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L'éducation nationale

Ce serait intéressant de faire une étude sur la santé mentale des enfants tout au long de leur incarcération dans l'éducation nationale, afin d'observer comment un humain gentil, généreux, empli de bonté est converti en quelques années en un autre névrosé, psychotique, dévalorisé, instable et auto-destructeur.

La société de l'atome, qui coupe ce qu'elle observe de la matrice où elle existe, tend toujours à vouloir accuser les personnes en tant qu'individus des maux dont la société l'a chargée.
Quelle justice peut être rendue si on n'interroge pas les causes qui ont conduit un individu à tomber dans le crime ?

Bien sûr on ne peut pas exclure de cette interrogation la responsabilité des médias qui mentent comme ils respirent, des messages publicitaires dont le principal intérêt est d'attiser la cupidité, et la responsabilité au second degrès de tous ceux qui sont embrigadés dans une société pathogène et qui rediffusent autour d'eux la haine et la violence qu'ils ont accumulé comme des batteries chargées d'électricité.

Mais l'éducation nationale est quand même au centre de tout cela. Changez l'éducation, et vous changerez le monde. Inversement, faites que l'éducation soit un calvaire insoutenable, une école de la soumission inconditionnelle, où le respect s'exprime par la force sans aucune raison ou logique, et le plus naturellement vous obtiendrez l'asile de fous qu'est notre société occidentale.

Il y a une notion extrêmement importante qui englobe l'ensemble de la critique qui peut être faite au système éducatif, c'est celle qui consiste à se perdre dans la berlue. Observez le commentaire du ministre d'Israël qui considère comme moralement irresponsable de comparer le crime commis contre des juifs, au génocide des palestinien. Pour lui le génocide n'en n'est pas un, c'est un réponse légitime à leur brutalité et leur sauvagerie, leur incivisme.
Une autre façon d'exprimer la même idée est le labyrinthe du mensonge, dans lequel les gens se noient. On peut dire qu'on a perdu la sortie dès lors que le mensonge devient tellement grossier qu'on est conduits à se mentir à soi-même. C'est comme si, pour justifier des actes motivés par la pression sociale, on est obligés de rajouter d'autres mensonges encore plus grossiers par-dessus, de plus en plus improbables, et qu'à force de procéder ainsi on fini par les considérer comme vrais.

C'est ainsi que les pollueurs agissent, dans leur esprit, s'ils ont été conscients une seconde de leur crime, ils ont très vite suturé cette perception de la réalité grâce au fil blanc du mensonge fait à soi-même. En fait cela tient de ce que j'appelais l'inertie paradigmatique, qui est une sorte de persistance rétinienne, qui consiste à continuer de croire que sa voiture est neuve même cinq ans après, alors qu'elle est devenue toute cabossée et poussiéreuse. Ou à continuer de croire en la démocratie, en la main invisible du marché, alors que depuis longtemps les preuves de l'inanité de ces croyances sont largement suffisantes.

Le système éducatif cumule les atrocités mensongères. Ce sont des procédures ineptes qui sont tellement généralisées que les remettre en cause entre en confrontation avec le monde entier, avec tout ce qui s'est bâti sur ses erreurs originelles.

D'abord, on part du principe que tout doit être standardisé. Que les enfants doivent être « classés » en fonction de leur âge, et que ce classement est lié de façon rigide à ce qui est contenu dans les leçons. Les leçons sont les mêmes pour tous, et sont données de façon générique.
La classe, est constituée comme une salle de prière, où les enfants sont disposés en rangs face à leur maître, qui fait son speech, et qui s'énerve si on ne l'écoute pas, ce qui n'est plus possible au bout d'une heure.

Toute la vitalité de l'enfant est anesthésiée, et on fait en sorte que celui qui accepte le mieux cette anesthésie soit considéré comme « un bon élève » tandis que celui qui a la bougeotte, on le considère comme « dissipé, indiscipliné », et en réponse à son besoin de liberté, on l'enferme quelques heures de plus en colle.

C'est seulement une fois accablés de devoirs à faire à la maison en plus de la lourdeur d'une journée à se morfondre que les élèves font les progrès les plus significatifs. Cela devrait quand même mettre la puce à l'oreille !

Jamais il n'a été question, dans l'éducation nationale, d'améliorer l'intelligence, et avant cela, de stimuler la créativité sans laquelle il n'y a point d'intelligence. Sinon on aurait fait des tests de QI très spécialisés et on aurait ciblé les lacunes par des cours thématiques.
Jamais par exemple on s'est dits que l'apprentissage d'une langue pouvait avoir un effet bénéfique pour combler certaines lacunes, ou au contraire qu'il était trop tôt ou inutile de combler cette lacunes. Quand un élève est bilingue, on le félicite par des bonnes notes.

Dans le monde entier, l'éducation est « nationale », propre au pays. On fait des élèves les détenteurs de leur culture mais par contre celle des autres pays est complètement ignorée.
On leur enseigne l'histoire, en leur demandant de mémoriser des dates et des événements, mais aucunement en les plongeant dans l'époque, en leur demandant ce qu'ils auraient fait ou ce qu'il pensent qu'on aurait dû faire. On ne leur enseigne pas non plus l'archéologie, la cosmologie, la psychologie. Pire en fait, on ne les intéresse pas à ces disciplines, pire en fait, on rejette leur intérêt comme ne faisant pas partie du programme, pire en fait, les disciplines sont segmentées comme si elles appartenait à des mondes et des ambiances différentes, faisant que ceux qui s'intéressent à une matière, se sentent libres de ne plus s'intéresser aux autres.

Comme on est partis sur de mauvais bases concernant l'éducation des jeunes esprits, toute une flopée de conventions se sont solidifiées autour de ces mauvaises bases et on considère que les élèves doivent être éduqués en masse, par des professeurs dont le nombre et la compétence est définie de façon rigide, selon des méthodes qui sont rodées et classiques.

Changer ça, c'est comme changer tout système qui ne marche pas, passe par la remise en cause de toute une flopée de considérations et d'approches. Or pourtant l'évolution ne peut se faire que graduellement, ce qui fait qu'à un moment, si on veut vraiment bien faire, il faut tout repenser en bloc, en respectant une idée-maître ou un paradigme qui agisse comme référant pour chacun des choix.

(évidemment ceci est une chose qu'on n'apprend pas à l'école)

L'idée-maître, il me semble, c'est que les disciplines soient choisies en fonction des besoins de chaque élèves, qu'elles ne soient pas des fins en soi, mais des moyens de produire une amélioration significative, et possible à mesurer, des capacités intellectuelles.
Il faut donc au préalable s'attendre à développer des capacités intellectuelles, et encore au préalable les avoir ciblées, et nommées.
Le but de l'éducation doit clairement être, une fois pour toute, la structuration mentale de l'enfant, faire en sorte qu'il soit capable de se démêler des nombreuses sortes d'enfers qu'on peut rencontrer dans la vie. Qu'il puisse avoir assez confiance en son esprit critique pour ne pas se laisser embrigader dans des formes complexes de déni ou de berlues.

L'empathie, l'intelligence socioaffective, ne peuvent s'enseigner par des mots mais par des actes. C'est dans la pratique, et de façon libre et volontaire que les élèves doivent apprendre à s'aider les uns les autres. Cela laisse imaginer des groupes d'élèves formés à l'occasion d'un projet, contenant des personnalités aussi diverses que complémentaires, et de différents âges. On pourrait leur confier des missions, des travaux, et leur laisser l'entière liberté de mener l'avancement dans leur travail en allant questionner, autant qu'ils le veulent, les professeurs qu'ils désirent. C'est à dire que tous les professeurs doivent être présents au même moment, et disponibles.
Leur activité se bornerait à n'être que des conseillers, et de façon ponctuelle et anecdotique, à livrer quelques explications sur des fonctionnements ou des choses à savoir, qui permettraient, ou pas, aux élèves d'avancer dans leur travail.
Il n'y aurait pas de limite de temps ou de pression imposée, et les élèves les plus brillants seraient affectés à des projets qui soient à la hauteur de leurs besoins.
Les projets pourraient aussi bien se dérouler dans l'enceinte de l'établissement qu'à l'extérieur, ce qu'il faut c'est donner la possibilités aux élèves de choisir librement de se rendre en différents endroits si ils pensent que cela peut apporter quelque chose à leur projet.

Au final, ils remettraient le compte-rendu de leur « mission », et sans que cela ne soit spécifiquement voulu ou énoncé, ils auraient appris à travailler ensemble, à trouver et assembler l'information, à utiliser leur liberté, à découvrir leurs limites, les repousser, et surtout à réfléchir par eux-mêmes, et ainsi se connaître eux-mêmes.

Il n'y a aucun doute que les travaux faits à l'école doivent être passionnants pour les élèves, cela doit les stimuler. Inversement s'ils ne le sont pas c'est entièrement de la faute des professeurs et du système éducatif.