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Un système qui fait rêver

Dans les épisodes précédents...

Nous avons vu que la monnaie, qui est un moyen de procéder au troc, pouvait être créée en abondance ex-nihilo à condition au préalable d'avoir régit les Droits qui avalisent l'accès aux biens. De ce fait les transactions ne pouvaient avoir lieu qu'en raison des Droits et non des seuls moyens, et inversement les moyens ne devaient plus être une raison en eux-mêmes pour justifier des transactions, sans au préalable avoir fait l'objet d'un droit mesuré et légitime.

Ce faisant, une fois qu'on a imaginé brièvement la mécanique d'attribution des Droits, on s'est rendus compte que le commerce en lui-même constituait une aberration dans la mesure où, si l'affectation des Droits procède de la justice, la main invisible du marché n'a plus lieu de soutenir à elle seule la charge de ce que les richesses soient équitablement redistribuées.

De ce fait, l'important pour la comptabilité qui assure la justice, est de mesurer uniquement le nombre d'heures de travail contenues dans chaque bien et service produit, et que d'en dégager un bénéfice ne sert plus à rien, puisque les salaires sont décidés de façon légale et globale.

Dans cette optique une entreprise qui produit des biens inutiles voit ses salaires diminuer indépendamment des ventes occasionnées, tandis qu'une entreprise qui produit des effets bénéfiques mais n'a aucune activité commerciale, comme la santé, l'éducation, (etc...) bénéficient de salaires garantis pour être toujours suffisants, sans avoir à s'inquiéter, et de tous les moyens utiles, sans avoir à faire des choix difficiles.

L'idée centrale qui se dégage de ce système est la non liquidité de l'argent, c'est à dire qu'il n'est plus besoin de prendre à un autre pour pouvoir posséder les moyens de mettre en oeuvre des activités jugées utiles, et qui ne rapportent pas.

De ce fait tous les biens sont vendus sans but lucratif et sans marge, c'est à dire à prix coûtant, car tout ce qui importe c'est de connaître leur vraie valeur, en terme d'heures de travail que ça a nécessité multiplié par la valeur de ces heures de travail.

Ainsi on possède des produits dont la valeur marchande est fiable, dans le sens où on peut s'y fier pour obtenir une quantification dans le cadre de répartition équitable.

Pour introduire un tel système au sein de l'existant nous avons proposé que les chaînes de production travaillant à prix coûtant et distribuant des produit au prix minimal, puissent, elles seules, bénéficier de salaires garantis systémiquement en fonction de leur utilité.

On s'est aperçus que l'utilité devait être estimée à la fois par la masse des ventes et ensuite pondérée par des notations de différents ordres, allant de ce qui est affectif à ce qui permet objectivement de produire de nouvelles richesses.

Car c'est bien là l'inconvénient du système du commerce qu'il faut résoudre, c'est de pouvoir voir plus loin que la simple transaction, en estimant les bienfaits ou les méfaits produits consécutivement à ces transactions, et faisant intervenir ces notions dans ce qui les justifie, et donc, les permet.

De cette manière, par les exemples qu'on a pris, une industrie qui produit des CD-ROM en plastique pouvaient être stoppée et remplacée avantageusement par un transport informatique de données, sans pour autant menacer l'emploi de ceux qui travaillent dans ces industries polluantes qu'on veut fermer, étant donné qu'il est juste qu'ils ne soient pas lésés par un soucis écologique.

De cette manière également, on ne se fie plus aux résultat commercial d'une activité pour juger son utilité, au contraire on juge de son utilité pour établir son résultat commercial. Cela permet, notamment, de rendre possible la gratuité des biens culturels, ce qui n'est pas rien.

De manière plus globale, avec l'exemple des robots qui remplacent une grande quantité des activités humaines, il est question de rendre cela possible en cassant le lien (la liquidité) entre le nombre et la qualité des heures travaillées et le nombre et la qualité des produits auxquels on a droit.

On s'est rendus compte en passant que, précisément, l'inanité du système actuel pouvait s'exprimer par le fait qu'il interdisait, depuis cinquante ans, l'apparition des voitures électriques et Dieu sait combien d'autres inventions, surtout dans le domaine de l'énergie.

Un article à lire sur ce sujet :
Si l'on pouvait copier la nourriture... ou la parabole qui tue

Par exemple une source d'énergie illimitée et gratuite, si elle constitue une grave menace à la prospérité au sein d'un système injuste (un non-système), dans le cadre d'un système pensé d'abord pour le bien de tous, constitue véritablement un progrès enviable qu'on est pressés de voir advenir.

En délestant la plupart des humains qui travaillent avec une très faible efficacité à ne rien faire d'autre que survivre au jour-le-jour de charges rendues inutiles, en baissant la journée de travail à trois ou quatre heures par jour, on ouvre la voie à énormément de temps consacré aux évolutions qui permettront de gagner encore plus d'efficacité et de rendement pour les heures travaillées, à l'innovation.
Pour pouvoir se fixer le but que le temps travaillé soit le plus utile et efficace possible, il aura fallu au préalable admettre la réalité de l'inanité du principe du commerce, de la concurrence, de l'appât du gain, et considéré l'économie comme un réseau que seule une gestion globale peut rendre fonctionnel.

On peut facilement dessiner une société consacrée aux jeux sociaux, aux activités ludiques (dont le principal intérêt est la prévention des maladies mentales) où voler ne servirait plus à rien, (où le vol d'argent ne peut plus être récompensé par l'accès aux biens qu'il permet), où accaparer des terres et détruire des écosystèmes serait non profitable, où tout le monde en tout lieu de la Terre bénéficierait du maximum de technologie, de science, de savoir possible et connu, sans aucune forme d'inégalité. La maladie serait supprimée et la gestion à long terme des ressources deviendrait la plus élémentaire des activités du système.

Bon.

Quand on parle de revenu de Vie, qui est une mesure libérale qui permet de sauver le système injuste de l'effondrement, et accessoirement de sauver la vie des gens, on parle sans le faire exprès de toutes les dispositions que j'ai exposées ici. Car une fois le premier pas franchi, on s'aperçoit qu'on a rompu le principe de liquidité de l'argent, et on s'aperçoit que les Droits sont en train de se concrétiser sous forme de moyens. Dès lors on s'aperçoit que les moyens ne sont plus suffisants pour justifier des activités non souhaitables, et on se sentira obligés d'instaurer la mécanique d'affectation des moyens. A partir de ce moment-là, on se dira que pour garantir une répartition équitable il faudra au préalable avoir su évaluer avec justesse la valeur de toutes choses, et que pour se faire il fait trier la valeur véritable en terme d'heure et de qualité du travail, de celle qui est constamment ajoutée pour faire des bénéfices tout au long d'une chaîne de production. Ce faisant, on aura besoin de garantir la continuité des salaires alors que les produits sont vendus sans marge bénéficiaire, ce qui obligera à fédérer et unifier les salaires avec des grilles conventionnelles, seules garantes d'une véritable équité entre les humains.

La différence entre les deux cheminements que je viens d'exposer se situe dans le fait que dans le second cas, celui qui semble être pris à l'aveuglette, comme souvent d'ailleurs, ces choix ne sont rendus raisonnables qu'une fois qu'on y est forcés par les événements, tandis que dans la première version où on commence dès le départ par avoir une vision globale du fonctionnement d'un système non injuste, il s'agit d'introduire dans le système actuel une viralité qui va permettre d'accélérer grandement le processus.

Car si on établi le système non injuste dès le départ tel qu'il ne pourra pas autrement être, on gagne un temps fou, et on s'évite une énorme quantité de souffrance ; Il faut bien comprendre que si on attend à chaque fois d'y être obligés et forcés pour passer à un système non injuste, le temps que cela prend occasionne énormément de souffrance.

On en arrive au point où on ose s'apercevoir que les économistes, aussi bien intentionnés soient-ils, doivent admettre que toute leur science est déjà obsolète.
On peut ainsi s'étonner de voir que les gens les plus crédibles sont ceux qui font le moins d'effort possible pour changer les choses, ou au contraire on peut se dire que vu les efforts incommensurables qu'il leur faut pour obtenir gain de cause sur 0,1 de la solution idéale, on n'est pas sortis de l'auberge.

Il est donc très important d'oublier tout ce qu'on sait à propos de l'économie, de l'argent, des mécaniques, des us et coutumes de l'économie, des dénominations de spécialistes, et des procédures habituelles et des institutions classiques.
Il ne sert à rien de savoir tout cela pour avoir une vision globale de ce à quoi doit ressembler un système non injuste, qui garanti la prospérité et la joie de vivre en tous lieux sans distinction.
Il faut franchir le pas directement, et ne pas attendre d'y être forcés. C'est un peu ça, la définition de la liberté, c'est quelque chose qui se situe en-deça du déterminisme, c'est la place qu'on se dégage ; Tout l'intérêt de savoir faire les bons choix, c'est de pouvoir se dégager une marge de manoeuvre qui s'appelle la liberté.

On peut bien sûr objecter que beaucoup de phénomènes psychosociaux sont greffés sur les constructions injustes contre lesquelles on doit se battre, que l'éveil du monde Arabe, qui a été flamboyant dans le passé et qui s'est endormi quelques siècles le temps pour l'occident de briller à son tour, alors qu'aujourd'hui c'est l'Orient qui inaugure sont nouvel âge d'or en essayant de rattraper ce à quoi elle n'a pas eu droit, tous ces mouvements d'ordre historiques peuvent être bouleversés par l'apparition un peu brutale d'un système non-injuste, étant donné que tout le monde serait sur un pied d'égalité.

Mais il faut mettre de côté ces phénomènes historiques et penser dès à présent à ce à quoi soit ressembler une "nation humaine", où les frontières ne sont plus là que pour désigner les langues parlées et rien d'autre que cela, et où, comme l'air, l'eau et les oiseaux migrateurs, la justice ne connaîtrait pas de frontières.

Le tableau d'ensemble qu'un système non injuste doit dessiner est celui d'une civilisation où il n'est plus question de concurrence entre les gens, les sociétés et les pays, mais de coopération dans l'optique que leur travail soit profitable pour tous, pas pour le plus grand nombre, mais pour absolument tout le monde.