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Le dénominateur commun

Ne soyez pas liquides !

L'école de la résolution de problèmes dit que pour accéder à une solution, après avoir défini clairement les tensions qui provoquent ce qui indésiré (dit « le problème »), et, après avoir scruté tout ce qui entre en conjonction, il faut prendre du recul sur cela afin de déterminer ce que ces facteurs ont en commun.

Etablir une méthodologie c'est déjà structurer les données du « problème » en choses qui se recoupent, choses indésirées qui apparaissent, et commencer l'enquête qui permettra de trouver l'angle par lequel tout deviendra clair.

Dans cet article, Naomi Wolf détecte « la vérité choquante derrière la répression d'Occupy » (1 ). Après enquête si on écarte la thèse de la réaction spontanée et après avoir observé les coïncidences troublantes, on remonte jusqu'au dénominateur commun, que sont les intérêts financiers des élus qui ordonnent aux maires de lâcher leurs troupes, quitte à plonger le pays dans une guerre civile, mais sans que cette évidence ne frôle leurs yeux parce qu'ils sont obnubilés par l'art et la manière de faire taire ces protestataires.

Dans cet autre article, « Des révoltes arabo-berbères à l'indignation mondiale : un même combat » (2 ), après avoir retracé l'extraordinaire enchaînement de révolutions diverses qui ont fait de 2011 « l'année de la Révolution », une date qui saura enseignés aux enfants pour toujours, jusqu'en l'an 200 000 au moins, (et bien qu'omettant la brutale répression à Londres en août), on peut tracer les différents motifs, ceux qui sont conscients et possibles à dire, pour mieux cerner ceux qui sont indicibles quoi que plus pesants.
Dans l'ordre, ça a été : « Dégage ! », « Démocratie réelle », « Wall Street », et tout cela sur le fond du décors planté par quelqu'un dont l'activité après la mort a été à l'opposé de l'horreur qu'a été sa vie, de l'avenir qu'on lui avait dérobé, à savoir Mohamed Boazizi, nom que nous connaissons tous par coeur. Une statue sera érigée à son effigie.
Voilà un jeune prometteur, intelligent (étudiant en informatique, ce que chacun voit comme une panacée à notre époque), dont les rêves, l'espoir et enfin même ses tentatives de subsister ont été brisés brutalement par tout un Système, qui coordonne ses pions de façon à ne plus laisser aucune issue à ce qui est beau en l'être Humain.

Dans cet article (3 ) « La Guerre Des Monnaies » l'estimé auteur devise sur les devises, la cupidité que ces définitions engendrent, et les guerres qui découlent de cette cupidité infinie.

Quand je lis encore de très nombreux autres articles, je ne cesse d'être affolé par la vue ahurissante du dénominateur commun de tout cela, et je ne cesse de chercher les moyens de l'exprimer, car en vérité, la simplicité de la solution ne dit pas comment on y accède, or le plus important c'est de pratiquer ce chemin, beaucoup plus que de révéler tout de suite les solutions que l'évidence, la logique et la si respectueuse et honorable vérité suggèrent.

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Mais bon, reprenons.
Le dénominateur commun c'est le principe du commerce, érigé en système, par un dogmatisme inconséquent, hérité du moyen-âge.
Ça, c'est la définition unique ; aucune autre n'est acceptable.
Point, à la ligne !

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Quand on propose des solutions sans que les auditeurs n'aient auparavant fait l'effort de la chercher et d'en trouver d'autres aussi difficiles, le fait qu'ils n'arrivent pas à comprendre la Blague tient à ce qu'ils continuent d'évaluer la réalité avec des outils que précisément la Blague aura rendu caduques.
Sans leurs outils ils sont désarmés, et une fois en situation d'infériorité ils ont peur, et se ré-précipitent et s'accrochent autant qu'ils peuvent à leurs outils caduques, comme des fermiers qui brandissent leur fourche face à une attaque d'ovnis (c'est vraiment arrivé dans un passé lointain et ils ont dit qu'ils allaient revenir !).

Ces outils sont les définitions des mots qu'ils emploient, et ce qui est hérité du moyen-âge c'est de ne jamais avoir réfléchi aux très nombreuses significations que sont capables de revêtir ces mots, ni encore moins, une fois ceci connu, à la façon dont ils pourraient véritablement exprimer le fond de leur pensée, dans toute son entièreté et toute sa vérité. Et à force ils n'arrivent même plus à l'élucider, la connaître et même ne cherchent plus à la connaître. Ils deviennent des robots qui répètent toujours les mêmes choses, sans jamais pouvoir s'extraire de cette Caverne.

Rien que le fait de communiquer à peu près normalement reste de l'ordre du mensonge obligatoire, à cause de la pauvreté du langage.
Chaque mot est associé à des concepts, qui ne sont souvent que de vagues notions éparses à peine possibles à relier entre elles, et ces conceptions sont complètement confondues et collés à des jugements, qui eux-mêmes sont déterminés par l'environnement social auquel ils appartiennent, ou veulent appartenir dans le cas des psychopathes. Il n'y a que ça qui différencie les deux.

Si par exemple « la solution » impose par la logique qui en découle naturellement qu'il faille « centraliser » quelque chose, alors aussitôt « la solution » est abandonnée parce que « centraliser c'est mal ». C'est là qu'ils lèvent leurs fourches.
Et de tels Blocages, il y en a beaucoup. Tous les mots employés quasiment sont autant de blocages.

Pourtant le cerveau centralise toutes les activités du corps, donc c'est pas « mal ». A d'autres moments, on découvre que certaines parties du corps, le foie, l'estomac, les poumons, le sexe, le coeur, possèdent des réseaux de neurones qui sont considérés comme partie intégrante du cerveau, ce qui lui confère un caractère de « décentralisé »... et permet même de découvrir le fondement scientifique de certaines expressions populaires.

Et si on interroge les lois de mère nature pour lui demander comment elle s'est arrangée pour faire des trucs aussi compliqués et contradictoires, et pour que malgré cela tout puisse fonctionner en harmonie, sa réponse ne sera rien d'autre que ce que le chercheur aura été capable de découvrir par lui-même, quitte à ce qu'ils se goure complètement et induise toute une époque dans l'erreur et sa société dans le chaos, sans jamais émettre le moindre bronchement ou la moindre mise en garde, en tous cas pas à ceux qui ne veulent pas tendre l'oreille.

Pourtant, à sa manière et avec son langage, la nature dit que sa perfection et son harmonie auraient du mal à n'être que le fruit du hasard, et ne saurait ne poursuivre aucun objectif. Rien que cela devrait être suffisant pour transmettre le message d'amour élémentaire dont les Humains ont besoin pour ne pas se sentir dépourvus, et ne pas se faire de mal les uns aux autres.

Et sur le plan pratique, matériel et mécanique, son adage est celui de l'adaptation, l'auto-adaptation en fait, et même en fait on pourrait dire « la façon dont les outils naissent dépend autant de leur usage que de leurs fonctions ».

C'est à dire que la nature ne se dit pas si ceci est mal ou ceci est bien, elle se demande seulement si ceci est « approprié » ou s'il n'y a pas autre chose de plus approprié. Elle au moins, elle tient compte de l'ensemble de sont être avant de prendre une décision.

La nature ne dit pas « ceci sert à cela » et « ceci sert à telle autre chose », elle dit « voilà les moyens, trouvons ce qui est le plus adéquat ».
Elle n'a pas de blocages mentaux, elle.

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Alors donc, disais-je, quand je lis tous ces articles, je parle des bons parce que les mauvais je les refile aux psychanalystes pour leur donner encore un peu plus de boulot, je suis frappé par le dénominateur commun à tout ce qui ne va pas.
Oui, Tout.

Alors comme ça on ne peut rien obtenir sans le prendre à un autre ?
Quelqu'un peut-il dire Pourquoi devrait-il en être ainsi ?

Une mère va voir un Riche pour obtenir l'argent qui lui permettra de sauver son enfant malade : les riche répond « Le médecin ne veut pas le sauver pour des raisons qui lui appartiennent, donc cette affaire ne me concerne pas ». A qui faut-il prendre pour obtenir ? Plus la question devient urgente, plus les bonnes réponses s'éloignent.

Tout ce système est fondé sur l'idéologie du Troc. Chaque chose qu'on veut obtenir, il faut la prendre aux autres. Et en fait la raison pour laquelle on veut « obtenir » ces choses est justement dictée par le fait que tout ne soit que l'objet de trocs.
La question de savoir ce qui est « approprié » est complètement écrasée comme une fleur sous la roche par la question de savoir « à qui ça appartient ».

Ainsi donc si on s'en prend à cette notion fondamentale qu'est le troc, on démoli les raisons même de vouloir obtenir des choses.

Quelles sont les choses que l'humain veut vraiment obtenir ? Sont-elles matérielles et exclusives ? Le bonheur ne peut-il pas être partagé par tous ? Le bonheur naît-il de malheur des autres ?
Avoir fabriqué tout un système social qui produit l'effet selon lequel le bonheur ne peut que être prit aux autres, était-ce ce qui était voulu, était-ce nécessaire, était-ce intéressant, utile, fonctionnel, obligatoire ?

La science répond que si on désire obtenir un niveau supérieur d'Organisation, en terme de qualité et donc de connectique, de complexité, bref un modèle plus perfectionné de Système, comment dire... c'est comme passer du manège pour enfant à un avion de chasse, il n'est pas question de récupérer des pièces du premier pour passer au second. Même s'ils insistent pour conserver le cheval blanc et en faire le fauteuil de leur nouvel avion !
Il y aura bien « des trucs qui tournent » dans le nouvel avion, mais la référence à son ancêtre le « manège pour enfant » aura complètement disparue !

Sans avoir à s'aventurer dans sa mécanique, on sait déjà qu'un niveau supérieur d'organisation va signifier que le principe du troc ne sera utilisé que là où c'est vraiment strictement nécessaire qu'il le soit, et nulle part ailleurs.
Dès lors la question de celui qui vient juste de pénétrer dans ce nouveau Royaume est : « mais alors, quels sont les autres moyens ? ». Il peut même se demander « Quelles sont leur raison d'agir, si ce n'est pas pour déposséder autrui de façon continuelle ? ».

Et on connait aussi ce qui résulterait d'un niveau supérieur d'organisation : le fait que tout soit bien ordonné, les priorités bien définies, les moyens d'action bien orientés, les temps de décision énormément raccourcis, une plus grande homogénéité du niveau de vie et du niveau culturel, et enfin un investissement personnel dans la recherche du bien collectif éminemment renforcé et motivé.

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Le terme de « liquide » désigne la propriété prise par l'argent, et lorsque le troc est devenu du commerce (c'est à dire une volonté de vendre supérieure à la volonté d'acquérir), et lorsque ce commerce est devenu Système, c'est à dire fondement idéologique de toute une civilisation (dès lors vouée à se pulvériser elle-même), par laquelle y compris dans les plus lointains recoins de la psychologie « tout se prend », alors cet « argent » est devenu à la fois le centre, le moteur, et la justification de toutes les activités humaines, et de toutes les relations que les humains entretiennent les uns avec les autres.

Vouloir s'attaquer au principe du commerce c'est comme se positionner en ennemi de l'humanité, de tout ce qu'elle fait, tout ce qu'elle pense, ce qui la motive et qui la met en mouvement.

Le caractère liquide de toute cette civilisation est précisément ce qui promet sa noyade. C'est là qu'il convient de devenir Air (partout), Feu (qui se transmet) ou Terre (qui fait pousser). Mais par pitié ne soyez pas liquides, laissez ça à la logistique de transport de marchandises !

C'est justement parce que c'est très drôle d'oser faire cela qu'il faut le faire. C'est le meilleur endroit où être à l'abri du Système : quand on peut le définir, l'embrasser et le comprendre, c'est à dire s'en tenir bien à l'écart, et être pour lui la lumière, l'espoir et l'échappatoire à ses misères, ses souffrances et son inéluctable agonie.

(1) philum.info
(2) philum.info
(3) philum.info