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A-faire



L'efficacité est prononcée par l'adage du paresseux qui cherche les plus grands résultats avec le moindre effort. Non pas qu'il s'agisse d'obtenir des résultats égaux avec moins d'énergie, mais il s'agit de conjurer le sort qui consiste le plus souvent à n'obtenir que des résultats médiocres au prix de souffrance et de patinage dans la boue.

Le vrai paresseux voit l'avenir, il fait en sorte que les solutions d'aujourd'hui soient encore valables demain, il cherche l'universel. Pour lui l'efficacité est la promesse de ne plus avoir à refaire ce qui aura été fait, d'avoir résolu, avalé tous les problèmes, pour pouvoir être en paix. Et pour obtenir cela, il se dépense sans compter.

On peut même dire qu'à effort égal, si on agi avec la promesse, la foi, basée sur la preuve, la raison et la logique, un même effort paraît bien moindre que s'il s'agit de naviguer dans le brouillard sans même savoir où on va et sans même n'avoir jamais rien vu arriver.

La caractéristique principale d'un système qui devient obsolète est que le champ d'entropie qu'il génère est en augmentation exponentielle, et arrive un moment où même les réparations engendrent une entropie supérieure à ce qui veut être amélioré.

Il se passe la même chose si avec la calculette on observe attentivement le devenir du nombre 1 dont on cherche la tangente à l'infini. Les périodes stables succèdent aux périodes folles, et plus on avance plus les périodes stables durent longtemps, mais inévitablement on voit ressurgir l'entropie.

Ce que dit la calculette peut être représentatif, sans pour autant être fiable, ce qui compte c'est l'idée car les systèmes s'engendrent l'un l'autre, de sorte à conserver une certaine stabilité. Seulement il faut savoir sauter d'une barque à l'autre.

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Alors donc on peut imaginer des trucs à faire qui permettraient de résoudre le plus grand nombre de problèmes de la façon la plus générique possible, dans le cadre de cette société à bout de souffle, exsangue, qui s'obstine à ruminer ses routines culturellement assimilées et recommencées, alors pourtant que l'époque à laquelle elles s'appliquaient s'évanouit.

Pourquoi ne pas :

- Reverser tous les profits des entreprises dans une caisse commune destinée à la préservation, le soin, la protection de la Vie.
- Définir la gratuité comme but ultime de toute activité humaine.
- Convenir d'un salaire unique pour tous les hommes, sur toute la terre, quelle que soit leur activité, où à la limite deux salaires, un simple pour les inactifs et un double pour les actifs.
- Faire de l'ensemble de l'humanité les détenteurs à parts égales de toutes les richesses du monde.

Quelle que soit l'idée, elle est rutilante et motivante si elle offre la perspective de résoudre une fois pour toutes les maux de ce monde, et celui auquel on revient à chaque fois est l'appât du gain. Tout ici est motivé par l'appât du gain, lui-même motivé par l'insécurité individuelle face à l'appât du gain que les autres manifestent d'une façon parfois extrêmement violente. Même la justice est dépassée par les événements et ne peut plus être souhaitée si en échange on est pas prêt à payer ce service marchand.

Et même si ce service n'était pas marchand il faudrait plus d'humains que d'habitants sur la terre pour résoudre toutes les injustices.
Et même quand elle y parvient, elle ne peut que se lamenter de ce qui est obtenu dans le présent par une construction sociétale aussi hasardeuse qu'absurde, mais jamais remettre en cause les sources des maux, ou interroger le contexte, les raisons, comment y remédier ?
De quelle justice s'agit-il alors, à part celle du tortionnaire qui reproche à ses victimes la souffrance qu'il leur fait endurer ?

Si on fixe un salaire générique pour tout le monde, que reste-t-il ? Vivre heureux, en paix, trouver le bonheur dans le service qu'on peut rendre au profit des autres.

Si on détermine la gratuité comme but ultime, qu'est-ce que cela fait ? 90% de l'activité humaine comme le civisme, la générosité, la culture, l'éducation, les sports, la technologie, la science, deviennent de facto les premières priorités de l'humanité.

L'humanité ce sont des humains, leurs besoins sont donc prioritaires, de but de toute organisation est donc de subvenir à ces besoins, de les rendre possibles et inconditionnels.
Quel objection peut-il y avoir à ce qu'il n'y ait plus d'enfant qui meure de faim ?

Si on supprime l'intérêt qu'il peut y avoir à vouloir arnaquer autrui pour obtenir des droits pourtant élémentaires, comme se nourrir, habiter, vivre proprement, et surtout le plus important, ne pas s'inquiéter que cela soit mis en porte-à-faux avec des conditions qui deviendraient, évidemment comme à chaque fois, de plus en plus dures, c'est à dire la garantie de la persistance des Droits Humains, soudain énormément de vérités apparaissent dans toute leur splendeur.

Toutes les chaînes de production n'ont plus d'intérêt, d'envie d'être "à but lucratif", tout devient "à prix coûtant".
Toutes les guerres d'accaparement deviennent vides de sens, l'urgence par contre devient la gestion des ressources partagées à long terme, de sorte qu'une nouvelle ressource naturelle appartienne immédiatement à l'ensemble des habitants du Monde, et que le pays dans lequel elles se trouvent n'a aucunement le droit d'opposer le hasard et la chance qui seraient les siennes à détenir ces "richesses". Normalement les pays occidentaux devraient sauter sur l'occasion de promouvoir une telle idée puisque leurs terres sont si arides !

Et dans l'autre sens, aucune technologie, aucune évolution de la science ne doit être cachée, dissimulée, freinée, limitée à des privilégiés, et ceci pour cette bonne raison que cela n'offre aucun intérêt ! Au contraire, dans les journaux d'actualités quand on dira "une nouvelle technologie a été découverte", les gens du monde entier seront contents, car ils sauront avec une certitude parfaitement conventionnelle que très bientôt cette nouvelle découverte viendra améliore leur vie.

Pensez donc à ce que deviendrait le monde politique si les frontières du langage ne sont plus considérées comme des frontières de sociétés, disparates et hétérogènes, chacune bêtement accrochée à des valeurs individuelles partagées relativement collectivement de façon aussi acharnée qu'irrationnelle ? Le sens même du mot "politique" redeviendrait "le droit de cité", "la loi du plus juste", et même, (celle-là personne ne s'y attend), le sens du mot "démocratie" retrouverait le teint de sa jeunesse, qui ne consiste pas à donner "la parole à tout le monde", mais surtout et avant tout : "de savoir écouter n'importe qui, sans a-priori sur sa condition, attentif uniquement à l'intelligence de ses propos".

En toute logique, on unirait nos forces de façon à sans cesse accroître l'efficacité et la performance dans tous les secteurs. Sans concurrence, mais au contraire avec une convergence, il y a moyen de réduire considérablement les coûts et donc l'énergie consacrée à produire des biens.
Rien que le système qui permet de choisir une affectation professionnelle pourra être uniformisé et global, de sorte que si j'ai envie de devenir cuisinier en Chine, je n'ai qu'à cocher une case dans la base de donnée mondiale, et on m'y attendra avec un appartement de fonction.

A quoi servent tous les problèmes et tous les freins qui empêcheraient ceci de se faire ?

Il faut bien comprendre que le cadre donné à la société humaine, c'est à dire la recherche de la gratuité, de l'abondance, de l'efficacité et de l'intelligence, un degrés d'organisation sans cesse plus élevé (dont l'indice de croissance réjouira toujours tout le monde, et sera la récompense pour tous les efforts consentis collectivement) modifie de façon substantielle ce qui est considéré comme "bien et mal".

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que "bigbrother" apparaît en raison de la seule et simple évolution, mais que c'est le cadre donné à la société humaine qui en fait un mal et non un bien.

Que "le monopole", n'est craint qu'en raison de ce que le système est injuste, alors que dans les fait tout tend vers les monopoles, jusqu'au jour où une seule personne possédera toute la terre (ce qui est déjà le cas et elle tient à ses rentes, la garce !), mais que dans le cadre d'une société fondée sur l'espérance, le désir de vie, la santé mentale et la projection dans le futur et la prévoyance, le terme de "monopole" deviendra synonyme de la chose la plus intelligente possible, puisque ça réduit la dispersion, concentre les coûts, permet de se focaliser sur les évolutions les plus utiles, bref que des choses que les entreprises savent déjà.

En fait, c'est le cadre de la société qui confère à la "raison" la pleine définition de ce mot.
Réciproquement si on observe, comme aujourd'hui, que la raison est machiavélique, de facto cela signifie que le cadre dans laquelle elle s'applique est malsain, pourrissant, destructeur.

Inutile de s'égosiller à dire "il faut un revenu de vie", "il faut une taxe sur les transactions financières", "il faut nationaliser les banques et les plus grandes entreprises". Tout cela ne s'opère qu'à l'intérieur d'un cadre destructeur de société et destructeur d'humain, destructeur de société humaine. C'est un cadre-virus, car ce n'est pas un vrai système, c'est un montage grossier.
Un vrai système produit les fruits de sa propre motivation à exister, de son envie de vivre.
Toutes ces idées deviendront obsolètes et à la fois charmantes et bucoliques, comme l'expression enfantine d'idées plus grandioses en réalité. Bien sûr, tout le monde aura droit à la vie, puisque le système n'en fonctionnera que mieux. Bien sûr, toutes les richesses retourneront à l'humain, puisque c'est le but du système. On ne parlera plus de "gratuité" ou de "humanitaire", mais simplement d'efficacité du système. On ne se demandera plus s'il faut "nationaliser", puisque tout appartiendra à tout le monde, et que les frontières historiques et symboliques ne seront plus antinomiques avec le bien commun.

Ce qui changera principalement sera dans la tête des gens, il ne s'agira plus de catégoriser le réel au moyen d'une méthode unique, objet de luttes incessantes pour savoir qui a raison, il s'agira d'avoir un esprit adaptatif, conciliant, capable de faire survenir l'intelligence afin d'intégrer les nouvelles données à un système, qui les accueillera avec joie dans la mesure où il n'en sera rendu que meilleur. Même la critique et la dénonciation d'injustices deviendront souhaitables.