Le quiproquo fatal

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Face à la pénurie programmée de production de calories, va arriver le moment où on va avoir besoin d'une meilleure efficacité dans sa répartition est son utilisation.
Mettons qu'on a cette masse annuelle mondiale devant soi, comment la gérer ?

Le système de répartition est l'offre et la demande, et le résultat est que ça déborde d'un côté et que ça manque de l'autre.
La méthode employée, par exemple pour dire aux gens de moins consommer de viande en raison de la très grande quantité de céréales et d'eau potable que cette production consomme, consiste à augmenter les prix. De cette manière, en théorie, ça consiste à freiner la consommation.

Mais cette théorie part du principe que la valeur des choses est la même pour tous, alors que ce n'est pas le cas, et c'est là que le bât blesse.

Moi avec ma fortune colossale je peux me permettre d'enfreindre la loi, de nuire à autrui, de commettre tous les crimes que je veux, en contrepartie de quoi la compensation consistera en une somme d'argent, une broutille infime, que je dégainerais volontiers accompagné d'un pourboire et d'une petite tape sur l'épaule.

C'est à dire que la volonté de réduire ma consommation de viande de gros porc émise pas la société civile ne me touchera pas, et que je resterai insensible à cette politique, comme si elle ne s'appliquait pas pour moi.
Tandis que pour d'autres, ça ne changera rien non plus, ça fait longtemps que cet aliment est proscrit pour de nombreuses raisons cumulées.

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La société occidentale a un énorme problème à cause de sa façon puérile de mettre en œuvre l'égalité.
Une loi ou un prix qui est standardisé signifie intrinsèquement son iniquité, alors pourtant que c'était le contraire qui était recherché, et même c'est à cela que les gens continuent de croire.

La notion d'adaptativité apporte l'idée, révoltante pour les perdants dans l'affaire (les richissimes dont je fais partie, mythomaniaquement évidemment) que la valeur des biens s'exprime d'une manière algorithmique, automatiquement adaptée à chaque circonstance, de manière à produire l'égalité.

Et c'est là que, démuni de monnaie, on se demande comment évaluer la valeur des choses ?

Quand on y pense c'est assez joli sur le plan mathématique, cette idée, puisque loin de la philosophie des mathématiques médiévales qui sont statiques, c'est le fait d'un processus dynamique, un peu comme si il fallait conserver un équilibre homéostasique. C'est à dire qu'il s'agit de compenser les différences.

Quand on se figure cette mécanique on observe que l'application puérile de l'égalité consiste à combler des vides tous différents par une somme fixée à l'avance (de sable, par exemple), de façon arbitraire. C'est la technique la plus paresseuse, il y a des "récipients à remplir, la quantité moyenne de sable qui s'y trouve est de tant, la quantité manquante est de tant, donc il ne reste plus qu'à répartir "équitablement" cette quantité globale d'une somme moyenne.
Et il y en a qui vont rester vides et d'autres déborder inutilement.

Ce "équitablement", c'est là que né le quiproquo fatal.
Les gars ils font un prix moyen et voilà fin de l'histoire.
Et le système, qui est à but lucratif, trouve le meilleur prix pour le meilleur rendement d'argent. Si le nombre de riches augmente, le prix moyen augmente.

Pour moi (pour la Raison, pour Dieu), équitablement ça veut dire "pour qu'à la fin de l'opération on se retrouve avec un résultat qualifiable d'équitable", pas d'injecter une somme équivalente partout, comme s'il s'agissait de se débarrasser rapidement d'un problème mathématique en le bâclant.
Et après les gens, habitués à ce bâclage, s'étonnent qu'une fois l'erreur multipliée par l'infini, on se retrouve dans une situation criminogène.
Ah mais oui mais les maths c'est la vérité, et la vérité c'est la Vie.
Pas de maths, pas de vérité, pas de vie.

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Dit comme ça sur le plan théorique, ça exacerbe la stupidité de la chose mais il n'empêche que c'est c'est valable pour tout. C'est avec des médicaments standards que les maladies sont soignées (sans vergogne pour l'énorme variation physiologique qu'il peut y avoir d'un individu à l'autre) ;
c'est comme ça que l'éducation est prodiguée (pour les gens moyens qui veulent rester moyens) ;
c'est cette tendance psychotique à vouloir forcer les choses pour qu'elles marchent avec cette façon puérile de faire qui produit des discours politiciens aussi ineptes qu'affolant de bêtise, autant que les slogans publicitaires ou toutes les choses qui sont destinées "au grand public", c'est à dire, en baissant au maximum le niveau d'intelligence au profit de d'une intelligibilité purement sophiste.

Et enfin, comme les prix et les salaires sont fixés arbitrairement il résulte une énorme disparité de la valeur de cet argent, qui du coup devient inéluctablement un produit plutôt qu'un moyen.
Car il est clair que si on veut que l'argent ne soit rien d'autre qu'un moyen cela implique logiquement que sa valeur propre n'est pas possible à estimer et donc que les prix et salaires fixés soient les mêmes partout, dans le monde.

En écrivant ceci je comprends mieux en fait, c'est exactement ça que les marchés ne veulent pas. Ils tirent leur énergie de la différence de potentiel entre les valeurs de différents pays ; C'est sans doute en rapport avec le fait extravaguant qu'on voit toujours les pays les plus puissants s'attaquer militairement aux pays les plus pauvres ; pour entretenir la différence de potentiel dont ils tirent profit.

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Parce que le terme d'égalité est mis en œuvre d'une façon puérilo-médiévale, l'injustice règne.
Mais maintenant c'est bon on est sauvés, à l'ère de l'informatique il n'y a plus que les vieux croulants qui ne savent pas programmer à ne pas entrevoir que ce problème est possible à résoudre facilement, et même qu'il s'agisse d'un problème. Et même que la solution à ce problème est élémentaire.

Et ça encore, ce n'est que l'étape 1 de la réforme systémique implacablement inévitable. Et là encore j'ai l'impression d'avoir baissé le niveau d'intelligence au profit de l'intelligibilité.