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La crise du capitalisme

(bribes)

Les gens attendent et prient pour que le système de justification de l'activité humaine finisse sa crise de nerfs et retrouve son fonctionnement normal, auquel s'associe la quiétude spirituelle qui consiste à croire que l'activité humaine sera finalement profitable. Personne ne s'imagine que son activité puisse être nuisible. Cette notion est étrangère au peuple des commerçants.
Dans l'esprit des habitants, il n'y a que le profitable/justifié et en face le non-profitable/non-justifié.

Cette foi est exubérante et irrationnelle.
Même l'alternative qui ose être proposée fait reposer ses nouvelles idées sur cette foi irrationnelle, comme s'il s'agissait de refaire marcher une vieille bécane, et parce que c'est ce qu'il y a de plus rationnel à faire, et que c'est pour cette raison qu'ils sont écoutés. Les habitants cherchent en qui avoir confiance mais plus on se montre rationnel de leur point de vue plus ça signifie qu'on ne remet rien en cause, et donc que ça ne fera rien avancer.

Le problème d'une foi irrationnelle c'est qu'on ne sait jamais où placer le contexte pour lequel elle se justifie, le plus souvent ça part tellement haut qu'on le confond avec l'idée de Dieu.
L'idée du capitalisme est l'objet de cette foi irrationnelle, il signifie qu'un jour ça ira mieux, pour preuve, par rapport à il y a cent ans, la société va "mieux", la misère et la souffrance sont moindres.

Son esprit affirme que l'intelligence gagne, que la richesse est la beauté, que le désir de richesse est une preuve de bonne santé mentale, et que l'injustice finit toujours par être résolue, graduellement.
Et en face les anti-libéraux sont pris pour des gens qui refusent la richesse, la beauté, et l'intelligence comme si c'étaient des démons abstraits.

Alors qu'une foi rationnelle c'est une sorte d'humilité face au fait que quand on active une machine, elle tient compte de tout le savoir passé, mais le présent étant en train d'arriver, elle ne le prendra pas en compte. Et malgré cela on a la foi en ce que ça marchera, parce qu'on a tout fait pour. ça c'est une foi rationnelle.
A la vue de laquelle seul le sot n'a point besoin de foi.

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La notion de "crise" exprime l'augmentation de l'injustice du système. C'est à dire que le système est injuste pour une raison inavouée, mais si on ose la comprendre, ça nous fait remonter jusqu'au principe du commerce lui-même. Les gars parlent d'échanges de balance de transactions, sans s'interroger sur l'absurdité de l'idée qui consiste à "donner en échange de".
Dans un monde informatique, on peut s'attendre pourtant à ce que les gens aient intégré la notion de dimension, et donc de multivalence, de "ce à quoi ça participe".

En évaluant toute chose par son prix c'est comme mesure la taille d'un objet par son ombre, qui est une translation sur un plan 2D d'un objet situé dans l'espace. Ainsi l'humain est évalué comme l'animal le végétal, le métal la pierre et la terre et l'air. Rien qu'admettre cela pourrait faire avancer les choses.
L'énergie humaine étant placée comme une marchandise, n'est-ce pas une atteinte à la dignité ?

En somme, ce qui va arriver au monde ne sera pas plus injuste que le principe du commerce lui-même, qui peut se traduire dans notre langue par "mise en dépendance", mais également par "absence de gestion globale" ou encore "substitut simiesque d'une organisation rationnelle".
Ce n'est pas une crise, c'est la marche voulue ou non, mais la marche émergente du système.
Ce qu'elle produit est son but réel, alors qu'on attend encore de voir arriver quelque chose à l'endroit de son but imaginaire.

On appelle la crise la phase du capitalisme où les inconvénients qui n'existaient que sur le plan moral sans que ça ne gêne personne, viennent se greffer dans la réalité et prendre forme d'une oppression vraiment réelle, mise en œuvre par des armées mises en mouvement contre des peuples, d'une façon grandissante. Comme le diable sortant de sa boite. C'est ce qui arrive à tout ce qui a été trop imprudemment refoulé. C'est le prix à payer, pour ce qui a été produit par le système.
Il produit la misère la famine et la pollution, et le prix à payer c'est d'y perdre sa vie.

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La notion d'injustice du système ne repose sur aucune évaluation qui aurait été faite par un groupe de travail parce qu'il faut écrire le logiciel qui confère plusieurs contextes aux actes. Ainsi chaque action a un but, ce but concerne une ou l'autre dimension (personnelle, locale, sociale) et pour chacun des cas, une estimation différente de l'acte dira s'il a servi positivement ou négativement "la marche du monde".

L'idée c'est qu'en temps de crise, c'est comme si s'exerçait une pression qui rendait impossible de s'occuper des questions à long termes pour se rabattre uniquement sur les urgences. Les gens qui travaillent, ne font que répondre à une urgence à court terme (fuite de la pulsion de mort).

Et la marche du monde on l'aura définie par des buts communs, et il semble probable, bien que personne ne le soupçonne, que le meilleur compromis qui serait trouvé pour définir ces buts communs s'exprimerait pas le terme de répartition équitable des richesses. Donc il faut avoir définit ce que sont les richesses.

La richesse observable dans le système du commerce ne représente plus ce que le quotidien de demain réserve au plus grand nombre. Elle obtient même le goût amer de l'indécence.
On aura le droit de jouir d'un tel luxe seulement après avoir résolu les problèmes de famines, d'oppression et toutes les formes de misères qui peuvent être résolues d'un coup simplement en révoquant le principe du commerce, en tant que principe préhistorique.

Un système en crise c'est aussi la foi en lui qui s'ébranle, aidés par le constat d'un monde qui va de plus en plus mal. Le maximum de gens dans le monde déploie le maximum d'effort en permanence et pourtant la société recule, il est donc temps de se poser la question de l'efficacité. Rien que ce terme sous-tend les données de base d'un vrai système, que sont les buts et les méthodes.

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Si on veut vivre dans des maisons avec de la verdure et permettre au bonheur de s'installer, il faudra que ce soit le cas pour tout le monde, car si on ne le souhaite pas, ce ne sera le cas pour personne.
Si on le souhaite, ça veut dire que le système rend possible l'activité humaine qui est souhaitable, et rend inutile l'activité criminelle. C'est ce qui définit un bon système, par opposition au premier venu, que fut le principe du commerce.

Les préconisations (ou les contraintes) des Droits de l'Homme, permettent de définir le degrés d'humanité de notre société. Et pour produire une réponse acceptable par les Droits de l'homme, le système inventé par l'homme doit être à la hauteur. La qualité d'un système s'exprime uniquement par sa fiabilité.
Un bon système est avant-tout, par opposition au fait que les riches ne représentent plus le quotidien des gens normaux de demain, un système qui est capable de prévoir les richesses qui seront disponibles demain, et essentiellement, d'en rajouter de façon incrémentielle, de façon à obtenir l'abondance, celle qui (n'importe quel ordinateur vous le dira) est le plus économique des méthodes.

L'abondance c'est pratique car ça économise les disputes et ça rend inutile le crime, mais surtout parce qu'elle ne s'obtient que grâce à une méthode rigoureuse et intelligente.
Plus personne ne devrait avoir le droit de croire que le principe du commerce peut rivaliser avec le résultat rendu par un simple logiciel, même primitif.

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Le méthodes de civilisation est concernée par l'idée de crise. Le monde changeant invite à réévaluer la manière de faire des lois, quand on voit qu'elle sont d'autant plus injustes que standardisées. Les standards légaux sont purement faits de tête. Les prix, tout le système est fait, pensé et conçu de tête, grosso-modo.
Or le phénomène de Liberté, il ne se décrète pas, le système ne peut que mettre en œuvre les conditions qui favorisent la liberté, cela incluant des normes rigoureuses de politesse. (un monde où le gens ne sont pas vérifiés dans la rue). C'est ça que le système doit produire, mettre en œuvre les moyens pour que puissent se bâtir le bonheur et la liberté,
et non pas de la liberté et du bonheur comme produits de consommation, directement sortis de l'usine.
C'est en se fondant sur une croyance selon laquelle les choses s'obtiennent directement de façon standardisée que le commerce fonde son argumentaire.
Tout le champ psychosocial est inondé des principes sous-tendus par celui du commerce.

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En temps de crise seule la pensée à court-terme est efficace. Le fait que cela constitue une crise n'est vrai que pour la pensée à long terme, qui n'a plus droit de cité et qui voient s'enfuir leurs plus beaux espoirs, alors que la pensée à court-terme, elle, se porte mieux que jamais.
Les entreprises aussi sont dans l'abondance de matériel professionnel humain, elles vivent dans la luxure, et elles seront les premières à dire sur le panneau publicitaire "Oui ! l'abondance c'est bien !".
J'ai vu une annonce pour une stage non rémunéré, d'un profil d'ingénieur multilingue au moins (ponctuel et rigoureux). Les autres ils peuvent crever on n'a plus besoin d'eux.

La recherche du bonheur et la mise en place des fondamentaux de sa germination sont des opérations à long terme. Chacun passe sa vie à mettre en place ces fondamentaux (pour pouvoir vivre). Et il y en a un qui bloque, c'est l'argent, qui aspire en lui tout le désir de vivre qui était pourtant destiné à la recherche du bonheur. Les gars courent après des lucioles dans le noir et c'est ça qui fait la marche du monde.

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Le champ psychosocial de la société capitaliste, "capitalise" sur la foi selon laquelle en tout état de cause, l'argent n'est qu'un moyen impavide, tout le monde en a, il sert juste à justifier les échanges, et de ce fait il est évident que les bonnes mœoeurs s'expriment par le refus de tout argent qui serait sale, qui proviendrait d'industries qu'on ne souhaite pas voir grandir.

Ces deux points sont le fondement idéologique du capitalisme, c'est l'idéologie officielle, et c'est ce sur quoi se fonde la présomption d'une loi de l'offre et la demande. C'est qu'à la base on part du principe que l'argent est abondant, qu'il alimente de façon fluide l'activité humaine jugée la plus noble, et ainsi on peut faire usage de sa liberté en opérant des choix, qui à eux tous construisent la société de demain.

Mais dans la réalité :
- l'argent est un produit consommable, il est le but du commerce, l'objet du commerce, et tous les produits de consommation ne sont que des arnaques construites dans le but d'obtenir le plus d'argent possible. (En fait les dimensions sont confondues, les moyens la loi et le droit ont beaucoup trop de zones communes, il n'y a pas assez de finesse dans le concept de l'argent, ce qui autorise toutes les dérives.)
- et d'autre part une société où l'argent est si rare n'entretient aucunement l'idée selon laquelle on refuserait de l'argent sale, personne ne le fait, du moins parmi ceux qui en ont besoin, or tout le monde en a besoin. On se moque que le client soit un criminel pourvu qu'il soit un client. De même on se moque que le client ait fait un mauvais achat pourvu qu'il soit content. (demandez aux commerçants).
Il n'y a pas d'entraide ou d'amour, si un client refuse une arnaque on l'engueule et c'est tout. Et c'est ça ce monde.

Il n'y a pas de morale pour soutenir le capitalisme.
Et pourtant il repose entièrement sur cette soi-disant morale.
Le discours officiel dit que les crimes sont détectés et pourchassés mais la pratique montre que le crime rapporte bien plus que la morale.

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Le terme de crise (c'est difficile cet exercice de traduction en termes opérationnels) peut aussi se définir par la distorsion morale d'une société qui, désinformée dans un premier temps, puis désintéressée une fois informée, assiste au trafic d'être humain, la famine, les guerres (qui ne sont pas des guerres mais du crime organisé à l'échelle mondiale), ainsi qu'au spectacle de politiciens qui ne comprennent rien de plus que vous à ce qui arrive (et souvent beaucoup moins), tout ça sans rien ne pouvoir y faire. C'est Dieu, Allah, allez voir ailleurs quoi.

Elle s'exprime par une forme d'acception et de fatalité, de tout ce dont rêve n'importe quel voleur à la tire, et, qu'on nomme "système", à défaut d'avoir besoin d'utiliser ce mot à meilleur escient.