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Le petit Nicolas Sarkozy illustré - L'agonie d'une civilisation

1 - La loupe à l'œil
2 - Entre l'enclume de la démocratie et le marteau de la tyrannie
3 - Le regard du simianthropologue
4 - Qui est M. Sarkozy ?
5 - L'eau lustrale de la conscience universelle
6 - L'Europe à l'heure d'Hannibal
7 - La friandise de la vassalité
8 - L'infirmité de l'Europe et Israël
9 - Mange ta soupe, Europe, et tais-toi

Dernière minute

Le Conseil Constitutionnel et le droit international
Le " peuple juif " européen

1 - La loupe à l'oeil

Il y a vingt-cinq siècles que ce n'est plus à l'écoute des mémorialistes et des chroniqueurs que la postérité juge le rôle qu'un chef d'Etat, même éphémère a joué dans l'histoire de son temp. Mais, il ne suffit plus, désormais, de prendre le recul d'un Thucydide, d'un Tacite ou même d'un Montesquieu pour interpréter le déclin des nations et des empires, tellement le naufrage des civilisations emprunte maintenant des traits inconnus des peintres d'autrefois. Du coup, un décodage nouveau des évènements s'ouvre aux anthropologues et aux simianthropologues dont la discipline ne s'attarde pas à narrer les faits et gestes de tel acteur de passage sur la scène, mais à observer ce que l'engloutissement inexorable d'un continent a fait accomplir à tel ou tel illustrateur de Clio au cours d'une longue tragédie; car le véritable auteur du drame n'est plus tel ou tel homme d'Etat que les peuples auront placé un instant au timon des affaires, mais un régisseur tapi dans les souterrains et qui aura conduit le gigantesque attelage d'une civilisation dans un précipice longtemps inaperçu de tout le monde.

Certes, ce type de fauteurs d'un désastre mémorable n'est pas entièrement inconnu des peintres de fresques du passé. Tacite assiste d'acte en acte à l'effondrement de la puissance romaine, mais son regard embrasse une fatalité trop globale pour ne pas demeurer informe. L'heure n'avait pas sonné de porter un regard de l'extérieur sur la condition simiohumain tout entière et en tant que telle. Depuis le milieu du XIXe siècle, en revanche, l'Occident a commencé de disposer d'une science de l'animalité cérébralisée qui caractérise notre espèce. Cette école ne débarquera qu'au cours du XXIe siècle dans la méthode historique; mais depuis la parution de L'origine des espèces en 1859, elle mûrit de décennie en décennie dans les entrailles des peuples et des nations, tellement l'évolutionnisme devait fatalement conduire la science du passé à une pesée de l'encéphale du pithécanthrope et à un examen des modifications de son logiciel d'un millénaire à l'autre. Cette nécessité politique s'est subitement accélérée à partir de 1945, parce qu'un animal capable de s'anéantir à seulement appuyer sur un bouton se trouve inexorablement conduit à scruter, la loupe à l'œil, le grossissement imperceptible et de siècle en siècle de la boîte osseuse que ses ancêtres lui ont laissée en héritage. Il se trouve seulement que la balance à peser le peseur en retour demeure difficile à construire, parce que la mensuration du poids et du volume de notre matière grise ne nous renseigne pas sur son contenu.

C'est pourquoi la silhouette de M. Nicolas Sarkozy apparaît à chaque page du "Petit démagogue illustré", le nouveau manuel dans lequel l'agonie de la civilisation occidentale trouve les paradigmes de ses protagonistes et de ses fossoyeurs.

2 - Entre l'enclume de la démocratie et le marteau de la tyrannie 

Les paramètres psychobiologiques du trépas des civilisations changent sans cesse de nature et d'échiquier. Ce sont les mêmes codes d'interprétation qui ne cessent de bouleverser la signification du récit. On cherche la méthode qui fournirait ses lumières et son mode d'éclairage à des prémisses qui modifient constamment leur portée et leur calibre sous nos yeux. Il s'agit de décrypter le déclin de l'empire romain tel qu'il s'inscrit dans la postérité de Darwin et sur la rétine de M. Nicolas Sarkozy, parce que les décadences s'incarnent dans des acteurs microscopiques, mais en chair et en os.

On sait qu'aux yeux de tous les déchiffreurs du destin de la ville éternelle, l'esprit municipal des sénateurs n'était plus de taille à diriger le cyclope et que leur grain de raison attendait un maître qui substituerait les catastrophes qu'engendre la tyrannie aux désastres liés à la pauvreté cérébrale des peuples de la Liberté. Cette situation est celle de l'Europe actuelle. Si la minusculité intellectuelle des démocraties n'était devenue hégémonique, jamais un démagogue sautillant tel que Nicolas Sarkozy n'aurait pu se trouver élu Président de la République française. Il y a fallu l'alliance de la corruption généralisée d'une société à bout de souffle avec l'ignorance titanesque des affaires de la planète dont témoignent nécessairement les notables locaux. Mais l'impuissance du suffrage universel à recruter de vraies élites s'est étendue à un continent en attente d'Auguste, de Trajan, de Hadrien, de Marc-Aurèle et guetté dans les coulisses par Tibère, Caligula, Claude et Domitien. Du coup, seul le regard que le pithécanthropologue enseigne à porter sur le destin de la boîte osseuse de notre espèce se révèle en mesure de faire avancer parallèlement la science de la mémoire et la politologie mondiale.

Quand Pompée est revenu à Rome tout auréolé de l'éclat de ses victoires en Judée, l'esprit villageois du sénat s'est armé d'une carapace cérébrale dont chacun s'est fait un bouclier. L'identité collective d'un ego sénatorial impérieux et que Freud appellera le "surmoi" reprochait à Pompée un "ego surdimensionné", comme on dirait aujourd'hui. L'épaisseur de l'os frontal sous lequel les corps constitués cachent l'hypertrophie de leur orgueil exige de l'individu séparé du troupeau qu'il rentre la tête dans les épaules et se réduise à l'anonymat. Tout groupe simiohumain occupe son glorieux poitrail sous l'affichage vaniteux de sa toison sociale; le Sénat vassalisé chantait son propre sceptre sous l'apparat de l'institution auto-magnifiée qui faisait de tous un seul et majestueux blason.

3 - Le regard du simianthropologue

La même feinte s'est répétée d'instinct à la suite de l'assassinat de Jules César: Octave - le futur Auguste - à peine sorti de l'adolescence et richissime avait tenté d'apporter au Sénat d'une République subitement retrouvée le soutien des deux légions qu'il entretenait à grands frais et de les lancer dans le combat pour la résurrection d'une démocratie dont Cicéron symbolisait les espérances. Le peuple romain avait été humilié par le vainqueur des Gaules, disait le bel éphèbe. Jules César n'avait-il pas été autorisé par ses confrères jaunes d'envie à se présenter au Sénat avec une couronne de lauriers sur la tête? Mais les sénateurs n'ont pas manqué de traiter le jeune secouriste en quantité non moins négligeable que leur Pompée rentré dans le rang: Cicéron paiera de sa tête la sotte vanité d'une institution effrayée qu'on empiète sur ses prérogatives artificiellement revigorées par l'éclat d'un vertueux assassinat.

Le simianthropologue est un observateur des efforts pour se désembourber d'une espèce empêtrée dans un gâchis politique sans remède et auquel elle se trouve livrée de naissance. Aussi hisse-t-elle un dieu parfait dans les nues. Mais ce substitut d'un congénère qui se rendrait digne de la majesté de l'Etat romain demeure introuvable. Faute de mieux, les fiers républicains s'empressent bientôt à la cour de l'un des leurs et adorent leur divinité de remplacement, tellement la petitesse du simianthrope oscille entre deux abaissements qui lui sont congénitaux, celui que forgent les vanités collectives et celui que nourrit sa courtisanerie. Tacite voit la reptation des sénateurs aux genoux de leur Jupiter en miniature prendre la relève de leur anonymat prétentieux et vengeur. Mais que le pithécanthrope se fasse un bouclier de la coquille sous laquelle il se tient tapi ou qu'il volète autour d'une flammèche, il s'agit toujours de gagner quelque éclat et de retirer quelque profit des atours collectifs ou solitaires qui le fascinent tantôt dans l'ombre et tantôt en pleine lumière.

On voit que la grille de lecture de la pithécanthropologie ne réfute en rien la problématique traditionnelle des Tacite ou des Montesquieu - celle que tous les grands historiens du passé ont mise en évidence dans leurs analyses du naufrage des civilisations. On voit également que ce schéma s'applique de nos jours à une Europe que deux siècles de progrès de la psychologie, de l'anthropologie critique et de l'ethnologie ont instruite dans la postérité de Darwin. Mais, comme il est dit plus haut, les mêmes coordonnées changent de sens de se situer dans une autre anthropologie critique. Einstein soulignait qu'on ne réfute pas une proposition à la lumière du code de référence qui a conduit à la formuler.

4 - Qui est M. Sarkozy?

Il faut en prendre acte sans tergiverser: il est indubitable que, depuis la Grèce antique, l'histoire de l'avortement des démocraties nous rappelle que l'échange pur et simple d'un M. Hollande contre un M. Sarkozy à la tête de l'Etat ne résoudra en rien l'aporie de nature anthropologique que Platon a observée dans la République, celle de l'impossibilité de jamais sélectionner des chefs d'Etat de génie à l'école du peuple-roi, lequel ignore nécessairement les arcanes de la politique des nations. Qu'en sera-t-il donc de l'engloutissement politique inexorable du continent de Copernic et de Darwin? Car nul ne saurait découvrir la recette qui ouvrirait les yeux de la multitude; mais les tyrannies illustrent seulement l'autre face d'une espèce aux neurones ingouvernables, ce qui lui fait colloquer dans le ciel le chef d'Etat imaginaire que sa perfection vaporisera dans l'atmosphère.

On entend des journalistes expérimentés déclarer sans détour et sur le ton de l'indifférence blasée que M. Nicolas Sarkozy est un "excellent candidat et un mauvais président"; et pourtant personne ne prend le risque de traiter du problème psychobiologique que soulève ce constat, à savoir qu'il ne s'agira pas seulement de rappeler qu'un démagogue échouera toujours et nécessairement à diriger un Etat, mais qu'il faudra préciser, de surcroît, les causes simianthropologiques pour lesquelles il en est ainsi. Quelles sont les raisons d'origine parazoologique de l'échec inévitable de l'Europe politique? Certes l'incompatibilité est viscérale entre l'éducation, la formation, le tempérament, la tournure d'esprit, la culture et la vision du monde d'un démagogue d'un côté et celles d'un chef d'Etat de l'autre. Mais qu'en serait-il d'un dirigeant conscient des apories anthropologiques auxquelles la politique se heurte depuis la nuit des temps?

Pour que, pendant cinq ans, M. Nicolas Sarkozy ait pu apporter aux yeux du monde entier et de manière hallucinante la démonstration de ce qu'un chef d'Etat n'est pas, et pour que son exemple remplisse un album d'images qui enrichiront pendant des décennies la simianthropologie, il faut bien que l'effigie du véritable homme d'Etat présente quelques traits qui le rendent reconnaissable. Les repoussoirs criants sont plus instructifs que les demi-sels, tellement un seul spécimen hyper-significatif dans son ordre vous fournira une manne plus riche d'observations que vingt bâtards. Molière accumule sur un seul avare, mais paradigmatique à souhait tout ce qu'il a appris par l'observation de nombreux avares dessinés par les Plaute et les Pétrone.

Si le père Grandet de Balzac transporte enfin l'avarice de la comédie à la tragédie, M. Nicolas Sarkozy lui, figure l'archétype auquel nous devrons l'accès à la tension dramatique de l'aventure d'un petit démagogue subitement hissé à la tête d'un grand Etat. L'effarement d'un personnage de vaudeville malencontreusement véhiculé sur le théâtre du tragique illustrera une histoire du monde mal connue, celle qui révèlera que le démagogue n'est pas seulement un agité dont tout le génie se ramène à séduire une masse d'ignorants et de naïfs de bonne volonté, mais le témoin caricatural d'une civilisation à l'agonie - un personnage shakesperien. Mais ce constat ne nous conduira à la pesée des gènes et des neurones des vrais hommes d'Etat que si les descendants de Darwin prennent enfin le recul d'une anthropologie à l'égard des évadés de la zoologie.

- Comment peser les civilisations? (2) 26 février 2012

Lisez Yasmina Reza qui, dès 2007, a vu, de ses yeux vu Nicolas Sarkozy tomber des cintres sur les planches d'un théâtre inconnu et incompréhensible à son entendement: "Soudain il se lève, s'empare d'un petit meuble moderne insignifiant, moitié table de chevet qui se trouve près d'une fenêtre, et sans aucune raison va le poser contre le mur opposé. Puis il revient s'asseoir. Je dis, c'est fou ce que tu viens de faire. Il dit, ah bon?" (L'aube le soir ou la nuit, Flammarion 2007, p. 180)

Comment cet acteur terrifié aurait-il subitement changé d'interlocuteur dans sa tête, comment aurait-il soudainement renvoyé derrière le rideau les illusions qui servent d'herbage et de pâturage au suffrage universel, comment aurait-il pris à bras le corps l'histoire du trépas de l'Europe, celle que les Thucydide, les Tacite, les Montesquieu, les Cervantès, les Swift ou les Shakespeare ne lui ont pas racontée?

5 - L'eau lustrale de la conscience universelle

Sachez, les enfants, que notre astéroïde est désormais piloté par le mythe d'une liberté et d'une justice universelles, apprenez, les petits, que la reine chargée de guider cet évangile sur la terre est une certaine Blanche Neige que tous les peuples et toutes les nations du monde appellent maintenant la Démocratie. Il faut donc rien de moins que les ressources de l'esprit blagueur des Gaulois pour que ce peuple se joue à lui-même une comédie du bonheur de ce genre. On y raconte que, depuis 1958, le chef de cette heureuse nation dirige non seulement avec succès la politique étrangère du pays, mais qu'un appareil législatif lourd, coûteux et inutile assure sa félicité. On y voit les bancs déserts et les travées plus fréquentées d'une Assemblée nationale et d'un Sénat où des centaines de députés et de sénateurs expriment leur béatitude républicaine à ne briller que par leur absence. C'est qu'ils se trouvent allégés de la tâche de proposer des lois au pays, c'est qu'ils ne sont présents que pour épuiser le trésor public.

Savez-vous que les Etats-Unis ne disposent que d'un quart de l'immense réservoir de fantassins du législatif de la Gaule, alors que la population de l'empire du dollar s'élève au quintuple de celle des descendants de Vercingétorix ? Tout ce beau monde roule carrosse aux frais des citoyens, toute cette cour du peuple-roi fait vivre le mythe de la Liberté sur un grand pied. De plus, cette gigantesque fourmilière de théologiens de l'Egalité s'est lovée dans des cabinets capitonnés; et ce somptueux Versailles de la Fraternité nous renvoie aux rites et aux rubans des mandarins de la Chine du XIXe siècle. Sitôt qu'il en sent le prurit, le Mamamouchi de la France ordonne au gigantesque fantôme de République qui porte la livrée de la souveraineté du peuple de 1789 de déposer sur le bureau de l'Assemblée nationale et du Sénat un projet de loi, mais toujours seulement de circonstance.

Dès le lendemain, le texte législatif sera voté par l'écrasante majorité des épaules porteuses du fardeau des béatitudes électorales du pouvoir suprême. Une parodie de démocratie de ce genre n'est devenue possible qu'en raison de l'incapacité inhérente au suffrage populaire de tous les temps de jamais élire des représentants instruits à la haute école du pilotage d'une grande nation sur la scène du monde. Cette tragédie a été minutieusement décrite par Platon, comme il est rappelé ci-dessus - mais il suffit de rappeler comment Philippe de Macédoine s'est joué des délégués d'Athènes, parmi lesquels figurait Démosthène, pour retrouver tous les traits d'Israël face aux négociateurs du Fatah.

Ces Athéniens distingués, ces excellents orateurs sur l'Agora, ces enjoliveurs de la démocratie des Lettres et des Arts s'exclamaient à chaque bon mot du roi, saluaient son esprit de répartie, son génie de la synthèse et son exquise courtoisie - mais, à l'exemple de M. Olmert et de M. Netanyahou, le roi faisait traîner en longueur les prétendues négociations et les faux pourparlers avec ses hôtes. Non seulement ses conquêtes antérieurs devaient lui demeurer acquises, mais également celles qui tomberont dans son escarcelle au cours du débat. C'est que les élus du peuple n'ont pas la trempe requise pour croiser le fer avec des chefs d'Etat - ils transportent seulement les recettes d'assemblée et les bavardages entre notables sur un pré qui leur est inconnu.

C'est pourquoi le chef d'un Etat porteur des procédures diplomatiques d'une démocratie n'est jamais qu'un fantoche ridicule sur une scène où toutes les démocraties puissantes du passé furent des empires. Comment préparer les candidats à l'exercice de la magistrature suprême si toutes les Athènes sont seulement à usage interne? Il y faudrait une méthode tellement coercitive qu'elle interdirait de baptiser un Sarkozy dans l'eau lustrale du suffrage universel. Mais, non seulement cette question de fond n'a pas progressé d'un pouce depuis l'antiquité grecque et romaine, mais elle se place désormais au cœur du nouveau mythe de la rédemption, celui qui met en scène une liberté verbifique et auto-messianisée par un évangélisme tout vocal. Voyons donc de plus près comment la démocratie sotériologisée par son propre encens fait flotter son étendard sur les glorieux tréteaux de la conscience universelle.

6 - L'Europe à l'heure d'Hannibal

Le scandale d'une déraison collective brodée en lettres d'or sur le drapeau de la raison elle-même n'est plus seulement celui des meneurs au petit pied qu'on voyait brandir l'effigie des Républiques d'autrefois; le vrai scandale est maintenant devenu le spectacle public de la conversion soudaine et évidemment simulée d'une classe politique de batteurs d'estrade tout époumonés à jouer le rôle de prêcheurs et de sermonnaires de la Liberté.

Que M. Nicolas Sarkozy demeure viscéralement étranger à l'arène de la politique internationale, cela s'est vu tout de suite. C'était, souvenez-vous, à l'occasion de sa première rencontre avec M. Poutine, dont il est revenu non point en homme d'Etat impressionné par l'étendue des responsabilités de son interlocuteur, mais en arriviste allègre et encore tout surpris de s'être assis un instant à la table où les empires se disputent le sceptre du monde à la force du poignet. Visiblement, ce n'était ni un successeur de Pierre le Grand ou de Catherine II qu'il avait rencontré, ni même un compagnon de route indispensable à la France sur la scène internationale, mais un interlocuteur parmi d'autres, devant lequel il ne s'agissait nullement d'afficher l'audace d'un néophyte désireux de s'instruire ou l'outrecuidance bien simulée d'un apprenti de la géopolitique, mais d'étaler une ignorance qui ne se doutait en rien des métaphores et des armes qui permettent aux grandes puissances de tracer leurs sillages entre les récifs de la mort.

Mais l'enfant mal élevé et l'ilote auquel il a fallu enseigner les usages du monde, est-ce lui ou bien l'Europe des offrandes parfumées à la démagogie? Est-ce lui ou bien la France mise sur la touche? Si les Etats sans tête du Vieux Monde tanguent et chavirent, si Rome, Paris, Berlin, Madrid ne savent sur quel pied danser, qu'en est-il du "problème de comportement" qu'évoquait la seconde femme de M. Sarkozy? Cet enfant issu d'un quartier difficile, dirait-on, c'est un Vieux Continent qui a perdu l'usage des bonnes manières, c'est un gamin qui porte son couteau à la bouche dans les dîners officiels, c'est un garnement se tord de rire dans le carrosse de la reine d'Angleterre, c'est un garçonnet qui tape familièrement sur l'épaule de tout le monde, c'est un chenapan qui chipe leur stylo à ses interlocuteurs de marque. Le quinquennat de M. Nicolas Sarkozy est un livre d'images ; un artiste de la bande dessinée aura un jour le génie d'en faire un traité de l'Europe sans gêne et un précieux aide-mémoire à l'usage des générations futures, parce que le suffrage universel d'une grande puissance européenne n'aurait jamais pu porter un ludion à l'Elysée si le vrai malade était seulement la bête de scène hissée pour quelques instants sur les tréteaux de la République française, mais une civilisation en décomposition. Non, jamais le peuple romain n'aurait élevé un histrion au consulat en lieu et place de Scipion l'Africain, jamais le Sénat n'aurait nommé un Nicolas Sarkozy à la tête des légions à l'heure d'Hannibal.

7 - La friandise de la vassalité 

Mais précisément, quel est le rôle que la scène internationale réserve à l'Europe et à la France d'aujourd'hui pour que cette effigie gesticulante ait pu prendre figure de paradigme de la mort politique d'un continent? Car enfin, cet acteur aux cent mimiques a trôné cinq ans durant au cœur d'une civilisation quadrillée par cinq cent garnisons d'un empire étranger incrustées sur son sol, cet acteur tour à tour hilare et grimaçant a replacé la France sous l'étendard des légions lovées sur le territoire de l'Europe.

De toute évidence M. Nicolas Sarkozy ignore que l'expansion économique et militaire de l'empire américain sur la planète du mythe démocratique n'est nullement le fruit d'une conjuration que piloterait un quarteron de comploteurs cachés dans les coulisses de la Maison Blanche, mais le fruit d'un grossissement implacable et inscrit dans les gènes de tous les empires depuis les Assyriens. Cette croissance inexorable progresse jusqu'au jour où un autre colosse atteint la taille cyclopéenne qui seule lui permettra de mettre un terme à l'élan planétaire du Titan d'en face. Mais qui le sait ? L'Europe est devenue un universel Sarkozy.

Le candide M. Gorbatchev l'ignorait, lui aussi, puisqu'il s'est laissé berner comme l'enfant de l'Elysée par les promesses solennelles de Washington de ne pas étendre son règne sur le territoire des ex-vassaux de l'empire soviétique; M. Medvedev s'est également laissé leurrer comme un benêt professeur de droit de Saint Petersburg - M. Barack Obama s'est fait un jeu de piéger gentiment ce naïf - voyez le gigantesque bouclier anti-missiles qu'il a installé au cœur de l'Europe asservie. Et maintenant un vrai chef d'Etat est de retour à Moscou, et maintenant l'Iran, à nouveau soutenu par le Kremlin, demandera au Vieux Continent de secouer le joug du César d'outre-Atlantique; et maintenant, un Bolivar de l'Europe rêvera d'unifier l'empire romain de Lisbonne à Vladivostok.

Mais ne vous attendez pas au naufrage de tous les petits Sarkozy de l'Europe: la servitude est le plat le plus succulent des déclins, la vassalité se déguste comme une friandise et M. Sarkozy aura lampé ce potage, M. Sarkozy l'aura puisé à la louche, M. Sarkozy l'aura bu à pleines rasades. Jamais il n'aura seulement jeté un regard sur les vraies cartes du jeu. Mais qui s'est exclamé sur le préau: "Mais c'est mon copain", à l'occasion de l'élection de M. Barack Obama à la Maison Blanche, sinon l'Europe entière prosternée devant le pacificateur, le délivreur du monde, le prix Nobel de la paix du vainqueur!

8 - L'infirmité de l'Europe et Israël 

Mais qu'en est-il de la corpulence ou des infirmités d'une Europe orpheline de ses Christophe Colomb? Sait-elle que la servitude et la petitesse d'esprit des nations s'apprennent et se désapprennent à l'école de leurs dignités et de leurs rangs, sait-elle que la vassalité d'un bambin égaré parmi les grands peut s'exprimer avec le plus parfait naturel, sait-elle que le talent des serveurs-nés de ne jamais choisir franchement leur camp et de s'épuiser seulement à conserver leur emploi à l'office leur permet de se targuer longtemps de l'estime et des grâces de leur maître?

Quel spectacle que celui de la France d'un ludion, quel spectacle que celui du faux géant de la Maison Blanche ficelé à Guantanamo, quel spectacle que celui d'un Gulliver américain ligoté sur le char du sionisme, quelle scène de théâtre que celle du Président de la République française suppliant le colosse sourd et muet de Washington d'accepter un dîner à Lilliput, quelle dérision qu'un enfantelet étonné de ce "refus de la main tendue", tandis que le nouveau maître du monde tentait d'inviter M. Chirac à sa table, parce que les hommes d'Etat respectent les échines redressées!

M. Nicolas Sarkozy voulait contenter "tout le monde et son père", comme disait La Fontaine, la France et l'Europe font de même. Mais ne vous y trompez pas, bien que M. Sarkozy se soit rendu au CRIF en chair et en os, ce n'est pas sa carcasse qui a permis d'étaler le pouvoir dont jouit la communauté juive de France de réduire en janvier la classe politique tout entière du pays à lui exprimer sa titanesque allégeance au grand jour. Seul, M. Bayrou ne s'est pas rendu au solennel rendez-vous annuel de la France avec Israël, seul il a boudé la cérémonie traditionnelle au cours de laquelle toute la classe dirigeante de la République affiche sa soumission au peuple biblique sous les yeux de la communauté internationale sidérée. Mais quel motif l'hérétique a-t-il prudemment allégué? Le communautarisme, dit-il, ne serait pas le fort de la laïcité. Langage précautionneux s'il en est, mais combien révélateur: s'il s'agissait effectivement de l'ethnie hébraïque, laquelle aurait mystérieusement conservé sa spécificité durant trois millénaires, il n'y aurait pas de raison qu'elle offrît un banquet à son hôte à chaque millésime. Sous des apparences trompeuses, c'est le vrai maître de maison qui honore ses fidèles serviteurs. Mais M. Bayrou a signé son arrêt de mort politique: jamais le peuple de Jahvé ne lui pardonnera son impiété. On ne refuse pas de s'asseoir à la table du souverain du monde. Mais, ici encore, demandez-vous qui est M. Bayrou? Ce n'est pas lui que nous voyons, c'est l'Europe.

9 - Mange ta soupe, Europe, et tais-toi

Que diraient les Swift, les Cervantès, les Molière d'une Europe dont Israël est devenu la voix? Assurément, ce serait un Hollande ou un Sarkozy en chair et en os qu'ils se verraient contraints de faire monter sur les planches, parce que les dramaturges n'ont pas le choix des squelettes qu'ils mettent en scène. Mais depuis quand l'écrivain de génie serait-il l'anatomiste de ses héros? Il appartient aux historiens de humer les odeurs de l'Histoire, aux géants de l'écriture de fouailler les entrailles d'une Europe à laquelle Israël a dit: "Mange ta soupe et tais-toi". Les ressources d'Eschyle et de Sophocle ne sont pas taries; demain, ils peindront l'effigie d'un fantôme qui s'appelait l'Europe.

J'ai évoqué plus haut un auteur de bande dessinée qui saurait que le vrai roi Lear ne joue pas le rôle d'un petit roi d'Angleterre, que le vrai Macbeth n'est pas un certain Monsieur Macbeth, que la vraie Antigone ne s'appelle pas Mademoiselle Antigone, que le vrai Sarkozy n'est pas celui qui figure sur sa carte d'identité. C'est l'Europe du trépas qui fait monter cet acteur sur la scène. Qui peindra la tragédie des funérailles d'une civilisation dont une bête de scène illustre le sépulcre, qui dira que ce porte-voix d'un mort n'est pas de chair et de sang, qui dira que Shakespeare s'amuse à doter d'un état civil le destin d'un continent, tellement les ossements de M. Nicolas Sarkozy, c'est l'Europe d'un cadavre qui échoue à seulement monter sur les plateaux du funèbre. Demain, la France de Shakespeare sera représentée par l'effigie d'un autre trépassé, un certain M. Hollande, qui mettra à son tour et année après année ses pas dans ceux du fossoyeur de la démocratie mondiale - Israël, le conquérant et le colonisateur de la Palestine.

La semaine prochaine j'observerai de plus près le spectre du Tamerlan biblique dont M. Sarkozy aura porté pour un lustre la vêture; et nous verrons bien si la cérémonie mortuaire est plus vraie au royaume des ombres éternelles que la carcasse qui se sera agitée un instant sous nos yeux.

Dernière minute

Le Conseil Constitutionnel et le droit international 

Ayant consacré deux analyses à réfuter la légitimité de la loi votée le 23 décembre 2011 par l'Assemblée nationale et par le Sénat sur le massacre des Arméniens en 1915, je dois à mes lecteurs un commentaire anthropologique de la décision du Conseil Constitutionnel d'invalider cette législation, mais, hélas, pour des raisons incohérentes et révélatrices de la décadence du droit dans l'agonie de la civilisation européenne.

- Le génocide arménien et la souveraineté du peuple français (2), 22 janvier 2012
- Le génocide arménien et la souveraineté du peuple français (1), 15 janvier 2012

Car, faute de courage politique, le Conseil Constitutionnel a seulement démontré à nouveaux frais qu'il sera impossible de jamais reconquérir la rigueur logique qui présidait à la science juridique des Romains sans un décodage du fonctionnement du cerveau religieux et théologique des Etats monothéistes, tellement le sacré se révèle la clé des lois rétroactives et de l'inculture juridique des déclins.

Si les lois pénales civilisées ne sont jamais rétroactives, la définition des délits et des crimes nouveaux et inconnus du législateur d'hier ne le sont évidemment pas davantage. C'est pourquoi Saint Paul, citoyen romain, soutient que le péché n' existait pas avant la promulgation de la loi divine, qui aurait fondé le juste et l'injuste, le bien et le mal, le vrai et le faux. Mais par la suite, et pendant des siècles, l'Eglise a voué à la damnation éternelle, donc aux rôtissoires infernales les nouveau-nés morts avant qu'on ait eu le temps de les plonger dans l'eau salvatrice du baptême et de la rédemption; et pendant des siècles également, les écrivains et les philosophes de l'antiquité grecque et romaine ont été damnés en raison de leur culpabilité pleine et entière, d'être nés avant la révélation du salut du genre humain. Ce n'était pas un malheur, mais une faute d'avoir raté l'effacement in extremis du péché originel, c'était un crime de n'avoir pas prévu qu'une divinité longtemps rancunière allait subitement changer son fusil d'épaule et se rendre miséricordieuse, mais en échange d'une repentance dispendieuse et sans fin ici bas.

Même si le massacre des Arméniens de 1915 obéissait à la définition postérieure du génocide élaborée par le tribunal de Nuremberg aux fins d'armer le vainqueur du glaive de la justice, la notion de "génocide" ne serait pas applicable à la Turquie de 1915. Sinon il faudrait traiter de génocides les guerres de religion, les croisades, la saint Barthelemy, les épurations staliniennes, la guerre d'Algérie et d'autres carnages de diverses natures; et le clergé international des Etats démocratiques serait en droit de mettre la France en demeure d'emprisonner les Français qui nieraient le "génocide" des Vendéens en 1793.

C'est pourquoi Ankara se trouve pleinement légitimé par le droit international de défendre non seulement l'identité et la dignité de la nation turque, mais le fondement même de la civilisation mondiale des Etats démocratiques; et c'est la Turquie qui se montre une civilisatrice de la science des lois à rejeter une stigmatisation para religieuse empruntée à l'esprit théologique du Moyen Age. La nature pénitentielle du débat est d'autant plus évidente qu'on demande à l'ex-empire ottoman de se purifier, donc de confesser le dogme et de se repentir publiquement de son hérésie.

Le Conseil Constitutionnel a suivi Pierre Nora et Robert Badinter qui ont, certes, raison de souligner qu'aucun Etat ne jouit des prérogatives sacrées d'un législateur mondial du péché, que le Parlement français a usurpé les droits d'une autorité dogmatique universelle et enfin qu'il n'est pas habilité à porter atteinte motu proprio à la liberté d'expression qui me permet, merci bien, d'écrire ces lignes sans craindre le bûcher. Mais leurs arguments passent outre à la fois à la logique interne dont la science juridique mondiale se veut l'expression depuis la Loi des douze tables et au fondement anthropologique de la question de droit, qui fait de la non-rétroactivité des lois pénales l'âme de tous les Etats civilisés. On me dira que les mythologies religieuses donnent aux croyances le pas sur les verdicts de la raison. Mais précisément, pourquoi défendre les droits de la pensée démonstrative à l'aide des armes qui permettent aux Eglises d'asséner leur autorité? Les astronomes n'ont jamais défendu l'autorité Copernic au nom du dogme géocentriste, mais seulement avec leur télescope.

Une fois de plus, le Conseil Constitutionnel aura obéi à un réflexe ecclésio-centriste enfoui dans l'inconscient théologique de notre culture: à l'entendre, les Etats puissants disposeraient du pouvoir de terrasser la liberté d'expression et la loi Gayssot serait légitimée par leur coalition. C'est violer ouvertement le droit international dont la Commission des droits de l'homme de l'ONU a tenu à rappeler la logique interne encore tout récemment, le 23 septembre 2011: la liberté d'expression est inaliénable et opposable à tout pouvoir temporel ou religieux. Si elle ne l'était pas, aucune religion n'existerait, puisque toutes les théologies allèguent des propositions irrationnelles par nature. C'est dire que le Conseil Constitutionnel de la nation de Descartes s'est également voulu un fossoyeur de toute la philosophie occidentale, qui soutient depuis vingt-cinq siècles le droit de la raison de réfuter des mythologies à l'école des faits.

Le "peuple juif" européen

La Knesset est composée de cent vingt-six députés. Une assemblée de cent vingt juifs européens auto-qualifiés de "peuple juif européen" a été autorisée par Strasbourg et par Bruxelles à siéger au sein du Parlement de l'Union afin d'y défendre exclusivement les intérêts politiques de l'Etat d'Israël.

C'est une histoire d'arroseur arrosé, parce que ces pseudo "députés" ne possèdent ni la citoyenneté israélienne, ni une citoyenneté européenne qu'on proclamerait transcendante à toutes celles des Etats et dont la spécificité serait de légaliser un sionisme continental. Mais la caractéristique principale de cette assemblée serait de se proclamer elle-même apatride, ce qui ne pourrait, à terme, que contraindre les démocraties européennes à encadrer clairement l'identité politique de ces défenseurs d'un Etat étranger. Espérons que l'obligation juridique du Vieux Monde de légiférer de manière inévitablement discriminatoire en l'espèce sera évitée par le retrait pur et simple du "peuple sioniste européen" de l'Assemblée de Strasbourg.

Le 4 mars 2012
Manuel de Diéguez
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr


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