Epson Stylus Fantasticus

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Dans un futur extrêmement lointain, en 2021, le monde unifié sous le gouvernement de Epson Stylus Fantasticus a réglé tous les problèmes d'un seul coup.

Ayant constaté que 8119 avait raison, c'est à dire que si on devait attendre que les bonnes solutions cousent par magie, au gré des révolutions, un tissu systémique viable, il n'y aurait plus âme qui vive sur cette planète depuis longtemps. On décida donc d'abolir les frontières, le système monétaire stupide, et l'impropre principe du commerce.

On s'était rendus compte que le système injuste ne pouvait s'empêcher, périodiquement, de mettre des fous à la tête des états, et qu'il suffisait qu'un seul s'assoit sur le bouton rouge pour provoquer le suicide nucléaire de l'humanité. La probabilité que cela finisse par arriver était de un pour un.
Il n'y avait qu'un seul bouton sur lequel appuyer.

Cette idée ne fit frémir personne car évidemment c'est là l'aboutissement de toute science ; Ça se trouve, l'univers entier a été créé en n'ayant plus à appuyer que sur un seul bouton. Et finalement on se dit que nos problèmes pouvaient certainement se voir résolus de la même manière.

Déjà, les fous précédents ont rendus inhabitables de nombreuses régions de la planète, telles que l'Irak, l'Afghanistan, le Japon, l'Europe centrale, là où la radioactivité provoquée par une irresponsabilité obstinément avide de profits, que ce soit au moyen de guerres d'accaparement autant que par simple malchance, avaient condamné ces zones pour cinq cent mille ans, ce que la nature allait désormais s'empresser de guérir en les inondant sous des océans.

Le point de rupture advint quand un épisode de Star Trek passa à la télé, tout d'un coup les gens se sont demandés comment vivaient les gens à bord du vaisseau spatial USS Enterprise.

Il apparu clairement que la science-fiction de la télé n'avait pas été capable de l'entrevoir dans toute sa splendeur, alors pourtant que ce modèle de micro-société facile à comprendre traçait les grandes lignes de ce qu'on nomma vite l'intelligence organisationnelle.

On vit même qu'il y avait réellement des vaisseaux cargos en bordure de système solaire regroupant plusieurs civilisations, qui vivaient en harmonie comme dans les bars cosmopolites à la Star Wars, et que le mode de gestion de société dominant chez les humains normaux de la galaxie ressemblait plus à un socialisme évolutif qu'aux choses affreuses auxquelles on avait pu assister sur Terre, dans les prémisses de ses premiers pas de primitifs.

Alors on décida d'abolir les politiciens, ce qui fit que les médias frénétiquement affabulatoires perdirent leurs repères et cessèrent de vouloir que le monde ressemble au peu qu'il sont capables d'en saisir. Du coup les industries virent se dégringoler le socle sur lequel ils purent bâtir leurs illusions, et soudain ça dégagea de la place pour réfléchir tranquillement aux solutions intelligentes.

Les regards se tournèrent vers ceux dont l'activité avait un impact négatif plutôt que vers ceux qui ne savent rien faire de leurs dix doigts et qui au moins ne font de mal à personne, et on s'interrogea sur le sens de la vie qui est comme un tourbillon où les valeurs s'inversent fréquemment.

Et soudain les belles constructions d'antan se mirent à vibrer de l'étrange sentiment qui se dégage des ruines des civilisations oubliées. Nous fumes contraints par l'objectivité d'admettre le bilan désastreux qui se dissimulait derrière des apparats de richesse devenus obsolètes, et que les araignées commençaient déjà à reconquérir.

On estima que l'activité humaine devait être utile et efficace, et qu'il fallait cesser les activités rituelles traditionnelles rabâchées sans raison depuis le moyen-âge, telles que les banques, les assurances, la finance, bref la moitié de ce qui occupait les humains en train de ramer dans la farine pour rien.

Juste avant de mourir un vendeur de photocopieuses trouva un nouveau filon qui l'emplit de joie, mais voyant que le temps allait lui manquer il décida in-extrémis d'en confier le chantier aux humains heureux et de bonne volonté, en libérant l'intégralité des brevets de sa collection privée.

Ainsi naquit l'Epson Stylus Fantasticus, une imprimante laser capable d'imprimer des billets à volonté, ce qui débloqua la situation et conforma les premières lois les plus basiques.

Toutes les comptabilités furent confiées à un super-ordinateur et chacun recevait son dû sur un compte informatique qui leur conférait des Droits mesurés avec précision de sorte qu'ils soient répartis de façon homogène et produisant un sentiment de justice qui soulagea tout le monde, à part quelques récalcitrants sans envergure, dont les voix se perdirent dans le néant.

On décida qu'il fallait laisser la nature en paix, et de toutes manières avec un système de rémunération dépendant strictement de l'utilité multivalente (à plusieurs échelles simultanément), les absurdes qui faisaient leur fortune en prélevant la faune et la flore et les minéraux ne virent plus l'intérêt de commettre ces saccages éhontés. Ils furent même capables d'avoir honte.

A la place on instaura des cercles de culture desquels jaillissaient tout ce dont nous avions besoin sans avoir à aller les confisquer à une nature enceinte de l'humanité.
On se demanda même comment en dix mille ans personne n'avait eu la patience de faire pousser des arbres au lieu d'aller couper ceux des autres.

Oh oui ça n'a pas été facile au début car on ne savait pas où on mettait les pieds et on n'avait pas tout de suite obtenu les technologies de génération et téléportation de la matière, on n'avait pas encore la photocopieuse 3D qui permet de générer tous les biens et matériaux qu'on veut, mais la vision de ce à quoi on échappa pu même faire préférer vivre humblement des cultures urbaines que d'épuiser une planète, dont on a vite constaté qu'elle était capable de penser, de sentir et de se rebiffer contre la brutalité inconsidérée.

En fin de compte on s'aperçut que l'inconséquence portait bien son nom, c'est à dire que rien n'était sans conséquence, et qu'il était futile et débile de se croire à l'abri en commettant un crime sans témoin, ou en se le cachant à soi-même, puisque personne n'est indépendant du reste du Cosmos.

Il avait donc fallu que les humains franchissent le pas vers l'inconnu, confortés par la seule logique implacable et l'irrationnel désir de vivre, au détriment du plus basique des matérialismes incapable de prendre en compte les notions philosophiques ou éthiques pourtant vitales.

Et soudain, comme à chaque fois qu'on fait cela, les solutions apparurent comme par magie et les portes s'ouvrirent devant nous. Les habitants des vaisseaux cargos environnants se virent autorisés à transférer leur technologie à cette civilisation frivole qui venait pour la première fois de manifester son désir de vivre dignement, au lieu de les considérer comme des concurrents qui leur feraient perdre leur minuscule préciosité.

On se rendit compte que l'énergie illimitée produite par les technologies secrètes de l'armée pouvaient avoir des applications aussi inconcevables que la création ex-nihilo de la matière. Grâce à des modèles génétiques stockés en mémoire on pouvait produire toutes sortes de protéines et de vitamines, et mettre à germer les plus belles graines dans une terre générée artificiellement et alimentées par un soleil naturel et gratuit, que personne ne pensa plus à privatiser.

On pu enfin comprendre ce qui rendait faisable de vivre dans un vaisseau spatial sphérique de six mille kilomètres de diamètre, qu'il n'était même pas besoin de recouvrir d'une cuirasse de métal.
On se rendit compte tout bêtement que les moyens d'agir découlaient des désirs puissants et jamais l'inverse, que l'esprit précédait la matière.

Il suffisait juste de mettre en place les rudiments des moyens qui permettaient aux honorables rêves de se réaliser pour qu'ils puissent s'ancrer dans la réalité.
C'est quand même extraordinaire que l'histoire et l'avenir de l'humanité ne puisse être rangés que dans la plus infime des catégories de ce qui semble existant : la plus impétueuse et fantastique des sciences-fictions.