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La monnaie non liquide

L'énorme quantité de chantiers à mettre en oeuvre pour pallier l'incommensurable injustice de ce monde ne peut pas être initié, à cause du « manque d'argent ».
C'est un fait connu, on aurait les moyens de permettre à tous de vivre heureux et en paix mais le système l'empêche.

Quand une catastrophe naturelle aussi bien qu'un cataclysme économique déferle, ce qui est vécu comme une calamité devrait plutôt motiver une vraie mobilisation pour tout remettre en ordre.
Mais cela est empêché, personne n'a l'argent pour le faire.

Et quitte à remettre en ordre un monde qui part en sucette, autant directement s'attaquer à ce fameux pouvoir qu'est l'argent, dont la principale caractéristique est de toujours manquer là où c'est important, et d'abonder quand il s'agit de se payer des yoaths secondaires avec seulement quatre piscines d'eau potable.

Ces personnes privées qui ont plus de six chiffres sur leur compte en banque doivent dès maintenant s'attendre à retomber sur terre bientôt, car tous leurs serviteurs trouveront plus intéressant de passer leur vie à servir le monde plutôt qu'à sauver les fesses de ces caricatures de rois.

L'argent, c'est le pouvoir, et ce pouvoir imaginaire et figuratif semble obséder les serviteurs des possédants. Mais en fait il ne permet rien de bon de se faire, hormis peut-être passer des bons moments d'insouciance en compagnie des gens qu'on aime. Il ne fait que conférer à ce qu'on possède une exclusivité absolue. Cela très loin de l'esprit de « la liberté de posséder » qui visait seulement à empêcher qu'on ne se fasse dépouiller brutalement par une autorité plus forte. (et qui l'a rendu possible, grâce à la théorie de l'évolution qui renverse toute chose).
C'est cette notion qui doit faire loi, non cette de la propriété, ni encore moins le système qui rend cette propriété exclusive, au détriment des autres.

C'est sûrement le fait que cet argent aille s'infiltrer dans tous les interstices de la vie, en les autorisant ou les interdisant, qui semble justifier qu'il soit élevé au rang de divinité en laquelle tous seraient, ou devraient être dévoués.

On assiste à une infiltration dans les couches les plus reculées de la civilisation humaine du rapport à l'argent : même ce qu'on dit, le rôle le plus infime qu'on a joué dans ce qu'un autre peut dire, est susceptible d'être l'occasion de réclamer de nouveaux droits d'auteur.
Et ce faisant, on interdit de dire telle et telle nomination, idée, concept, de reprendre des phrases, quand elles ne sont pas écoutées et transmises à des autorités qui prennent des sanctions. Comme si la communication n'était déjà pas assez difficile comme ça.

Ces inévitables contreparties ne semblent pas effrayer ces possédants, qui détiennent parfois même quelques codes de notre génome, et qui veulent faire de l'eau de notre corps une propriété privée.

Il convient donc de déscotcher ce processus en deux autres de sorte que, d'une part, l'amélioration du système de reconnaissance du rôle de chacun puisse continuer d'évoluer et de se perfectionner plus librement, et de l'autre, qu'un mouvement de « libération » (par opposition à la libéralisation) empreigne les consciences afin de conquérir une liberté, qui n'est rien d'autre que la preuve de la justesse d'un système social.

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Un système social peut être qualifié de légitime si tous les efforts possibles ont été mis en oeuvre pour obtenir la justice, la paix, et l'épanouissement des peuples.

Cela inclut d'avoir trouvé comment faire pour que cet « argent » ne soit pas un frein à des activités pourtant vitales. Qu'est-ce qui les autorise ou les interdit, et qu'est-ce qui doit les autoriser ou les interdire ?

Avant même d'avoir à aller pinailler sur le perfectionnement du système de reconnaissance du rôle de chacun dans les bienfaits produits par l'activité humaine, il est question d'abord de tracer les grandes lignes de la mécanique qui promettrait d'ensuite pouvoir aller chercher de tels résultats.

La désolidarisation des inconvénients immédiatement consécutifs à n'importe quelle velléité de rendre palpable numériquement l'intérêt de tel ou tel travail, peut être obtenue en rompant avec le principe de liquidité que l'argent a adopté par défaut.

Car à chaque troc correspond une somme équivalente de monnaie qui permet ensuite de procéder à un autre troc, on peut considérer ces deux actions comme les deux faces d'une seule.
L'idée est que la monnaie est venue s'intercaler dans la procédure du troc pour la rendre possible à faire de façon différée. C'est quand même très intelligent ! Mais maintenant les inconvénients apparaissent quand ce principe s'est étendu au monde entier, allant s'intéresser à la moindre action ou inaction humaine, et finalement, interdisant tout ce qui est bon de se faire, et autorisant tout ce qui est mauvais, les guerres, la pollution, etc... et cela, sur la base de quelle raison ?

Ce qui doit désormais se trouver différé c'est l'estimation de la valeur du troc. C'est à dire que l'argent peut être constitué d'unités qui ensuite obtiennent une valeur qui aura été affectée après un calcul ayant pour objectif de produire l'estimation la plus juste de la valeur mise en circulation.

Cette rétro-valorisation peut être calculée à intervalles réguliers en tenant compte du maximum de paramètres, dans l'optique d'obtenir la plus grande équité possible. C'est à dire que les prix seraient calculés automatiquement (et du coup toutes les comptabilités de toutes les entreprises peuvent devenir entièrement automatiques).

C'est de cette manière que pourrait ensuite s'opérer la fameuse rupture de symétrie entre la valeur d'un objet et le prix payé par son utilisateur, qui fait que l'argent ne soit plus « liquide », c'est à dire qu'il ne faille plus attendre de pouvoir prendre à l'un pour donner à l'autre.
Cependant il est question de conserver un semblant d'équivalence, à part que celle-ci ne saurait s'exprimer d'une seule et linéaire manière.

Regardez : quand on fait un troc avec de l'argent liquide, on échange un objet contre x objets, ou plusieurs, ou une partie d'un plus gros. Avec l'argent non liquide il est question de répartir les coûts entre, soit une personne, soit une communauté de personnes. En somme on peut imaginer un système similaire aux impôts mais décentralisé et à échelle variable. Et mieux encore, puisque ceci est le travail d'algorithmes, l'équivalence entre ce qui rentre et ce qui sort n'est pas possible à faire de façon stricte, en fait, elle n'est pas numérique, elle est légale, c'est à dire ça peut être le fruit de règles établies.

D'un côté le vendeur peut recevoir exactement ce dont il a besoin, et de l'autre l'utilisateur peut accéder à des biens gratuits, pourvu que sa transaction soit signalée, sans que cela ne soit empêché en raison d'une pseudo-équivalence, qui en réalité est bien plus sophistiquée à découvrir qu'avec le simple argent.
Dans l'autre sens, l'acheteur d'une forêt peut avoir à payer énormément plus cher que sa valeur à mesure que les objections s'opposent à cette transaction.

La gratuité est un mauvais mot pour désigner ce qui est rendu accessible sans condition, c'est le fruit de l'expérience humaine, et elle n'a pas le droit d'être restreinte. Il en va ainsi de tous les biens basiques, autant que la science, la culture et l'information. Si écrire un article ne coûte que du temps, dans le contexte qui le permet, estimer la valeur de ce temps et de ce contexte qu'il faut amortir sur la durée est un calcul rébarbatif, et contre-productif (on ne va pas passer nos vies à calculer sa valeur). On sait en revanche qu'aucune raison légale ou même possible à formuler n'existe pour conditionner l'accès à ces biens (sauf exception).
On sait donc qu'il doit être gratuit et que son coût réel est une vraie tannée à estimer.
Par contre on peut dire au producteur, après un retour sur expérience, quelle valeur son travail a obtenu. Et on peut se servir de cela comme base pour justifier son éligibilité à percevoir des droits supérieurs à ceux qui lui permettent la subsistance.

Les mécanismes à l'oeuvre de ce qui autorise, encourage, interdit ou freine les transactions sont la partie la plus fondamentale du principe de monnaie non liquide.

De nombreux secteurs de ce qui est commercialisé, les biens et service les plus basiques comme l'éducation, les infrastructures, l'habitation, l'alimentation, la santé (etc...) ne sont pas des choix individuels optionnels, ce sont des obligations inconditionnelles. Ce type de commerce je l'appelle un chantage consenti. Il est donc stupide de se référer à une monnaie liquide pour ce qui concerne ces domaines, car on se moque de savoir à qui on prend et à qui on donne : tout le monde doit recevoir sa part égale d'un gâteau qui est l'objet d'un travail commun, qui lui aussi ne peut pas faire autrement que d'être fait.

C'est surtout à ces domaines que s'attache le principe de monnaie non liquide, car il ne s'agit plus tant de faire des calculs de brocantier, que d'assurer la fiabilité de la continuation de ces activités qui ont besoin d'exister, indépendamment des moyens ou des profits engendrés.

Même, au fin fond de la logique, c'est stupide (j'ai toujours trouvé ça stupide) d'embaucher un gars et de le payer en fin de mois, sachant que pendant ce temps-là il doit vivre, mais avec quel argent ? Dans la théorie pure c'est impossible, et dans la pratique c'est l'occasion de constater d'énormes disparités des chances.

La monnaie non liquide ne prend rien à personne, comme l'argent actuel il est créé informatiquement, mais contrairement à lui il est créé pour de bonnes raisons, sur le compte des ayant-droits.
Directement, ce sont des droits qui sont créés. Ils peuvent être conventionnels, additionnels ou exceptionnels, ils peuvent avoir des pérennités variables, avoir des limitations, ou être automatiquement renouvelables à l'infini, c'est à dire s'adapter à chaque circonstance qui mérite d'occasionner une distinction entre une transaction et une autre.

Car finalement les transactions sont toutes de natures tellement différentes qu'il est aberrant de toutes les estimer sur une même échelle de mesure, cela revient à utiliser une même échelle pour comparer les montagnes et les planètes du système solaire : du coup les montagnes paraissent insignifiantes et dans le calcul, on le voit très bien, les droits des peuples, leur liberté ou leur joie de vivre n'ont aucun impact sur les choix dictés par la régulation sanguine des flux monétaires.

Par exemple, si l'oreille humaine fonctionnait d'une façon aussi linéaire, elle n'entendrait rien et deviendrait sourde au moindre choc. Alors qu'en réalité elle peut amplifier ou contenir les sons.

Le principe même selon lequel il faille attendre un investisseur pour voir apparaître des activités humaines (professionnelles) pourtant criantes de nécessité, comme l'humanitaire ou les cabinets d'études sur les développements à long terme, est encore une autre preuve de l'efficacité ou non d'un système.

Ces moyens dont ils ont besoin n'ont à être ponctionnés à personne, ou éventuellement un peu à tout le monde dans une petite mesure. Dans le cas d'une monnaie non liquide, on sait d'avance que les moyens dont ont besoin ces activités seront approuvés par la société civile. Ils peuvent aussi l'être suite à des microscrutins, aussi bien qu'en mesure de la consommation, combinée avec l'estime des consommateurs, et pondéré avec les notation des cabinets qui étudient l'efficacité ou l'utilité... Un très grand nombre de calculs doivent être faits pour avaliser ou non une transaction ; c'est de cette complexité qu'il ne faut pas avoir peur.

Ce qu'il faut obtenir, c'est lorsqu'un bien est produit, on soit le plus sûr possible qu'il sera utilisé dans le cadre d'une activité jugée normale ou productive. Dès lors il devient possible de donner une estimation variable à la valeur d'un même objet selon les usages, tels que la perceuse vendue à un particulier qui ne s'en sert qu'une fois et vendue à un professionnel qui va l'utiliser tous les jours. Les vendeurs veulent, préfèrent que leurs produits servent utilement. Cette notion est très importante dans « ce qui fait société », c'est à dire la confiance qu'on peut avoir en un système, qui elle-même va inspirer un gain prodigieux du point de vue de la qualité de ce qui est produit, en consolidant la motivation de le faire.

Ces notions sont fondamentales, et si un système est capable de les promettre, alors il faut vite abandonner l'ancien !

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Le dénominateur commun

Ne soyez pas liquides !

L'école de la résolution de problèmes dit que pour accéder à une solution, après avoir défini clairement les tensions qui provoquent ce qui indésiré (dit « le problème »), et, après avoir scruté tout ce qui entre en conjonction, il faut prendre du recul sur cela afin de déterminer ce que ces facteurs ont en commun.

Etablir une méthodologie c'est déjà structurer les données du « problème » en choses qui se recoupent, choses indésirées qui apparaissent, et commencer l'enquête qui permettra de trouver l'angle par lequel tout deviendra clair.