Education révolutionnaire

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Parler de méthode c'est au moins être capable de dire "le système économique" n'est ni "un système" ni "économique".
Parce que parler de méthode c'est prendre le recul sur son expérience qui permet de créer de nouvelles techniques.
Et à force de cet exercice le muscle du sens critique prend le temps de s'inquiéter du sens des mots.

Et aussi parce que parler de méthode est une forme de professorat qui place les auditeurs comme ceux qui ne font pas assez preuve de précaution et qui activent leurs réflexes sans s'inquiéter d'où ça va.
Ainsi on obtient l'autorisation de formuler des critiques sévères sur des concepts très usités mais auxquels personne ne pense.

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C'est pourquoi je vais garder ce ton confortablement professoral et destiner ce discours aux jeunes, capables de lire, à qui l'école désapprend la créativité et à qui la société dissimule la réalité de ce monde, sans le moindre scrupule pour le choc causé le jour où vous apprendrez que le père noël n'existe pas.

Ce qui dissimule la vérité, c'est l'ordre dans lequel vous êtes tenus de rester, de parler, de penser. Si ce monde va mal c'est parce que les gens ont été mal éduqués, ce qui les fait souffrir, et qui explique leur manque de scrupules à faire souffrir les autres.

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Les lois sont votées à peine avant votre naissance et vous ne connaissez qu'un monde où tout est interdit, où c'est "mal" de télécharger de la musique, alors que ça ne l'est pas. Comment après ça vous confier, quand vous serez entiers, le soin de juger ce qui est bien ou pas, si déjà vous croyez aveuglément ces âneries ?

Normalement la loi et le système doivent rendre possible ce que les gens ont envie de faire, car ce précepte des droits de l'homme est prioritaire sur toutes les lois et sur la façon dont pense la société. Mieux que ça, la liberté est une cause première de ce qui définit un être humain, lui et son savoir. Sans sa liberté, l'âme que transporte un corps humain est muselée, déshumanisée.

C'est à la société de rendre possible ce que les gens veulent faire.
Or écouter de la musique est légitime, c'est Bon, et les raisons qui s'y opposent ne sont pas opérationnelles.

On positionne ce précepte de Liberté comme une contrainte, quelque chose dont rien ne légitime la confiscation. C'est autour de ces contraintes qu'il faut bâtir un monde nouveau.
Et réciproquement, c'est en regardant si les Droits de l'Homme sont respectés qu'on peut prédire si une organisation sociale est viable, ou pas.
Ce n'est donc pas anodin, décoratif, historique, sacré ou folklorique, c'est simplement fonctionnel.

En conséquence de quoi il n'est acceptable de se conformer aux lois en vigueur qu'avec la promesse que le chemin évolutif que nous poursuivons nous mène vers un monde où l'humanité peut exercer sa magnificence.

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Le gars qui parlent de "méthode" essaie tout au plus de scruter les mécanismes à l'œuvre dans son psychisme, acquis avec discipline.
La question n'est pas d'appliquer une technique, mais de savoir en créer des nouvelles.
Parfois ça ne se joue que dans une séquence ordonnée d'actions, le tout est de les déterminer et de les ordonner.

Et comme dans toute conception, il y a plusieurs chemins, car si l'ordonnancement dépend des actions, les actions peuvent dépendre de l'ordonnancement.
Le génie consistera à trouver la séquence d'actions la plus efficace afin d'aboutir au résultat prévu.
Et parfois, de temps en temps, il arrive que ça se concentre en un seul coup de poing sur la table.
(Mais ce n'est pas comme ça que se bâtit un monde).

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Maintenant chers élèves voici l'heure de l'expérience.

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Si le monde entier tel qu'il existe depuis toujours, pratiquant le commerce, ayant tout basé sur le concept de l'argent, dont la signification s'est malicieusement pervertie, n'est que "une technique", alors ça veut dire qu'il existe d'autres techniques.
(Cela, personne n'admet que c'est vrai, mais la science, elle, l'admet.)

Avant de se lancer impétueusement dans cette réflexion, il faut se saisir de ce que veut dire "malicieusement" dans la phrase précédente.
(En terme général il ne faut jamais rien laisser passer qu'on ne comprend pas trop bien.)

Cela veut dire que la fonction de l'argent, définie par le rôle qu'il joue au sein d'une mécanique, a été transformé avec le temps, au fil de l'évolution. Et ce qu'on ne savait pas c'est que du coup, puisqu'il se transformait, bien que ce soit toujours de l'argent, le fait de l'utiliser n'avait plus du tout la même signification qu'au début, et donc, ne produisait plus le même résultat.
Aujourd'hui l'argent est un produit de consommation qu'on paye plus cher que le montant indiqué sur le billet ; Ce qui est con.

Repartir d'un point plus primitif sur l'échelle de l'évolution nous ramènerait à cette même situation, étant donné qu'on ne sait pas trop pourquoi ça c'est passé comme ça, mais quand même on peut voir, se douter, et faire le lien avec le fait que le système du commerce n'a pas été pensé pour des sociétés puissantes.

En fait on peut dire qu'il arrive au monde ce qui arrive parfois aux élèves trop intelligents condamnés à plusieurs années derrière les barreaux de l'éducation nationale (ou comme un haut-parleur qui reçoit une tension supérieure à ce qu'il peut libérer) : l'énergie créatrice n'est pas utilisée correctement, et elle sature tout le système, qui grésille, chauffe, et risque de péter.

Il y a de nombreuses manières de décrire la problématique, c'est à dire ce à quoi il faut trouver des solutions, parce qu'on sait qu'ont peut trouver des solutions à tous les problèmes, dès lors qu'ils sont possibles à formuler. Et d'ailleurs c'est logique, car si on peut formuler, alors on peut recomposer.

On peut aussi voir la masse humaine comme le terreau où les riches font pousser des richesses qui ne profitent qu'à eux. Car après tout, le principe du commerce a été fondé sur cette seule réalité.
Et finalement les humains sont devenus des patates.

En fait le plus probant, je trouve, pour décrire la problématique, c'est que les humains ne seront jamais en paix, libres de penser, car ayant du temps pour cela, tant que le Système n'aura de cesse de juger l'existant en fonction de ce que ça rapporte, sur une échelle de mesure qui est pourtant absolument anecdotique, et qui n'a rien de fonctionnel : l'argent.

A cause de cela, quand un gars fabrique des joujous en plastique (en sachant pertinemment que le seul moyen dont la nature dispose pour le biodégrader sont les foies humains), quand on crée des nouveaux produits, des produits financiers, des arnaques, et même des crimes, contre l'humanité, contre la nature, bref quoi qu'il fasse, le système est toujours content.

Les gens ont tous besoin de travailler, donc il faut créer du travail pour tout le monde, et donc il est hors de question de généraliser, mettre en commun, économiser, ou chercher l'efficacité, le rendement, l'intelligence.
Et finalement ils brûlent les forêts pour pouvoir se payer le droit de vivre quelques jours de plus.

Et ainsi on arrive à la stupidité ultime où quand un gars crée une pollution majeure en fabriquant en masse ce qui, à l'échelle historique, finit directement à la poubelle : les gens sont contents.

C'est une évolution normale qui a eu lieu, et pourtant le monde est devenu complètement acharné, sanglant, et bientôt il sera inhabitable.
Il est même courant d'observer que des choses deviennent leur inverse, en terme général, dans la vie.
La religion diabolique. La politique néphrétique. Les grands médias petits arnaqueurs de rue.

Pourquoi ? Parce que pour qu'une organisation sociale soit viable il faut respecter un certain nombre de préceptes, de lois naturelles si on veut.
Il faut injecter dans l'évolution l'énergie du renouvellement, sinon en déclinant les choses s'inversent.
L'humanité doit les découvrir, et même tisser avec ces lois des systèmes un lien affectif, en constatant dans la pratique si elles sont garantes de viabilité.
Et même un jeune fraîchement débarqué qui réfléchit une seconde peut les découvrir.

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Il faut aussi prendre en compte la dimension psychologique de la façon dont fonctionne la société. Bon, on le sait, le principe du commerce exacerbe l'avarice et la petitesse d'esprit dont découle le racisme.

On sait aussi, depuis les plus anciennes choses écrites découvertes, que l'Homme était bien informé du fait que la raison d'être de l'humanité, était quelque chose qui les dépasse, et que eux, tout ce que "les Dieux" leur demandent, c'est simplement de vivre en paix, dignement, et proprement.

Le système de l'argent a fait en sorte que faire cela, prenne la tournure d'un crime puisque c'est toujours au détriment des autres qu'on peut vivre dans l'écrin d'une dignité qui est toute relative.

La question est : que se passerait-il si le monde utilisait une bonne sociotechnique ?
Évidemment ça ne veut pas dire que tout sera facile.
Si on est trop dans la "paix" on finit par croire que tout ce qui arrive est l'œuvre du Dieu Hasard Total, et que ça a une raison qui nous échappe, et on est contents quand même. Si on en arrive là, le réveil risque d'être brutal, car pendant ce temps d'autres n'auront pas manqué de vous enfermer dans une dictature hallucinée. Et d'ailleurs c'est là qu'on en est.
Nan nan nan ! L'œil vif est celui du gars qui est capable de détecter l'injustice.

La paix, comme la dignité, pour ne pas être factices, doivent être le résultat concret d'actions menées librement, c'est à dire avec savoir, c'est à dire en faisant des choix, c'est à dire en se positionnant sur un point d'un cheminement évolutif qui ne soit ni trop au début ni trop à la fin, car c'est là qu'on n'a le moins de choix possible.

Cette société, définie par sa sociotechnique, arrive à sa fin, l'endroit où les choix se tarissent, en raison de ce que les choix faits préalablement étaient mauvais.
Notamment, si on les étudie, on constate que c'étaient comme des arnaques, des glissements de sens, en fait c'est ce qui arrive quand un tortionnaire use de sa rhétorique pour faire souffrir. Et ça a été accepté, qui plus est, en ayant la foi absurde que ça serait utile à long terme.
Voilà les erreurs qui ont été commises.

Faire les bons choix, exercer sa liberté, c'est un peu l'art de rester sur la crête de la vague. C'est pour ça qu'on dit que l'âme de l'homme doit se tenir "debout", par opposition à "appuyé sur une canne" comme dans un tableau de Dali.
Cela nous informe que dans la vie Il y a les prostrés avachis sur leur posture royale désuète et ridicule, et il y a les fiers surfeurs de la recherche de la vérité, à qui la fluidité mentale permet de déjouer les pièges à l'instant même où ils tentent stupidement de se profiler à l'horizon.

Au siècle des lumières a succédé un siècle des gars qui s'appuient sur la raison pour expliquer leurs actions névrotiques, au lieu d'être capables de la générer, et de la porter sur leurs épaules.

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Sur toute la Terre il n'y a aucun endroit où a lieu une discussion entre gens intelligents à propos de la méthode de révolution. Parce que avant de parler de méthode il faut avoir définit ce qu'on veut faire ; Or même cela ne fait l'objet d'aucune discussion.
Elles s'obstinent à placer cette interrogation dans le sous-entendu qui découle de la dénonciation des injustices. Et on leur répond "il y a des injustices et alors ?" et là, ils coincent, et c'est ça qu'il faut trouver dans cette expérience.

Et alors ? Le cosmos entier défile sous mes yeux ! Les raisons sont infinies, additionnées, structurées, harmoniques, et toi tu n'en voies aucune !

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Les politiciens vivent selon des us et coutumes qui appartiennent à l'ère préhistorique, c'est à dire d'avant la naissance de l'informatique. Ils pratiquent une lenteur qui est une accoutumance à l'époque où il fallait trois jours de voyage à cheval pour envoyer une lettre.
Et quand ils discutent des lois, ils ne s'intéressent qu'à des petits problèmes minuscules les uns après les autres, alors que pendant ce temps-là la charge de travail qu'il ont encore à faire s'accroît à une vitesse exponentielle.
Il en résulte qu'il n'appartient plus à la politique de se soucier de ce que ce mot veut dire, la politique, comment est menée la vie de la société.

Ce n'est donc pas auprès d'eux qu'on va enquêter, en fait si on trouve des réponses, ça leur servira de leçon.

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Il se passe aussi que "le Système", le fait que tout nous conduise à agir d'une façon prédéterminée, et à générer des résultats connus d'avance, est quelque chose de très ancré chez les vieux. Ils l'ont sédimenté, et ils ont bâti le sens des mots qu'ils emploient sur ce référentiel. C'est lui qui conditionne ce qui est logique ou non, ce qui est "bien" ou pas, sachant qu'on juge confusément "bien" et "bien pour le système" d'un côté, et "mal" et "mal pour le système" de l'autre (passé un certain âge).

Ceci est la raison pour laquelle vos jeunes esprits fraîchement débarqués devraient s'étonner avec un point d'interrogation sur la tête des bizarreries de ce monde, et commencer à développer le sens critique qui permet de mieux comprendre la vérité, et surtout pourquoi c'est comme ça.

Par exemple, vous les jeunes, avez toute votre vie entendu parler de "terroristes", et nous on a vu le sens de ce mot se faire dépouiller de sa racine "terreur" et venir s'appliquer à des gens qui téléchargent de la musique gratuite.
Il n'y a pas de terroristes, ça n'existe pas (à part ceux payés avec l'argent public) c'était juste pour maintenir un degrés de peur qui permet de justifier une razzia sur les ressources naturelles.
Mais quand même c'est intéressant parce que quand on entend ce genre de chose, qui détourne le sens des mots, si on tend bien l'oreille, on se rend compte que celui parle, au fond, c'est le Système.

Car pour lui, il s'agit de blâmer, de la manière la plus stressante possible, tout ce qui peut nuire de près ou de loin avec les intérêts du système.
Ainsi, la gratuité, la bonté humaine, l'écologie, le désir de justice, tous les gens qui s'attachent à cela sont à un moment ou à un autre suspectés d'être des "terroristes". Les Palestiniens, tels les schtroumphes harcelés par le géant Gargamel, sont qualifiés de terroristes, parce qu'ils empêchent de creuser des puits de pétrole hyper-polluant.

On peut étendre cette écoute de "la voix du système" à tout l'existant.
Si la télé diffuse une musique ou un film, elle ne le fait pas gratuitement, ou gentiment, elle ne le fait qu'en mesure de ce que ça concoure au bien du Système (à qui elle doit la vie).
Mais ça on ne le découvre qu'en voyant ce dont elle ne parle pas.

Et même l'éducation, n'a pas pour but de développer l'intelligence mais simplement des compétences techniques, et en particulier, celles désirées par le système. En conséquence de quoi l'imagination et la créativité sont systématiquement, culturellement brimés.

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En fait, tout est relatif, car tout peut avoir une signification variable selon les circonstances, mais dans l'esprit des gens, et pour le confort sans fin de leur santé mentale déclinante, ils ont besoin que tout soit "absolu", vrai et bon d'un côté, faux et mauvais de l'autre.
Si on leur demande "une voiture peut-elle voler ?" ils répondent "c'est mal".
C'est donc le système qui détermine ce qui est "logique" et ce qui est "bon". C'est pourquoi l'exercice de la résolution d'un problème a comme principe premier de ne jamais se fier entièrement aux données du problème, et à sa manière famélique de les énoncer.

Et c'est ainsi qu'on détermine ce qu'est la méthode révolutionnaire, et qu'on s'amuse à trier les gens qui, de par leur incapacité à voir plus loin que les problèmes, utilisent le système comme référentiel absolu de leur pensée et les condamne donc à errer dans les limbes du marasme mental.

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Tout ceci nous amène à une question qu'on n'a fait que frôler, celle qui consiste - avant de parler de Comment le monde devrait fonctionner - à ce qui est le plus approprié de demander à des jeunes cerveaux, dont le ciment n'a pas encore prit :

Quels sont les objectifs que l'humanité devrait se fixer ?
Comment devrait être le monde dans l'idéal ?

Toutes les contraintes auxquelles vous pourriez penser sont en fait imaginaires et relatives : dès lors, une fois défait de ces freins, qu'est-ce que l'humanité peut vouloir ?
Qu'a-t-elle le droit de vouloir ?

On écoutera, attendris, vos réponses en les transposant dans la mécanique pour en extraire l'essence vitale que cet amour transporte.

Aux petits qui ont tout compris au monde et qui répondraient "Que tout le monde ait plein d'argent !", après un moment d'émotion, on expliquerait que, bien que ce ne soit pas possible, il ne faut pas en prendre ombrage, car l'idée au fond est grandiose. Si grandiose que beaucoup ne la verront pas.
Parce qu'elle est possible et qu'on a le droit de le vouloir.

Par exemple ça pourrait se traduire par "Que tout les moyens disponibles pour l'usage de la liberté individuelle soient mis à disposition des gens."
Car l'argent n'est qu'un moyen d'avoir ces choses, cette liberté, et ces moyens existent ; Ce qui manque au monde, c'est seulement et uniquement une bonne raison de les donner.

Il faut définir, formuler, élaborer, et édifier cette raison.
Et qu'elle se greffe dans la réalité.
(Ceci n'est pas un exercice ! c'est un Devoir !)