La Renaissance arabe et l'avenir de la pensée mondiale (3)

19 min

Lettre aux intellectuels tunisiens

1 - Un christianisme à dos d'éléphant
2 - L'Etat du faux-savoir
3 - Les arrivistes de Dieu
4 - Une anthropologie spirituelle des trois monothéismes
5 - L'ambition spirituelle de la raison et l'anthropologie fondamentale
6 - Notre regard sur les faux dieux
7 - La cachette d'Allah
8 - Qu'est-ce qu'un dieu mort ?
9 - Les résurrecteurs
10 - Un itinéraire

1- Un christianisme à dos d'éléphant 

Puissent la faiblesse d'esprit et l'immoralité politique qui frappent de plein fouet la classe dirigeante française d'aujourd'hui accélérer le mûrissement, dans les profondeurs de notre nation et de la vôtre, de la question de savoir pourquoi tous les peuples de la terre se proclament à la fois les propriétaires et les serviteurs des dieux tartufiques qu'ils installent dans le vide du cosmos, alors que les personnages célestes censés camper hors de l'enceinte de leur crâne et dont ils se racontent l'histoire se révèlent des tueurs dociles à la morphologie et au tempérament que la géographie, le climat et les mœurs de l'endroit imposent à leurs récits sacrificiels. Et pourtant, au fond de leur cœur, les soumis les plus intelligents savent fort bien que l'existence ou l'inexistence hors de leur conque osseuse de leurs interlocuteurs meurtriers dépendent tantôt de l'effroi qui les contraint de les proclamer réels de peur de se voir roués de coups, tantôt de leur vaillance à les reconnaître pour fantomatiques par nature et par définition, donc pour physiquement inoffensifs.

Vous vous apprêtez à servir de guides spirituels aux théoriciens de la laïcité avortée de la France, parce que vous vous demandez maintenant avec insistance ce que signifie le verbe exister appliqué à celui qui, dans vos cœurs, vous parle de vos frères de Palestine. Chez nous, la question de l'agonie de notre prochain a débarqué dans la République en 1997, quand le pape Jean-Paul II s'est présenté couvert d'or et de pierreries dans les rues de notre capitale. Savez-vous qu'il nous a crié d'une voix de stentor: "France, qu'as-tu fait des promesses de ton baptême"? Et nous nous disions les uns aux autres: "Notre prochain paraderait-il sous la tiare de diamants de ce maharadja de la dévotion? Quelles sont les promesses d'un baptême roulant carrosse?" Or, l'appel à la foi que nous adressait ce souverain oriental avait rassemblé sur le pavé de Paris des foules plus nombreuses que celles de 1804, quand Napoléon avait promené Pie VII plusieurs mois durant dans la "Rome de la Liberté".

Rien ne s'était-il donc passé depuis 1789 dans les entrailles du verbe exister appliqué à des divinités? Savez-vous que le spectacle de notre souverain porteur des chamarrures de la sainteté a paru sacrilège à nos philosophes de la piété? Savez-vous que la religion des grands chambellans de la foi a provoqué un électrochoc tellement violent au sein des classes moyennes nées depuis un siècle de notre éducation rationnelle que nous nous sommes regardés avec incrédulité dans le rétroviseur de notre histoire? Savez-vous que c'est avec stupéfaction que nous avons découvert dans nos têtes le chemin vers nos semblables que la République de la raison nous a fait parcourir à notre insu dans notre tête ? Quel spectacle que celui d'un Pontifex maximus couvert de broderies et véhiculé sur la sella gestatoria des empereurs romains! Ce théâtre d'une foi apeurée par des raclées posthumes s'est révélé tellement blasphématoire que le catéchète à dos d'éléphant nous a renvoyés aux fastes et à la pompe du Moyen Age. Quel rendez-vous des cœurs avions-nous avec un Olympe aussi pompeux que celui de Jean Paul II, quels étaient les problèmes de conscience que nous posait depuis des années notre baptême en Palestine?

2 - L'Etat du faux-savoir

Cependant, l'heure n'avait pas encore sonné, pour la laïcité française, de s'enraciner dans une connaissance moins acéphale du genre humain et de retrouver la vocation élévatoire que notre raison du XVIIIe siècle avait fait connaître au monde. Nous avons été aidés dans notre conversion à la lucidité ascensionnelle de nos anciens philosophes par le fac-similé d'un Président de la République dont l'effigie se trouve encore partiellement en exercice parmi nous et qui a tenté de reprendre à son compte l'entreprise avortée de son prédécesseur de reconquérir d'un seul coup l'électorat catholique du pays. Mais impossible de rompre d'un coup de hache avec un demi-millénaire de la philosophie mondiale dans laquelle la France de l'esprit critique s'est illustrée. L'ambition politique de redonner à la nation née de la Révolution le rang de "fille aînée de l'Eglise" qu'elle n'avait affiché que sous les Capétiens s'est révélée si ridiculement d'un autre âge qu'elle a sombré dans un sacré grandguignolesque.

Et pourtant, ne croyez pas que l'Eglise catholique souffrit la première et le plus durement de cette mascarade; tout au contraire, la victime en fut notre république. Pourquoi se trouvait-elle si ridiculement décérébrée, estropiée et défigurée par notre laïcité tâtonnante? Pourquoi le spectacle le plus criant résidait-il maintenant dans l'étalage des armoiries de l'ignorance, de la sottise et de la vulgarité au sein de notre Etat démocratique?

Comprenez l' humiliation, pour les descendants des Diderot et des Voltaire, mais également des Pascal, notre incandescent du vide, d'une civilisation pseudo-rationalisée et rendue logicienne à titre épidermique seulement, comprenez l'abaissement d'une France tombée dans le chaos intellectuel. Quel théâtre que celui d'une inculture à laquelle nos caricatures scolaires de l'esprit religieux avaient conduit une raison demeurée si altière et si cohérente au XVIIIe siècle ! Les procès du chevalier de la Barre et de Calas avaient inspiré à nos philosophes une pénétration d'esprit nouvelle, une profondeur psychologique et un sens de l'histoire inconnus avant eux, mais également une charité trans-sacerdotale et qui disqualifiait la foi cléricalisée, privée de grandeur morale et stérile des monarques de nos dernières liturgies. Et maintenant, elles se sont éteintes, les Lumières qui avaient ennobli de vaillance les intelligences alors apeurées sous la férule de l'Eglise.

3 - Les arrivistes de Dieu

A l'occasion de son intronisation à la fonction traditionnelle de chanoine de Latran que Rome réservait depuis 1482 aux rois de France, M. Nicolas Sarkozy avait aggravé la maladie qui frappait notre laïcité étriquée. Quel Béotien d'une religion anoblie par ses témoins sommitaux, quel ilote qu'un Président étranger à l'âme élévatoire de la sainteté! A ce compte, les barbares, c'étaient nous. Pourquoi notre raison s'était-elle avilie, pourquoi notre citoyenneté était-elle devenue indigne de la foi brûlante des Jean de la Croix ou des François d'Assise?

M. Nicolas Sarkozy était un petit arriviste à la vue courte, mais aux dents longues. Sans l'aide que la presse corrompue de l'époque lui avait apportée et qui avait servi de marchepied à ses ambitions, jamais il n'aurait été porté par le peuple à la présidence de la République des Renan et des Victor Hugo. Aussi n'avait-il pas craint de comparer la ténacité et l'énergie du démagogue dont il avait fait preuve au cours de sa campagne présidentielle à ces mêmes qualités éminentes que Benoit XVI était censé avoir illustrées afin de se hisser, de son côté, sur les coussins de velours du trône de Saint Pierre. Puisque cette scène de Feydeau ou de Courteline s'est déroulée sous les yeux sidérés de la planète, puisse-t-elle jouer le rôle d'un déclic culturel au sein de votre élite politique. Mais vous êtes mieux placés à Tunis que nous à Paris pour nous dire pourquoi le cerveau d'Adam apprête des idoles à l'école des bouchers de son histoire; car les religions que se donne notre espèce recèlent sûrement les secrets anthropologiques de Caïn. L'Allah pensif qui germe dans vos têtes et dans vos cœurs nous éclairera sur les arcanes zoologiques du dédoublement cérébral dans lequel le langage a fait tomber notre espèce.

4 - Une anthropologie spirituelle des trois monothéismes

Voici, pour votre instruction les dernières nouvelles de l'histoire de l'encéphale de notre espèce. Si je vous expose rapidement les travaux les plus récents de nos philosophes - et cela dans l'état d'inachèvement où ils se trouvent - c'est afin de vous suggérer de conduire la raison de ce siècle vers les rivages riants, mais encore lointains, d'une connaissance du fonctionnement tant psychique que politique de nos trois dieux uniques et d'abord d'Allah. Je me sens encouragé à confier à votre génie naissant les espérances d'une raison que nous avons estropiée depuis 1905, parce que l'engagement solennel auquel vous avez souscrit et que j'ai rappelé plus haut vous conduit tout droit à situer la Palestine au cœur du combat politique de la planète de demain.

Mais pour cela, la Tunisie devra occuper le rang de la première démocratie musulmane dont la vocation pédagogique l'appellera à servir de guide spirituel à la pensée laïque mondiale; et ce combat d'une raison en marche, sachez que vous ne le gagnerez que si vous disposez d'une balance à peser l'âme et l'esprit de Jahvé, d'Allah et du dieu cloué sur une potence. Et pour cela, comment n'acquerriez-vous pas en tout premier lieu une connaissance proprement politique des vices de fabrication et de fonctionnement de Jahvé, d'une connaissance proprement politique du "corps spirituel" d'Allah, d'une connaissance proprement politique du dieu censé s'être incarné des chrétiens?

Je comprends votre effroi de vous précipiter dans une anthropologie grouillante de sacrilèges ascensionnels, mais l'avenir d'un humanisme spirituel dépendra de l'audace de votre connaissance des secrets élévatoires des dieux anciens et nouveaux. Il n'est pas de destin plus anagogique de la laïcité que de conduire la raison du XVIIIe siècle français et du monde arabe de demain à une connaissance blasphématoire, donc féconde, de la grandeur et de la petitesse des dieux d'hier et d'aujourd'hui.

5 - L'ambition spirituelle de la raison et l'anthropologie fondamentale

Vous savez que la question à poser est la suivante: si Allah existe nécessairement, puisqu'il manifeste sa présence, primo dans l'âme et l'esprit de ses fidèles d'hier, d'aujourd'hui et de demain, secundo, sur les champs de bataille de l'histoire théologique des peuples et des nations, tertio dans la culture des siècles passés et de notre propre siècle, quarto, dans l'univers de nos rites et de nos liturgies immuables ou changeants, quinto dans l'évolution de la morale universelle, donc dans les mutations des notions de "Bien" et de "Mal", comment se fait-il qu'il appartienne désormais aux philosophes et à eux seuls d'approfondir la réflexion sur l'espèce de raison polymorphe à laquelle la vie onirique du genre humain est livrée, afin de tenter de préciser le sens qu'il nous faudra donner au terme d'existence appliqué aux Célestes en général et en particulier aux trois dieux distincts et pourtant censés se concentrer vigoureusement en un seul - Jahvé, Allah et le dieu réputé s'être incarné en un homme que vénèrent les chrétiens?

Pour que Socrate le symbolique succède à Isaïe ou à Jérémie dans l'interprétation des dieux, et pour que la philosophie devienne le berceau nouveau de la "vie spirituelle" de l'humanité, il vous faut mettre en lumière la vocation prophétique qui appartient en particulier à la pensée rationnelle, donc préciser le statut auto-sacrificiel propre à la pensée critique. Car le grand Athénien ne s'immole pas sur l'autel d'Iphigénie, mais sur l'offertoire invisible de l'ascèse intellectuelle. C'est pourquoi notre époque fait face à un péril mortel et pourtant plein de promesses: d'un côté, notre civilisation cherche désormais ses propitiatoires délivreurs dans les victoires de la science et les exploits de l'intelligence, de l'autre, nous nous efforçons de nous placer au-dessus de ces deux autorités naïvement oraculaires afin de les définir, donc de les enfermer à leur tour dans l'enceinte du sens qui leur appartient. Mais si nous y parvenions, nous disposerions d'une science de notre science et d'une intelligence de notre intelligence et nous serions transportés dans un monde non seulement transcendant aux prétentions de ces faux savoirs, mais qui les engloberait dans son filet, d'une tout autre manière que Newton englobe Copernic et Einstein Newton.

6 - Notre regard sur les faux dieux 

De même, nous demander qui est Allah, c'est partir à la recherche du regard intérieur qui nous gratifierait d'un regard de l'extérieur sur un nain, un Allah de petit gabarit, le petit poucet dont nos congénères se satisfont encore. L'ambition spirituelle de la pensée de toiser les dieux au rabais est-elle blasphématoire à l'égard de ces garçonnets, ou bien, au contraire, est-elle seule véritablement sacrée et seule réellement religieuse? Car enfin, nos prophètes n'ont jamais rien tenté d'autre que de purifier l'idole ridicule de leur siècle et, par conséquent, d'accoucher d'une divinité infiniment supérieure à la précédente - celle au nom de laquelle ils jetaient l'ancienne aux ordures.

Mais de quelle hauteur les prophètes reçoivent-ils le regard sommital qu'ils portent sur les dieux des Pygmées? Quel est le globe oculaire qui les autorise à précipiter les faux dieux dans le néant? N'appartient-il pas à votre connaissance de la rétine des prophètes de loger cette interrogation-là à la source de votre anthropologie fondamentale? Ne pensez-vous pas que si votre philosophie de la raison ne suffisait pas à porter votre regard sur la raison supérieure dont s'inspirent les prophètes, votre pensée manquerait de la dimension qui lui permettrait de se jeter elle-même à la poubelle? Vous devez donc porter votre raison jusqu'au télescope dont le miroir vous permettrait d'apercevoir de loin l'encéphale des prophètes. Comment feriez-vous franchir cette distance aux bésicles de la laïcité myope de la France!

Car le regard que notre raison embryonnaire s'efforce de porter sur les dieux infirmes est celui qui cherche à tracer l'ultime frontière à laquelle le "Connais-toi" socratique est susceptible d'accéder. Or l'histoire, la géographie, la langue et la religion de la Tunisie font de votre pays le centre stratégique de la guerre aux dieux estropiés et manchots, parce que vous vous trouvez pris en étau comme aucune autre nation de la côte africaine de la Méditerranée entre une raison occidentale coupée de toute réflexion en profondeur sur la spécificité de notre espèce, d'une part, et d'autre part, une culture arabe appelée à demander à ses philosophes quel est le véritable Allah et sur quel sommet cette divinité peut bien se trouver.

Or, le déshabillage des idoles auquel la pensée du XXIe siècle se livrera sur la terre entière a commencé depuis belle lurette. Vous avez appris qu'Allah ne porte pas de vêtements d'emprunt, vous savez qu'il ne trône pas sur je ne sais quel Olympe, vous savez qu'il ne recourt pas aux mêmes couturiers que les Anciens appelaient à cacher la nudité de Mars, de Vulcain ou de Jésus-Christ, vous savez également qu'il ne se trouve ni dans son clergé, ni dans ses liturgies, ni dans les exploits que les théologiens d'autrefois attribuaient au tranchant de son glaive sur les champs de bataille du monde, ni dans quelque zéphyr souffleur.

7 - La cachette d'Allah 

Et pourtant, c'est votre raison, la vraie, celle dont vous vous demandez d'où elle accourt, c'est votre raison d'incendiaires, c'est votre raison d'ailleurs qui vous dit que vous êtes les isaïaques de la pensée critique du monde, c'est votre raison de feu qui, au plus secret de votre intelligence, vous demande où Allah peut bien se cacher. Vous ne savez pas encore quelle est sa demeure, mais vous savez fort bien où vous ne le trouverez jamais, vous savez fort bien qu'il n'habite pas les faux apôtres de la démocratie mondiale qui passent au large de la Palestine le nez dans leur bréviaire des droits de l'homme, vous savez fort bien qu'il n'a pas élu domicile dans les pieuses litanies que chantonne l'Occident de la "Liberté" et de la "Justice", vous savez fort bien qu'il ne campe pas dans les invocations contrefaites et les liturgies apprises de la fausse religion d'une "raison" qui ignore votre prochain.

C'est un grand avantage stratégique de savoir où Allah n'a pas planté sa tente. Je dirai même que, plus elle est infinie, l'étendue dont il a fui la boue, plus vous rôdez autour de sa demeure véritable, parce que son absence ne cesse de rétrécir le territoire où il vous faut vous mettre à la recherche de son parfum; et plus se rapetisse le territoire où vous avez des chances de le rencontrer, plus vous brûlez. Car il est étroit, le pays d'Allah sur la terre. Quel prodige que votre raison fasse de vous des théologiens d'Allah l'insaisissable ; mais quelle heureuse surprise que votre laïcité cherche l'odeur d'Allah l'incapturable, quelle chance que votre futur gouvernement vous ait d'ores et déjà avertis qu'il vous appartiendra de chercher Allah l'Inconnu sur les pistes de l' intelligence, de la logique et de la dialectique du "Connais-toi" qui vous attend.

Mais à force que l'espace où se cache Allah se resserre, vous voici tout près de courir en direction de votre cœur. Vous y êtes aidés, il est vrai, par le spectacle de toute la terre habitée; car le monde entier vous présente le théâtre d'une ville d'un million sept cent mille habitants assiégés par les héros au cœur sec de la "Liberté" et de la "Justice". Si vous n'habitiez le cœur d'Allah, comme vous erreriez parmi ossements desséchés et les vaines reliques!

C'est à se demander si Allah n'étale pas l'immensité de son absence afin de vous conduire à la découverte du diamant le plus précieux, celui de son cœur et du vôtre confondus. Si vous trouviez le cœur d'Allah à Gaza, dites-le nous - nous annoncerions la bonne nouvelle au monde entier.

8 - Qu'est-ce qu'un dieu mort ? 

Mais alors, vous allez faire débarquer la raison et l'intelligence dans la politique mondiale et vous demanderez à vos philosophes de la laïcité pourquoi Jahvé a échangé le soldat Shalit contre un menu fretin de mille vingt-sept de vos frères en Palestine; et vous apporterez à la pensée de l'Occident les promesses d'une véritable anthropologie scientifique des religions. Car vous radiographierez les trois dieux uniques à la lumière d'une raison armée du télescope évoqué ci-dessus et qui vous apprendra qu'Allah le compatissant et le miséricordieux répond à un autre modèle de construction de votre tête que celui qui préside encore et jour après jour à la fabrication de Jahvé. Et pour vous initier plus rapidement à cette science nouvelle de votre cœur, vous demanderez ce qu'il en est du "corps de Jahvé" et du "corps d'Allah", tellement les dieux privés de "corps" se reconnaissent à la recherche désespérée de leur charpente à laquelle ils ne cessent de se livrer. Voyez comme Jahvé se met à la chasse de sa chair et de son sang. Il les cherche dans le granit du mur des lamentations, et dans tous les quartiers de Jérusalem, et dans les rites cultuels à l'aide desquels il rassemble ses fidèles au cliquetis de son squelette. Allah, lui, vous informe que votre corps spirituel s'appelle votre prochain.

Voyez comme la laïcité véritable a rendez-vous avec l'anatomie comparée des dieux, voyez comme la corruption des Célestes s'attaque aux démocraties privées du vrai corps que l'humanité est à elle-même, voyez comme votre science d'Allah éclaire votre raison sur la véritable nature des Etats, tellement seule une anthropologie des théologies monothéistes donnera à la Tunisie de demain son élan et son souffle politiques. Mais c'est également à la condition que vous deveniez à vous-mêmes la chair invisible d'Allah que vous aurez en mains les clés de votre combat pour le sauvetage de vos frères palestiniens. Si votre laïcité ne vous enseignait pas le corps ascensionnel d'Allah, comment armeriez-vous vos frères face au Jahvé sans âme et sans feu que vous voyez errer parmi les pierres et qui se trouve réduit à échanger la charpente du soldat Shalit contre une marchandise sans valeur à ses yeux!

9 - Les résurrecteurs 

Vous voyez bien que les vrais dieux ont un "corps", vous voyez bien que ce "corps" est élévatoire, vous voyez bien que les dieux privés de "corps" n'ont pas d'assise ascensionnelle dans vos cœurs. Mais encore une fois, que vaudrait votre politique si votre laïcité n'avait pas de "corps surnaturel" à servir, si la Tunisie démocratique manquait de la science d'Allah" qui élèvera votre patrie au rang d' un corps surréel, d'un corps vivant et respirant, d'un corps à l'école et à l'écoute de votre justice et de votre liberté?

Sachez que le faux dieu qui cherche son corps parmi les cailloux et la poussière est une idole et que les idoles sont condamnées au nanisme politique. Comment un "vrai dieu" demeurerait-il sans prise réelle sur l'histoire? Comment un "vrai dieu" ignorerait-il que les cœurs habités d'une intelligence de feu sont les moteurs d'Allah? Quel Pygmée, le faux dieu qui vous change la chair du soldat Shalit en un objet coté à la bourse des corps sans âme et sans voix! Mais sachez qu'un dieu privé de "corps céleste" dans les âmes jettera bientôt ses propres fidèles au rebut - d'ores et déjà Shalit n'est plus que poussière aux yeux de Jahvé. Que votre Allah soit votre corps spirituel, que votre Allah soit la chair ascensionnelle de l'humanité et vous saurez pourquoi Jahvé ne voit, dans les mille vingt-sept musulmans extraits des geôles d'Israël qu'un objet de troc en regard du corps en or massif de Shalit.

10 - Un itinéraire 

Voici un itinéraire qui aidera votre raison à ouvrir l'œil sur la raison d'Allah. Les trois étapes principales qu'a parcourues la piété des hommes d'autrefois sont les suivantes. Quand les Grecs dégoulinants du sang de leurs sacrifices avaient épuisé toutes les ressources de leurs immolations d'hommes, de vierges et d'animaux domestiques, ils se résignaient à subir la loi de la fatalité à laquelle l'univers était soumis à leurs yeux. Quand les chrétiens avaient fatigué un ciel aveugle de leurs prières sans écho, ils se disaient que les affaires humaines demeuraient décidément trop indignes de l'omniscience et de l'omnipotence de leur divinité et ils s'emmuraient dans leurs boîtes aux macérations afin d'accélérer, à l'école de leur suicide dans l'ascèse, leur entrée au paradis accessible à leurs cloîtres seulement.

Mais la Tunisie du sang socratique appellera votre laïcité à l'incandescence de l'intelligence spirituelle, parce qu'il est devenu vain de substantifier les dieux affamés et rapaces et de leur dresser des statues, même doctrinales. Voici que les armes de l'apocalypse ont élevé les nations au rang de Célestes auto-neutralisés par la fatalité qui les conduit par la main à s'entendre entre eux ou à se pulvériser en chœur sous le soleil de leurs idoles.

Si votre laïcité vous initiait à la science de l'âme, notre civilisation sortirait du caveau mortuaire dans lequel repose son humanisme trépassé. Que demeure-t-il de la foi de l'islam, sinon ce qu'elle a de plus précieux, votre cœur tout brûlant du corps spirituel d'Allah? A vous d'entrer dans la lumière des résurrecteurs de l'intelligence..

Le 27 novembre 2011
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr