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La planète de la folie

Manuel de Diéguez

L'école de simianthropologie de Paris

Entre les deux étapes de l'élection présidentielle, le moment paraît propice pour souligner sur la carte électorale de la France les sujets dont la classe politique française ne dira pas un mot au peuple souverain. Il ne saurait être question d'évoquer un sujet aussi futile que l'occupation militaire de l'Allemagne par deux cents garnisons américaines et de l'Italie par cent trente sept d'icelles soixante sept ans à peine après la capitulation de ces deux peuples, il ne saurait être question de débattre des difficultés pour jardin d'enfant qu'entraîne la guerre de la démocratie mondiale et de ses livres d'images contre l'assiégeant de Gaza et le conquérant de la Cisjordanie, il ne saurait être question d'une querelle de pure scolastique sur les courses de chars dans l'arène du cirque et sur le coût des combats de gladiateurs des Romains sous les yeux des Burgondes, des Parthes ou des Germains, il ne saurait être question du contrôle de la carte de crédit et de la surveillance de la nourriture des voyageurs qu'exerce un empire victorieux sur ses vassaux en transit sur son territoire, il ne saurait être question des mondanités qui déplacent le centre de gravité de la planète au profit de nos futurs libérateurs, il ne saurait être question de suivre à la jumelle les douze porte-avions du souverain qui sillonnent jour et nuit toutes les mers du globe, il ne saurait être question de la tirelire percée qui précipitera le dollar jusqu'au centre de la terre, il ne saurait être question du zéphir de printemps qui folâtre dans les cheveux d'un milliard et demi de chevaliers d'Allah dont les nuées secourables aux nations vaincues du Vieux Monde accourent de tous côtés pour notre salut.
Mais la chouette de Minerve prend son vol au crépuscule. L'heure a sonné pour ramener à grands pas la philosophie non seulement à l'inspection de la boîte osseuse d'une espèce dont Platon avait commencé de relever la topographie sommitale, mais de s'interroger sur la folie dont les évadés de la zoologie se chapeautent d'un millénaire à l'autre. Si Erasme revenait parmi nous cinq cent deux ans après la parution de son Eloge de la folie, recourrait-il à l'humour sinistre et au badinage grimaçant qui lui ont fait mettre dans la bouche de la démence elle-même un tableau flatteur de ses ravages, ou bien dirait-il avec la gravité germanique de Goethe: "La vérité doit être martelée avec constance, parce que le faux continue d'être prêché, et non seulement par quelques-uns, mais par une foule de gens. Dans la presse et dans les dictionnaires, dans les écoles et dans les Universités, partout le faux est au pouvoir, parfaitement à l'aise et heureux de savoir qu'il a la majorité avec lui."

Sans doute l'illustre Hollandais consulterait-il le petit Larousse illustré afin d'apprendre si la vérité est mieux reçue de nos jours que de son temps. Il y lirait que son apologie sarcastique de l'aliénation mentale de notre espèce est "enjouée, mais souvent hardie à l'égard des diverses classes de la société, y compris le clergé". Il en conclurait que la vérité demeure accusée d'une audace pécheresse et que le rire reste un masque de la lucidité. Mais, en 1510, un délire universel n'avait pas encore conquis la planète entière, tandis que, de nos jours, celui qui n'observe pas l'histoire du monde au télescope de la Nef des fous n'explique en rien le tableau qu'il vous peint.

Demandons-nous donc un instant ce qu'il est advenu du verbe comprendre depuis Erasme et tentons de faire le point sur l'Océan.

1 - "La planète brûlait et ils regardaient ailleurs" (Le Monde, 2 avril 2012)
2 - Encore l'Ecole de simianthropologie de Paris
3 - L'effondrement d'un empire
4 - La vengeance des dieux morts
5 - Le verbe comprendre
6 - Caligula et nous
7 - L'élection du 6 mai et la pesée de la vérité

1 - "La planète brûlait et ils regardaient ailleurs" (Le Monde, 2 avril 2012)

Au cours de la présente rétrospective des évènements qui ont jalonné l'histoire du monde depuis 2050 jusqu'au début de ce XXIe siècle

- Un regard du dehors est-il possible ? 22 avril 2012

- Les danseurs de corde, 15 avril 2012

je m'étais arrêté à l'an 2012, où la chute de l'empire monétaire et militaire du Nouveau Monde était devenue inexorable. C'était à la faveur de l'impuissance croissante de Washington sur la scène internationale que l'Ecole de Paris avait posé les fondements d'une science historique et d'une politologie mondialisées et enfin conjointes. J'ai expliqué que cette simianthropologie était partie d'un bon pas à la conquête d'un recul de la pensée rationnelle qui fût digne du troisième millénaire, tellement la notion d'objectivité dont disposaient les héritiers fatigués de la semi raison des humanistes du XVIe siècle avait cessé de répondre aux attentes distanciatrices d'un univers devenu pluridimensionnel en 1905 et au débarquement de l'empire de l'inconscient dans l'interprétation de l'histoire à quatre dimensions. Les instruments d'analyse et d'observation de l'évolution cérébrale de notre espèce dont les travaux de l'Ecole de Paris nous ont armés, nous permettent de photographier la schizoïdie originelle dont nous souffrons depuis notre sortie hasardeuse de la zoologie.

Si la spectrographie des premiers simianthropes qui se sont envolés en direction des mondes fantastiques et mouvementés qui les traquaient n'en est encore qu'aux balbutiements, c'est parce qu'il nous a fallu plusieurs décennies pour apprendre à tracer une frontière relativement sûre entre une "raison" devenue plus consciente des difficultés à vaincre et une "déraison" demeurée inconsciente de sa cécité tumultueuse et en tous lieux répandue. On sait que les deux entendements avaient longtemps prétendu que leur entente apparente et toute de surface engendrait une intelligibilité consensuelle du monde. Nous nous sommes donc initiés à la radiographie de l'irrationalité inconsciente de sa propre dichotomie qui téléguidait les équipées bancales de nos ascendants vers les royaumes fabuleux et "réels" qu'enfantait leur "raison" alors dédoublée entre le ciel et la terre.

Mes lecteurs savent avec quelle fidélité le nain que je suis s'est toujours attaché à mettre ses pas dans les traces des géants de l'Ecole de simianthropologie de Paris.

2 - Encore l'Ecole de simianthropologie de Paris

En 2012, le spectacle de la débilité originelle que présentait le fonctionnement de la boîte osseuse des classes dirigeantes du monde entier était devenu tellement hallucinant que les élites politiques couraient à fond de train d'un continent à l'autre afin de rattraper par ses basques une thérapeutique démocratique demeurée aussi enténébrée que ridicule. Pour la première fois, l'allure déhanchée et tremblante de la raison politique mondiale présentait sur notre astéroïde un spectacle tellement tragi-comique qu'il faisait s'esclaffer le parterre.

Non seulement tout le monde voyait qu'Israël conduisait la planisphère à la catastrophe, tellement il était évident que jamais cet Etat ne mettrait un terme définitif à ses conquêtes et que, par conséquent, un conflit sanglant et insoluble allait inévitablement se produire entre les idéaux démocratiques piétinés aux yeux de tout le genre humain et le glaive des justiciers bibliques, non seulement tout le monde savait que les pays arabes s'étaient réveillés, non seulement tout le monde savait que la Russie, la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud avaient déplacé le centre de gravité de la mappemonde, non seulement tout le monde savait que Jahvé tenait la Maison Blanche et le Congrès au bout de sa laisse et que la débâcle ou la survie du dollar dépendait d'Israël, non seulement tout le monde savait qu'aucun empire militaire ne résiste longtemps à la ruine de ses finances, non seulement tout le monde savait que les peuples du monde entier allaient prendre la relève de l'impéritie de leur classe politique, mais tout le monde regardait ailleurs.

Aussi la géopolitique montait-elle en infirme sur les planches d'un théâtre pour enfants, aussi l'évangélisme démocratique et la diplomatie sautillante feignaient-ils de guider l'ange de la Liberté sur notre goutte de boue, aussi la raison politique cherchait-elle en vain un regard du dehors sur la comédie que les Etats se jouaient les uns aux autres. Mais rien n'y faisait: plus gesticulante de naissance que jamais, notre espèce demeurait incompréhensible à elle-même. Trois siècles auparavant, un certain Jonathan Swift avait essayé de se loger un instant dans un recoin du cerveau du genre simiohumain de son temps et de décrire de l'intérieur la sottise des exploits d'un animal manchot; mais le monde ne s'était pas encore suffisamment évadé de l'enceinte cérébrale dont disposait la raison du XVIIIe siècle pour que son génie le conduisît à bon port.

Afin d'élever à la tragédie la cécité intellectuelle des Yahous [1] de notre temps et pour peindre la folie du personnage dont Erasme a feint de prononcer l'éloge, il a fallu que l'Ecole de Paris rendît la pathologie du malade visible à toute la terre. Par bonheur, nos simianthropologues s'offrent, depuis 2012, le spectacle d'un primate courant à toutes jambes à la poursuite d'un colifichet salvifique, qu'il appelle la Liberté. Mais ce n'est que tardivement - à partir de 2030 - qu'il nous est devenu évident qu'il ne suffisait plus d'élever de quelques degrés la température de la démence de l'aliéné pour découvrir à quelle hauteur du mercure la fièvre faisait exploser le thermomètre. Voici comment nous avons découvert le précipité chimique qui présente des délires nouveaux à décrypter.

[1] Peuplade de demeurés mentaux sous les traits de laquelle Swift peint le genre humain

3 - L'effondrement d'un empire

En 2011, les démocrates américains poussaient des cris inarticulés sur tout le territoire du Nouveau Monde. Leurs vociférations portaient sur le point suivant: le peuple des Atlantes était sommé d'intervenir avec vigueur et énergie auprès des sénateurs et des députés du parti d'en face, afin qu'ils voulussent bien se décider de bonne grâce et toutes affaires cessantes à tirer le pays du gouffre dans lequel il allait tomber. Quel était le péril à conjurer? Si les Républicains, disaient-ils, hésitaient à relever de deux mille milliards de dollars salvifiques le plafond de la dette de l'Etat et à imposer subito à la population une baisse supplémentaire de mille milliards de dollars sur les dépenses de santé des personnes du troisième âge - donc en contrepartie d'un creusement supplémentaire du cratère sans fond des finances publiques - la faillite monétaire et financière du pays était inévitable. Mais tout le monde s'accordait pour passer sous silence le coût, bien plus exorbitant, de l'entretien de plus de mille garnisons évangélisées jusqu'aux dents que l'empire militaire avait semées sur les cinq continents depuis 1945. Pourquoi les deux partis du fantastique militaire demeuraient-ils motus et bouche cousue sur le nerf de la guerre, alors que tout le monde savait que le pactole de la démence impériale n'était alimenté et comptabilisé que par les bons du trésor fictifs d'Alice au pays des merveilles?

Il existait un consentement général de la planète pour cacher à la vue de Blanche Neige les montagnes de dollars imaginaires qui ne seraient jamais remboursés, mais qui se laissaient entasser comme Pélion sur Ossa. Le grossissement exponentiel d'une dette délirante était condamné à s'auto-alimenter d'une année à l'autre, mais seulement dans un univers des calculateurs, parce que ledit amoncellement des dollars de la chimère passait pour de la monnaie sonnante et trébuchante aux yeux d'un peuple d'aliénés.

Mais, dit l'Ecole, la folie proprement simiohumaine n'avait pas changé de nature depuis qu'Erasme en avait diagnostiqué le caractère onirique. En 1510, on achetait encore les bons de caisse du paradis aux guichets de l'Eglise, maintenant, on vendait le papier-monnaie du salut démocratique à la banque centrale d'émission des nouveaux tickets du salut et le papier-monnaie de la grâce ne portait plus le signe de la croix, mais celui de la rédemption par la sesterce.

L'encéphale de la classe politique mondiale s'était tellement rétréci sous la houlette du clergé des banques que Gulliver claironnait en vain aux oreilles des citoyens que la nouvelle sotériologie dansait sur le volcan de Sully Prudhomme et que le globe terrestre allait déverser des torrents de lave et de feu sur les dignitaires de la démocratie la plus sacerdotale que l'histoire eût connue.

4 - La vengeance des dieux morts

Le ratatinement cérébral des élites dirigeantes de l'époque était tel que personne n'avait observé la première conséquence du délire en or massif qui pilotait les neurones rabougris du clergé mondial du métal jaune, à savoir que le sacré ecclésial des ancêtres ne trouvait plus son expression dans les nues, de sorte que le vaisseau du fabuleux mental se trouvait en cale sèche. Aussi les dieux se cherchaient-ils leurs nouvelles bandelettes sur la terre. Les idoles bien ciselées que les ancêtres avaient ficelées à leurs statues et à leurs autels avaient été tellement mises hors service par le veau d'or que le dieu nouveau ne trouvait plus de proie à dévorer sur l'offertoire des actionnaires de la Liberté. La charrette que les ancêtres avaient surchargée de leurs dévotions concernant les bienfaits du ciel et les épouvantes infernales était tombée dans l'abîme de l'incroyance. Des haillons et des oripeaux de l'orthodoxie d'autrefois couraient tout seuls de-ci, de-là.

Aussi avait-on mis à la mer de gigantesques substituts de la Révélation - des plateformes d'acier dont les canons manquaient des boulets d'une théologie résolument doctrinale. Les naufragés rêvaient de conquérir l'une après l'autre les planètes du système giratoire qui emportait tout le monde vers une lointaine galaxie. La liberté était devenue une divinité à la fois vacante et dont rien ne pouvait rassasier la folie dès lors que cette gloutonne manquait des milliers de boeufs, de boucs et de moutons qu' immolaient les Anciens.

Le regard nouveau sur la faim et la soif du Tantale simiohumain que l'Ecole de Paris a conquis à partir de 2030 nous a conduits à l'observation des délires religieux ramifiés dont les modernes font désormais leur nourriture principale; car depuis 1510, leur sainteté en folie s'est égarée sur le territoire de la sacralisation subreptice de leurs dernières canonnades. On voit ce qui manquait aux Erasme, aux Swift et aux Thomas More: les malheureux ne disposaient encore en rien d'un regard panoramique sur le cerveau des caissiers de la bête bipolaire qui se précipitait maintenant de tout son élan et les yeux fermés dans le gouffre où l'attendait l'or d'un Crésus imaginaire.

5 - Le verbe comprendre

A la vérité, il serait injuste à l'égard des premiers anthropologues du ciel bipolaire de nos ancêtres de ne pas souligner qu'ils avaient commencé de rendre planétaire le regard de la raison que l'école des simianthropologues de la folie a ensuite conquis sur la démence des Sisyphe de la mort. Il faut notamment rendre hommage aux penseurs du XVIIIe siècle. C'est à eux que nous devons les premiers fondements de la simianthropologie générale d'aujourd'hui. Ils ont si bien ruiné les songes politico-évangéliques et les utopies de la raison séraphique qu'ils nous a suffi de les suivre pas à pas pour explorer, aux côtés de leurs descendants, le gouffre dans lequel l'humanisme abstrait de l'Occident était tombé un demi millénaire seulement après la mort de l'auteur de l'Eloge de la folie.

Mais l'Ecole de Paris est la première qui ait porté un regard du dehors sur le concept, donc sur l'idée qu'Abélard avait commencé de désacraliser au XIe siècle et d'en faire un outil porteur des armes de l'abstraction. Et maintenant, nous observons de l'intérieur la bête dialecticienne et langagière que cuirasse et verrouille son vocabulaire biphasé.

Observons un instant la bête onirique des modernes et ses glaives: tout le monde voit maintenant clair comme le jour que le capitalisme des carnassiers et le monothéisme compassionnel se cautionnent réciproquement afin de ne jamais terrasser le saint profit. Il en résultait que l'éthique de l'idole de type biblique ne pouvait courir au secours ni d'elle-même, ni du monde, puisque son ciel se trouvait dichotomisé d'avance entre les félicités qu'elle accordait à sa créature et les tortures bien aiguisées qu'elle lui infligeait dans ses souterrains. La pensée principielle écartelait le sujet et la pensée nominaliste échouait à le saisir et à le clouer au piquet de l'abstrait. L'Ecole de Paris en a conclu que jamais le simianthrope ne se mettra en mesure de se réformer à l'école des grâces de son ciel et des bénédictions acérées de ses lexiques. Mais, dès ce moment-là, le monde entier aurait dû comprendre qu'il n'appartenait plus à l'intelligence d'une espèce pseudo rationalisée de découvrir le trésor cérébral qui l'armerait du pain de l'intelligence. Alors le bimane que vous savez aurait dû apprendre à construire la balance dont les plateaux le soumettraient à une pesée nouvelle de ses neurones.

J'ai déjà dit que Jonathan Swift était tombé en panne pour avoir crédité le genre simiohumain d'une "étincelle de raison". Celle-ci était demeurée tellement faible, disait-il, qu'elle s'était révélée bien insuffisante pour éclairer avec des torches la caverne enténébrée des Yahous. Le Gulliver du grand Irlandais était de son siècle; ce contemporain de Voltaire croyait que la raison des Houyhnhnms [2] était une plante miraculée que la terre avait suffi à porter à sa perfection. Mais si vous guérissez les Yahous des maladies du sacré, vous faites seulement des Houyhnhnms des alchimistes avertis, non des regardants du dehors.

[2] Les Houyhnhnms symbolisaient l'humanité rationnelle et idéale qui a relégué dans un coin de l'île la semi-humanité des Yahous.

Les premiers, les simianthropologues de Paris ont isolé et analysé les ingrédients psychobiologiques qui entraient dans la composition de la raison semi-animale de leurs congénères et qui la couvraient de chancres et d'abcès. Car le concept peut gangrener le savoir, l'abstrait peut se changer en cancer. L'Ecole a dressé le portrait en pied d'une simiohumanité idéalisée à l'école des sorciers bucoliques du rousseauisme, alors que, de nos jours, nos dépeceurs du faible entendement de nos ancêtres ont appris que nos carences cérébrales d'autrefois témoignaient d'une pathologie inconnue de la science médicale des Hippocrate et des Gallien. Aussi diagnostiquons-nous la maladie mentale qui frappait tous les simianthropes et qui n'échappait à nos regards qu'en raison de la pauvreté des radiographies auxquelles nous soumettions le verbe comprendre de l'époque.

6 - Caligula et nous

Dès la semaine prochaine, je vous entretiendrai de Caligula. Mais pour l'instant, commémorons la découverte, il y a dix ans, des simianthropologues de l'Ecole de Paris qui ont réussi l'exploit mémorable de mettre en évidence l'inconscient qui pilote les règles mêmes du raisonnement que les semi-évadés de la nuit animale chargeaient autrefois de redresser l'échine du verbe expliquer et de le rendre profitable à leurs intérêts. Mais l'école française ne s'est pas contentée de faire changer de cosmologie mythique au genre simiohumain tout entier; elle a contraint notre espèce de se domicilier dans le néant. Depuis lors, nous nous trouvons égarés et privés de boussole dans un univers immense et sans voix, et pourtant, nous sommes devenus capables de nous mettre à l'écoute du vide que nous habitons.

Comme disait le Caligula de Camus: "Les hommes meurent et ne sont pas heureux". Et il ajoutait: "Réjouissez-vous, il vous est enfin venu un empereur pour vous enseigner la liberté". Décidément, il nous faudra apprendre à peser la folie du monde à l'école d'Héliogabale, de Tibère, de Caligula, puis de nos trois dieux uniques à leur tour. Car leur trio s'est mis à l'écoute de la démence de Caligula, qui disait: "Je ne suis pas fou, et même je n'ai jamais été aussi raisonnable. Simplement, je me suis senti tout d'un coup un besoin d'impossible. (...) J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde." (Camus, Caligula, Acte 1, scène 5)

Vous voyez bien qu'il faudra nous mettre à l'écoute du professeur de folie qui disait, sous la plume de Camus: "Tout, autour de moi, est mensonge, et moi, je veux qu'on vive dans la vérité! Et justement, j'ai les moyens de les faire vivre dans la vérité. Car je sais ce qui leur manque, Hélicon. Ils sont privés de la connaissance et il leur manque un professeur qui sache ce dont il parle." (Ibid.)

7 - L'élection du 6 mai et la pesée de la vérité

Le temps qui sépare le 22 avril du 6 mai est favorable à la pesée de la vérité. M. Nicolas Sarkozy et M. François Hollande savent-ils ce que signifient les mots de la folie dans la bouche de la démocratie? Savent-ils ce qu'il en est du mensonge en politique, savent-ils ce que signifie "vivre dans la vérité"? Savent-ils ce qui nous manque, ces catéchistes de leurs électeurs, savent-ils de quoi ils parlent, ces apôtres et ce qu'il faut entendre par un professorat du suffrage universel et de la connaissance politique que l'électorat est censé véhiculer?

Le dimanche 6 mai, nous fêterons les funérailles de Caligula. Mais alors, il nous faudra apprendre à observer du dehors les animaux mal construits que nous sommes demeurés; et si nous parvenons à radiographier les vices de fabrication qui nous caractérisent, le savoir de la France de demain deviendra une maïeutique, donc un accoucheur de notre intelligence politique à venir. Mais pour cela, il nous faudra observer à la loupe les ressorts simianthropologiques des meurtres dévots d'Israël en Cisjordanie et à Gaza; car nos deux docteurs de la Liberté ne nous piperont mot du parallélisme entre les carnages démocratiques et l'expansion sotériologique d'une religion devenue caligulesque, celle d'une Liberté messianisée. Les dernières découvertes de l'Ecole de Paris concernant notre imperceptible lueur de raison conduiront l'humanisme mondial à la connaissance spectrographique des relations que le singe pieux entretient avec la tyrannie.

Le 29 avril 2012

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr