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Un système ouvert

La principale critique du système commercial est qu'il divise le monde,
- entre d'une part ce qui est à l'intérieur de l'entreprise-société, où tout est prévu, planifié pour être le plus économique possible, le plus intelligent possible, le plus efficace, le plus utile, le plus beau, le plus merveilleux,
- et dès qu'on sort de cette arène, en fait dès qu'on change le cadre d'observation, on constate que tout est prévu pour être le plus cher possible, de la plus basse qualité possible, le plus fragile, le plus moche, le plus inutile, futile, débile, polluant,
(et souvent on s'interroge même de savoir les fabricants sont réellement des utilisateurs de leurs propres produits, ou si ils n'ont pas préféré attendre les retours de garantie pour faire office des tests qui auraient dû être préliminaires, vu que c'est moins cher de procéder ainsi).
En fait, aucun commercial n'agit envers ses clients comme il aimerait qu'on agisse envers lui.

Voilà le problème de ce monde.
Les gens sont capables du beau et du merveilleux, mais la structure « divisante » inverse la polarité et en fait de la laideur et du mortifère.

J'avais aussi fait cette comparaison avec la gente militaire, cadre à l'intérieur duquel on ne va pas demander aux gens de se débrouiller par eux-mêmes pour se procurer le matériel dont ils ont besoin, comme on le fait pourtant avec de nombreux corps de métiers, et comme on le fait finalement dans toute la société, où il faut se débrouiller pour avoir le droit de vivre, et où seuls les plus chanceux s'en sortent.
Cela n'est pas productif, efficace, fonctionnel de procéder ainsi, ni dans le cadre fermé d'un corps de policiers, ni dans le cadre ouvert de la société humaine. Cela n'a aucune utilité, et que des inconvénients. C'est beaucoup plus logique et utile de centraliser les besoins communs et de planifier la distribution des fournitures sur le long terme.

La question n'est pas de faire du monde une caserne ou une giga-entreprise, mais de s'attarder à réfléchir aux systèmes ouverts.

L'ensemble du monde est constitué de systèmes fermés à l'intérieur desquels on peut vivre, et ceux qui sont à l'extérieur de ces système fermés ne peuvent pas vivre. On leur dit qu'ils en ont le droit mais dans les faits c'est faux, ils n'en n'ont même pas le droit.

Si simplement ces systèmes étaient ouverts, c'est à dire que leurs objectifs coïncidaient avec les désirs des peuples, s'il ne trouvaient de satisfaction qu'en constatant un impact positif pour le monde, si le résultat de leur activité était plutôt exprimé en terme de bienfaits plutôt qu'en terme de chiffre d'affaire, et si leur devenir dépendait exclusivement de la volonté populaire, ces systèmes ouverts feraient de ce monde un endroit beaucoup plus habitable.

Mais comment exprimer le "bénéfice" ou l'apport d'une entreprise à la société, et comment faire dépendre son activité de la volonté populaire ?

C'est là l'enjeu de ce qui peut remplacer le capitalisme, à savoir le fait de devoir investir de sa poche ou de la poche des financiers pour créer une activité, qui n'a que le droit d'être rentable.

L'argent doit redevenir le simple moyen d'énumérer des valeurs, et non plus la raison d'un blocage qui empêche les choses de se faire.
Quand une activité est désirable, comme créer des centres pour occuper les jeunes, améliorer l'éducation, proposer la meilleure médecine à tout le monde sans distinction, faire des recherches scientifiques sur l'énergie ou des audits sur la pollution, toutes ces activités que personne ne financera jamais doivent pourtant exister.

La création monétaire doit se faire directement sur le compte de ces sociétés, sans aucune contrepartie ou attente, uniquement en fonction des résultats attendus et de la délibération du public.

Et en retour, le résultat de l'exercice de ces activités doit être évalué en fonction des apports positifs et des bienfaits produits, quels qu'ils soient.

Aucune des entreprises ne devrait avoir le droit de faire des bénéfices (car ainsi la finance serait rendue inutile), elles pourraient même fonctionner largement à perte tant que leur activité continuerait à être désirable.

Pour mesurer combien une entreprise est désirable il faut pouvoir comparer l'état de la société avant et après la mise en service de l'entreprise. Il faut que la différence montre un apport significatif, un progrès réel, des attentes comblées, et tout cela peut s'exprimer par le terme de l'efficacité du système à grande échelle.

L'efficacité du système met en rapport l'énergie dépensée et les résultats obtenus, en terme de qualité ou quantité.
Ce n'est pas comme ces coach de foot qui disent "il faut tout donner !", c'est plutôt un discours pragmatique qui dit "avec un meilleur levier, le même effort produit de meilleurs résultats".

La question au fond est de rendre possible la robotisation à outrance des tâches actuellement réalisées par des humains.
Ce faisant, à chaque fois que le système prit dans son ensemble gagne en efficacité, la journée de travail moyenne va en diminuant, et le niveau de vie moyen va en augmentant de façon homogène.

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De plus en plus d'initiatives apparaissent, sur la base de la coopérative, faisant des appels publics pour intéresser des citoyens à devenir des quote-part de ces entreprises naissantes, dans lesquelles elles auront un rôle actif sur ses choix. C'est une des nombreuses manières de faire du client un utilisateur, de confier les choix de société à une micro-démocratie, et ainsi de conférer au produit une identité pluraliste, publique, et non pas une chose qui serait née dans l'esprit tordu d'un actionnaire avide de profit.
Même la compta de ces sociétés est rendue publique, afin de justifier ses prix et ses choix. Cela permet de donner à ces produits une légitimité que les producteurs industriels ont largement perdu depuis longtemps, à force de se prendre pour des stars qui décident de ce que les gens mangent, consomment, achètent, ingèrent ou assimilent dans leur tête.

Cette mouvance est née des logiciels libres fabriqués par des associés inconnus qui découvrent le travail à un stade de son évolution et décident d'y apporter une petite pierre en fonction des besoins qui sont les leurs, et en gardant à l'esprit que cela doit aussi profiter aux autres. Ceci fait, le logiciel devient comme une propriété, c'est comme quand on nettoie et bichonne un objet, on se met à l'aimer. Et il en sera ainsi de toutes les oeuvres conçues par un public. Les gens seront bien plus investis émotionnellement dans le monde qui les entoure, dans la mesure où ils auront la possibilité d'influer sur leur devenir.

On peut très bien imaginer qu'une partie décisionnelle des activités industrielles soit confiée au public par des systèmes de votes, tout comme devraient l'être aussi les budgets des états.

Faire participer le public à ces choix stratégiques, non seulement l'implique dans le devenir de ces sociétés, non seulement ça leur confère une légitimité qu'aucune publicité ne pourra jamais leur permettre d'avoir, mais surtout c'est le meilleur moyen d'avoir un contrôle et une vision des entrailles de ces industries, dont on se doute bien qu'elles nous cachent toujours des choses, tant que c'est leur intérêt.

Un système ouvert s'exprime aussi par le fait que les entreprises ne sont aucunement en concurrence les unes avec les autres. Cette histoire de concurrence qui serait un moteur de l'innovation est une berlue. Si on permet aux utilisateurs d'avoir un impact réel sur l'évolution des produits, les progrès seront certainement bien plus significatifs, et depuis longtemps on aurait imposé les moteurs à eau ou à vapeur à la place des moteurs à explosion de pétrole dans une chambre munie d'un stupide piston !

Les professionnels diront évidemment que de nombreux choix stratégiques ne peuvent qu'être confiés à des professionnels, quand il faut avoir à l'esprit tout ce qui fait son métier. Mais si ces informations étaient disponibles, les gens ne sont pas bêtes non plus, cela les ferait devenir de meilleurs spécialistes, et surtout cela ouvrirait la voie à un nouveau job, le job qu'il faut faire quatre heures par jour de chez soi pour toucher son mois de salaire, et qui consiste à aller voter sur les décisions d'un certain nombre d'entreprises, qu'on peut choisir librement.

C'est une idée comme ça...

Surtout le fait que le système soit ouvert implique la fin du système des brevets, si on fonctionne sur le modèle des logiciels libres, et si les entreprises ne se considèrent plus en concurrence avec les autres, toutes les découvertes scientifiques dont elles profitent sont accessibles gratuitement, et toutes celles qu'elle produit sont mises à disposition de n'importe qui d'autre, qui ainsi possède une liberté beaucoup plus palpable de créer des nouvelles activités.
Et c'est normal qu'elles mettent leur trouvailles à disposition du public, puisque c'est précisément ça qui confère de la valeur à leur activité.

Eh oui, si on rêve de liberté de créer des activités professionnelles, il est logique de commencer par libérer tous les brevets. Les gens ont toujours des idées nouvelles, et c'est une question d'efficacité du système à grande échelle que de permettre à qui s'en sent capable de créer de nouvelles activités, sans aucune autre contrainte ou frein que celles qui seraient issues des motifs raisonnables. Je veux dire des motifs raisonnables dans la réalité, pas dans la fiction numéraire du système de l'argent.

Le but d'un système ouvert est que système prit dans son ensemble à grande échelle puisse bénéficier des mêmes avantages prolifiques qu'au sein d'une entreprise (florissante), dans cette mesure où tout est fait pour que tout aille pour le mieux, pour que tout marche bien, pour que la satisfaction du client soit maximale, et où les économies réalisées grâce à l'ingéniosité profitent en premier lieu à tout le monde, plutôt que exclusivement aux membres situés à l'intérieur du cadre de l'entreprise.

Dans aucune entreprise on accepterait de subir les dégradations, les désagréments, l'opacité, la mauvaise volonté, le fait de se faire arnaquer en permanence et les mensonges abusifs des messages publicitaires que ces mêmes entreprises font subir aux gens. Si ça se passait à l'intérieur des entreprises comme ce qu'elles font subir à leur entourage immédiat, rien ne marcherait et tout s'arrêterait.

C'est pourtant bien cela qui se passe dans le monde.
Les discours politiciens et libéraux ont l'air de s'imaginer que le monde se situe à l'intérieur de toutes les entreprises, et espèrent que cela va se généraliser, et pour se faire ils procèdent à des assemblages de plus en plus monstrueux de corporations multinationales, capables de rivaliser avec les états et de leur imposer leur politiques, quoi qu'aient été les choix des peuples au moment d'élire leurs gouvernements.

Mais en réalité l'ensemble du monde réel se situe à l'extérieur de tous ces systèmes fermés.
Si on les représente comme des boules dispersées sur une table, tous les interstices qui ne sont pris en charge par personne sont l'endroit réel où vivent les gens, tandis que si on veut pouvoir s'en sortir un peu, il faut se faire une place à l'intérieur d'un de ces systèmes fermés, et participer à ce qu'ils continue d'agir négativement sur le devenir de l'humanité.
(Et dès que l'heure a sonnée, on se précipite dehors pour respirer et se reconstruire)

La réflexion consiste donc à convertir l'ensemble de la société humaine en un réseau de système ouverts qui sont très communicants, très souples, contrôlés directement par les peuples qui ont un accès complet à toutes leurs entrailles, à toutes leurs décisions, et à confier la création monétaire qui permet la naissance de ces activités à des banques populaires (enfin faudra trouver un nom autre que celui de ma banque !) qui possèdent le droit (légitime) de battre monnaie pour des raisons qui sont jugées utiles ou intéressantes par les peuples qui votent.

Cette disposition justifie que l'intérêt de continuer une activité ne soit pas dépendante de sont chiffre d'affaire, ça peut être le gouffre que ça veut (puisque l'argent est gratuit en soi) tant qu'il est possible de constater un impact positif ou désiré par les peuples. C'est à dire tant que l'ensemble du réseau avalise et souhaite l'existence de cette activité.

Il faut sortir de paradigme hérité du moyen-âge des châteaux-forts que sont les entreprises commerciales pour passer à l'idée, qui possède au moins l'avantage d'être fonctionnelle, se penser le système social comme un réseau d'activités parfaitement ouvertes et communicantes, transparentes, légitimes, et réformables à volonté, sans que rien ne vienne freiner des choix faits par le public de la démocratie industrielle.
Ouais voilà c'est une bonne idée ce nom, une industrie de la démocratie.