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la pérennité du système

Le spectacle affligeant des sarkozystes fiers (et un peu angoissés) de ne pas faire partie des fainéants et des profiteurs, qui mettent en opposition leur chance avec celle des pauvres à la douleur desquels ils refusent de s'associer, l'autosatisfaction des gars confortés dans leur incapacité à voir plus loin que le bout de leur nez, sans compter une xénophobie devenue quasiment légale car fondée sur des motifs économiques qui sont hors d'atteinte de tout jugement, me font dire qu'on ne s'en sortira jamais parce qu'objectivement dans le cadre du capitalisme, les frontières des état-nation sont comme les murs des châteaux-fort d'un moyen-âge à l'intérieur desquels la vie peut s'écouler paisiblement. Bref c'est chacun sa merde, et que le plus fort gagne.

Ce système favorise, entretien, justifie les nationalismes, les guerres, la compétition, la rivalité, la dualité. Autant dire que tant que le principe du troc ne sera pas troqué contre une organisation d'un plus haut degrés de complexité, l'esprit dans lequel opèrent les mouvements « de droite », cet esprit revanchard, égocentrique, court-termiste, moqueur, qualifiant de « rationnel » ce qui ne fait que de savoir s'en sortir au sein du système injuste, ne cessera de trouver de nouveaux arguments et de nouvelles raisons d'exister.

J'ai entendu un gars à la télé à propos de la Grèce, il y allait carrément, sans pitié, sans complexe, sans hésitation et sans questionnement, qui disait : « il n'y a pas à tortiller (bon ok ça c'est moi qui rajoute), il s'agit de faire s'accommoder deux tendances antagonistes que sont d'une part le libre marché et d'autre part le bien social ».

Voilà,
c'est officiel,
les mecs sont au courant et ils font avec.

Il n'est plus du tout question de prétendre que la main invisible du marché va faire s'équilibrer les choses (les choses en général, la vie heureuse et paisible, la probité obtenant plus de clients que la malhonnêteté, l'évolution naturelle de l'offre et la demande qui se calent l'un par rapport à l'autre sans frein et sans entrave), mais d'admettre dès le départ que le bien social est ennemi du marché, et que ces « tendances antagonistes », comme celles du cerveau que sont la pulsion de mort et la pulsion de vie, sont systémiques, relèvent de l'ultra, de ce qui nous dépasse tous, bref que c'est naturel.

La question à se poser c'est de dire, par exemple, modestement, en passant : « et si l'activité humaine participait au bien social ? ».

Et si, imaginons cette folle utopie complètement fantastique, tout le travail produit par les humains servaient le bien social, directement, pas en passant par un intermédiaire, en produisant de l'argent qui serait « naturellement » ensuite redistribué, selon la méthode classique, que je « nomme la fontaine de fortune ».

(La richesse est le liquide qui jailli d'en haut, puis il y a trois bassins du plus petit en haut au plus grand en bas, et quand le premier est rempli l'eau qui déborde va remplir ceux d'en-dessous ; en tous cas c'est comme ça que souvent la richesse est présentée, les pauvres récupèrent les miettes des riches, c'est pourquoi dans l'esprit de la Droite les riches sont bénis. Bref l'argent vient des riches, ce sont eux qui décident ce qui doit exister ou non.)

Quand ce genre de chose est dite, avec tout l'aplomb du docteur de Molière qui s'empresse de pratiquer des « saignées », ou à dispenser de la poudre de corne de bouc, et même à chaque fois que les médias expriment ce qui va dans leur intérêt (leur intérêt c'est de vendre des voitures car c'est le principal annonceur, quitte à attiser des guerres pour le pétrole, tout en disant aux gens de pouvoir « t'as vu, je suis ton pote, on va faire affaire ! ») bref toutes les fois où on entend des arguments en faveur ou en accord avec le libéralisme, il faut bien comprendre que celui qui parle, au fond, c'est le système lui-même.

C'est pour ça que je dis qu'il doit grandir en complexité car le système, quand il s'exprime, est pire qu'un robot, dénué d'émotion, d'empathie, d'humanité. Son affaire c'est le business et c'est tout. Si son affaire va contre la vie des gens, il dit que c'est naturel et qu'il faut trouver un équilibre. Il dit cela parce qu'il ne peut pas non plus monter ses clients contre lui, en disant qu'il leur chie dessus.
Si ça l'arrangeait, il le ferait.

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On a fait un test pour constater que les enfants développaient de la sympathie et de l'empathie pour des robots qui avaient des comportements humains (c'était très mignon ils leur faisaient des câlins).
Fidel Castro aussi a suggéré qu'on ferait mieux, plutôt que de faire des drones, de construire un robot qui ferait de la politique et il a parié que si on demandait aux gens de voter, ils voteraient pour le robot. (Les commentaires à la suite de cet article sur cubadebate.cu en attestaient avec enthousiasme !)

Je sais que si on confiait les opérations de ce genre à un logiciel, cela ouvrirait la voie à une formidable augmentation des notions qui pourraient être prises en compte simultanément et en temps réel pour la résolution de n'importe quelle question. Je sais aussi qu'un logiciel ne fait rien d'autre dans sa vie que de s'améliorer et devenir meilleur chaque jour, sans jamais régresser. Que toute amélioration apportée l'est une fois pour toute, du moins jusqu'à la prochaine grande mutation, qui ne tarde jamais. Son progrès est incrémentiel, plus on travail, meilleur il est.

Je sais aussi, pour l'avoir vu en rêve (je me promène beaucoup en rêve, sur d'autres planètes, à d'autres époques, je discute souvent avec des hommes d'état, comme Hugo Chavez (on s'est entraidés sur une île déserte), Sarkozy (il a tenté sans succès de me piéger), sa femme (qui est vraiment amoureuse de lui), j'ai vu Mamoud Abbas allongé sur un fauteuil-lit en mangeant du raisins (en train de dire « tu sais tout ça c'est pour le spectacle » comme si on ne le savait pas déjà) et ainsi de suite...

(rajout du 120628) J'ai vu Hollande revenir chaque année pour chercher un truc qu'il avait perdu, malgré un risque d'attentat qu'on a déjoué, et son garde du corps m'affirmer « oh mais il n'est pas tout-blanc non plus ! ».

donc j'ai vu des robots souvent, et discuté avec eux, et constaté leur manque d'empathie complètement ahurissante. J'aime autant dire qu'on n'aura pas de logiciel capable de se comporter en humain avant de nombreuses centaines d'années. (Il faudrait pour ça qu'ils puissent avoir l'idée d'eux-mêmes, sans que cela ne soit programmé, de créer des robots !)

Même si on a un logiciel capable de dire, pour vérifier qui a raison, ce qui est le plus rationnel, cela sera toujours encapsulé dans le cadre du système, et cela devra toujours n'être qu'un appendice, un outil amusant, destiné à améliorer la qualité des choix humains et rien d'autre.

Pourtant les gens du système, les médias, les économistes, les gens de droite en général, sont vraiment comme des robots, ils sont obsédés par leur vision étroite de la réalité, et largement plus aveugles et moins humain que n'importe quel logiciel même très rudimentaire. En fait ils sont aliénés.

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Le système du troc n'est pas « complexe » parce que son principe est élémentaire et préhistorique, ce sont des échanges, on évalue la valeur au pifomètre, et on procède aux échanges de biens matériels. Ensuite on a étendu ce principe à l'immatériel, en s'appuyant sur la notion de temps et de qualité, et on est ainsi passés à côté de l'essentiel, pendant qu'on se battait pour estimer la valeur des choses. Tous les développements, les millions de développements de ce système injuste servent à le rendre moins injuste, moins inhumain, moins insupportable. Ces « acquis » sont néanmoins fragiles et faciles à remettre en cause quand le business l'impose.

Même le principe des états, qui collectent des impôts, si on veut être logiques, n'a rien à faire dans un monde libéral. Certains le préconisent même carrément, ce sont les puristes libéraux. Mais au fond la collecte des impôts représente une manne financière en échange de quoi le business consiste finalement à vendre des trucs qu'on est obligés d'acheter mais que personne ne voudrait payer, comme les biens et services publics.

Les assurances sont là pour prendre progressivement le relais des états en proposant des produits qui peuvent potentiellement être utiles, quoi que très onéreux, et auxquels on souscrit en payant une cotisation pour le cas où un jour on en a besoin.
Elles portent mal leur nom et prochainement elles devront en changer, pour « biens collectivisés » ou un truc comme ça.
C'est quand même à moitié une arnaque mais pas plus ou pas moins que la collecte forcée des impôts.

Et en même temps il vaut mieux que ce soient l'argent des impôts qui serve à financer les guerres au service des industriels sinon ils ne s'en sortiraient jamais.

Tout ça pour dire que l'état, qui historiquement est l'expression de la Société, ayant tout de suite compris que le troc était insuffisant pour permettre l'égalité, a mis en place tout un système de collectivisation des richesses, et que tout ces développements ne sont que des sous-routines, extrêmement nombreuses et complexes, adossées à un système d'une simplicité et d'une nullité totale.

C'est un peu comme si on avait réussi à alimenter une ville en électricité avec un moteur de mobylette. Et les gens se battent constamment sur la qualité des installations, les millions de trucs à savoir sur les tonnes d'engrenages qui couinent de partout pour faire que ça marche, et les sacrifices qu'il faut consentir si on veut garantir la pérennité du système.
C'est une mécanique rocambolesque à laquelle ils sont très attachés sentimentalement car c'est la somme d'une grande quantité de souffrance.

Et quand on arrive avec la boite magique qui délivre autant d'énergie qu'on veut, ils nous regardent de haut en bas comme pour s'assurer qu'on n'est pas armé.

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Objectivement, disais-je, le racisme, l'avidité, les conflits ne cesseront jamais d'exister et auront toujours des motifs de se perpétuer tant que le système du troc sera dominant, et pire encore, exclusif.

Le racisme ne trouve de justification tangible qu'en assénant ce en quoi ce système est injuste. Pour eux le système est monolithique, et faisant avec, la déduction logique est la xénophobie, elle-même expression de la peur de se voir dépossédé.

Les conflits ne sont pas une composante de la nature humaine, enfin si, ils le sont très profondément devenus, mais ce n'est pas le cas à la naissance heureusement, c'est le fruit de l'éducation, du fait de vivre dans ce monde. Ce Système endoctrine les gens dès le départ dans l'état d'esprit qu'il faut avoir si les gens veulent vivre. Ils adoptent les comportements qui justifient leurs actes, qu'ils sont obligés de faire, et qu'il est plus confortable de ne pas trop interroger (sinon ils s'énervent).
Et ils veulent toujours vivre, on peut toujours compter là-dessus.
C'est une source d'énergie inépuisable.
Ce sont les meilleurs clients du Système.

Pourtant on se rend vite compte que si dans un système, mettons, une file d'attente, on convient d'une règle, de se mettre en ligne à la suite de celui qui est arrivé avant, ce consensus, cette entente est un facteur qui augmente le niveau d'organisation. Si les gens ne savent pas cela, immanquablement ils iraient former des masses, se poussant les uns les autres, certains ne rentreraient jamais, et d'autres se battraient en disant « j'étais là avant ! ». Et immanquablement, l'idée d'instaurer une règle finira par apparaître.
Mais cette règle organisationnelle n'est pas encore apparue dans l'histoire du système social.

Tout système tend naturellement à augmenter en complexité. Si l'heure d'arrivée n'est pas une condition suffisante, s'il faut tenir compte de l'âge, de la durée du trajet, et composer avec ces différents facteurs, le plus naturellement du monde il faut confier ce calcul à un logiciel (bon pour cet exemple ce n'est pas très parlant mais c'est l'idée).

Ce qui s'est passé dans l'histoire c'est que l'idée de faire des calculs complexes n'a jamais été possible, ni envisagée, et qu'il a toujours tout fallu faire avec des bouts de bois et des engrenages empilés indéfiniment.

L'avènement de l'informatique change tout, parce que c'est un nouveau domaine qui s'ouvre devant nous, une terre vierge et qui paraît infinie, alors que nous dans notre cave on vit étriqués avec des tonnes de choses empilées et vieillissantes. Cela permet, cela donne l'occasion de tout refaire, de tout repenser. Cela permet de définir le système du troc comme préhistorique, en face duquel on a la place d'imaginer une gestion globale informatisée.
L'esprit colonialiste de l'humanité ne résistera pas longtemps à l'envie d'aller explorer ces nouveaux espaces.

Dans ce nouveau cadre, on a la liberté nouvellement acquise de pouvoir critiquer plus sévèrement les montages existants. On peut se rendre compte que les Droits et les Moyens sont en total désaccord, en rivalité, en opposition comme le disait le gars qui parlait comme un robot à la télé, en assénant son entéléchie comme un coup de matraque dans la gueule. On peut se figurer comment ces droits pourraient être définis, calibrés, fixés. On peut inventer des droits inaliénables, des droits conventionnels, des droits ponctuels, des droits exceptionnels, des droits commutatifs, des droits transférables ou pas, et ériger entièrement un système, une raison sociale (au sens systémique) bref toute une civilisation et ses règles.

Dans ce cadre on ne s'interrogera pas sur ce que rapporte de travailler, mais sur mais sur les droits dont on a besoin et les moyens de les rendre effectifs.

Et enfin on peut allègrement imaginer que dans ce cadre, où le bien social est directement le but du système, où la vie est garantie par le système, que les questions avares et douloureuses qui se posent aujourd'hui n'auront plus aucune raison d'être.

De là on pourra contempler notre évolution avec philosophie, constatant que là où s'affirment des tendances antagonistes, c'est toujours (forcément) la marque de l'insuffisance d'un système dont la mutation est imminente.