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Le Bien public

Le Système est la machinerie destinée à rendre plausibles et fonctionnels les principes que l'humanité d'une époque peut croire.
Les résultats produits par ce système déterminent si ces fondements sont valables, ou pas.
C'est le maximum de monolithisme qu'on peut attendre d'un Système.

C'est la propriété privée qui est le principe fondateur, dont découle la liberté de transactions (liberté de contrats) et qui a obligé à fonder le principe d'état de Droit, qui est le cadre politique contemporain.

Evidemment personne ne s'est dit que le principe de propriété privée avait pour effet au final de dépouiller les gens de tout ce qu'ils possèdent, y compris de leur vie, tout ça pour justifier le droit de garder des objets qui ont une valeur sentimentale.

Personne n'a pensé non plus à caler parmi les droits élémentaires l'idée qu'on devait avoir le "droit" d'avoir les moyens de défendre son droit.
Car ce n'est pas la peine dans le cadre d'un système interpersonnel où personne ne s'occupe des questions globales.
(et où l'échelle globale est confiée à une sorte de résultante logique dont personne n'a besoin de se préoccuper)

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J'ai souvent déjà parlé du phénomène qui consiste à voir des droits écrits pour les individus servir les intérêts de groupes sociaux (personnes morales), là où on se demandait, à peine un paragraphe avant, à qui revenait la responsabilité de penser à l'échelle globale.

C'est le fait que les groupes aient des droits au lieu de devoirs qui met en conflit le principe du "droit" avec l'intérêt général.
Si on confie le Bien public à une somme d'individus non concertés (définition de la démocratie), c'est un peu une manière de dire poliment que tout le monde n'y peut rien.

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S'exprimer en public est un exercice qui met en exercice sa responsabilité quant à ce que ça peut engendrer. On ne devrait jamais exprimer en public que le fruit d'un travail, de façon à englober un maximum de perspectives dans son discours, et de façon à ne pas focaliser sur des névralgies, donc répandre du malheur. C'est un exercice difficile.

Pendant cinq ans d'UMP-style on a assisté à un cortège d'écervelés qui n'ouvraient la bouche que pour aller chacun d'entre eux vers dans le sens de leur intérêt privé, ce qui a plongé le pays dans une angoisse profonde.
C'est vrai que c'est très inquiétant.

Mais bon il y a un moment où les grandes questions doivent être posées et tout naturellement ce n'est pas vers des politiciens qu'on se tournera pour les poser, parce que ce sont d'opportunistes loosers, mais simplement vers le public, la masse éponge qui absorbe sans rien donner en retour, sauf une fois tous les deux cent ans où il commet une révolution.

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Quid de l'intérêt général ?
Le Système est organisé en états qui ont les derniers remparts de l'intérêt général, que les banques s'empressent d'infiltrer et de démanteler car le Système, lui ce qu'il veut, c'est que les choses se passent comme prévu sinon il perd de l'argent. La seule solution pour lui c'est de tout contrôler.

En fait tout système est la marque de la recherche du contrôle mais encore eût-il fallu déterminer de façon formelle ce qui veut être contrôlé.

Une des conséquences les plus fulgurantes de la fin de capitalisme auquel nous assistons lentement à l'échelle historique est sa propension à souhaiter, encourager, donner autant de moyens que nécessaire à toutes les nouvelles activités humaines possibles, quel que soit leur niveau de délire. Il doit absolument trouver du travail pour absolument tout le monde, vieux, enfants, malades, et c'est ça qui explique qu'une affaire comme "le gaz de schiste" fasse l'objet d'une sorte d'engouement dégoûtant de la part de toute une bande de lobbyistes dont, rien que le fait que ce métier existe, est une bénédiction pour le système.

C'est cela aussi qui rend improbable l'idée d'une énergie propre et gratuite car l'économie s'effondrerait. Nous savons sans aucune hésitation que ces technologies ont été confisquées.

Pas de gaz de schiste, (pas d'outrage contre la morale, la logique et le bon sens), et donc pas de baston, pas de mecs qui sont payés pour ça, pas d'emplois, pas d'activités, bref rien. Et la boue sèchera. En fait de tels projets deviennent vite des "projets de société" au même titre qu'un pont est utile, le gaz de schiste est utile au Système.

L'intérêt général n'a pas beaucoup d'arguments à donner, il en va seulement de la planète qu'on lèguera aux générations futures, et ça devrait suffire. Mais le système lui, est avide, il doit faire tenir debout toute une civilisation faite de brics et de brocs.

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D'ailleurs en passant, 675, c'est le nombre d'options qui restent à l'humanité pour s'en sortir d'après certains visiteurs galactiques (connus des russes - on trouve de tout sur le net). Et selon eux, aucune de ces options n'exclue le fait qu'il faille déplacer les habitants sur une autre planète (désolé hein !). Donc la question du jour peut aussi bien s'appliquer à la nouvelle planète qu'on aura pu coloniser de justesse avant d'avoir complètement transformé celle-ci en un désert stérile et inhabitable : alors, on recommence ? Ou on essaie d'être intelligents ?
Nan parce que c'est pas sympa pour les planètes.

Mais bon à mon avis ils ont pas compté le truc imprévisible qui s'appelle la subite révolution, pourvue qu'elle réclame que le Droit soit intelligent, et que les moyens doivent en découler.

(oh dis donc c'est la première fois que je résume dix ans d'étude sur cette question en une phrase aussi compacte)

Les moyens doivent découler de l'intelligence.
Travaillez là-dessus les gars, vous en avez pour mille ans, il n'y a pas de temps à perdre !

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La question du Bien public est celle qui concerne les questions qui appartiennent à l'échelle globale et pour lesquelles les fondements du système, l'état de droit, le principe de propriété privée, sont sans effet (doivent rester sans effet).

Défendre le Bien public doit être le fait d'une association d'hommes déterminés et ayant les moyens de se préoccuper de justice, pendant leurs heures de loisir, car évidemment ce n'est pas "un travail" (ce que disent les parents (le Système) à ses enfants (les gens) qui voudraient devenir artistes.

ça n'existe pas "le Bien public", je viens de l'inventer, et ça n'a aucun rapport avec "le Droit public" du dictionnaire, comme j'aurais voulu le nommer, qui parle de trucs qui découlent du système injuste. Nous là, on se place au niveau systémique, et priant pour ce qui en découlera ensuite.

Normalement c'est au nom du Bien public que devraient être interdites les techniques de rendement excessif que sont les OGM, les pesticides, la déforestation, l'écorchage de paysages, le fait de considérer l'océan comme une poubelle, les animaux comme des aliments dont on épuise le stock, le vivant comme subalterne à notre mode de vie, et la philosophie comme un loisir de vieillard qui s'ennuie.
(si on reprend cette phrase depuis le début ça colle pas trop mais c'est pas grave)

Le Système s'approvisionne gratuitement dans la nature et facture au prix fort les transformations, transports et gestions qui sont faites pour approvisionner les clients, dont le droit de vivre est soumit à condition.
Personne ne se dit par exemple qu'il faudrait, si les fondements du système étaient exacts, une sorte de compensation pour ce qui est prélevé gratuitement dans la nature.

Le système est ainsi fait que l'argent pousse dans les arbres, littéralement, à ceci près que cette idée est prohibée, et qu'elle doit rester ignorée, sinon les fondements sont à réétudier, et tout est à refaire. De toutes façons tout est à refaire, à repenser.

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Le droit est toujours privé, par essence, à cause du fondement de propriété privée. Avec un autre fondement qui considère qu'on ne peut être que locataire de nos biens, ce qui est plus proche de la vérité, le loueur est l'humanité, et son droit subsiste.

De la même manière que je préconise aux palestiniens de devenir propriétaires des habitations coloniales construites sur leurs terres, je conseille à l'Humanité de devenir propriétaire de tous les biens, le savoir, les technique la science de la terre.
La forme cérémonieuse que ceci peut prendre pourrait être une simple déclaration formelle unifiée de plusieurs pays par exemple. Mais on s'en moque, car dans les faits c'est déjà ça la vérité.

Une fois conscient de ceci, ils pourront s'échiner à privatiser l'eau, breveter notre ADN, espionner les conversations de tout le monde, déclarer obligatoire la vaccination de tout le monde avec le même jus (croyant que nous sommes tous égaux), ils pourront dire toutes les conneries qu'ils voudront, tout ne sera jamais que le fait d'une location à l'humanité, qui se réserve le droit de reprendre son bien à tout moment.

En somme le Bien public est ce qui conditionne toute activité humaine quelle que soit son échelle. Le simple fait d'évoquer ces mots devrait terrifier les tortionnaires.

Si il faut définir un sommet du monde, au-dessus des pays il y a les multinationales, mais au-dessus d'elles il y a le Bien public, c'est à dire la légitimité d'interdire, confisquer, faire cesser une activité, ou un processus.
Ainsi que celle d'inaugurer de vrais projets de société.

Si on pense en ces termes, les projets éligibles à l'académie du Bien public seront toutes celles qui ne laisseront jamais rien venir se placer au-dessus du droit public.