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C'est au principe du commerce qu'il faut s'en prendre

Enfin arrivés au moment où les peuples indignés acceptent l'idée qu'il va falloir avoir des idées neuves, et que pour une raison obscure ce ne sont pas les politiciens qui militeront pour un système au sein duquel ils n'auraient certainement pas la place qui est la leur, il est plus que temps de voire les choses en face.

Ni le capitalisme (qui consiste à assujettir l'activité professionnelle aux bénéfices commerciaux), ni le phénomène aberrant de l'argent dont la création est si prompte quand il s'agit de renflouer les banques, ne sont à corriger ou améliorer pour rétablir un semblant de justice dans ce monde.

Le fait est que la majeure partie de l'activité humaine n'a pas pour objectif de devenir riche, puisque c'est abruptement impossible, et pourtant la majeure partie de l'activité humaine ne peut s'exprimer que de cette manière, c'est à dire la recherche de l'équilibre financier.

Ce système d'équilibre financier qu'il faut absolument atteindre pour justifier de l'intérêt de l'activité, avec des principes de vases communicants faisant que si on donne à l'un, on ne peut plus donne à l'autre, est le parent direct de toutes les injustices.

De plus, si tous les pays du monde se retrouvent endettés, je m'excuse de ne pas le savoir mais à qui le monde entier doit-il sans cesse cet argent ? Si tout le monde se rebiffe ensemble, et qu'on ne doit plus rien à personne, alors pourquoi continuer de chercher un équilibre financier ? On se le demande, pourquoi faire ? En quoi cela est-il utile ou pertinent ? Est-ce vraiment tout ce qui peut justifier l'activité humaine ?

Au train où vont les choses, l'humanité terrestre va devoir aller habiter sur une autre planète pour tout recommencer, et à ce moment-là on sera forcés d'admettre qu'il est temps de changer de système, et aussi que cela aurait pu être fait bien avant, vu comme c'est simple, et que cela aurait évité bien des tracas.

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L'intérêt de l'étude de la société minimale, par exemple une colonie expatriée sur la Lune, Mars, ou un quelconque vaisseau-planète de quarante kilomètres de long (tels que ceux qui sont en bordure du système solaire mais c'est une autre histoire) est de se demander si ces biosystèmes ont eu l'idée saugrenue de faire appel à un principe aussi improductif et inefficace que celui du commerce.

Il apparaît évident que tout le monde ne peut pas se vouer à cultiver sa propre nourriture, sa propre habitation, ses propres routes, ses propres véhicules, sans faire appel à personne et sans rien devoir à quiconque.
Seule une partie utile de la population peut se vouer à générer ces biens et services vitaux, logiquement destinés à être distribués équitablement entre tous les habitants du vaisseau-cargot.

Cette idée de la société minimale permet de visualiser plus facilement ce qui est aberrant et ce qui est utile. Et dans ce cadre, il apparaît clairement que le principe du commerce ne peut appartenir qu'à la préhistoire, à une époque où le monde existait très bien sans commerce, mais où de graves lacunes obligeaient à ce qu'il soit créé.

C'est à cause de la souffrance et des lacunes criminelles d'un système vierge d'intelligence, primitif, que le principe du commerce a dû être inventé. En conséquence, il n'est pas question d'améliorer ou de cadrer rigoureusement avec une infinité de détails ce principe absurde, alors qu'il est tellement plus simple de revenir à ce qui est fondamental, à savoir répondre aux exigences d'une civilisation au moyen d'une intelligence organisationnelle dont l'efficacité est très facile à mesurer, notamment en terme de sentiment de justice et de répartition équitable des richesses.

Or qui dit répartition dit calcul, addition puis division, mises en rapport, affectation de coefficients, et algorithmes. Ah mais oui c'est du boulot ! Un boulot que les politiciens refusent de faire parce qu'ils n'ont pas l'habitude de travailler.

Sur ce point de détail, je peux m'étendre le temps d'un paragraphe : les politiciens n'ont aucune marge de manoeuvre pour travailler collectivement. Chacun individuellement appartient à son propre parti politique, ils passent leur temps à entrer en conflit, c'est à peine si ils peuvent su supporter les uns les autres. Alors de là à leur demander de travailler collectivement et de façon dirigée, sur des projets systémiques relevant autant des mathématiques que de la philosophie, est tout bonnement impossible.

Et même, qui sera assez courageux pour dire « vous m'avez élu, mais la façon dont vous m'avez élu est une folie inconséquente ». Qui dira « j'ai un revenu garanti à vie, mais je ne le mérite aucunement, je préfère qu'il soit réparti équitablement entre tous ? » Ou encore « C'est le système tel qu'il est qui fait de moi une personnalité politique, mais il faut changer ce système de sorte que ce soient des gens plus compétents qui soient à ma place ? »

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Revenons là d'où il faut repartir, non pas d'un point situé à une époque contemporaine, puisque ça renverrai inévitablement à celle d'aujourd'hui où on marche sur la tête, mais à celle d'avant l'apparition du commerce, afin de comprendre pourquoi il est apparu, et ce que ce principe voulait réparer.

J'adore l'époque de la conquête de l'Amérique par les occidentaux, qui étaient en fait des malfrats déportés d'occident, à part que les colons se comportaient de manière ignoble tant avec les « nègres » qu'avec les indiens. Ils considéraient la terre comme promise et vierge, et s'empressaient de la repeindre avec leur vision du monde déjà caduque. Tout ceux qui avaient trop d'ennemi à cause de leurs arnaques en Europe allaient en Amérique, s'en prendre à de frais nouveaux naïfs, non sans bave aux lèvres.

Quand un convoi s'aventurait à l'Ouest, il suffisait de suivre les cours d'eau, et partant de là ils construisaient des ports, et des cabanes où fixer des point-relais pour cette conquête.
Les villes apparaissaient, en premier il y avait quelques fermes et un Saloon, et juste à côté un poste de Shérif, parce que c'est là qu'il y avait des problèmes à régler à coup de gâchette.

Ils marchaient pieds nus, ils buvaient et pissaient dans le même cours d'eau pure et transparente qui regorgeait de poisson. Le matin, il suffisait d'aller cueillir des fruits vitaminés et juteux, et le soir de mettre au feu un petit lapinou attrapé avec des branches et de la ficelle. Ils n'avaient aucun besoin d'argent, leurs vêtements étaient de vieilles frusques héritées d'on ne sait où, qu'ils changeaient une fois tous les dix ans. Bref la vie était tranquille.

Ici nous sommes dans le cadre où chacun fait sa vie, chacun génère ses propres biens, et tout le terme de « justice » n'a rien de social, il s'agit simplement de trouer la peau de celui qui ne peut pas payer son verre de whisky.

Et c'est ainsi que les non-manuels, car il faut bien qu'il y en ait, n'ont pas voulu en rester là, et bqu'ils inventèrent toutes sortes de produits à vendre afin de récupérer des pièces d'Argent ou d'Or, afin de bénéficier d'un niveau de vie qui soit un minimum opérationnel...
Et qu'un certain vendeur de potions magiques qui rend les dents blanches et le tin frais, qui guérissent toutes les maladies, accompagnés de leurs accolytes-témoins et secrètement associés, allaient de ville en ville le suivant le cours des fleuves pour aller énerver tous les habitants qui se sont faits arnaquer sur leur passage, et c'est ainsi que se bâti la fortune des Rockfeller.

C'est à cet endroit qu'il faut se placer et, avec notre cortex un peu plus développé que ceux de l'époque, il faut se demander ce qu'il aurait fallu faire pour éviter de voir le pays se faire envahir par des arnaqueurs qui allaient forcément gagner en puissance de façon exponentielle, jusqu'à ce que le principe de l'arnaque et le principe du commerce ne fassent plus qu'un.

Un minimum d'humanité aurait pu placer les droits par-dessus les moyens ; c'est ce qui a voulu être fait avec le communisme, mais sans remettre en cause le principe du commerce, on était arrivés à des extrêmes d'absurdité où les « bons de ravitaillement » étaient plus rares que l'argent, ce qui a terminé d'écœurer tout le monde du principe même de « communisme » alors pourtant que le principe de fusion et mise en commun des moyens de production, lui, est devenu le moyen le plus sûr pour les entreprises de faire du chiffre.

Mais que les citoyens s'unissent pour faire des achats groupés, et obtenir des chaînes de production sans but lucratif, ou que ces services soient publics et financés par les impôts, cela n'a pas pu tenir le choc.

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Qu'on soit à bord d'un vaisseau-cargot ou à bord d'une amérique naissante, le problème est le même, comment faut-il s'y prendre pour mettre en oeuvre le phénomène de justice ?
L'utilité de se fixer ce but est évidente, il s'agit de ne pas briser la confiance que les citoyens peuvent avoir les uns envers les autres. Si cette confiance repose sur des lois, et que ces lois sont écrites pour favoriser le commerce et l'avidité, c'est un peu comme se faire rencontrer matière et antimatère, c'est explosif. Finalement, le phénomène de justice possède une utilité et une raison qui est très clairement vitale, ce ne sont pas juste des mots pour faire joli, dont on peut se passer en se disant que ça ne sert à rien.

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Le principe sur lequel repose le phénomène de justice est la mathématique.
Il ne peut pas reposer sur le principe du commerce, et lui ne peut pas s'en remettre aux lois ; cela ne marche pas, ce n'est pas logique ou fonctionnel.

Sans informatique, évidemment, cela aurait demandé une administration telle qu'on aurait été ensevelis sous des couches géologiques de papiers administratifs.

Mais aujourd'hui ni les moyens techniques ni les moyens humains ne manquent, et l'intelligence, elle, ne demande qu'à être mise à l'épreuve de la réalité.

Le système va très vite devenir très complexe, car tout est en rapport avec tout. Si sur 100 habitants, 5 s'occupent de produire l'alimentation, en utilisant des ampoules qu'il faut cinq personnes aussi pour créer, et en utilisant une énergie qu'il faut cinq personnes pour générer (en pédalent !) tandis que 40 personnes sont trop jeunes, trop vielles ou trop malades pour travailler, cinq autres s'occupent du transport et de l'emballage, cinq autres du recyclage et de la maintenance, la question est : comment générer le phénomène de justice au sein de cette petite organisation ?

Le terme de la société minimale est très pratique pour élucider ces questions.

Il n'y a pas de raison que les malades, les débiles, les vieux et les jeunes ne reçoivent pas de nourriture, il n'y a pas de raison que ceux qui plantent les tomates soient forcés de ne faire que cela pendant toute leur vie, ou que l'inventeur d'une ampoule qui fait pousser les tomates plus vite ne soit pas honoré en proportion de ce que cela a été utile d'accélérer la croissance des végétaux, ou que les « non-manuels » n'aient pas le droit de s'alimenter alors pourtant qu'ils travaillent sur des choses qui ne sont pas encore utiles, et qui pourraient bien ne jamais le devenir, ou déboucher sur d'autres travaux qui eux, à leur tour, seraient très utiles.

Tout cela, est extrêmement difficile à évaluer. Les intéractions sont infinies et les justifications aussi.
Le sentiment des uns d'être plus utiles que d'autres, doit-il nécessairement être récompensé de façon matérielle, sociale, ou spirituelle ? Les « forts » et les « intelligents » ne doivent-ils pas se contenter d'être heureux d'être utiles à leurs concitoyens, sans pour autant ressentir le besoin d'obtenir des Droits supérieurs au commun des mortels, si tant est que leur qualité est finalement le fruit du hasard ?

Et ceux qui ont durement travaillé pour obtenir ces qualités, qui sont devenus « plus » utiles que d'autres, quelle peut être leur motivation, est-ce d'avoir des droits supérieurs ou peut-être est-ce le fait d'un déséquilibre psychique qui les pousse dans une fuite en avant qui les force à faire à eux seuls le travail de dix personnes ? Même si on réussi à évaluer l'utilité de ce qu'ils produisent, l'attrait social pour la distinction des hommes et des femmes les plus exemplaires n'a-t-il pas pour objectif de motiver les jeunes à leur ressembler, alors pourtant qu'ils n'ont pas encore les moyens intellectuels de percevoir d'autres motivations plus nobles ?

Cela fait beaucoup de questions, beaucoup de réponses à trouver, et beaucoup de travail à faire.
Mais ce travail est à faire, et toutes les discussions qui ont lieu à propos de la survie de l'humanité, relèvent de ces questions et de ce travail qui reste à faire.

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Pour évaluer les Droits il faut déjà au moins commencer par les déclarations de variables, comme dans tout programme informatique.

Les droits basiques doivent être inaliénables, sauf en cas de manquement grave, comme celui d'aller habiter où on veut, de voyager, de s'exprimer en public, de choisir librement son métier et son activité.

Certains droits sont renouvelables automatiquement, tels les droits fondamentaux.
Ils peuvent s'user rapidement mais aussi se renouveler rapidement, de sorte qu'il est interdit d'acheter cent kilos de pâtes mais il est autorisé de ne manger que cela toute l'année (en tous cas c'est mon cas !).
Leur renouvellement peut être automatique ou conditionné à d'autres droits.

D'autres droits peuvent être temporaires, ne rester valables qu'un certain temps, et perdre de leur intensité, de sorte que des droits anciens inusités puissent devenir périmés.

D'autres encore peuvent être exceptionnels, comme pour l'inventeur de l'ampoule qui fait pousser les tomates plus vite, il obtient le droit exceptionnel d'avoir un labo pour développer les principes scientifiques qui sont à l'oeuvre, ou d'autres principes dont il aurait subitement l'idée. Ce droit il l'aura gagné honnêtement, et n'aura plus besoin d'expliquer ce qu'il veut faire et de ne plus perdre de temps dans son travail.

La droits peuvent être permutés, un grand nombre de droits inutiles peuvent être convertis, avec un taux de change, en droits utiles, si jamais cela est nécessaire.

L'usure des droits peut aussi varier, selon qu'on décide de s'approprier un objet ou simplement de s'en servir périodiquement en le laissant à disposition des autres.

Une fois les définitions posées, le travail commence, il s'agit d'écrire les algorithmes qui avalisent et justifient le transport de ces droits.

(laissons au lecteur le soin d'approfondir)

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Dans la pratique, observons maintenant les applications de ce système de Droits.

Un gars découvre, par bonheur, un caillou qui délivre autant d'énergie qu'on veut.
Ou alors on peut dire (plus communément) un pays découvre un nouveau gisement de pétrole.
A qui appartient ce caillou / gisement ? Réponse : à toute l'humanité. Il n'y a rien à tergiverser sur cette question, aucune opinion ne peut rivaliser avec cela.

Dans le monde du commerce, il n'en sera pas ainsi, et dès le départ l'injustice sera flagrante, et ensuite elle ne fera que de s'étendre.

(pourquoi les technologies issues de la rétroconception d'ovnis interceptés sont-elles gardées sous le coude, si ce n'est pour en tirer le bénéfice maximal ?)

Ou alors on peut dire, pourquoi dépose-t-on des brevets, et repeint-on la moindre de nos création artistique d'un hideux « copyright », si ce n'est en raison du fait qu'il n'y a aucune chance, dans le monde du commerce, que cela serve équitablement tout le monde ?

Rien ne compense la défaillance organisationnelle : le pays qui découvre du pétrole peut le vendre, tout comme il peut se faire bombarder pour se faire piller.
Les terres sont accaparées en Afrique, en Amérique du Sud, les forêts rasées enchérissent ceux qui les rasent, et ainsi de suite.
Les ressources naturelles sont d'autant plus attractives pour le système du commerce qu'il suffit de se baisser pour les ramasser. Ce qui est vendu est ce qui est trouvé et prit, et la justification de ce commerce est l'effort qu'il a fallut pour le trouver et le prendre. C'est quand même d'un grand cynisme !

Dans le cadre où les droits priment sur les moyens, peu importe où se trouvent ces forêts, ces gisements et ces terres. D'office ils appartiennent à toute l'humanité, et leur administration découle de règlements très strictes, qui mettent en corrélation l'utilité, la pertinence, et l'intérêt collectif.

Bien sûr ce sont des choix qui motivent ces exploitations, mais ces choix sont régis par l'application de règles, parmi lesquelles une de grande importance qui est la gestion sur le long terme.

De ce point de vue, une forêt d'arbres cultivés (qu'on plante soi-même), des animaux de fermes d'élevage, ont bien plus de valeur que ceux qu'on peut prélever dans la nature sauvage.

Pour le cas d'un gisement, rien ne justifie qu'un pays en soit le propriétaire pourvu qu'en même temps, lui aussi bénéficie des gisements et productions des autres.

En fait, non seulement le concept de « pays » serait réduit à la simple délimitation des langues sans aucune autre forme de distinction, mais surtout, et j'espère que cela sera noté comme un avantage probant et définitif en faveur de ce Système, cela anéanti par avance toutes les guerres.