111212 10 min

Psaume 111212 : La lumière du monde qui éclaire leurs visages

Quand j'avais dix ans, et toutes les fois où je me sentais en pleine possession du monde, j'ai pu développer des capacités possibles à qualifier de médiumniques, alors qu'en fait ce n'est qu'un simple et paisible sens de la déduction, qui ne s'exerce qu'à l'abri des interférences.

Je pouvais prévoir qui allait apparaître au coin des chemins, quand la balle allait passer par-dessus le mur de l'école, où allaient atterrir les avions en papier... et mieux encore je pouvais prédire les accidents, ou au contraire leur absence dans les situations périlleuses dans lesquelles on se lance, tels des militaires, quand on a dix ans. Sur la route des vacances, je pouvais dire à quelle heure on allait arriver, en tenant compte de toutes les variables habituelles. Mon émission favorite était la météo parce que c'était le seul endroit où on parlait du futur, et bien vite j'ai pu faire mes propres prévisions, parfois à six mois d'avance. Je disais s'il allait y avoir de la neige en hiver, sans hésitation, et les gens m'écoutaient.
Devant chez moi j'ai surpris une conversation entre un joueur de pétanque et un jeune militaire à la voix claire, qui lui répondait sans hésitation qui allait gagner les matches de foot.

A l'école il y avait des modes, j'avais remarqué que nos jeux avaient des périodes de quelques semaines, un coup un bloc de béton en hauteur était notre forteresse, un coup les garçons allaient jouer à la marelle et à la corde à sauter, puis pendant un temps on jouait à « chat-perché », aux voitures, puis aux billes, à peu près dans le même ordre chaque année de l'école primaire.

A dix ans c'est moi qui décidais des modes. Quand j'en avais assez du bloc de béton, je décidais qu'il était temps de relancer la mode des avions en papier, mais cette fois avec une approche d'ingénieur qui teste des nouvelles formes. Puis quand la cours était assaillie de papiers et les cahiers vidés de leurs feuilles, je partais jouer au voitures, tout seul sur un muret, et une semaine après tous les garçons jouaient aux voitures. Le muret étant embouteillé, j'arrivais avec un sac plein de billes, et la fascination excitait mes compères, qui amenèrent tous leurs billes. En quelques temps on pouvait voir des dizaines de groupes autour de trous creusés à coups de talon, essayant de rafler la mise. Il y avait toute une hiérarchie, avec l'hélice comme unité de base -1- on donnait une valeur à l'oeil de boeuf -2-, la goutte-d'eau -5-, la plomb-goutte-d'eau -10- la galactica -15-, la pirate (la plus chère, 20 !), sans compter les calots et l'ultime calot galactica-plomb-goutte-d'eau ! Au moins cinquante hélices !

En fait on répliquait des schémas existants taillés par des générations et des générations d'enfants, mêmes les comptines ou les chansons paillardes chantées les bus, étaient directement héritées des sommes d'enfants qu'il y avait eu avant nous, comme les comportements, les us et manières. Il fallait une seconde pour les apprendre, aussitôt le premier pied posé à l'école maternelle.
Les plus grands savaient, et avaient appris d'autres plus grands, qui depuis sont partis.
C'est au contact des autres enfants que se fait la plupart de l'éducation, dans le peu de temps qui nous est imparti pendant les récréations, bien plus qu'au contact des maîtres et des maîtresses, quoi que certains et certaines laissent de fortes empreintes.

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En fait, à ma naissance, à l'hôpital, j'étais toujours le premier à me réveiller et à clamer ma soif, suite à quoi tous les autres bébés se réveillaient et se mettaient à pleurer aussi !

En disant ce qui allait arriver, je n'étais que moyennement surpris de ne pas être cru, ni même quand j'avais auparavant fait la preuve que j'avais habituellement raison. Quelques amoureuses le savaient, mais je ne les aimais pas ! J'ai toujours pu deviner le futur, jusqu'à un certain degrés de précision, en disant ce qui allait casser, apparaître, ou comment une affaire allait se résoudre.
Vers vingts ans je voulais être graphiste et devancer les modes, mais je n'ai pas perduré dans ce business parce que les gens qui embauchent, eux, ne veulent rien d'autre que ce qui existe déjà.
D'ailleurs personne n'aime être le premier, sans doute parce qu'il faut se sentir capable de supporter cette tension. C'est l'apanage des grands-chefs. On m'a toujours appelé comme ça, aussi loin que je m'en souvienne. On me disait, chez moi, à l'école ou n'importe où : « Grand-Chef, est-ce que tu peux régler ce problème ? ». J'avais la voix haute et claire, et mes délibérations tombaient comme un coup de sabre.

Bien des gens ont tenté d'abimer ma confiance en moi, des amis, des ennemis, des gens qui voulaient aider, brimer, ou qui voulaient se croire les plus forts. On m'a même reproché de ne pas avoir prévenu de ce qui allait arriver alors que je le savais, autant qu'on a refusé de m'écouter quand une affaire allait mal tourner. Mais les faits eux, ont toujours été mes vrais amis ! Ils sont fidèles à l'idée que je m'en fais, et ils sont ponctuels et prompts à répondre à mes souhaits.

Je crois que l'illumination mystique qui m'a frôlé du bout de son gros doigt lumineux à mes vingt-huit ans avait pour objet de me conforter dans ma foi en moi, en me montrant, comme dans un spectacle de feux d'artifices, toutes les vérités de l'univers, tous les plans, tout l'existant, et à chaque nouvelle mise en relation, j'accélérais encore dans mon voyage aux confins du possible, me frayant des chemins où nul n'avais posé les pieds, ou en tous cas si peu de gens, qu'ensuite je pu les reconnaître d'office quand je les croisais dans ce monde.

La découverte heureuse d'un autre monde, une autre planète, plus avancée et plus raisonnable, plus logique, plus paisible et mieux organisée, ainsi qu'une part non négligeable de son savoir acquit très lentement et très méthodiquement, m'a également conforté et même décoincé concernant ce en quoi il était possible de croire. Personne ne sait, ou quand ils savent, si ils savent ce que je peux savoir, ils ne peuvent évidemment pas le dire, car ils ne peuvent pas être entendus. Si bien que ce qu'on découvre, on le découvre toujours pour la première fois, de toute l'humanité, au détriment de tout ce qui peut avoir été dit ou entendu.

Par ce que les mêmes lois engendrent les mêmes effets, les autres habitants de l'univers, de cette galaxie, de ce bras de notre galaxie et de l'amas d'étoiles de ce bras de notre galaxie, ont tous un corps, des jambes, des bras, une tête, une âme, un dieu, une société humaine, et une organisation sociale modelée par l'expérience et la science. Ils ont une foi en l'avenir et une discipline du présent. Ils ont du beau dans leur coeur, et des regrets pour leurs erreurs.

C'est quand même vachement rassurant, mais en même temps terrifiant. C'est ce que j'ai ressenti juste après le grand voyage, qui avait duré une dizaine d'étapes et environ sept jours complets, presque sans dormir, et presque sans cesser de rire (dire ça fait peur aux gens mais bon, un eurêka, c'est drôle !). J'avais pris soin de ne pas me retourner, ou quand je le faisais sans faire exprès, je n'obtenais plus d'autre information nouvelle, mais une grande charge de travail s'offrait à moi, tous les problèmes accouraient pour se voir résolus. Non il fallait faire dos à cette grande envie, et rester axé sur l'inconnu logé dans le silence. Je chargeais mon sac de provisions de vérité, qu'une fois retourné je pourrai aller appliquer, quitte à en oublier certains, je voulais d'abord tout visiter, ouvrir toutes les portes du Royaume. Mais une fois le grand tour accompli, on arrive d'où on est parti, le retournement est devant soi, et le spectacle est assez effarant.

Savoir tout ça, et assister au spectacle navrant d'humains qui se débattent dans des certitudes erronées qui les plongent dans un malheur sans cesse croissant, sans jamais, même par curiosité, expérimenter l'escabeau qui permet de se sortir des labyrinthes de leur raison étriquée, et surtout de voir la souffrance occasionnée à leur propre nature, au monde, à un Dieu qu'ils croient chérir alors qu'ils le feraient souffrir s'il était ce qu'ils croyaient, tout ça et bien plus encore, la souffrance ressentie par des être lointains, les distorsions causées dans l'ensemble des univers par seulement quelques hallucinés, et les conséquences mécaniques qui se préparent en retour dans le plus grand secret, tout ça était énorme. J'avais échangé une souffrance mutilante pour moi en une souffrance par compassion de bien plus grande envergure. Moi personnellement ça allait super bien, on est toujours contents de savoir, mais savoir comment la souffrance va s'abattre en retour à toutes les tromperies, sur des gens qui sont encore en train de rire de leurs méfaits, les dommages causés, la dureté et la cruauté de la leçon qu'ils vont se prendre... c'est presque inconcevable.
Et on a beau les prévenir, les guider, leur proposer des choix simplifiés au maximum, les inspirer, les faire rêver, c'est tellement difficile de percer la carapace de noirceur qu'ils se sont construite que ça ne peut qu'être un travail de très longue haleine.
J'ai toujours eu à faire advenir les choses.

Mais savoir aussi comme le monde peut être clément et magnanime envers celui qui se décide à Voir, et prend le résolution d'Etre, en fait, c'est le seul salut possible pour cette humanité.
Je veux bien croire que pas mal de monde, venant de nombreuses autres planètes, soient fascinés par la Terre. Une pareille biodiversité les extase, et une pareille destruction les surprend tout autant. Une pareille cécité mentale les effraie, mais un pareil chemin excite leur curiosité. Quelle force, quelle densité de déité faut-il pour se sortir de là !

Quand on s'en sortira, et que les voix seront unies, ils seront nombreux à applaudir à chaudes larmes la naissance d'une civilisation humaine.
Mais il est possible que ça n'arrive pas, et dans ce cas on regrettera seulement qu'une seule épreuve puisse être trop difficile pour le genre humain. C'est une chose trop terrible, pas seulement pour l'humanité qui a échoué, mais surtout pour tous ceux qui regardent. Il faut ne pas vouloir infliger ça au Cosmos.
Rien n'est impossible, rien n'a à être impossible.

Je sais, je vois, vous ne savez pas, vous ne voyez pas.
Les efforts à faire sont faibles, mais votre peur est trop grande.
Vous n'avez pas peur de votre paresse, mais vous avez peur des bonnes solutions.
Vous ne croyez pas qu'il existe d'autres mondes, mais le vôtre n'est pas précieux comme le diamant.
Vous n'écoutez pas ceux qui ont toujours raison, mais continuez de croire ceux qui se sont déjà moqués de vous.
Vous croyez ceux qui vous veulent du mal, sans vous demander si vous vous croyez vous-mêmes.
Vous vous joignez à ceux qui veulent empêcher l'évolution car cela vous donne des objectifs raisonnables.
Mais je vous dis en vérité !! le Juste est rarement dans le camp de ce que les autres croient et savent.
Ne croyez pas qu'un vrai être humain ferait ce que vous faites. Vous n'êtes pas un modèle pour l'idéal humain, vous en êtes loin. L'humilité que vous ne pouvez plus supporter, vous en avez besoin. Et la déité dont vous n'osez pas vous prétendre, vous la possédez. D'un seul geste de la main vous pouvez changer ce monde. Est-ce trop facile pour votre déité ? ou trop difficile pour votre humilité ?

Taisez-vous et écoutez,
ne parlez que pour prendre le risque d'être dans le vrai.