Un monde du mieux possible

111113 9 min  Système
Dans la série d'articles sur le démontage du principe du commerce, érigé de façon impensée en « système » (un principe est devenu système, ce qu'aucun programmeur n'aurait jamais osé faire tant c'est prétentieux), j'ai montré qu'il était largement possible de résoudre par anticipation toutes les arnaques, crimes et guerres motivés par le désir de possession.

J'ai expliqué que si toutes les chaînes de fabrication étaient sans but lucratif, tout serait moins cher, la baguette de pain coûterait 10 centimes au lieu de un euro, une voiture 1000 au lieu de 10000, la musique la culture les logiciels et bien d'autres choses deviendraient gratuites, car considérées comme appartenant à toute l'humanité... et on m'a expliqué en retour que « ce serait pire que le système du commerce ». Pourquoi ? On ne sait pas.

C'est comme quand en 2006 j'avais eu l'idée complètement folle de dénoncer la démocratie pour ce qu'elle n'était pas et ce qu'elle devrait être, on m'avait dit que j'étais fou de taper sur la plus grande fierté de la civilisation moderne, que plein de pays rêvaient de cette démocratie.

L'effort qui consiste à vouloir obtenir ces résultats vaut quand même le coup qu'on s'y attarde.

Peu importe le modus operandi pour y arriver, cette méthode ou une autre, que je sois flatté ou chatié est sans importance, je continue quand même !

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Le désir de possession est motivé par le besoin d'assurer son avenir qui reste incertain. Si dès le départ on garanti qu'il est certain, que chacun touchera une sorte de revenu de vie augmenté de rétributions complémentaires pour les bonnes actions commises, évidemment plus personne ne pourra être mit en esclavage et les enfants n'auront plus à tricoter des chaussures pour Nike, ou à démonter les ordinateurs Apple.

Mais le revenu de vie tel que présenté est une folie parce qu'il ne consiste qu'à alimenter encore plus le principe du commerce et l'appât du gain, ce n'est qu'un financement de l'arnaque continuelle, et l'acceptation de ce que tout dans ce monde soit l'objet d'un commerce, autant le travail des humains que les humains eux-mêmes, ainsi que l'acceptation que tout doit toujours coûter le moins cher possible pour ensuite être revendu le plus cher possible, laissant sur le carreau la moitié des humains dont très peu se soucient.

A partir de là il est apparu évident qu'il fallait instaurer une nouvelle sorte de monnaie spécifiquement dédiée à rémunérer le travail humain, c'est à dire des Droits. Les heures de labeur serait rémunérées par des Droits supplémentaires à ceux qui sont conventionnels, et avec le temps, les Droits conventionnels iraient en augmentant progressivement et uniformément.

D'un autre côté, une grande partie des transactions se font d'humain à humain, « au black », ou même simplement si il s'agit de revendre un objet de particulier à particulier. Dans ce cas, le système de la rétribution par des Droits ne fonctionne plus, mais rien ne dit qu'il s'agit là de commerce à but lucratif, et donc rien n'oblige à dissoudre le principe de monnaie.

Cela semble très justifié qu'il y ait (au moins) deux sortes de monnaies, celle qu'on connaît étant restreinte aux échanges non commerciaux, et tandis que la rétribution par des Droits supplémentaires serait uniquement dédiée aux heures de travail. Il est extrêmement important de scinder catégoriquement les deux sortes d'argent, car si l'énergie humaine produit des objets, il est inconséquent que cet « ajout de valeur » puisse être comparé avec ces objets eux-mêmes, de sorte qu'on puisse mettre sur une même échelle de valeurs la vie humaine et des objets construits par ces mêmes humains.

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Le capitalisme, c'est à dire le fait que toute activité humaine ne puisse être avalisée qu'en raison des profits de ceux qui investissent dans ces projets, est une affreuse confusion des genres qui profite de ce qu'on puisse mettre sur une même échelle de valeurs des fonctions aussi différentes que l'énergie humaine, les objets, et la légitimité de produire des biens.

Il y a donc trois niveaux bien distincts :

1 - La légitimité d'une activité : c'est elle qui doit être l'objet de la démocratie. Par préhistorisme, on relègue cette justification à une théorie de l'offre et la demande, alors que ces deux termes n'en sont qu'un, puisque la demande est celle de l'appât du gain, et l'offre celle de l'argent gagné par les gens.
Cela a déjà été expliqué dans tous les sens depuis longtemps, en gros la demande est stimulée artificiellement et ainsi la production de biens inutiles, polluants et stupides est avalisée sans qu'aucune autre raison ne vienne interférer, si ce n'est quelques tentatives courageuses de boycott, qui devraientt pour bien faire s'appliquer à tout ce qui existe.
Par quoi remplacer cela ? Ce ne serait pas difficile d'envisager des institutions ayant pour but de donner une note, un peu comme les AAA+, à des biens ou services, afin de leur conférer le maximum de « crédit » (de Droits) en raison de ce qu'ils sont utiles et désirés, tels que l'éducation, la médecine, l'habitation etc...

2 - La rétribution d'une activité professionnelle et de l'énergie humaine, ne doit pas se faire dans la même monnaie que les objets qu'ils produisent, de façon à ne pas être comparables. Il est inhumain de devoir chiffrer en argent le prix ou le coût d'une vie humaine, alors que cela est injustifiable. Remplacer un humain par un robot est avantageux à part que plus personne ne peut acheter les produits créés : c'est pas malin.
C'est pourquoi il a été proposé d'instaurer un argent qui possède la même fonction que l'argent, à savoir l'attribution de Droits (droits d'acheter, de consommer, de voyager, d'habiter... tous ces droits, si ils sont légaux, sont quand même conditionnés par les moyens, ce qui est une stupidité flagrante, voire même une arnaque monumentale - le principe même d'"état de droit" en souffre de plein fouet).
Mais ces Droits ne sont pas l'objet d'un commerce ou d'échanges, ils sont affectés numériquement, et consommés ; ils sont créés et détruits dans la foulée. Il n'y a aucune comptabilité de la somme totale des droits humains rendus disponibles car cela est superflu. Il n'est besoin d'aucune gestion des Droits, à part celle que force la disponibilité et l'équitable répartition des richesses. Les droits ne sont pas, comme l'argent, un liquide qui se transvase, qu'on prend à l'un pour le donner à l'autre, car c'est stupide. Si une catastrophe naturelle se produit par exemple, des Droits sont créés, et les moyens sont mis en oeuvre pour réparer le plus vite possible cet accident dont personne n'est responsable, sans avoir à choisir entre cela et autre chose.
Le système des Droits faisant office de moyens répond complètement aux préconisations de toutes les théories sur la monnaie.

3 - Enfin, il n'est quand même pas question pour autant d'empêcher les particuliers d'opérer des échanges entre eux, dans la mesure où cela n'a rien de commercial. C'est normal qu'étant propriétaire d'un véhicule et qu'on veuille s'en débarrasser, on puisse le revendre à quelqu'un qui en abesoin. Dès lors, au sein de cette construction, il faudrait permettre de transvaser une monnaie liquide, d'une manière simple et rapide. (c'est étrange quand on pense que les cartes de crédits ne soient pas faites pour recevoir de l'argent, et il qu'il faille toujours passer par une banque, afin qu'elle prenne son pourcentage pour un service imposé de force).
Alors, d'où vient cet argent liquide s'il n'est pas donné aux gens qui travaillent et s'il n'est pas prêté par des investisseurs avides de recevoir des intérêts ? Tout simplement, il suffirait de rendre possible de convertir des Droits acquis en argent, en sachant que ce faisant, cet argent ne serait ensuite plus possible à convertir en Droits.

De toutes manières, il faut penser qu'un tel système doit être conçu pour se greffer progressivement dans la mécanique humaine (le système social). Il est d'avance criminel ou inconséquent, même si en théorie le système est très séduisant (même si on est peu à le savoir) d'imposer n'importe quel système de façon uniforme et brutal, car il y a toujours le risque d'avoir oublié quelque chose.

Mais (je me répète d'un article à l'autre) le nombre de rectifications et améliorations à apporter au système du crédit-droit est bien moindre que l'immense tâche qui incomberait à ceux qui n'oseraient pas se défaire du système de l'argent brutal, et sa somme infinie d'arnaques imaginables au nom d'un profit motivé par le désir de vivre en paix au détriment des autres.

Accepter cette égide systémique permettrait dans un premier temps de s'en passer complètement puisque l'intégralité des Droits seraient converti en argent liquide, de façon à pouvoir subsister au sein du système actuel. Et progressivement, de la même manière que les commerçants ont fini par accepter les monnaies alternatives comme le ticket-restaurant, ils seraient autorisés à recevoir en paiement l'autorisation détruire des droits consommables, pour toutes les fois où ils procéderaient à des ventes sans but lucratif, donc à moindre prix.

En contrepartie, la somme des Droits consommés, comptabilisés aussi bien de leur côté que du côté utilisateur, leur donnerait accès à l'équivalent de ce que sont les financements : des biens et services obtenus sans but lucratif, rendus disponibles par un octroi de Droits provenant de ces fameuses commissions qui justifient de l'intérêt de l'existence de telle ou telle activité professionnelle, et complètement indépendante de la somme des Droits détruits.
C'est à dire qu'une activité utile mais très mal consommée aurait les mêmes moyens qu'une activité inutile mais beaucoup consommée (c'est une question de justice, pas de moyens).

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Les « commerçants » ne doivent pas être effrayés par l'idée qui consiste à absoudre le principe du commerce, ça ne veut pas dire qu'on va les absoudre eux-mêmes ! 99% des commerçants agissent pour le bien commun, et méritent plus de gratitude et de dispositions promettant la pérennité de leur activité que celles promises par l'absurde et mensongère théorie de l'offre et la demande.

Progressivement, toute les chaînes de production deviendront sans but lucratif, et financées par des Droits acquis au nom de l'utilité reconnue publiquement de leur activité. La plupart verra son activité augmenter autant que possible ou utile, dans la mesure rien n'empêchera par exemple les écoles de se fournir en matériel sport, les hôpitaux d'être toujours à la pointe de la technologie, les industries alimentaires de toujours produire la meilleure qualité possible...

En somme il s'agit d'échanger un monde du moins possible vers un monde du mieux possible.