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Contre le travail forcé

Paris, 7h53 du matin, après 5 heures trente de sommeil, au cas où vous vous poseriez la question.

Depuis hier j'ai longuement pensé aux barricades qu'il fallait élever contre le projet de travail forcé qu'on ressuscite, attention, au nom de la « fraude » aux allocations sociales (1 ).

Eh oui ! Les deux sujets n'ont rien à voir l'un avec l'autre mais cela a été mit dans le même panier.
Dans les deux cas il s'agit de ce que la politique s'intéresse soudainement aux millions de pauvres qui sont menacés de famine et de mort, source inexcusable d'insécurité sociale, pour employer des termes chers aux riches.

Il en était question en Hongrie où les Roms ont été forcés d'accepter le Bagne, dans l'indifférence générale (2 ). Eh bien voilà ce qu'il en coûte de ne pas s'être indigné : quand cela vous arrivera vous n'aurez plus de légitimité pour le refuser.

La chasse aux fraudeurs se fait dans un contexte où les banquiers pillent et dévalisent les états et les institutions publiques au nom d'un profit dont ils se gavent sans aucune raison, et avec l'effet de créer le malheur et la mort.

Et cette proposition de conditionner les allocations sociales à un emploi rémunéré pour une entreprise privée à but lucratif va à l'encontre de la raison, de la logique et de la science : nous n'avons pas besoin d 'autres arguments que ceux-la pour opposer notre indignation.

La première question est de savoir si un gouvernement de cette époque aurait pu être à l'origine du principe d'état providence ? Est-ce que les raisons tangibles et viables qui sont à l'origine du système d'allocations sociales auraient disparues ?
Par exemple, quand un virus se propage, dans les lieux bondés, ne vaut-il pas mieux que l'ensemble des citoyens, pauvres ou riches, puissent être correctement soignés ? Ne sont-ce pas les riches bien soignés qui seraient victimes des microbes des pauvres mal soignés ?

De même, étant acquit qu'il n'est plus possible de cueillir des fruits au petit matin sur le Mont Valérien, pêcher du poisson dans la Seine, attraper des lapinous dans le Bois de Boulogne pour se faire une brochette au feu de bois le soir, il est apparu évident qu'il fallait pourvoir à l'ensemble des citoyens les plus démunis afin qu'ils ne crient pas famine aux oreilles des plus chanceux des citoyens, qui ne sont pas plus intelligents ou valeureux.
C'est dans cette optique qu'on a pu poser des distributeurs de billets donnant sur la rue, confiants en ce que le client de la banque ne se fasse pas systématiquement braquer.

Tout le monde n'étant pas fait pour vivre dans un monde uniquement commercial où il faut convaincre et argumenter pour forcer la main du client, tout le monde n'étant pas valide ou sociable, et surtout, tout le monde étant libre de choisir la voie de son épanouissement autant que fuir la sclérose mentale qui pousse au suicide, apparaissent indéniablement les disparités et les motifs impossibles à quantifier de garantir des revenus sociaux.

En même temps, l'idée de fond qui réussi à convaincre les entreprises et citoyens de payer si chèrement des impôts est précisément de contribuer à rendre ce monde plus habitable, plus heureux et moins dangereux, grâce à ces allocations sociales aussi bien que grâce à l'entretien des voiries, du traitement des eaux, des déchets, etc...

Si ensuite les politiciens réinvestissent en fait cet argent dans des activités autres que celles qui participent au bien commun, comme par exemple les guerres génocidaires, c'est normal que les gens se plaignent de payer trop d'impôts, puisqu'il en reste assez pour commettre des crimes et permettre aux politiciens de vivre dans une luxure décadente et immorale. Mais au moins, cet état providence est une providence pour les politiciens qui trouvent ainsi la dernière justification à collecter des impôts. Et voilà qu'une soudaine et irrépressible avarice les pousse à saborder leur fond de commerce !

Maintenant venons-en au travail forcé, au bagne qui veut être infligé aux allocataires des revenus sociaux, qui ont été tirés au sort pour ne pas être capables de vivre et s'en sortir dans un monde criminogène. On peut dire plus simplement « les faibles ».

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Cet article : « la guerre contre la fraude sociale » (1 ) laisse paraître une petite phrase : « Obligation de travailler sept heures par semaine pour bénéficier du RSA »... alors que ça n'a rien à voir avec le sujet. En fait, si on voulait écrire un article avec un tel titre, il aurait même dû parler de tout autre chose ! (la « fraude sociale » c'est surtout ce qui consiste à prendre aux pauvres et donner aux riches).

Comme quand Bush, jeune étudiant, proposait d'exterminer les pauvres pour sauver l'économie, avec l'argument selon lequel ils ne servent à rien (ceci est véridique), nous sommes ici en présence d'un amalgame d'une étonnante fulgurance. Le thème central semble surtout être celui de la pression morale qu'on peut exercer sur les masses en attisant leur pulsion de mort, et ainsi, leur soumission à une autorité qui n'a pas besoin de s'encombrer de logique ou de morale pour s'exercer.

Une anecdote en passant, à propos de la fraude : constatant que j'avais un QI de 144 et que j'étais au RMI depuis dix ans, cela n'a pas été jugé « normal » (alors qu'en fait ça l'est), ce qui a conduit à la vérification de mes comptes bancaires sur deux ans pour voir s'il n'y avait pas de fraudes. En général les gens du service social on une bonne connaissance du terrain et ne s'étonnent pas, mais l'administration a ordonné ce contrôle. Les contrôleur vérifia mes compte, en fixant la colonne de droite (les revenus). Après huit pages il tombe sur un 1000 euros tout rond. Alors j'explique que ça provient de mon propre compte, appelé bêtement « livret à développement durable ». Puis il tombe sur un 500 euros, alors j'explique que c'est ma maman qui veut que je sois bien habillé. A partir de là il a arrêté de feuilleter les pages, un peu dépité de voir que 90% de mon revenu est consacré au loyer, à l'électricité et à l'internet + téléphone, et dit (un truc du style) « qu'est-ce que la Princesse peut vous demander de plus ? », et clôt mon dossier.

La Princesse peut désormais me demander d'accepter un travail non rémunéré, ou alors rémunéré au RMI, selon les points de vue. Dans ce cas puis-je demander à travailler quatre semaines et être payé quatre RMIs ?

Deuxième question, dois-je accepter un travail pour lequel je risque forte de provoquer plus de dégâts que de bienfaits, dans la mesure où même un stagiaire bien motivé est déjà une grosse source de tracas pour les employeurs ? Je dis ça parce qu'il est clair que ma motivation (de ne pas mourir) n'est pas garantie.

Dois-je trouver moi-même ce travail ou dois-je justifier d'avoir essayé, comme c'est déjà le cas ?
Et si (par mégarde) il n'y avait (vraiment) pas de travail pour tous, dois-je être sanctionné en raison de ce que je suis inutile à votre société ?

En tant que producteur de biens gratuits, est-il préférable que je cesse cette activité pour une autre dont l'utilité consiste à nourrir les banques ?
Si je suis danseur, artiste de rue, sportif, musicien, poète, journaliste civil, éditeur de logiciels, l'idée du travail forcé me fait l'effet d'un couteau planté dans l'oreille, traversant tout le cerveau et je sens sa lame frotter l'os intérieur de mon crâne en faisant un bruit de craie sur un tableau ; Dans quel état sera mon inspiration, mon désir de vivre ? La réponse est connue par expérience : le suicide est préférable, tel que l'entrevoit avec brillo Michael Moore (3 ).

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Maintenant observons ce sujet depuis un point de vue que je chéris et qui est le fruit d'un équilibre mental très difficile à obtenir, avec l'aisance et la simplicité du Bouddha :

J'ai proposé des débuts de solutions (qui restent à creuser) pour sauver « le monde » en instaurant une monnaie non liquide (qui ne fonctionne pas comme des vases communiquants) qui permet de vendre des produits sans but lucratif à condition d'être rémunéré en Droits. Les Droits des clients sont consommés, comptabilisés, et par un savant calcul basé sur l'utilité et sur le long terme, le commerçant obtient à son tour des Droits, relativement équivalents, pour obtenir à son tour des biens achetés à prix coûtant. Dès lors il n'a aucune compta à faire, tout est centralisé, et la pérennité de son commerce est garantie par son utilité, qui est évaluée de nombreuses manières (avec des algorithmes).

Finalement c'est exactement la même idée ! Il s'agit de désolidariser les coûts et les actions, de façon à s'extraire d'un monde à but commercial pour obtenir un monde capable d'agir en étant motivé par la bonne volonté, la liberté, et le désir d'améliorer le sort des peuples.

Ici, les coûts sont fixés à l'avance, c'est le RMI, et le job, quel qu'il soit, est payé par l'état, à un coût fixé d'avance, tandis que c'est une entreprise à but lucratif qui en profite. Dans ce cas pourquoi ne pas motiver ces entreprises à bannir leur but lucratif sur les produits créés gratuitement de leur point de vue ?

En fait grâce à cette idée (géniale du travail forcé) il n'y a plus qu'un moyen de se défendre contre la privation de liberté, c'est que ce principe soit généralisé à tout le monde au moyen d'un revenu de base, pondéré sur les compétences professionnelles tant qu'à faire.
Suite à quoi, l'ensemble des postes à pourvoir seraient sur une même base de donnée, et chaque matin on pourrait choisir l'une ou l'autre affectation, dans la limite des disponibilités des uns et des autres.

Bien quoi, c'est du communisme ! Oh non pardon faites comme si j'avais rien dit.
Si toutes les professions sont rémunérées en argent créé ex-nihilo depuis une source unique, l'état, en respectant des barèmes qui sont générateurs de sentiment de justice, non seulement cela produira pour les entreprises une économie incroyable de soucis, paperasserie, fluidité du personnel, mais en plus cela justifiera que les chaînes de productions soient sans but lucratif, à prix coûtant, et ainsi les prix seront divisés par dix !

On ne peut pas faire les choses à moitié, et le législateur ne peut pas donner des coups de sabres dans un système social sans craindre que le ciel ne lui tombe sur la tête, ou du moins sans un minimum d'humilité... ce dont précisément nos politiciens ont besoin manifeste, d'après ce qui transpire de leur tendance à vouloir faire tomber cette chape de plomb sur la tête des autres, comme si c'était hyper grave.

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Il y a un autre point de vue intéressant à pratiquer, qui est celui de la fin du capitalisme.
Il est clair qu'un revenu de base pour tous, ainsi la liberté de choisir son métier, auraient pour effet de faire perdurer encore un peu l'hégémonie des banques et la propension des riches à le rester sur le dos des pauvres. Cela aurait été une bonne idée de leur point de vue.

Dans un sens si on confiait la politique à des gens forcés de faire ce métier alors que ce n'est pas du tout leur vocation il se produirait la même chose : la destruction des emplois, la dissolution des liens de confiance qui font société, l'augmentation de la colère des peuples, des génocides, la paupérisation, la pollution, et un chaos qui ne cesse de grandir, et qui entre dans une phase où il ne sera bientôt plus récupérable.

Le véritable problème qui surgit soudainement sans crier « gare ! » est vraiment celui de la vocation.
Or, je veux que cela soit connu de tous, l'humain a pour vocation de vivre heureux, ce qui exclut qu'il le soit sur le dos des autres.

(1) Nicolas Sarkozy entre en guerre contre la fraude sociale : latribune.fr

(2) Le travail obligatoire pour les Roms hongrois est devenu réalité : philum.info

(3) Pour Monsieur Moore la façon d'échapper au capitalisme serait le suicide collectif  : lepost.fr