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Nul n'est sensé ignorer la Voix

"Euh, madame le juge, et si le film que j'ai téléchargé illégalement il venait de passer à la télé mais que j'avais manqué le début, c'est dégueulasse parce que les autres ils l'ont vu !"

La raison pour laquelle ils oublient de prendre en compte le plus évident des bons sens lorsqu'ils adoptent des lois telles que celles qui interdisent d'accéder à des biens culturels, réside dans la capacité d'écoute de celui d'entre eux qui, par hasard, s'est retrouvé législateur de ces lois.

Car pour savoir entendre le plus évident des bons sens il faut au préalable avoir prit la peine de tendre l'oreille interne vers l'écoute de son moi profond.

Cet exercice volontaire n'est pas sans rapport avec un autre, dans la mesure où c'est le même muscle éthique qui est tendu :

C'est marrant comme les films vus au cinéma ne laissent pas du tout le même souvenir que les mêmes vu à la télé. J'ai toujours l'impression de n'avoir retenu que 1 à 10% du film au cinéma alors qu'à la télé j'entrevoie toute la portée musicale de la symbolique.
Ne rigolez pas il y a des études très concrètes qui ont montré que la lumière projetée et rebondissante sur un écran ne suscitait pas les mêmes émotions que la lumière jaillissante de la conversion d'un électron en photon dans l'espace angströmien de deux conducteurs d'une diode (entre autres).

Dans le premier cas nous aussi on se projette dans les personnages et dans le second on est éclairés par leur beauté. Les trouver beaux au cinéma constitue l'exercice de ce muscle tandis que devant la télé il n'a pas à être forcé.
C'est sans doute pour ça que le cinéma est un art.

C'est parce que cela conduit à devenir apte à exercer une vision anticipante, avide, volontaire et impliquée de la réalité, ce qui n'est pas donné au départ (de sa vie) et qui doit s'apprendre, et même en fait, doit être un acte volontaire et libre.

Car c'est ainsi qu'est l'évolution à partir d'un certain stade, au début le corps pousse tout seul, puis l'esprit est élancé, puis il doit allumer ses propres moteurs.

A partir de là il apparaît possible d'appliquer ce mouvement à soi-même et de pouvoir répondre à des questions qui n'osaient pas être posées (pour toute une gamme de raisons, de la plus entéléchique à la plus sacrilégienne).

On peut se demander comment font les voix qui nous guident pour anticiper avec une telle vivacité le moindre de nos faux-pas et nous prévenir avant même qu'on ait fini de penser à ce qu'on va faire. Parfois continuer une pensée semble couper la parole à quelque chose, et c'est là que se différencie celui qui a de l'oreille du sourd qui postillonne.
C'est parce que le cerveau met du temps à traduire dans notre langue, et avant ça dans la langue de notre corps, les pensées qui surgissent de notre âme adimensionnelle.

C'est de là qu'elles jaillissent et le cerveau, simple récepteur, retransmet son discours et les mets en oeuvre avec les moyens du bord, aussi pitoyables puisse ils être.

C'est pour ça qu'il faut savoir l'écouter et discuter et échanger avec elle ; les gens prompts à refuser le dialogue le sont aussi avec leur propre âme. Et dès lors ils ne sont plus que des pantins dont seule l'expérience à long terme ira enrichir leur âme, alors qu'un perfectionnement bien plus rapide est possible si on augmente les échanges qu'on peut avoir avec elle.

En fait on peut dire que le degrés d'évolution dépend exclusivement du nombre d'échanges occasionnés entre l'âme et le cerveau. Exécuter et ne pas répondre, ne constitue un dialogue qu'à un niveau très élémentaire. L'évolution a lieu quand même, mais c'est beaucoup plus lent.

Si on écoute plutôt ce qu'il y a avant l'apparition de la pensée, de la même manière qu'on peut entendre un bruit seulement après que quelqu'un nous ait demandé "tu as entendu ?", on observe un flux continu d'une voix monotone qui est complètement étrangère aux émotions, dans la mesure où elles ne s'expriment pas du tout de la même manière. Nous, corps humains on se fait arracher des larmes en raclant le fond de l'océan, on se fait chatouiller par des contresens signifiants, on entrevoit des espoirs puissants ou on auto-renforce notre détermination,
mais pour l'âme ces choses ne sont que des traductions de son activité.

C'est très intéressant de voir comme une traduction n'est pas moins réelle que la version originale, fut-elle binaire ou vibratoire, silencieuse et inattendue, autant que nos projections peuvent elles aussi être les traductions, donc l'extériorisation pour mieux les rendre visibles, de devoirs qui nous incombent, dont il s'agit de prendre conscience, et qui peuvent s'empiler au point qu'on ne sait plus où les mettre. C'est pour ça qu'il y a des gens aussi bloqués du cerveau, leur bureau mental est blindé à bloc de trucs à faire au point que plus personne ne peut y rentrer. Ils parlent et n'écoutent rien. (mais bon)

Le plus évident des bons sens s'acquiert comme on acquiert la plus propre et dépoussiérée des habitations, et comme on acquiert le plus pacifique et raisonnable des mondes : en faisant un choix libre, volontaire et plein d'audace.

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Ce fameux "nul n'est sensé ignorer la loi", que les sourds veulent associer à des lois injustifiables, provient du fait que nul n'est seul, nul n'est indépendant du monde, et nul n'est privé de la voix de la raison qui s'exprime de façon aussi infime qu'indicible, et qui indique, conseille, propose, et contreplaque les pensées rationnelles, dont le principal défaut est de ne faire référence qu'à ce qui est bêtement connu.
Les questions d'éthique ne se résolvent pas avec ce qui est connu, mais avec ce qui est ressenti, et peut-être un peu aussi avec ce qui sera connu un jour futur.

La plupart des erreurs commises dans le passé, dans l'histoire, ne sont pas analysées et regrettées comme elles doivent l'être. L'humain bêtement rationnel se contente de mémoriser ce qu'il faut ou ne faut pas faire, de dire "ceci est mal", parce que "ceci s'est avéré mal finalement", mais il, lui le sourd, n'émet pas le regret suffisant pour devenir capable d'anticiper ce qui dans le futur sera considéré comme "mal" alors que l'indicateur psychosocial, lui, n'en a aucune preuve et donc, ne le réprime pas.

Pourtant déjà à l'époque où "ceci n'était pas vu comme mal" la réprimande criait aux oreille des sourds de ne pas aimer, de ne pas trouver de goût et de saveur à ce qu'ils faisaient. Déjà à l'époque la voix silencieuse hurlait aux oreilles de ceux qui ne sont pas sensés ignorer la Voix.

L'évolution est une drôle de chose, elle ne cesse d'enseigner qui nous sommes, et donc, de nous écarter de ce que nous ne devons pas être. Elle nous dit ce qu'Un est.