111005 6 min Psaume

Psaume 111005 : L'architecture du futur

Comme aucune chose ne va sans les autres, l'architecture actuelle peut être qualifiée d'usinique, ce sont des constructions industrielles adaptées à l'habitation (assemblage de blocs rectangulaires de béton armé), dans le cadre de camps de travail, dans lesquels on a aménagé un ou deux square avec des balançoires pour les enfants et un terrain plat quelconque pour que les vieux jouent à la pétanque.

Il y en a qui sont très heureux dans ce monde qui leur va comme un gant mais bon.
Quand on pense aux collines dorées de verdure flamboyante, de végétation colorée et d'animaux furtifs qui signalent leur existence en s'enfuyant, où les hommes vivaient au gré de la météo dans leur constructions sommaires en bois aménagés en fermes et jardins potagers... on se demande quelle idée les a piqué de vouloir évoluer, si c'est pour arriver dans un dortoir social bétonné et surveillé par des hélicoptères.

Il y en a même qui ont abandonné tout espoir en l'évolution et revendiquant un retour à la nature, ce qui arrangerait bien nos firmes dominantes, qui elles n'hésitent pas à dire « rasez toute cette verdure improductive, et faites-en un enfer de béton et de fils barbelés qui rapporte ! ».

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Là où je suis allé était après que l'humanité aie progressé au niveau cortical de sorte qu'il possède des constructions mentales qui l'aident à se situer dans l'espace des idées morales et justes.

Notamment, la nature de l'homme est de pouvoir catégoriser le réel afin de le comprendre et ensuite placer correctement ces mises en opposition dans le contexte le plus approprié. Je veux dire qu'une fois devenus capables de catégoriser et décatégoriser à volonté le réel, à le considérer comme une matière malléable, et à entrevoir l'activité cérébrale et la place de l'homme pour ce que cela a de transcendantal, cela a rendu obsolète une grande majorité des discussions oisives qui enflammaient le monde avant la révolution.

Car en effet, on peut décatégoriser le réel, et sortir du plan d'existence qui consiste à devoir toujours forcément avoir à se situer dans une des deux catégories qui omnubule le cerveau primitif... comme si une barre droite et solide, rectangulaire comme les blocs de béton, départageait le monde selon ce clivage, follement considéré comme le seul valable.

Et les gens, à l'époque, se comportaient typiquement de façon à se placer par rapport au clivage dominant et unique qu'il y avait dans leur tête. Pour eux « jouer la comédie » consistait à changer artificiellement de clivage mental, exercice qui était considéré comme artistique, car relevant d'une capacité cérébrale encore nouvelle.

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Si vous connaissez les personnes, vous pouvez imaginer leur monde.
Plein de gens ne se figurent même le monde qui découle de leur façon de voir le monde.
Une fois unifiés sur ce sujet, les humains ont eu toute facilité à le modeler comme leurs cerveaux pouvaient modeler les idées nouvelles, et découdre celles qui se révèlaient périmées.

(Là où je suis allé) l'habitation mondaine normale habituelle consiste en un agencement de pièces aux formes courbes un peu comme des oreilles de Mickey. Le grand salon est au milieu et des pièces annexes en cercles plus petits sont autour des deux pièces ronde autour du salon. Par dehors, un lieu de verdure semi-privé, partagé avec les autres locaux. Et quand on sort, la grand porte s'ouvre automatiquement, on se retrouve sur un balcon blanc lui aussi aux formes curvilignes. Les piliers de chaque côté sont comme en fibre de carbone et blancs brillant, formant un angle mou avec le sol.
Puis le balcon donne à voir la partie centrale circulaire de l'immeuble géant où l'air circule entre les étages, les habitations étant au milieu, les restaurants et lieux de travail au-dessus, et l'agriculture, le traitement des eaux, la production énergétique, et quelques manufactures aux étages du bas.

Le toit est un lieu public par excellence, il y a de grands jardins, et c'est l'endroit le mieux exposé à la lumière du soleil, quoi qu'elle puisse s'infiltrer jusque dans les bas étages. On peut s'y promener, y tenir des conférences ou des concertes, faire de nombreux sports.

Mais dans tout cet immeuble et en fait, dans toute la ville, les lieux publics sont conçus de sorte à ce qu'on s'y sente chez soi. Le fait même que les humains aient su s'entendre sur l'organisation, les objectifs et les aspirations, a produit l'effet que « la ville » se devait d'être aussi flamboyante et paisible que l'esprit de celui qui a résolu tous les problèmes.

Il n'y a pas de vol ou de criminalité évidemment, car les humains se sont rendus compte de l'intérêt majeur qu'il y avait à prendre soin les uns des autres. Les véhicules sont semi-privatifs, on peut garder le même pendant quelques temps, mais les véhicules légers sont mis à disposition librement, sans précaution quand au vol, car le but après tout c'est que ces véhicules servent.

L'activité quotidienne de l'homme ne consiste plus à se placer parmi les travailleurs qui n'ont droit à aucun plaisir imaginatif, ou les chômeurs qui évitent de se promener en milieu d'après-midi pour pas dénoncer leur statut.
Il a été résolu depuis longtemps que l'épanouissement était la clef du développement humain et de l'amélioration du monde, et de ce fait une grande quantité des bâtiments et des espaces publiques qui existent sont uniquement destinés à être fréquentés par le public, de sorte qu'il dispose de tout un cadre de vie et d'un réseau social plus dense, de différents lieux où aller et occupations à accomplir, et de plein de gens à rencontrer dans chacun de ces lieux. Une photo de la ville la nuit transpire de l'idée que toutes ces lumières, tous ces gens, ce sont tous des amis !

Il y a des espaces publics pour toutes les sortes de jeux et de sports, et d'activités culturelles.
C'est là que l'architecture a cru bon de devoir bâtir, de la même façon qu'on a créé des usines polyvalentes super-robotisées capables de construire pratiquement tout, ce sont ces espaces publics polyvalents, où de nombreuses sortes d'activités peuvent avoir lieu. Certains endroits sont plus dédiés au sport ou à la promenade, et d'autres plus axés vers les forums publics, l'exercice a consisté à choisir des thématiques pour ces endroits publics.

Mais ce n'était pas facile, car une bonne habitation doit se concevoir comme un petit centre du monde, d'où on peut partir dans différentes directions pour trouver les différentes choses dont on a besoin. On peut dire que pour presque tout le monde, il existe un endroit pas loin de chez eux où ils passent quasiment toute leur journée.

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Les gens de 2200 regrettent seulement qu'il ait fallu tant de souffrance pour en arriver là, car cette souffrance était inutile et a retardé l'évolution, c'est pourquoi ils ont ce sentiment de bien mériter la précieuse paix qui anime leur vie.

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