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Lettre de Novus

Voilà quatre ans maintenant que notre route nous a amené ici, sur Novus.

Nous avons échappé tant de fois à notre perte que nous ne pouvons nous résigner à croire avoir échoué ici, sur une planète d'une galaxie située à des milliards d'années lumière de la nôtre.

La petite congrégation que nous sommes est bien déterminée à faire renaître la vie, sur cette Terre inhabitée. Plusieurs bébés sont déjà nés et nous portons l'espoir que leur vie soit faste et heureuse.

Nous nous sommes réunis pour déterminer une Constitution, avec à coeur l'idée que Novus devienne une planète pacifique et avancée. Nous consacrons chacun de nous toute notre énergie à bâtir des habitations, des routes, nous avons domestiqué des animaux qui nous permettent de voyager, nous avons une ferme, des jardins, nous avons creusé des irrigations et des puits. Nous sommes parvenus à ce stade où enfin on peut se reposer un instant et contempler ce qui sera notre ciel désormais. Nous avons atteint en ces quelques années de notre astre ce que nous avons appelé en riant l'âge de Bronze !

Ce fut émouvant et drôle de voir nos premiers alliages, de petits disques plats qui tiennent dans la main, car c'est alors que nous nous sommes regardés, interloqués devant ce terrible mystère : nous avions créé notre première pièce de monnaie. Nul ne saurait estimer sa valeur, mais elle est le symbole de notre coopération et de notre détermination.

C'est alors que nous nous sommes concertés sur les règles qu'on voudrait établir pour notre nouvelle planète d'accueil. Ces règles doivent l'honorer pour les richesses dont elle nous pourvoie, elles doivent lui appartenir et la représenter, du moins cet dans cet esprit que nous avons décidé de les pérenniser.

Nous ne nous sommes jamais interrogés que l'appartenance de nos biens ou les priorités à donner à nos actions. Les événements et les circonstances sont nos seuls guides et c'est à eux que revient la charge de décider de notre politique.

Autant que nous transmettons à ce monde la technique et la sagesse acquises dans celui d'où nous venons, autant nous avons à coeur que les terribles développements qui s'y sont produits ne se renouvellent pas.

Ce n'est pas si facile d'envisager la Constitution d'un peuple quand nous ne somme qu'une poignée, cependant notre expérience de vie commune et soudée, affrontant ensemble tous les périls comme nos victoires sont partagées, étant devenus des Frères les uns pour les autres, nous n'avons ni le coeur ni le besoin de procéder à des marchandages ou à de quelconques échanges.

C'est pourtant si simple, le dévouement, l'empathie et la force de nos liens sont plus que suffisants pour justifier l'énergie que nous pouvons consacrer les uns et aux autres.

Ainsi nous avons adopté la première résolution de notre Constitution :

Toute l'énergie nécessaire sera consacrée à la résolution de nos problèmes sans aucune limite de moyens ou de volonté.

Les priorités, s'il y a à en choisir, seront décidées par le consentement commun par les personnes en lesquelles nous avons le plus confiance, et les plus concernées.

Tous nos besoins seront répertoriés et de sorte que chacun puisse d'en informer et y travailler.

Nous ne pouvons savoir quels développements se feront pour les centaines et milliers d'années à venir, cependant nous devons prévenir les générations futures que la vie est précieuse, d'autant plus précieuse qu'elle repose sur le bien qu'on peut faire autour de soi, à nos congénères autant qu'à la nature et aux animaux.

Une notion importante est que la vie est à peine assez longue pour faire tout ce qu'on doit faire, et il en va de même pour notre civilisation, qui grandira, et viendra à bout des ressources de sa planète.

Tout ce dont nous avons besoin est ici, avec nous, sous nos pieds et au-dessus de nous, mais dans une quantité à peine suffisante. C'est pourquoi nous ne pouvons nous permettre de gaspiller ni notre énergie ni nos richesses.

Nous devons parfois nous souvenir de ce à quoi nous échappons et de croire en nos chances de pouvoir encore y échapper, quand parfois nos actes les plus futiles nous conduisent à nous croire perdus, ou quand nos victoires nous font croire un instant que nous sommes invulnérables.

Au plus loin que notre regard puisse porter dans le ciel, nous savons qu'il nous ramènera toujours chez nous, ici, ailleurs, là où habite notre coeur.