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La politique informatique

On connaît la police informatique mais on ne connaît pas la politique informatique !
(« j'ai des pouces mais ils poussent pas ! » - Otto Bus, dans les Simpsons
et après il dit « Ah, si ! »)

Dans un article récent on a pu voir l'âge canonique des politiciens, en moyenne 59,5 ans (http://philum.info/59914). On 'en était rendus compte, tant on a l'impression de voir débarquer des conquistadors du moyen-âge expliquer à un peuple évolué, pacifique et intelligent le sacrilège indéfendable et l'hérésie incompréhensible que représente pour eux les notions d'empathie, de justice pour tous, d'anticapitalisme, d'amour universel et de respect sacré de la nature.

(du moins leurs discours et leurs actes sont liés par un algorithme qui effectue l'opération « multiplié par moins un » !)

L'ère de l'informatique rend immédiatement caduques les discours et les façons de faire d'un système social bâti graduellement en répondant à des besoins qui n'ont jamais pu être évalués les uns par rapport aux autres.

L'usage le plus transcendant de l'informatique serait qu'elle participe activement au phénomène de justice, d'équitable répartition des richesses, et de veiller au bien-être de chaque individu, à chaque seconde.

C'est dans cette optique qu'au fil des années j'ai traité de sujets tels que la politique algorithmique, les systèmes répartitatifs, le phénomène de justice, ce qui fait société, j'ai développé un système de Crédit-droit qui vertébral, puis l'abolition du principe du commerce, et aujourd'hui la notion de monnaie non liquide. Pardon pour cette rodomontade mais ce sont des concepts inséparables.

Tout cela forme un tout, aucune « bonne idée » n'est à implanter dans ce système injuste, car elle ne pourra que servir les intérêts néfastes ; de même qu'aucune source d'énergie infinie n'est implantable sans perfectionner encore le système de domination qui écrase les peuples, ou de même enfin, qu'il est hérétique d'imaginer un monde où 90% des tâches réalisées par l'homme puissent être robotisées, ou que le terme de « gratuité » disparaisse du vocabulaire tant il paraîtra normal que le génie humain bénéficie uniformément à tous.

Pourtant c'est à cela qu'on doit arriver ; ce n'est pas une utopie de paresseux (ayé je prends l'habitude de répondre préemptivement aux critiques acides), c'est un éloge à une humanité qui mérite de consacrer son génie à des causes plus nobles.

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Plein, plein, plein, vraiment beaucoup de notions qui appartiennent à la topologie des systèmes ne peuvent pas être ignorées quand on veut bâtir un logiciel qui fonctionne correctement. En général on les découvre sur le moment, ce qui oblige à opérer des réformes plus ou moins profondes avant de pouvoir continuer le développement.

Vite fait, un petit exemple comparatif entre un développement normal et le système politique :
Imaginez comment Photoshop 1 a été écrit, notamment le système de création de nouveau document. C'est une contradiction qu'il faut lever et qui est typique des systèmes de boot : on a besoin d'un document, qui lui-même a besoin d'un nom, mais ce nom est un paramètre-utilisateur conféré une fois le document terminé, quand on veut l'enregistrer, car on n'est pas forcés de le vouloir. Un paramètre par défaut est conféré, le document est nommé « sans-titre ». A l'usage cela empêchait d'en créer plusieurs, alors ils ont dit « sans-titre 1 », avec un numéro incrémenté. Puis une fois la version 1 sortie, l'usage a montré que si on fermait trois document, le prochain s'appellerait « sans-titre 4 », alors ils ont ajouté un patch dans une version 1.01. Mais très vite ce patch a été détruit car c'est encore plus stupide, si la numérotation reprend à 1 alors que 2 et 3 sont déjà ouverts, la création de 2 provoque une erreur fatale ! Donc il a fallu réformer l'écriture et ajouter un sub-système d'attribution des numéro, lui-même capable de prendre dans un tableau les nombres non utilisés, de façon à obtenir une utilisation aussi souple que naturelle, c'est à dire ce à quoi on s'attend sans même avoir à y penser, et en se disant que ça doit sûrement être très simple comme fonction, alors que ce ne l'est point du tout ! (tout en l'étant, comparé au reste). (ce n'était qu'un exemple, je me souviens seulement du bug ! lol)

Bon.

Bin tout ça est ce qu'il convient d'appeler une méthode scientifique. C'est un aller et retour entre le cercle aveugle de la Dev et le cercle des utilisateurs, qui voient émerger des fonctionnements qui n'ont pas été spécifiquement écrits, et que auxquels la Dev doit venir apporter ses mises en conformités, dispositions, réformes, rectifications, et autres types de débugages.

On pourra bien parler de débugage de la politique pour frimer mais quand même l'idée profondément intéressante est que la méthode empirique n'a aucune autre alternative que de tenir compte du passé pour fabriquer le présent.

Dès lors on se pose abruptement la question pour le politique, à quel moment de toute leur vie ont-ils récupéré l'information côté utilisateur pour ensuite apporter des corrections, réformes ou abandon des procédures mises en route ? Peut-être quand les gens manifestaient dans les rues pour faire valoir leur retour d'expérience de la mise en pratique de lois inconséquentes.

Par exemple aux E.U. Sur l'avortement ils ont rajouté des conditions de type « si » à une loi réactionnaire pour s'adapter à la réalité ; ils ont créé une liste de conditions et vu l'énorme travail que ça a demandé, ils n'en peuvent plus et trouvent acceptable les diverses injustices causées par des cas non prévus. Cela est extrêmement primitif. Surtout que le paradigme de base, s'il était remit en cause, ébranlerait tous les fondements de la société : l'uniformisation, la standardisation, et l'autorité d'une morale exemptée d'avoir à se justifier. Si on devait s'apercevoir de cela, alors il serait également observable dans toutes les strates de la société. C'est à ce moment-là que s'engage une réforme logicielle, quand il faut rétro-appliquer les nouvelles dispositions dont on vient juste de se rendre compte, au détour d'un problème annexe, et qui concerne des problèmes globaux.

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Comme dans un logiciel, les débats de société sont des activités de surface d'un système composé de nombreuses couches logiques. C'est pourquoi la science rit (elle s'esclaffe, ahaha !) de voir comment les politiciens règlent leurs problèmes sans avoir la moindre idée de la fragilité des couches sur lesquelles reposent leur réflexion, alors pourtant qu'il les ont eux-même complètement laissées à l'abandon, à se faire ronger par le temps et les incohérences. (De toutes façons ils créent des lois pour les civils qui ne s'appliquent pas pour les états, comme si on avait un droit au meurtre par anticipation ou un droit l'appropriation par assaut militaire).

Le dénommé capitalisme est en réalité le résultat d'une sédimentation culturelle qui a fleuri et péri successivement sur des notions aussi diverses que la propriété privée, la liberté de contrat, les Droits de l'Homme, l'état de Droit, la république, la démocratie...

A chaque fois ces notions ont été standardisées et dogmatisées jusqu'à leur conférer une tournure criminelle et fanatique. Jamais on ne se pose la question du contexte à l'intérieur duquel une même proposition s'avère « vraie » ou « fausse ». On vote à main levée (mentalement) pour savoir qui a raison, fin de l'histoire.

Le problème est que même si une réforme promet des réponses très positives pour tous mais quelle doivent rendre inutile l'une ou l'autre de ces couches, toutes celles qui se sont greffées dessus en souffriront.

Dans un logiciel ces couches logiques ne sont pas superposées comme des sédiments, elles sont ordonnées à la volée selon les besoins, ce qui n'enlève rien au fait que toucher à l'une d'elle affecte celles qui y font référence.

Mais l'informatique c'est magique ! Si on doit opérer une réforme, on peut avoir besoin de créer des fonctions supplétives assez rudimentaires le temps d'opérer les mutations suggérées par une évolution, avant finalement de commettre les branchements prévus, et de s'émerveiller de résultat obtenu (après avoir réglé deux trois bricoles stupides habituelles).

Repenser le système c'est créer des couches logiques nouvelles, et tendre des liens nouveaux entre elles et très probablement les couches logiques déjà existantes.

On ne devrait aucunement s'effrayer d'abolir le principe du commerce si on considère que cette réforme est nécessaire au bon fonctionnement du logiciel, et si on voit qu'il ne s'agit là que d'une vieille couche logique qui ne fait que freiner ou empêcher l'évolution, dont les fonctions utiles seront évidemment conservées, mais en étant produites à d'autres endroits, et en "coupant" (terme topologique) toutes les émanations bâties sur ce principe dont l'expérience a largement prouvé l'inanité.

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Quand je parle du génie humain, c'est quelque chose qui dépasse allègrement ce travail scientifique, c'est quand on constate dans la pratique des bienfaits qui sont inattendus, si nombreux que personne n'aurait pu penser à tous les énumérer et les vouloir.

Obtenir ce résultat, cette émergence, dépend principalement de l'état d'esprit dans lequel on est au moment où on conçoit un système (et beaucoup de la rigueur soigneuse avec laquelle il a été écrit). C'est la loi, c'est la vie.

Et quand je parle de sédimentation culturelle c'est un peu aussi pour faire référence à l'état d'esprit dans lequel l'humanité a été depuis ses premiers pas dans l'histoire (pleine de bruit et de fureur !).
Il est indéniable que toutes les dispositions prises l'ont été pour résoudre des injustices, et que sur elles se sont greffées de nouvelles injustices encore plus grandes ; Pourtant il n'a que rarement été question de réformer les anciennes résolutions devenues obsolètes en les incluant dans des concepts plus vastes ; ce que furent les révolutions. C'est la dogmatisation qui a empêché cela.

La recherche de la loi ultime, ou du texte sacré qui prend tout en compte, est aussi celle de la découverte des lois de la nature auxquelles est subordonnée l'évolution de l'humanité.
De ce point de vue les Droits de l'Homme sont notre cahier des charges.

Inclure les lois de l'évolution au sein même d'un système le rendrait capable de trouver des équilibres, de s'auto-réparer, et surtout d'être possible à améliorer, tel un organisme vivant qu'on chérirait, et dont dépendrait le socle commun sur lequel l'humanité peut bâtir sa joie de vivre.

Il faut bien comprendre que le contrôle d'un tel système est par essence très délicate, puisque ce sont ses émergences qui sont les résultats souhaités, et parfois une mauvaise manipe peut briser tout un plan de capacités, alors pourtant que c'était difficile à prévoir.

Aller placer un système informatique (qui transporte, évalue, combine et crée des données) en-deça du politique, du commercial, et des débats de société constitue un risque qu'il faut encourir car la promesse faite par cette idée est précisément ce à quoi s'attend la nature quand elle confie à l'homme une conscience (et un cerveau) qui lui servent à obtenir le contrôle d'équilibres pourtant naturels avant cela.

C'est aussi cette même informatique qui fait que n'est plus "utopique" l'espoir d'un monde d'équité et de juste répartition des richesses. Ce qui était utopique c'était de s'attendre à ce résultat en confiant ce gigantesque travail à une invisible main...

L'humain possède la responsabilité de l'équilibre, du fonctionnement harmonique et de la Vie de la planète qui l'a vue naître.
Quand on sait ça, on a plutôt envie de confie une telle responsabilité à un système informatique performant, seul à-même de permettre de travailler patiemment des sujets isolés sans pour autant laisser tout le reste à l'abandon.