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principe de coordination harmonique



Abigail et Brittany Hensel ont, graduellement, de un corps pour deux en bas à deux corps distincts en haut. Le système nerveux descend le long de la colonne vertébrale sur un bi-bassin, puis remonte le long de l'autre colonne vertébrale. Chacune contrôle et ressent le touché de la moitié symétrique de son corps. Pourtant elles se montrent prodigieuses lorsqu'il s'agit de coordonner leur action, ne serait-ce que pour marcher.

On peut spéculer sur comment ça marche, c'est ça qui est captivant, il y a quelque chose d'utile à découvrir à propos du système social.

Leur coordination est harmonique car elle est de nature empathique.
Ce que fait l'autre est l'évidence et c'est ainsi qu'une main vient rejoindre l'autre pour applaudir spontanément.

Moi qui suis parfois condamné à devoir activer consciemment des actions normalement subconscientes, parfois même la respiration, je peux lire dans les pas de quelqu'un ce qu'il est en train de faire (d'ailleurs Obama semble perdu, abattu quand il marche), et quand elles marchent l'une avance plus vite que l'autre, mais attend son tour pour avancer la jambe.

A un autre moment on les voit se mettre les mains sur le visage par effet de stupeur, l'une après l'autre, sans doute par effet de mimique. Plutôt qu'une coordination harmonique, à ce moment-là on a le sentiment que l'une est témoin de l'usage de son bras par l'autre.

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Les gens sont toujours un peu anxieux face à ce qu'ils ne comprennent pas. Par exemple un Homer Simpson de base aura souvent tendance à forcer les clapets du nouveau téléphone qu'il vient d'acheter, et il en va ainsi avec l'inconnu, dont l'approche est très souvent grossière et brutale.

Toute leur vie elles ont à répondre à des questions d'ordre législatif pour savoir si, d'après le droit, ce sont une ou deux personnes. La façon de s'exprimer dans le langage est législatif, on ose rarement réétudier les mots qu'on emploie, et face aux nouveautés découvertes par ce corps habité par deux personnes, ils sont insuffisants, ce qui conduit à des questionnements d'ordre humoristique.

Bien que cela oblige à déterrer les raisons des lois et à devenir soi-même législateur, s'arrêter là-dessus est extrêmement minable face à tout ce que la science peut découvrir subitement, avec une force telle qu'elle ne va pas en revenir, même dans longtemps :

Les scientifiques sont maintenant obligés de l'admettre, la Nature n'est pas explicable par l'observation de ses composants matériels. Ce n'est pas dans l'observable physique que réside l'observé psychologique. L'observé psychologique est révélateur de la vérité qui ne fait que s'appuyer sur l'observé physique.

La nature a mieux fait d'être définie comme la conformation de la réalité à une idée.
Car si il faut placer un connecteur à trois voies pour joindre deux systèmes nerveux, aucun problème. Pourtant ce caractère n'est pas logé dans l'ADN, mais si besoin, il apparaît, sans avoir eu à attendre une longue évolution darwinienne, comme le croit la doxa. Selon elle c'est la sélection naturelle, due aux prédateurs ou au fait d'être trop faible, qui explique que les ours sont bruns dans les forêts et blancs dans les déserts de glace. Alors que quand on y pense, ils n'ont pas de prédateurs.

Alors ça ne vient pas de là. On observe juste que soudain la nature, qui consiste à greffer une idée dans la réalité (dont on s'étonne de la capacité d'adaptation alors que c'est logique), crée une nouvelle forme.
Ce qui est étonnant c'est à quel point elle fait toujours pour le mieux, pour se conformer à l'idée, malgré toutes les embuscades produites par les aléas matériels.
C'est sans doute ça qui détermine la couleur du pelage de l'ours. C'est juste que c'est mieux comme ça, pour plein de raisons minimes et additionnées, aucune n'étant oubliée, toutes étant sous-pesées prises en compte simultanément.

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Une autre question est celle de la personnalité, l'une (ma préférée, Brittany à droite) est plutôt indépendante, elle a un visage plus fin, elle aurait tendance à se désocialiser et a besoin d'être entourée, et Abby est plus extravertie, plus dans la légalité si on peut dire, ce sera celle qui refusera de briser une règle établie.

Comment est fait le cerveau est lui aussi "comme" une concrétion d'après une idée, et ça s'exprime par la manière dont les choses sont câblées. Les notions connues sont comme des réseaux d'élastiques vibrants reliant des connaissances (et chaque connaissance quand on y plonge, devient une notion). Quand une connaissance est activée tous les réseaux qui utilisent cette connaissance vibre. (Avec ça l'illimination peut se définir comme l'établissement d'un super-réseau capable de contenir sans illogisme toute la connaissance.)
On sait que parfois des gens ont des élastiques tendus de façon illégale, injuste, illogique et donc douloureuse. Ainsi leur cosmogonies respectives sont aussi différentes que celles de n'importe qui, il n'y a même rien de génétique là-dedans. L'acquisition de la logique ne fait qu'utiliser le matériel génétique comme matière première, comme du sable et de l'eau pour faire du ciment des briques et des maisons.

Le corps lui-même n'est qu'un véhicule pour l'âme qui y est branchée, via cerveau, sûrement par une sorte d'élastique. De ce fait, même s'il est possible que le corps soit le reflet ou la partie visible de l'âme, mon opinion est que l'âme est logée dans un corps random, qu'il découvre, subit, et aussi que les animaux majeurs (éléphants, dauphins, baleines, gorilles) ont les mêmes sensations et impressions que celle dont on est capables de se douter qu'ils ont. Les oiseaux sont heureux de voler. Les animaux pensent, ressentent comme les humains, comme si on était à leur place.

A ce titre en passant, le crime sur ces animaux est un crime douloureux aussi envers tous ceux qui éprouvent de l'empathie. Il ne faut pas croire que le crime d'un tiers n'est pas le nôtre, ça peut tendre des élastiques illogiques de croire ça.

Et donc les questions angoissées des curieux qui, sous couvert d'humour, cherchent à sous-tirer des informations, montrent l'ignorance de ce qu'est l'âme humaine, le fait qu'elle existe vraiment, ce qui a pour intérêt de clarifier les différentes techniques de coordination, parfois stupéfiantes.

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La coordination des deux filles semble parfois télépathique. On peut s'imaginer que les deux âmes sont jointes elle aussi. Mais ce qu'on peut voir c'est, en fixant un bras puis un autre, l'âme de la personne à qui il appartient. C'est de la science que de faire ça. Une personne évanouie n'a plus cette couleur et ce reflet, et on a du mal à reconnaître son visage, on a l'impression de voir une personne qu'on n'avait pas vue avant. L'âme se voit.

Mais je ne crois pas que leur coordination soit le fait d'une télépathie motrice par exemple. C'est une séduisante théorie à creuser mais à mon avis on assiste, tout simplement, et avec émerveillement, à une coordination harmonique, fondée sur l'empathie, qui s'exprime par l'anticipation de ce que l'autre va faire. C'est comme deux musiciens qui jouent ensemble : à un moment, si on bat la mesure, on obtient l'impression d'en être à l'origine, ce qui est le chemin de la transe. Mais à la base le geste est volontaire, conscient, raisonnable. C'est ça qui est fantastique, c'est que le geste passe par l'intellect, le plus sophistiqué et laborieux des chemins, pour produire un résultat qui semble instantané, intuitif.

Voir cela est extrêmement salvateur, parce qu'on se figure de quoi est capable un monde d'humains dont l'action est coordonnée de façon harmonique ; Non pas qu'ils soient tous forcés de subir les mêmes règles (l'argent), mais qu'ils deviennent soudain conscients les uns des autres, et que leur action ne soit délimitée que par l'empathie.
ça ouvre un champ d'action assez fulgurant.
ça inclut toutes les agressions non conformes à l'empathie.

En fait il s'avère que l'empathie est la source de l'harmonie, qui elle, est la plus merveilleuse économie qui puisse être. C'est au nom de l'économie, à savoir l'intelligence, la meilleure utilisation possible de l'énergie humaine, que l'empathie devrait être placée comme un des premiers fondements de la société humaine.

On imagine pas tout ce que l'humain pourrait faire, avec une telle coordination, après avoir troqué des lois standardisées et handicapantes par une coordination harmonique.

Je veux dire que la coordination des humains est assurée par une règle qui n'est pas instinctive et qui est vécue comme une contrainte, un frein à la liberté, alors que soudain apparaît dans nos viseurs, le contraire de ce qu'il semble logique de croire, le fait qu'employer une sociotechnique plus sophistiquée, puisse produire de meilleurs résultats, meilleurs parce qu'ils sont plus beaux, magiques et incroyables.
C'est presque normal que l'humain ne se doute pas qu'il fut possible d'élaborer une sociotechnique complexe et que sans le faire exprès, cela produise une plus grande efficacité qu'une qui soit simple à comprendre.

(Il est important ce terme de sociotechnique car il y en a qui se vantent d'avoir fait "polytechnique", ça veut dire qu'ils ont au moins deux techniques, alors que celui de "sociotechnique" signifie la chime des techniques, l'émergence d'un système fonctionnel constitué d'humains libres. ça c'est de vraie science !)

Comme quoi un recoin de son subconscient, la fable rhétorique du rasoir d'Occam héberge au fond l'idée que la meilleure solution, dite "la plus simple", est en fait la plus harmonique, la plus belle, la plus fantastique possible !