l'époque a vendu l'âme de la France contre un plat de lentilles: MM. Léon Blum et Jean Monnet ont signé les accords connus sous le nom de Blum-Byrnes par lesquels l'industrie cinématographique hollywoodienne envahissait les écrans français en échange de l'effacement d'une partie de la dette de notre pays et d'un prêt à un taux qualifié de très avantageux. Résultat: trois semaines par mois de diffusion de films américains, une semaine restant pour les films français.

M. Truman à l'époque et M. Kerry aujourd'hui savent que le cinéma est l'arme par excellence du "soft power" et que la force de l'empire est tapie dans la diffusion de l'American way of life. Et surtout, ils savent qu'il convient d'imposer à l'univers tout entier le regard de l'Amérique, donc sa manière de penser.

Pour ce faire, Hollywood est beaucoup plus efficace que le Pentagone.C'est ainsi que les soldats Ryan et les listes de Schindler réécrivent l'histoire et qu'à sa manière, M. Tarantino figure parmi la cohorte des valeureux petits soldats de l'empire.

26 février 2013
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr