59 min

Xi - « nous sommes un peuple... »

Aline de Diéguez

"Aussi longtemps qu'on ne le prend pas au sérieux, celui qui dit la vérité, peut survivre dans une démocratie."
Nicolas Gomez Dàvila

"Ce qu'il y a de terrible quand on cherche la vérité, c'est qu'on la trouve "
Rémy de Gourmont 

Après avoir enlevé une à une les tuniques alliacées de la mythologie religieuse sur laquelle s'est construit le sionisme, et examiné l'évolution de la fiction religieuse au cours des siècles, j'arrive au coeur germinatif de l'idéologie: le peuple.

Je sais combien il est plus que délicat d'aborder une question aussi sensible après la tempête provoquée par l'ouvrage d'un membre de cette communauté, Shlomo Sand, L'invention du peuple juif. Qu'est-ce qu'une kamikaze extérieure à la communauté juive vient faire dans cette galère, dira-t-on, alors que l'accusation d'antisémitisme est au bout du chemin et le gourdin destiné à assommer l'aventurier audacieux déjà levé?

Aux innocents les mains pleines. Ayant croisé un jour dans mes lectures, l'oeuvre du philosophe et moraliste colombien, mais parfaitement inconnu en Europe, Nicolas Gomez Dàvila (1913-1994), un disciple hispano-américain de Montaigne et des moralistes du XVIIe siècle, j'ai aimé certains de ses aphorismes et notamment celui, particulièrement pessimiste pour les institutions démocratiques que j'ai cité en exergue. Je me suis sentie rassurée, persuadée que mon insignifiance sera mon plus efficace bouclier.

1- Petit exercice de déductions délirantes
2 - La frénétique recherche de la pureté génétique
3 - Le grand lamento du sionisme
4 - Boomerang
5 - Retour à l'histoire réelle
6 - Population de la Judée
7 - Emigration juive dans les villes du bassin de la Méditerranée
8 - Bernard Lazare et son "Histoire de l'antisémitisme"

1- Petit exercice de déductions délirantes

Axiome : "Nous sommes un peuple", affirment haut et fort les sionistes.

En effet nous possédons une langue qui nous est propre, un dieu rien que pour nous et aussi loin que nous remontons dans le temps nous nous sommes toujours sentis différents des autres ethnies. En conséquence, il existe bien un "peuple juif".

Corollaire n°1 : Nos ancêtres ont pérégriné in illo tempore sur le territoire que nous foulons aujourd'hui. Ce territoire est notre bien le plus sacré, cadeau de notre dieu Jahvé, notre protecteur et notre agence immobilière. Cette parcelle du globe terrestre nous appartient donc en propre et le décret divin qui nous en a rendus propriétaires est et sera valable jusqu'à la fin des temps. Personne ne nous retirera de l'esprit que nous sommes dans notre droit.

Corollaire n°2 : Notre absence de deux mille ans est une microscopique péripétie qui ne délégitime en rien nos droits inaliénables et éternels sur notre territoire ancestral. Ce que notre Dieu nous a donné est donné jusqu'à la fin des temps. Les hommes ne peuvent reprendre ce qu'un Dieu a donné. Nous ne sommes pas des immigrants, mais d'authentiques propriétaires d'un bien, revenus s'installer chez eux. Donc, tout ce qui a été construit ou planté sur notre terre nous appartient et nous avons le droit d'exproprier les intrus. Dehors les squatteurs!

Corollaire n°3 et conséquences en chaînes de la jurisprudence sioniste actuellement mise en pratique: Des descendants de Gaulois vaincus par Jules César et emmenés à Rome comme esclaves, en même temps que Vercingétorix, n'ont aucune raison d'être moins justifiés de récupérer des terres et des biens "ancestraux" que les populations se réclamant de la religion judaïque. Ne serait-il pas raciste de dénier aux dieux Teutates, Sequana, Tarannis ou Cernunnos - et au "peuple gaulois" - ce qui est reconnu au dieu Jahvé et au "peuple juif"? Auvergnats cramponnez-vous, une tempête immobilière se prépare.

Sequana, déesse gauloise des sources de la Seine

De même, si un groupe de quidams déclare descendre des Burgondes, au nom de quelle "injustice raciste" et de quel inacceptable "deux poids, deux mesures" lui refuserait-on d'exiger, lui aussi, l'expulsion des Bourguignons actuels de Dijon ou d'Avallon, afin de s'installer commodément dans leurs maisons et dans leurs meubles? Bourguignons, gare à vous, l'oeil du cyclone approche.

Les Serbes ne sont-ils pas légitimés à continuer de réclamer le Kosovo, berceau de leur nation et la Russie l'ancien duché de Kiev qui vit la naissance de la nation des "Russ" originels?

Les Judéens n'étant pas la seule ethnie à s'être expatriée, volontairement dans son immense majorité - seule la ville de Jérusalem leur a été interdite par les Romains durant quelques décennies - avis aux innombrables ethnies et tribus, Hyksos, Scythes, Mèdes, Goths, Vandales, Ostrogoths, Alains, Celtes et tutti quanti qui ont grouillé durant les temps antiques et qui ont été chassées de leurs terres au gré des vicissitudes de l'histoire ou qui ont jugé bon, un jour ou l'autre, de pérégriner sur la boule ronde: la jurisprudence sioniste offre à leurs descendants une fabuleuse source d'enrichissement. Une mine à exploiter. Un magnifique "chaos créateur" se profile à l'horizon, n'est-il pas vrai? Proudhon ne disait-il pas que "la propriété c'est le vol"?


Voir 19 - Le sionisme, une chutzpah cosmique

2 - La frénétique recherche de la pureté génétique

Afin de tenter d'écarter l'horrible perspective culturaliste introduite par Shlomo Sand dans son célèbre ouvrage L'invention du peuple juif - ouvrage qui a failli ébranler les colonnes du temple et qui, pour ce motif, fut accueilli de manière hystérique en Israël - des "chercheurs" juifs se sont en effet lancés sur le sentier de la guerre et, eurêka, auraient réussi à ramener la question de l'existence et de la nature du peuple juif sur un terrain familier, le terrain ethnique. Ces généticiens affirment que leurs études auraient prouvé une convergence génétique entre tous les juifs, quelle que soit aujourd'hui leur origine géographique. Selon leurs analyses, il existerait bien une unicité raciale de tous les juifs contemporains.

Bien que ces "découvertes" sensationnelles soient demeurées plutôt discrètes, puisque seuls les quotidiens français Le Figaro et italien La Repubblica s'en sont fait l'écho, et d'une manière strictement informative et plutôt évasive, il serait désormais avéré que les deux grandes souches de la diaspora juive dans le monde auraient une seule et même racine originelle: l'Italie de l'empire romain. En conséquence, les juifs n'auraient jamais bougé de Judée et ceux qui auraient eu la bougeotte ne se seraient déplacés qu'en direction de Rome et jamais dans une autre direction.

Puis, ils se seraient divisés en deux colonnes, une colonne, composée des plus aguerris aux basses températures se serait dirigée plutôt vers le nord du bassin méditerranéen et aurait donné naissance à la branche des juifs ashkénazes - et les plus costauds aurait continué leur pérégrination jusqu'en Europe centrale ; et la seconde colonne, plus frileuse, aurait préféré s'installer dans les régions ensoleillées du bassin sud de la même mer et serait à l'origine des juifs séfarades d'Afrique du nord. Ainsi, tous les juifs du monde seraient bien les descendants des populations "chassées" de Palestine et emmenées en esclavage à Rome après la destruction du temple par les Romains en l'an 70 et aucun sang étranger ne serait jamais venu polluer la pureté de la souche originelle. (1 )

Carte des routes présumées de l'émigration génétique juive

Ainsi serait infirmée la thèse méchamment calomnieuse de Shlomo Sand. Il existerait bien, non seulement un peuple juif, mais une ethnie juive génétiquement homogène.

Hélas, toutes les médailles ont un revers. En voulant écarter l'horrible perspective, à leurs yeux, d'être un peuple d'immigrants hétérogène, les sionistes se placent eux-mêmes sur le terrain glissant de la génétique. Voulant prouver qu'ils forment un groupe génétiquement différent des autres peuples de la terre, ils donnent du blé à moudre aux pires racistes en imposant une vision biologique de leur communauté et ne se rendent pas compte qu'ils fournissent aux antisémites les armes et les arguments qu'ils prétendent combattre. Mais, peu importe, peuvent-ils répondre, si telle est bien la vérité. En effet. Comme l'écrivait judicieusement Rémy de Gourmont, "quand on cherche la vérité, on la trouve". C'est bien pourquoi j'ai poursuivi patiemment mes recherches.

Mais on peut d'ores et déjà remarquer qu'on retrouve encore et toujours, à travers une initiative de cette nature, la pulsion obsessionnelle de s'assurer de la pureté raciale des lignées dont le virus a été inoculé de manière, semble-t-il définitive, dans la psyché des Judéens par Esdras et Néhémie.

Voir: 5 - La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire

Les maladies se déclarent lentement. Elles incubent et cheminent souterrainement avant de se manifester au grand jour. Le virus a couvé pendant les millénaires de la dispersion, mais la maladie a maintenant explosé au grand jour en Palestine occupée. Alors le monde détourne la tête et feint d'ignorer le calvaire d'un peuple martyrisé. "Il y a des violences de chaque côté", sussure-t-il suavement. Afin de se donner bonne conscience, il convoque sur le devant de la scène tel ou tel tyranneau qu'il avait comblé de ses cajoleries et de ses embrassades il y a peu. Pendant ce temps, le bourreau infatigable poursuit depuis des décennies son oeuvre de mort dans les coulisses et personne n'ose piper mot.

La colonie pénitentiaire sioniste ne vient-elle pas d'engranger d'un seul coup, en ce seul jour du 10 mars 2012, une vingtaine de cadavres? Qui a fait le compte du nombre total d'enfants et d'adultes palestiniens assassinés ou estropiés ne serait-ce que depuis que le sionisme s'est déclaré légitimement installé au coeur du monde arabe? A combien se monte-t-il, si l'on y ajoute les massacres commis durant le demi-siècle qui a précédé cette main-mise officielle du sionisme sur la Palestine?

.......................

Gaza, 10 mars 2012, Elimination d'un dangereux groupe de terroristes palestiniens  par "l'armée la plus morale du monde"

Comment ne pas voir que ce genre de recherche sur la génétique est destiné à conforter sur le terrain un nationalisme xénophobe et un féroce apartheid censé justifié par les différences biologiques que révèlerait la génétique?

Ainsi, pour adhérer à la fiction narrative du sionisme, nous devrions admettre que, sous la conduite éclairée d'un Moïse des temps modernes, transportant sous son bras les nouvelles "tables de la loi" contenues dans le célèbre ouvrage de l'antisémite repenti, Theodor Herzl, L'État des Juifs (Der Judenstaat), un peuple juif, génétiquement homogène, bien que dispersé sur la planète entière durant deux millénaires - mais contre sa volonté, est-il martelé - se serait un beau jour, et avec un bel ensemble, miraculeusement rassemblé à partir des confins de la Chine, de l'Inde, de l'Afghanistan, des pentes de l'Himalaya, de la Cordillière des Andes ou des bords de la Volga et aurait refait, en sens inverse, le voyage de retour en direction de la "terre de ses ancêtres" sous la houlette de ses nouveaux prophètes.

Tel le Moïse légendaire, le père de la patrie, le grand, l'immense, le gigantesque Theodor Herzl a été empêché d'entrer dans la terre de Canaan demeurée vide depuis le départ de ses propriétaires légitimes, mais soigneusement entretenue et exploitée par des armées d'anges et de séraphins jardiniers, agriculteurs, maçons et tutti quanti, envoyés par un Jahvé paternel qui veillait sur le confort futur de son peuple bien-aimé, puisque sur cette terre vide, paraît-il, il n'y avait personne d'autre pour effectuer le travail et que tout devait être prêt pour le grand retour des chouchous de Jahvé.

Là, un Josué fringant - David Grün, alias Ben Gourion - attendait le Moïse chenu à la frontière de la "terre promise", prêt à prendre son élan et à déferler, avec ses troupes, sur la Palestine, afin de prendre possession d'un pays miraculeusement doté de villes, de ports, de villages, d'une agriculture florissante, et de tous les biens nécessaires à une vie sociale agréable et confortable, tout cela afin que les temps s'accomplissent et qu'un "peuple juif" exclusivement composé de descendants du peuple chassé par les méchants Romains après qu'ils eurent détruit la maison de Jahvé, pût enfin se reposer sur sa terre sacrée. Merci qui?


" Et lorsque le Seigneur ton Dieu t'aura fait entrer dans la terre qu'il a promise avec serment à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, et qu'il t'aura donné de grandes et de très bonnes villes que tu n'auras point fait bâtir, des maisons pleines de toutes sortes de biens, que tu n'auras point construites, des citernes que tu n'auras point creusées, des vignes et des plants d'oliviers que tu n'auras pas plantés, et que tu seras nourri et rassasié de toutes ces choses... " (Dt 6, 10-12)

3 - Le grand lamento du sionisme

"Nous sommes un peuple...

"Regardez-nous: juif yéménite ou juif de Pologne, juif roumain ou juif d'Algérie, juif de Lituanie, de Russie ou d'Arabie, juif de Patagonie, du Pérou, d'Inde, d'Afghanistan ou de Chine, nous sommes non seulement un seul et même peuple, mais une seule et même âme, une seule et même ethnie. Nos gènes l'attestent. 

Juifs des bords du Gange

Des méchants et des envieux disent que notre régime politique est un canada dry de démocratie. Nous leur clouons le bec en entonnant à gorge déployée notre hymne favori, repris en coeur par nos innombrables amis dans le monde entier, selon lequel nous sommes la "seule démocratie du Moyen Orient". Douillettement à l'abri derrière une démocratie Potemkine que nous savons vendre comme personne au reste du monde, nous luttons avec une patience tenace, apprise durant nos millénaires d'exil, contre les indigènes sans titre, accrochés à leurs masures et à leurs lopins comme des moules à leur bouchot. 

Certains hérétiques ignorants nous demandent de partager notre terre bénie avec ces usurpateurs, ou pire encore, de les accueillir parmi nous. Quelle horreur! Ce serait un sacrilège et un crime contre notre Dieu dans le premier cas et une épouvantable souillure dans le second. Tu ne laboureras pas avec un boeuf et un âne ensemble, nous a bien recommandé notre Dieu. (Dt 22,10). Comme il est omniscient, il sait qu'on ne doit pas lier les ânes avec les chevaux. Or, nous sommes de fringants pur sang et méprisons les ânes, ces animaux qui prennent parfois une forme humaine. Un de nos anciens co-religionnaires passé à l'ennemi a conservé quelque chose de notre esprit et de nos principes et il a fermement recommandé aux Corinthiens de ne pas se mettre sous le joug d'une infidèle. (Paul, 2 Cor, 6,4).

Nous n'aimons pas les Arabes, ces infidèles - d'ailleurs, nous n'aimons aucun non-juif, notre Talmud nous le recommande - mais nous haïssons particulièrement ceux d'entre eux qui ont l'outrecuidance de se baptiser Palestiniens. La Palestine n'existe pas et les Palestiniens sont un peuple inventé comme vient de le déclarer un de nos grands amis d'outre-Atlantique. Ce sont des usurpateurs et des squatteurs sans titres de notre terre, celle que notre Dieu nous a donnée en propre. Car nous nous honorons de posséder un Dieu pour nous tout seuls, un Dieu qui a parlé à nos ancêtres. Deux autres Dieux se sont inspirés du nôtre, mais nous nous gaussons sous cape, et nous nous chuchotons entre nous que les copies ne valent pas l'original. C'est pourquoi notre religion n'a jamais été pour nous un décor ou une superstructure. Elle est le pilier de notre essence et notre raison d'être depuis les origines.
Nous nous méfions des goys car nous avons expérimenté leur ingratitude dans notre chair. L'un de nos grands amis de l'Hexagone nous a prévenus lorsqu'il a affirmé que certains d'entre nous "s'inquiètent de voir les juifs prendre le risque d'être haïs pour services rendus". Pour que tout soit clair, il a précisé la nature des "services rendus" et je préfère lui donner la parole: "Comme les prêts (que nous faisons aux goys exclusivement, jamais entre nous) sont de très courte durée - un an ou moins - et à des taux d'intérêt très élevés, de l'ordre de 50 à 80%, l'accumulation va très vite." Voilà qui est bien dit. (2 )
Un détail nous chagrine, il se dit ici et là que nous aurions accueilli en notre sein des convertis qui ne seraient pas de notre sang. Gros mensonge ! Nous avons toujours été fidèles aux sages principes énoncés par nos prophètes Esdras et Néhémie. Pas de mélanges. Notre ethnie est si pure que chacun d'entre nous pourrait remonter jusqu'à un héroïque ancêtre revenu du cruel exil à Babylone et même au-delà. Tous les Juifs du monde sont issus de la seule souche judéenne. D'ailleurs certains de nos dirigeants ne présentent-ils pas aujourd'hui une morphologie typiquement moyen-orientale? Regardez le glabre Benjamin Netanyahou ou l'imposante matrone Tzippora Livni: grands, blonds, yeux bleus, teint rosé, brachycéphales, système pileux maigrelet, large bassin, on voit au premier coup d'oeil qu'ils sont de purs descendants de nos ancêtres, les hommes du désert, les rudes Hébreux antiques conducteurs de chameaux...sur les bords de la Volga! Ce père et son fils, présentés ci-dessous, ne sont-ils pas, eux-aussi d'une ascendance typiquement moyen-orientale? 

Juifs des bords du Yang tsé Kiang

Nous méprisons de toutes nos forces Shlomo Sand, cet historien pervers, qui essaie de faire croire au monde que le peuple juif n'existe pas, qu'il aurait disparu depuis belle lurette s'il n'avait été augmenté par des conversions de peuples entiers, de berbères ou de sauvages cosaques. Foutaises. Mais nous pouvons désormais confondre ce juif animé par la haine de soi: des généticiens comme nous les aimons sont parvenus à écraser cette thèse infâme et à prouver que nous avons su préserver intact notre patrimoine génétique. Et c'est ainsi que Jahvé est grand. " 


Voir: V - La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire

4 - Boomerang 

Il est imprudent de faire souffler le vent de la génétique dans les voiles de la recherche d'une pureté raciale, car il peut y avoir des bourrasques inattendues et ébouriffantes. Ainsi dans son numéro du 27 janvier 2012, l'hebdomadaire Le Point, reprend étude publiée dans "American Journal of Human Genetics" qui révèle que tous les hommes - hormis un groupe resté sur place en Afrique - ont effectué un passage de plusieurs milliers d'années en Arabie heureuse, avant qu'elle devînt un désert. Tous les hommes, donc y compris les ancêtres des Hébreux. Adam serait-il un arabe ou pire encore, un africain? Ciel!

Voilà que l'ADN mitochondrial sur lequel les généticiens juifs s'étaient fondés afin de prouver l'unicité de l'ethnie revient en boomerang sur les tenants de la race pour prouver que tous autant que nous sommes, Européens, Américains, Esquimaux, Chinois, Papous, Juifs ashkénazes ou sépharades, Arabes, Mongols ou Patagons, nous possédons ce même ADN mitochondrial car nous descendons d'ancêtres communs qui ont peuplé durant des millénaires le paradis sur terre qu'était la fertile péninsule arabique de l'époque avant de se disséminer progressivement, et de proche en proche, sur la terre entière. (3 )

On peut donc en conclure qu'il ne faut pas chercher dans la génétique la séparation des juifs d'avec le reste du monde. Mais le mystère de cette séparation qui s'est maintenue durant deux millénaires reste une énigme anthropologique. Car, il n'en demeure pas moins vrai que si, de nos jours, on peut invoquer la solidarité d'un groupe ou l'éducation des enfants, ces motivations n'expliquent pas pourquoi ce groupe humain-là s'est, à un certain moment de son évolution, inventé pour miroir ce dieu-là, qui lui a permis de théoriser et de bétonner au fil des siècles le sentiment de différence qui l'habitait.

5 - Retour à l'histoire réelle 

Contrairement à la narration sioniste qui tend à faire croire que les Judéens ont occupé la totalité du territoire qui correspond à la Palestine actuelle, ces provinces n'ont jamais formé un ensemble uni. Dès les temps les plus reculés, le territoire était divisé entre contrées très différentes les unes des autres, la Judée, la Samarie, la Galilée et l'Idumée, dont la singularité, façonnée par la géographie a été accentuée par les vicissitudes de l'histoire.

Les quatre provinces de Palestine, 1er siècle

La Judée, région aride, autour de Jérusalem, berceau du dieu Jahvé depuis le retour de Babylone, était exclusivement habitée par des israélites, descendants des nomades Hébreux qui s'étaient sédentarisés dans cette région. En tant que groupe politiquement organisé, leur présence est avérée sur ce petit territoire durant un millénaire, c'est-à-dire, globalement, entre les règnes de David et d'Hérode.

En fait de "royauté", le "Royaume de David" se résumait à Jérusalem et ses environs qui n'était, durant cette période qu'un gros bourg, à peine plus important que les villages voisins, avec des habitations disséminées. Ce fut le point de départ de ce qui devint le "Royaume de Juda", mais n'était qu'une ville-Etat, devenue la Judée après le retour de Babylone.


Voir : I - La Bible et l'invention de l'histoire d'Israël

En effet, le pompeux mot "royaume" renvoie, en l'espèce, à un espace exigu, car le chef de chaque gros bourg se donnait le titre de "roi". C'est ainsi que le texte biblique évoque les guerres de conquête des Hébreux contre d'innombrables "rois" de la région, et que le Moïse imaginaire de la fiction biblique est censé avoir combattu contre les cinq rois de Mâdian : Évi, Réqem, Sour, Hour et Réba (Nb, 31, 7-11)

" Ils s'avancèrent contre Madian, selon l'ordre que l'Éternel avait donné à Moïse; et ils tuèrent tous les mâles. Ils tuèrent les rois de Madian avec tous les autres, Évi, Rékem, Tsur, Hur et Réba, cinq rois de Madian; ils tuèrent aussi par l'épée Balaam, fils de Beor. 
Les enfants d'Israël firent prisonnières les femmes des Madianites avec leurs petits enfants, et ils pillèrent tout leur bétail, tous leurs troupeaux et toutes leurs richesses. Ils incendièrent toutes les villes qu'ils habitaient et tous leurs enclos. Ils prirent toutes les dépouilles et tout le butin, personnes et bestiaux. " 

Quant à l'Iduméen Hérode, dernier souverain du petit territoire, bien que converti au judaïsme, il détestait l'esprit et les coutumes juives autant qu'il était lui-même détesté par la caste religieuse et redouté par le peuple pour sa cruauté et son impiété. Hérode, le roi shakespearien, fut néanmoins le seul de ses dirigeants qui parvint à donner un éclat architectural et économique à une région engluée dans une bigoterie religieuse d'un autoritarisme despotique qui freinait tout essor économique et culturel de la région.

A sa mort, Jérusalem et la Judée furent placées sous l'administration directe de Rome et l'autorité d'un procurateur dont le plus connu est Ponce Pilate, lequel s'est rendu célèbre en livrant Jésus à la vindicte les Pharisiens. Sept ans après la mort d'Hérode le Grand, il ne restait plus de ses grandioses réalisations architecturales à Jérusalem que le morceau de mur de soutènement du gigantesque parvis destiné à accueillir les dizaines de milliers de pèlerins et connu de nos jours sous le nom de "mur des lamentations".

Il est remarquable qu'un millénaire de présence juive en Palestine n'ait laissé la trace d'aucune activité culturelle et civilisationnelle au moment où, comme l'écrit l'historien- politologue Hédi Doukhar, le foyer syro-mésopotamien inventait la roue, l'urbanisme, les techniques agricoles, l'écriture, l'alphabet syllabique, les mathématiques, la science musicale, l'Algèbre, l'astrologie, la médecine. (4 )

Il avait fallu attendre un souverain du 1er siècle avant notre ère étranger à la Judée, et amoureux de la civilisation grecque, pour que Jérusalem et toutes les autres villes de Judée fussent embellies. Hérode fit, en effet, construire des théâtres, des amphithéâtres, des hippodromes dans toutes les villes de Judée. Il reconstruisit Samarie et créa un port magnifique à Césarée avec un temple sur une colline, au fond du port qui, vu de la haute mer créait un tableau somptueux.

Voir: V - La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire

La Samarie est le seul territoire occupé à l'origine par les Hébreux que se soit jamais dénommé "Royaume d'Israël". Entre le -IXe siècle et l'an -722, la province fut, du temps de la dynastie des Omrides, un royaume prospère. Mais en - 722 la riche province de Samarie fut ravagée par l'incursion des armées assyriennes conduites par le roi Sargon II. Vaincue, elle fut complètement vidée de ses habitants hébreux originels et ne se remettra jamais de ce désastre. Cette invasion signait l'acte de décès d'un Royaume d'Israël indépendant.

Les Assyriens avaient trouvé une méthode radicale d'éviter la renaissance de mouvements nationalistes: ils déportaient en bloc tous les habitants des contrées conquises et les remplaçaient manu militari par le transfert de populations originaires d'une autre province soumise. C'est ainsi que la Samarie fut repeuplée par des Babyloniens tandis que l'élite du royaume omride ainsi qu'une grande partie de sa population furent conduits à Babylone. Une proportion plus faible émigra en direction du sud, augmenta d'autant la population de Juda et favorisa enfin son décollement économique grâce à l'apport d'habiles artisans.

L'empire assyrien n'avait pas l'intention de créer un désert économique dans les provinces conquises, si bien que les déportations croisées se faisaient par groupes familiaux et même par villages entiers. Mario Liverani cite dans son excellent ouvrage La Bible et l'invention de l'Histoire, des documents assyriens qui révèlent à quel point l'empire assyrien était méticuleusement et puissamment organisé: "Des gens des quatre parties du monde, de langue étrangère et de dialectes incompréhensibles, habitants des montagnes et des plaines, (...) je les transportai, sur l'ordre d'Assour, mon Seigneur, et par la puissance de mon sceptre. Je les fis devenir une seule langue et je les installai là. Comme scribes et surveillants, je leur assignai des Assyriens, capables de leur enseigner la crainte de Dieu et du roi." (Liverani, p. 206)

C'est ainsi que les furent créés les Samaritains, vomis par les textes bibliques, même lorsqu'ils adoptèrent la religion jahviste, mais dont les Evangiles louent la charité et la générosité. Descendants des colons assyriens dans leur immense majorité, ils étaient exécrés par les Judéens bien qu'ils eussent fini par adopter la religion jahviste. Mais ils n'avaient ethniquement rien à voir avec les fameuses "douze tribus d'Israël" et n'étaient pas des Hébreux. D'ailleurs ils n'ont pas participé à la grande guerre de l'an 70 contre l'empire romain qui conduisit à la destruction du temple et de la ville de Jérusalem. Les Romains n'avaient donc aucune raison de les emmener en esclavage ou de les contraindre à quelque exil que ce soit.

On peut donc légitimement en conclure qu'ils n'ont jamais bougé de leurs terres depuis le VIIIe siècle avant notre ère et que les résidents Palestiniens actuels de cette province sont les descendants directs de ces populations.


Voir II - L'invention des notions de "peuple élu" et de "terre promise"

Quant à la Galilée, tout à fait au nord de la région, elle comptait une population mélangée, composée essentiellement des Cananéens originels demeurés dans la contrée après l'arrivée des tribus d'Hébreux, auxquels s'étaient joints des immigrants des cités voisines, lorsqu'une partie de sa population fut transportée en Assyrie avec celle des Samaritains.

"Du temps de Pékach, roi d'Israël, Tiglath-Piléser, roi d'Assyrie, vint et prit Ijjon, Abel-Beth-Maaca, Janoach, Kédesch, Hatsor, Galaad et la Galilée, tout le pays de Nephthali, et il emmena captifs les habitants en Assyrie." (2 R15,29)

Il s'agissait donc d'une population très mélangée - des Phéniciens, des Syriens, des Arabes et même des Grecs - dans laquelle l'élément hébreu était peu présent. D'ailleurs les textes bibliques attestent que la majorité de la population n'était pas juive puisqu'on y trouve, à propos des habitants de cette province, des expressions comme "Galilée des nations" ou "Galilée des Gentils" (Juges 1, 30-33; 4.2 - Isaïe 9, 1), dénominations méprisantes qui signifient que les Judéens ne considéraient pas les Galiléens comme des co-religionnaires et que leur jahvisme abâtardi à leurs yeux, les reléguait au rang de "Gentils", c'est-à-dire d'étrangers.

Gentils, goyim, nations sont dans la bible des termes pratiquement synonymes et s'appliquent à des peuples étrangers, non israélites, par opposition aux Judéens, seuls dépositaires de la véritable piété.

"Nephthali ne chassa point les habitants de Beth-Schémesch, ni les habitants de Beth-Anath, et il habita au milieu des Cananéens, habitants du pays." Juges, 1,30)
"Si les temps passés ont couvert d'opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephthali, les temps à venir couvriront de gloire la contrée voisine de la mer, au delà du Jourdain, le territoire des Gentils." Isaie 9,1
"Toutefois, les ténèbres ne régneront pas toujours sur la terre (...): si les temps passés ont couvert de mépris le territoire de Zabulon et de Nephthali, les temps à venir couvriront de gloire la région voisine de la mer, la région située de l'autre côté du Jourdain, la Galilée à la population étrangère." Isaïe 8,23
"De Ptolémaïs (...) de Tyr et de Sidon, on s'est coalisé contre nous avec toute la Galilée des Nations pour nous exterminer." 1Maccabées, 5,15

Le plus célèbre des Galiléens est sans conteste Jésus, le fondateur du christianisme. Onze de ses compagnons étaient également des Galiléens, seul le douzième, Judas, était un Judéen. Contrairement à l'idéologie communément admise de nos jours, Jésus n'était donc pas un Judéen, donc un Juif, mais un Galiléen, c'est-à-dire un Palestinien dans la dénomination politique contemporaine.

Une controverse existe sur le lieu de sa naissance, bien qu'il fût établi que ses parents étaient originaires du petit village de Nazareth. Selon deux évangélistes, Marc et Jean, Jésus serait né, comme ses frères et soeurs, à Nazareth.

- "Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain." Marc 1, 9
- "Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon?" Jean, 1, 46 (paroles des Pharisiens rapportées par Jean)

Luc, situe sa naissance à Bethléem et cherche visiblement à lui donner une ascendance royale:

" Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléhem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David." Luc, 2,4 

Quant à Mathieu, il ne sait pas trop, c'est tantôt Bethléem (Mt 2,1), tantôt Nazareth (Mt13,54-55):

"Jésus étant né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem." Mt 2,1
"Il retourna (après avoir quitté Jérusalem) dans la ville où il avait vécu. Il enseignait ses concitoyens dans leur synagogue. Son enseignement les remplissait d'étonnement, si bien qu'ils disaient : d'où tient-il cette sagesse et le pouvoir d'accomplir ces miracles ? N'est-il pas le fils du charpentier ? N'est-il pas le fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joseph, de Simon et de Jude ! Ses soeurs ne vivent-elles pas toutes parmi nous?" Mt 13,54-55

Pourquoi ces contradictions? L' objectif des évangélistes n'était pas de faire oeuvre d'historiens, mais de prosélytes. Il s'agissait de convaincre en premier lieu les juifs que Jésus était bien le messie annoncé par leurs textes.

"Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël." Mt, 15-24)
"N'allez pas vers les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël." Mt 10,5-6)

Or, pour cela, le statut de Galiléen natif de Nazareth était rédhibitoire car le prophète Michée avait prophétisé que le Messie devait naître à Bethléem et nulle part ailleurs.

" Et toi, Bethléhem Éphrata, petite entre les milliers (de villes) de Juda, de toi sortira pour moi Celui qui règnera sur Israël, et dont l'origine remonte aux temps anciens, aux jours de l'éternité. " Michée, 5,1

C'est ce même Matthieu qui, tout seul, rapporte l'épisode dit du "massacre des innocents" (Mt 2, 13-23). En effet, dans l'épisode des rois mages venus apporter leurs offrandes d'or, d'encens et de myrrhe à l'enfant-roi qui venait de naître et qu'un ange avait annoncé comme futur "roi des juifs", Hérode, présenté comme un fou sanguinaire aurait fait tuer, dans Bethléem et dans la Judée entière, tous les enfants de moins de deux ans. Or l'alibi d'Hérode le Grand est en béton armé: il était mort depuis quatre ans lorsque Jésus est né. Il n'a donc pas pu essayer de tuer "le divin enfant".

C'est donc à cette occasion que fut inventé le prétexte de lier la naissance de Jésus à un recensement qui permettait de transporter les parents, dont la mère sur le point d'accoucher, de Nazareth à Bethléem. Or, un recensement exigé par les Romains en vue d'imposer une augmentation du tribut à payer à l'empire a bien eu lieu en l'an 6. Le souverain régnant était alors Hérode Archelaüs, ce qui permettrait de conclure, soit que, près d'un siècle après les évènements à une époque de transmission essentiellement orale, il y a eu confusion entre Hérode le Grand et son successeur Hérode Archelaüs et que l'évangéliste a choisi le plus célèbre des deux, soit qu'il faut supposer que Jésus serait né en l'an 6, soit, plutôt, qu'il n'y a jamais eu de projet de boucherie de bébés en Judée et qu'il s'agit d'un ragot rapporté par Matthieu ou d'une invention nécessaire afin de justifier le transport de la petite famille de Galilée en Judée afin de "naturaliser Judéen" le futur "divin enfant" et de faire coïncider sa naissance avec les prophéties de Michée et d'Isaïe.

C'est donc pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la vérité historique - et dont la rationalité est strictement d'ordre catéchétique et pastoral - qu' aucun texte de l'époque, autre que celui du seul évangéliste Mathieu, ne fait la moindre allusion à un massacre de bébés qui aurait été programmé ou aurait eu lieu à l'époque et auquel l'enfant Jésus aurait échappé de justesse.

C'est bien pourquoi il est imprudent et même absurde d'assimiler quelque texte religieux que ce soit à un manuel d'histoire et on peut raisonnablement en conclure que Jésus est bien né à Nazareth en Galilée, mais qu'il n'était pas suffisamment "casher" pour être accepté comme messie par les religieux pharisiens - et même par les sadducéens plus modérés - de Jérusalem.

Le texte de l'évangéliste Mathieu a été rédigé entre l'an 80 et l'an 90, soit un bon demi-siècle après la mort de Jésus. Le rédacteur a eu tout loisir d'aménager la biographie de celui qui devenait le messie annoncé dans les textes prophétiques avec la prophétie de Michée, afin de la rendre compatible avec sa mission et son destin.

Voilà qui permet d'expliquer en partie la haine tenace que lui ont vouée de son vivant les Pharisiens, leur insistance hystérique auprès de Ponce Pilate afin qu'il fût crucifié et la poursuite de cette haine depuis deux mille ans, puisque le Talmud lui réserve le triste sort de bouillir en enfer dans une marmite d'excréments ! Gittin 57a. dit que "Jésus est dans l'enfer, bouillant dans des excréments chauds ".

Une quatrième région, l'Idumée, semble avoir été peuplée par des populations présentées comme était de même origine que les Hébreux. Or, les Iduméens ont toujours été de féroces ennemis de la Judée, bien qu'aucun texte historique fiable ne renseigne sur les causes de cette haine. Ils ont d'ailleurs participé à l'invasion de Jérusalem par Nabuchodonosor et ont fait partie, avec des Samaritains, des Galiléens et d'autres peuples voisins, des immigrants venus occuper les places laissées vides par les exilés à Babylone. Les ancêtres du roi iduméen Hérode n'ont tous été convertis de force qu'au deuxième siècle avant notre ère, après une défaite devant les guerriers du roi hasmonéen Jean Hyrcan 1er. Ce fut la première conversion d'une province et d'une population entière au judaïsme.

En conclusion, les quatre provinces qui composaient l'ère géographique dans laquelle a évolué l'histoire de la Judée antique n'ont à aucun moment constitué un territoire politiquement et psychologiquement uni, les Judéens ayant toujours détesté et méprisé cordialement les habitants des trois autres provinces. Quant à la composition ethnique de ces provinces, elle ressemble à celle de tous les autres peuples de la terre - elle est le résultat d'un mélange de populations et d'un brassage que l'obsession de la pureté génétique née dans la petite Judée n'a pas pu empêcher de se produire dans la réalité, même si le virus de la pureté raciale est demeuré actif dans les cervelles.

6 - Population de la Judée

Les Judéens originels n'étaient nullement attachés à leur terre. Des familles nombreuses, un pays pauvre, sans agriculture, sans commerce, sans industrie - surtout avant l'époque hellénistique - ont favorisé dès les temps les plus anciens une émigration de masse en direction notamment de l'Egypte et de la Syrie. D'ailleurs, à l'époque, le livre de la Genèse n'était pas rédigé, si bien que les Judéens n'ont appris qu'après le retour des émigrés de Babylone, et lorsque le prêtre Esdras leur eut lu l'ensemble des rouleaux de la Thora rédigés durant l'exil, qu'ils étaient propriétaires de ce confetti de terre par la grâce d'un miraculeux décret issu d'un bureau des hypothèques surnaturel, délivré en rêve à un ancêtre dont ils n'avaient jamais entendu parler jusqu'alors. "Quand le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde; et voici, ce fut une fournaise fumante, et des flammes passèrent entre les animaux partagés. En ce jour-là, l'Eternel fit alliance avec Abraham." (Gn 15, 17-18)


Voir X - La chimère du grand Israël

Durant la période hellénistique, la ville égyptienne d'Alexandrie n'était pratiquement peuplée que de juifs. Seule la période du règne de Josias avait représenté une époque de stabilité et de prospérité et avait bénéficié d'une émigration de Samaritains qui avaient préféré la fuite en direction de Juda plutôt que la déportation en Babylonie.

Nabuchodonosor, lui, n'avait pas vidé la Judée de tous ses habitants comme Sargon II l'avait fait pour la Samarie. En revanche, il y eut, à côté de l'exil imposé au roi, à sa cour et à l'ensemble des notables, une importante émigration de confort: "Comme le bruit se répand parmi les communautés dispersées que la situation à Babylone est bien meilleure qu'en Judée, beaucoup viennent même rejoindre volontairement les premiers déportés" écrit Jacques Attali. (5 )

Il précise qu' "aux artisans, techniciens, hauts fonctionnaires militaires et civils du début s'ajoutent maintenant des commerçants, des artisans, des agriculteurs, des pêcheurs, des maçons venus participer à tous les travaux lancés par le monarque." Et il ajoute: "Ils s'y comptent vite en centaines de milliers", sans craindre l'exagération, tellement il a à coeur de démontrer la vitalité et l'intelligence des membres de sa communauté. (6 )

Il s'étend d'ailleurs complaisamment sur les délices de la vie à Babylone et sur les fortunes accumulées par certains, alors que, dans le même temps, le prophète Ezéchiel se lamentait et dénonçait les perfides "bergers" d'Israël, qui "s'engraissaient eux-mêmes et n'engraissaient pas le troupeau". Ils "ne guérissaient pas les malades et n'allaient pas à la recherche des égarés" ajoute-t-il. Ézéchiel promettait à son peuple que son Dieu "rassemblerait le troupeau dispersé et le ramènerait dans leur pays et les ferait paître sur les montagnes d'Israël." Mais le "troupeau", rétif, estimait que les pâturages mésopotamiens étaient nettement plus gras et plus appétissants que ceux de l'aride Judée.

C'est ainsi que la majorité des Judéens n'avaient pas du tout envie d'être ramenés dans leur pays aride et pauvre et n'a pas considéré que "l'or des Babyloniens" était "une souillure" (Ez. 7,19-20) . Ils ont donc fait la sourde oreille aux injonctions du prophète Sophonie, qui clamait que les deux métaux précieux que sont l'or et l'argent "ne peuvent sauver l'homme" (So. 1,18) et ils ont si bien apprécié l'exil à Babylone, que très peu d'entre sont revenus dans la province ruinée après la promulgation de l'édit de Cyrus. "Les Juifs créent leur propres banques et se font payer en bétail, en bijoux, en esclaves, en revenus du sol. Certains deviennent très riches (Néhémie 7-67-69) et sont admis à la cour du roi Nabuchodonosor", se félicite Attali.(7 )

Dans son ouvrage sous-titré Histoire économique du peuple juif, ce premier dirigeant de BERD (La Banque européenne pour la reconstruction et le développement, créée en 1991) - fonction de laquelle il a d'ailleurs été remercié à la suite de dépenses somptuaires et d'un train de vie pharaonique aux frais de l'institution - cet ex-dirigeant de la BERD, dis-je, présente une sorte de "légende dorée" flatteuse et mythologique des relations que les Juifs ont entretenues à travers les âges, et entretiennent aujourd'hui encore, avec le commerce de l'argent, donc avec la banque, et avec l'accumulation des richesses. L'auteur ne va-t-il pas jusqu'à écrire: "Peuple élu, ses richesses n'ont de sens que si elles contribuent à la richesse de tous les autres. (...) Toute richesse doit être partagée avec le reste du monde"? Voilà, n'est-ce pas, un programme alléchant dont on guette avec impatience, depuis deux mille ans, la plus petite ombre de commencement de mise en oeuvre.

Néanmoins, cet ouvrage est important en ce qu'il un des rares rédigé en français qui ose théoriser les rapports entre le judaïsme, l'argent et le rôle de la diaspora, bien à l'abri de son statut de membre éminent de la communauté qu'il décrit: "D'abord, la richesse reste bienvenue. Dieu, auteur de tous les biens a donné la terre aux hommes pour qu'ils la mettent en valeur et en fassent leur patrimoine commun. En particulier l'argent, machine à transformer le sacré en profane, à libérer des contraintes, à canaliser la violence, à organiser la solidarité (entre juifs), à faire face aux exigences des non-juifs, constitue un excellent moyen de servir Dieu. (...) Devenir riche est le signe d'un devoir divin." (8 )

Ces quelques lignes, qui s'appliquent parfaitement à la situation politique actuelle, suffisent à comprendre l'abîme psychologique, source de tous les malentendus et de tous les conflits entre la mentalité des communautés juives baignant dans la psychologie talmudique décrite ci-dessus, et majoritairement installées durant des siècles au milieu de sociétés chrétiennes pour lesquelles, au contraire, c'était la pauvreté qui était le moyen le plus approprié de servir Dieu. Servir Dieu en cherchant à devenir riche pour les uns, servir Dieu en restant pauvre, pour les autres? Le choc des mentalités était inévitable.

"Je vous le dis, il est plus aisé pour un chameau d'entrer par le trou d'une aiguille, que pour un riche d'entrer dans le royaume de Dieu." Mt 19, 24
"C'est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit." Mt 6, 25-32

Il est difficile de se faire une idée précise de l'importance de la population dans ces provinces du temps d'Esdras et de Néhémie, les grands épurateurs de Galiléens, de Samaritains et d'Iduméens, lors de leur retour de Babylone, c'est-à-dire à l'époque charnière dans l'histoire de ce peuple, lorsque fut imposé le corpus de la Thora et où fut introduite la notion d'alliance gagée sur la possession d'un territoire.


Voir V - La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire

En effet, tous les chiffres fournis par le texte biblique ou par les historiens juifs qui reprennent les chiffres trouvés dans les ouvrages de Flavius Josèphe, sont fantaisistes et nettement exagérés. Or, six siècles après l'émigration des fameuses foules de "centaines de milliers" vers la Babylonie qu'annonce Attali, il faudra attendre le grand bâtisseur que fut le roi iduméen Hérode le Grand, né en -73, pour que la capitale de la Judée connût, durant quelques années seulement, une prospérité, des embellissements et un prestige semblables à ceux des autres grandes cités du bassin méditerranéen.

Ainsi, du temps d'Hérode le grand - c'est-à-dire au meilleur de son développement - Ernest Renan estime que la population permanente de Jérusalem se situe entre 40 000 et 60 000 habitants, soit l'équivalent de petites villes comme Alençon ou Montauban. Jérusalem, capitale d'une province ex-centrée de l'empire romain, faisait pâle figure à côté de la capitale de l'empire qui, à cette époque, dépassait déjà le million d'habitants. La capitale de la Judée n'était une ville grouillante qu'au moment des grands pèlerinages et pouvait alors compter, durant une courte période, jusqu'à un demi-million et plus de pèlerins. C'est la raison pour laquelle Hérode avait imaginé de construire une gigantesque esplanade devant le temple, afin d'accueillir la foule des émigrés qui affluait de toutes les villes du bassin de la Méditerranée au moment des grandes fêtes religieuses.

Attali, lui, dans l'ouvrage cité ci-dessus et se référant à l'Encyclopaedia judaica, estime à sept millions la population juive dans le monde à cette époque, dont deux millions dans l'ensemble de la Palestine, un million à Rome et le reste réparti sur le pourtour de la Méditerranée. Compte tenu de l'état de l'économie de la province et en recoupant ces données avec celles fournies par les sources non juives, si on enlève un zéro à ces chiffres, on ne doit pas être loin de la réalité. Wikipedia évalue à huit mille le nombre de juifs vivant à Rome du temps de l'empereur Auguste, né en 63 avant notre ère. [(9 ) Mais certains historiens modernes avancent le chiffre de trente mille. Ce chiffre semble plus vraisemblable.

7 - Emigration juive dans les villes du bassin de la Méditerranée

"Ils ont touché toute ville, il ne serait pas facile de trouver un endroit de la terre qui n'ait pas reçu cette tribu et n'ait pas été dominé par elle." Cette inscription grecque de Strabon, datant du premier siècle et citée par Renan (t.V, p.225), montre que l'omniprésence de Judéens dans tous les grands centres des bords de la Méditerranée est un fait établi bien avant la destruction du temple et l'interdiction de résider à Jérusalem, interdiction qui ne touchait qu'une toute petite proportion de la population totale. La Syrie tout entière était à moitié juive écrivait Philon (In Flacc., §7) et les Juifs y jouissaient des mêmes droits que la population autochotone. Mais le prosélytisme était tel que Flavius Josèphe se réjouissait de ce que "toutes les femmes de Damas étaient juives" (in Contre Apion, II, XX,2).

C'était également le cas à Rome: Ovide se moque des femmes converties à la religion juive: il conseille aux séducteurs d'assister aux cérémonies juives où elles se rendent en grand nombre: "Nec te praetereat [...] culta Iudaeo septima sacra Syro." (Ovide, Ars amatoria, 1, 75-76) : "Ne laisse pas échapper les cérémonies du septième jour célébrées par le juif syrien", sous-entendant que c'était un lieu propice pour les rencontres.

Les affirmations dénonçant l'importance numérique des Juifs sont certainement exagérées compte tenu de ce qu'on sait de la population d'origine. Mais le nombre ne fait pas le pouvoir et l'influence. Or, la Rome de l'époque était le centre du monde et son pouvoir d'attraction pourrait se comparer à celui de Wall Street ou de la City aujoud'hui, car ce sont les réseaux d'influence qui créent l'impression d'omniprésence. Il suffit, en effet, de se référer à la situation actuelle aux Etats-Unis ou en Europe pour mieux comprendre la situation qui a prévalu à Rome. Les Européens n'ont-ils pas découvert avec stupeur qu'un "Parlement juif européen" vient de voir le jour? Soutenu officiellement par le Conseil représentif des institutions juives de France, ce parlement confessionnel siège dans les murs mêmes du véritable Parlement européen. La presse est demeurée d'un mutisme remarquable sur la naissance de cet Ovni et son objectif. Un "peuple dominateur et sûr de lui" s'organiserait-il sur le territoire européen, pendant que dans une France qui ne compte que un pour cent de Juifs officiellement déclarés par rapport à l'ensemble de sa population, un organisme communautaire privé réussit l'exploit de convoquer chaque année l'ensemble de sa classe politique, gouvernement compris, à une sorte de cérémonie d'allégeance déguisée en repas convivial.

Or, des communautés juives nombreuses et organisées étaient présentes en Syrie, à Chypre, en Asie Mineure, en Grèce et dans les îles grecques, en Crète, en Cyrénaïque, en Crimée. "La sibylle d'Alexandrie représente Israël comme remplissant les terres et les mers" (Renan, t.V, p.224).

Le livre des Maccabées se fait l'écho de cette omniprésence:

" Lucius, consul des Romains, au roi Ptolémée, salut. Les ambassadeurs des Juifs, nos amis, sont venus vers nous, pour renouveler l'amitié et l'alliance antérieure, envoyés par Simon, prince des prêtres, et par le peuple des Juifs. Ils ont aussi apporté un bouclier d'or de mille mines. Il nous a donc plu d'écrire aux rois et aux contrées, pour qu'ils ne leur fassent aucun mal, qu'ils n'attaquent ni eux, ni leurs villes, ni leur pays, et qu'ils ne portent pas secours à ceux qui combattent contre eux. Or il nous a paru bon de recevoir d'eux le bouclier. Si donc quelques pervers de leurs pays se sont réfugiés chez vous, livrez-les à Simon; prince des prêtres, afin qu'il se venge d'eux selon sa loi. Les mêmes choses furent écrites au roi Démétrius, à Attale, à Ariarathès, à Arsacès, et dans toutes les contrées: à Lampsaque, aux Spartiates, à Délos, à Mynde, à Sicyone, en Carie, à Samos, en Pamphylie, en Lycie, à Alicarnasse, à Coos, à Side, à Aradon, à Rhodes, à Phasélis, à Gortyne, à Gnide, en Chypre et à Cyrène." (I Maccabée, 15,22)

La première attestation de l'existence de Juifs à Rome remonterait à 139 av. J.- C.. Mais à cette date leur immigration était vigoureusement combattue: "Le préteur força des Juifs, qui s'efforçaient de corrompre les moeurs romaines par l'introduction du culte de Jupiter Sabazius, à retourner chez eux." Les Romains peu curieux des divinités étrangères, confondaient Sabazios, divinité d'Asie Mineure avec Jahvé Sabaoth.

Mais l'ostracisme ne dura pas et les Juifs furent particulièrement nombreux à Rome à partir du temps d'Hérode : la guerre de 66 - 74, menée par Titus puis Vespasien, celle de 132 - 135 menée par Hadrien provoquèrent une affluence de prisonniers, d'esclaves ou d'émigrés volontaires. A Rome, les groupes de captifs juifs amenés par Pompée à la suite de la prise de Jérusalem et de la destruction du temple et destinés, comme il était d'usage, à figurer dans la cérémonie de son triomphe, furent rapidement affranchis.

Laborieux, patients, solidaires, habiles, les Juifs ont été appréciés de presque tous les gouvernants de l'antiquité, aussi bien des successeurs d'Alexandre du temps de la domination hellénistique que des empereurs romains qui leur ont longtemps accordé un statut privilégié. Ils formaient souvent une classe-tampon entre les dirigeants et le peuple. En revanche, et pour les raisons mêmes qui les faisaient apprécier par les maîtres, ils n'étaient pas aimés par les populations. C'est pourquoi la cohabitation des immigrants juifs avec les populations locales a toujours été houleuse. Evitant tout contact qui aurait permis une assimilation à la nation-hôte, ils n'entretenaient des relations qu'avec les dirigeants qu'ils servaient avec zèle. Ils s'adonnaient exclusivement à des activités commerciales, sources d'enrichissement rapide, comme on l'a vu théorisé par Jacques Attali. Mais ce comportement suscitait des jalousies tenaces et provoquait l'hostilité du peuple. "L'opinion universelle était qu'ils professaient une haine féroce contre celui qui n'était pas de leur secte." (Juvénal, Satires, XIV, 96-106)

C'est ainsi qu'à Alexandrie, à Antioche, en Asie Mineure, à Cyrène, à Damas et dans les villes non juives de Palestine - Césarée, Ascalon, Acre, Tyr - on a assisté à des violences et même de véritables guerres entre Juifs et non-juifs. Comme l'écrit prudemment Attali, "la fortune ne doit pas être foncière, car elle est alors trop visible, créatrice de jalousies, difficile à céder pour celui qui peut avoir à partir au plus vite. Aussi doit-elle rester fluide : le métal précieux est sa meilleure forme, la terre sa plus mauvaise. " (10 )

Les Romains étaient tolérants en matière de religion. Chaque groupe étranger vivait selon ses coutumes et sa religion et se trouvait regroupé dans ses propres quartiers qu'on appelait des collegia. Les synagogue jouaient le rôle de collegia et exerçaient une certaine juridiction sur leurs membres (voir Renan, t.V, p. 231). Mais il était interdit de pratiquer sa religion en dehors de son quartier. En fait, la synagogue intervenait uniquement dans les litiges qui pouvaient se régler à l'amiable, mais sur toutes les questions concernant l'ordre public, les communautés juives étaient soumises à la loi romaine.

Néanmoins, les Romains ont acccordé aux Juifs des privilèges exceptionnels. Même lorsqu'ils devinrent citoyens romains, ils étaient exemptés du service militaire - à cause de leur refus de combattre le jour du sabbat - et il était interdit de citer un Juif en justice ce jour-là. L'empereur Auguste faisait même retarder les distributions gratuites de blé lorsqu'elles tombaient le jour du sabbat. Ces privilèges exaspéraient les citoyens romains et le luxe ostentatoires de certains Juifs enrichis dans le commerce finirent par provoquer une haine féroce.

Très rapidement, les empereurs romains, notamment César et Auguste, interdirent les collegia, tout en maintenant les privilèges de la synagogue, laquelle pouvait librement disposer des fonds qu'elle récoltait. C'était pour les membres de cette communauté un grand honneur d'être désigné comme envoyé spécial, apostolus, afin de porter la caisse à Jérusalem. Cet argent était, dit Philon, "la base de la piété de la nation" (De monarchia, l.c.) Mais les envois d'argent que les communautés juives faisaient à Jérusalem - dons et rétributions diverses destinés à l'entretien matériel du culte - devinrent très vite la source de heurts avec l'autorité romaine.

Par extension, le nom fut donné aux douze apostoli - envoyés spéciaux - de Jésus chargés de prêcher la bonne nouvelle de sa parole - l'Évangile. C'est d'ailleurs à partir des synagogues que le christianisme a pris son élan et le Juif Saül, devenu Paul après sa conversion, courait de synagogue en synagogue afin de récolter l'argent destiné à l'entretien des "saints de Jérusalem", c'est-à-dire des premières communautés chrétiennes composées des Juifs qui avaient entendu la "bonne nouvelle" - l'Evangile - et avaient accepté la "nouvelle loi".

L'affaire des caisses juives est restée célèbre en raison de la plaidoirie - Pro Flacco - que prononça Cicéron en défense de son ami Pomponius Flaccus, gouverneur d'Asie, lequel fit confisquer les caisses juives en Asie mineure en -59. "Tous les ans, de l'or était régulièrement exporté à Jérusalem pour le compte des Juifs, d'Italie et de toutes nos provinces. Flaccus prohiba par édit les sorties d'or d'Asie. Qui donc, juges, pourrait ne pas l'approuver sincèrement? L'exportation de l'or, plus d'une fois auparavant, et particulièrement sous mon consulat, a été condamnée par le Sénat de la façon la plus rigoureuse. S'opposer à cette superstition barbare a été le fait d'une juste sévérité, et dédaigner pour le bien de l'État, cette multitude de Juifs, parfois déchaînés dans nos réunions, un acte de haute dignité. " (Cicéron, Pro Flacco)

On a là un bel effet de manche d'habile avocat, qui évoque d'une manière grandiloquente le "bien de l'Etat" oubliant de préciser que Flaccus s'est purement et simplement approprié cet argent, qu'il était également accusé de diverses autres escroqueries et de détournements de fonds et qu'en l'espèce les Juifs avaient bien raison de protester.

Les expatriés juifs ne se contentaient pas de se livrer à un lucratif commerce et à organiser leur vie d'une manière quasiment autonome autour des synagogues, protégés, à l'origine, par les lois romaines qui leur avaient accordé l'isonomie. On remarquera que l'actuel Etat d'Israël, lui, la refuse à ses minorités et notamment aux Palestiniens.

Les immigrés juifs dans l'empire romain, et notamment à Rome, se livraient à un ardent prosélytisme. Renan explique finement les conditions politiques favorables qui ont permis, à la religion judaïque de se développer et de faire tache d'huile dans l'empire romain: "Une révolution profonde se faisait dans les sentiments religieux du monde antique. Le paganisme gréco-latin devenait insipide. On cherchait de toutes part un aliment au besoin de croire et d'aimer que la vieille mythologie ne satisfaisait plus." (Renan, t. V, p.243C'est ainsi que se développèrent dans l'empire des cultes préfigurateurs du monothéisme - cultes d'Isis, de Mithra ou de Sérapis. Dans cette atmosphère de ferveur et de recherche spirituelle, le judaïsme rencontra, lui aussi, un succès considérable et provoqua une énorme masse de convertis, notamment de femmes - les hommes se contentant souvent du titre "d'amis du judaïsme". Ils rechigaient à se livrer à la circoncision, acte particulièrement repoussant pour un Grec ou un Romain de l'époque.

Loin des pratiques rituelles rigoureuses imposées par les Pharisiens en Judée, ces nouveaux convertis au judaïsme, augmentés de la masse des "craignant Dieu" non circoncis, comme on les appelait, étaient séduits par l'idée de l'adoration d'un Eternel invisible et incorporel, beaucoup plus spirituel que la rigoureuse religion nationale romaine. C'est dans ce milieu de Juifs, qui n'avaient évidemment aucun rapport avec le patrimoine génétique des immigrés judéens, que se développa le christianisme. Ultérieurement, les lois romaines réprimèrent durement aussi bien le judaïsme que le christianisme naissant, entre lesquels les Romains ne faisaient pas de différence, lorsqu'ils eurent l'impression que le fanatisme religieux de ces "sectes" mettait en péril l'esprit et la stabilité politique et sociale d'un empire romain viscéralement étranger à toute propagande et à tout prosélytisme religieux.

Dès lors, comment ne pas se gausser de la prétendue homogénéité génétique "découverte" aujourd'hui entre "tous les Juifs" qui auraient émigré en direction de la capitale de l'empire romain, après avoir été "chassés" de leur pays par les méchants Romains et qui, après avoir fait un petit stage à Rome, auraient repris leur élan migrateur et se seraint disséminé dans le monde entier? (Voir ci-dessus).

Il est dommage que, afin de réfuter la thèse sacrilège de Shomo Sand, les sionistes aient mis sur pied un scénario pseudo scientifique aussi absurde et aussi aisément démenti par l'histoire de la région.

Il est convient, en outre, de rappeler qu'une importante diaspora de Samaritains existait également à Rome. Mais les deux groupes ne se mélangeaient pas, chacun avait ses propres synagogues car, même en exil, la même haine qu'en Palestine continuait à en faire des ennemis irréductibles.

8 - Bernard Lazare et son "Histoire de l'antisémitisme"

Personne n'a mieux que Bernard Lazare (1865-1903) expliqué les causes de l'antisémitisme dans son ouvrage : L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, P., éd. Léon Chailley, 1894.

Bernard Lazare

Ce journaliste, écrivain, dramaturge, défenseur acharné de la première heure de Dreyfus fut le premier utilisateur de l'exclamation "J'accuse" dans un article. L'expression a été reprise, avec quel succès, par un Emile Zola qui a oublié d'en reconnaître la paternité à l'homme de coeur qui a consacré sa trop courte vie à se lancer le premier dans le combat pour la vérité et à essayer de comprendre le destin de la tribu à laquelle il se rattachait par son père.

Avant d'entreprendre, dans le prochain texte, un grand voyage en direction des plaines asiatiques, je donne la parole à cet esprit généreux et lucide, militant anarchiste qui, après l'épreuve d'un montage mensonger et d'une crapulerie qui déchaînèrent un antisémitisme virulent dont fut victime le capitaine Alfred Dreyfus, s'engagea corps et âme dans sa défense, devint un nationaliste juif, et soutint même un temps un Theodor Herzl, qui se révéla plus antisémite, s'il se peut, que les pires antisémites non juifs, mais finit par prendre ses distances avec lui.

Une expérience particulièrement révélatrice du degré de fanatisme anti-juif de M. Herzl a été organisée dans les rues de Tel-Aviv: un journaliste lisait à des jeunes gens et à des jeunes filles arrêtés au hasard dans la rue, des phrases prononcées par cet homme, auquel les sionistes dressent un piédestal, et leur demandait d'en citer l'auteur. TOUS répondirent HITLER. Or, ces paroles particulièrement repoussantes bien dignes, en effet, du Führer allemand, avaient été prononcées par M. Theodor HERZL, le "père" d'Israël, un des fondateurs du sionisme.Puis la camera prit un petit recul et un gigantesque portrait du célèbre barbu est apparu sur la façade d'un immeuble. Seule une jeune fille courageuse, demanda avec indignation que cette vérité fût enseignée dans les écoles israéliennes. Tous les autres, incrédules, puis négateurs, refusèrent de déboulonner la statue et répondirent qu'il vaut mieux cacher la vérité! (11 ) "Les Juifs d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec leur patrie historique. Si les Juifs devaient y retourner un jour, ils s'apercevraient dès le lendemain qu'ils ont depuis longtemps cessé d'être un peuple", écrivait Theodor Herzl avant son revirement à cent quatre-vingts degrés. (12 )

Quant à Bernard Lazare, il ne renia jamais son ouvrage sur L'antisémitisme, son histoire et ses causes et, avant de mourir, il accepta expressément qu'il fût réédité. Son aspiration à la justice, à la vérité et à la liberté étaient plus fortes que les solidarités communautaires et les idéologies, fussent-elles sionistes.

"Partout où les Juifs, cessant d'être une nation prête à défendre sa liberté et son indépendance, se sont établis, partout s'est développé l'antisémitisme ou plutôt l'antijudaïsme. (...) Si cette hostilité, cette répugnance même, ne s'étaient exercées vis-à-vis des Juifs qu'en un temps et en un pays, il serait facile de démêler les causes restreintes de ces colères; mais cette race a été, au contraire, en butte à la haine de tous les peuples au milieu desquels elle s'est établie. Il faut donc, puisque les ennemis des Juifs appartenaient aux races les plus diverses, qu'ils vivaient dans des contrées fort éloignées les unes des autres, qu'ils étaient régis par des lois différentes, gouvernés par des principes opposés, qu'ils n'avaient ni les mêmes moeurs, ni les mêmes coutumes, qu'ils étaient animés d'esprits dissemblables ne leur permettant pas de juger également de toutes choses, il faut donc que les causes générales de l'antisémitisme aient toujours résidé en Israël même et non chez ceux qui le combattirent.  

(...)

Quelles vertus ou quels vices valurent au Juif cette universelle inimitié? Pourquoi fut-il tour à tour, et également, maltraité et haï par les Alexandrins et par les Romains, par les Persans et par les Arabes, par les Turcs et par les nations chrétiennes? Parce que partout, et jusqu'à nos jours, le Juif fut un être insociable. 

Pourquoi était-il insociable? Parce qu'il était exclusif, et son exclusivisme était à la fois politique et religieux, ou, pour mieux dire, il tenait à son culte politico-religieux, à sa loi."

Bernard Lazare précise bien, et c'est le point capital de sa démonstration, que l'insociabilité des Juifs avait et a toujours pour origine leur obéissance à un "culte politico-religieux", à une "loi" qui leur étaient propres. Or, la "loi" politique qui régit minutieusement la vie quotidienne et sociale de cette communauté est contenue, non pas seulement dans la Thora, mais principalement dans le Talmud, comme le démontre la suite de l'ouvrage de ce penseur à l'esprit ouvert et généreux.

A l'heure où l'Etat des anciens parias est devenu à son tour un cruel bourreau qui persécute et martyrise sans pitié un peuple tout entier au nom d'une mythologie dont on peut suivre la cristallisation, un homme aussi honnête et lucide, aurait probablement été désespéré de voir ce qu'est devenue l'idéologie à laquelle il a un temps adhéré.

*

Dans le prochain texte j'analyserai les conditions de la rédaction du Talmud et la manière dont a fonctionné le gouvernement central auquel il a donné naissance. Je montrerai comment ce gouvernement central a maintenu d'une poigne de fer l'unité psychique des groupes dispersés dans le monde entier en tissant un lien permanent entre eux et en empêchant toute tentative d'assimilation aux sociétés dans lesquelles vivaient ces communautés, comment le mouvement sioniste moderne est né et a prospéré sur ce terreau et comment il s'est développé en un puissant mouvement à la fois religieux et politique qui s'est concrétisé en une ruée de colons fanatisés en direction de la Palestine.

En même temps, j'essaierai d'éclairer quelque peu l'influence de deux mille ans d'incubation talmudique sur la création d'un arrière-monde collectif qui se heurte au mystère anthropologique de la volonté obstinée de la majorité de ce groupe humain de s'éprouver, aujourd'hui comme hier et certainement comme demain, séparé du reste de l'humanité et de provoquer, par son comportement, le rejet qu'il déplore en accusant le monde entier d'antisémitisme, tout en ne pouvant s'empêcher de le provoquer.

Notes

(1) Démenti à Shlomo Sand: le génome révèle que les deux branches de la diaspora juive sont parties d'Italie
restitution.be

(2) Jacques Attali, : "Les juifs ont toutes les raisons d'être fiers de cette partie de leur histoire", propos recueillis par Eric Conan denistouret.fr

(3) Frédéric Lewino, Civilisation : nous sommes tous des Arabes !
lepoint.fr

(4) Hédi Doukhar, Un tournant dans la bataille de Syrie
hedidh.blogspot.com

(5) Jacques Attali Les Juifs, le Monde et l'Argent. p.68, livre de poche

(6) Ibid., p.69

(7) Attali, Ibid., p. 69

(8) Attali, Ibid., p. 69

(9) fr.wikipedia.org

(10) Attali, Ibid.p.147

(11) Theodor Herzl, antisémite: Voir les vidéos :
soutien-palestine.blogspot.com

(12) Charles Zorgbibe, Theodor Herzl l'aventurier de la terre promise, p. 55

Bibliographie

Professor Abdel-Wahab Elmessiri:
The function of outsiders : weekly.ahram.org.eg
The kindness of strangers: weekly.ahram.org.eg
A chosen community, an exceptional burden : weekly.ahram.org.eg
A people like any other : weekly.ahram.org.eg
Learning about Zionism: weekly.ahram.org.eg

Mario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire, 2003, trad. Ed. Bayard 2008

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman,La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie, 2001,trad. Ed. Bayard 2002

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible, trad.Ed.Bayard 2006

Arno J. Mayer, De leurs socs, ils ont forgé des glaives, Histoire critique d'Israël, Fayard 2009

Ernest Renan, Histoire du peuple d'Israël, 5 tomes, Calmann-Lévy 1887

Bernard Lazare, L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, éd. Léon Chailley, 1894.

Douglas Reed, La Controverse de Sion

Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard 2008, coll. Champs Flammarion 2010

Avraham Burg, Vaincre Hitler : Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste, Fayard 2008

Ralph Schoenman, L'histoire cachée du sionisme, Selio 1988

Israël Shahak, Le Racisme de l'Etat d'Israël, Guy Authier, 1975

Karl Marx, Sur la question juive

SUN TZU, L'art de la guerre

Claude Klein, La démocratie d'Israël,1997

Jacques Attali: Les Juifs, le monde et l'argent, Histoire économique du peuple juif. Fayard, 2002

14 mars 2012
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr]