110822 7 min

Psaume 110822 : La conduite de l'évolution

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L'étude des lois des systèmes ne consiste heureusement pas en l'observation d'un état atomique hors contexte qu'on se verrait capables de reproduire, telle que c'est définit par la science occidentale.
C'est l'étude et la rêvasserie partant des enseignements produits par l'observation des mouvements d'objets topiques qu'on ajuste, combine, rattache ou dissocie.

Quand j'ai commencé l'étude des systèmes je savais à peu près où ça allait mener : vers la cueillette de jolis dictons dont l'universalité est définie dans leur propre formulation.

J'ai aussi découvert avec une stupéfaction toute relative la borne maximale des systèmes, qui est la complexité maximale qu'on est capable de supporter.

Toute la science ne fait que de décrire ses observations avec des moyens qui se situent à l'intérieur de la borne maximale des connaissances actuelles.
Ce qu'on nomme la raison, n'est souvent rien d'autre que la dénonciation de la petitesse de notre monde mental.

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Et là on peut revenir sur Terre et regarder avec une stupéfaction toute relative elle aussi, la façon dont les responsables politiques dirigent la marche du monde.

De toute évidence, aucun humain, pas plus qu'un autre, n'est capable d'incorporer une complexité illimitée dans son système de pensée.

Mais dès lors qu'on s'engage en politique on incorpore dans sa pensée des objets mécaniques (les lois, les fonctionnements, les usages, la notion de ce qui est acceptable, etc...) qui, par leur nombre, ont naturellement tendance à repousser le très grand nombre d'autres objets mécaniques enseignés par la philosophie, la science, le civisme, etc...

Les règles pour faire de la politique, et les lois sont si nombreuses que lorsqu'on écoute un politicien ou un chef d'entreprise (qui lui aussi aura vendu son âme à son job) on a l'impression d'entrer dans un univers fantastique régit par des lois qui nous échappent.
A tel point que parfois on se demande... ce qui peut leur passer par la tête, pour oublier les formes les plus rudimentaires de la compassion, l'intelligence, ou la peur du ridicule.

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Le fait est que la politique n'est pas un loisir comme les autres.
On peut parler de loisir car ceux que cela intéresse vraiment sont à peu près aussi nombreux que les passionnés de voitures téléguidées ou d'échecs.
Avant que la préoccupation politique ne soit réellement l'occupation de tous, il faut que chacun ait le loisir de s'y intéresser, de s'instruire, de comprendre les mouvements à l'oeuvre, afin d'obtenir un point de vue historico-anthropologique. Inutile de préciser que la proportion de politiciens dotés de ça est la même que dans la population globale : 1% des gens.

Même si on appelle cela démocratie, et de la même manière que ce ne serait pas juste de faire un référendum pour élire le meilleur joueur d'échecs de l'année, lorsque les citoyens votent ils ne font que donner une opinion non experte sur des questions dont la complexité les dépasse totalement, à ceci près que leur point de vue extérieur a l'avantage de savoir détecter ce qui est inutile ou absurde, et que les politiciens, eux, ne voient pas comme cela.

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Faire de la politique, c'est se mettre en infraction avec la loi dans la mesure où prend le risque de mettre en danger la vie d'autrui.

Le seul moyen d'échapper à cette sentence sera de produire les preuves que l'activité politique a eu un impact globalement positif dans le cadre des buts à long terme et des aspirations des peuples.

Cela implique d'avoir incorporé dans sa pensée ces aspirations.

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L'évolution est un chose étrange car elle est composée, sans que cela soit aisé de discerner les composants, de points de passage obligés, comme dans un parcours fléché par lequel circulerait la civilisation en train d'évoluer.

Les aspirations et buts à long terme des peuples ne sont rien de moins que ces passages obligés, ils ne sont pas tant de l'ordre de la politique que de l'ordre de la simple Evolution.

La façon dont on va s'y rendre, par quels détours et dans quel état d'esprit, ne dépend que de la marche de l'histoire, dont les politiciens sont rendus responsables.

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Quand on se demande ce qu'il peut bien y avoir dans la tête des politiciens pour insister avec tant de force dans des manoeuvres qui se sont toujours montrées destructrices et déplorables dans l'histoire passée, on a déjà au moins deux débuts de réponse :
1 - La cosmogonie dans laquelle ils évoluent est un univers rempli en majorité de lois pointilleuses, de procédures désuètes, de considérations aussi implacables que restrictives, bref d'une psycho-rigidité à faire pâlir un psychiatre.
2 - Sans transition entre un univers mental riquiqui et les aspirations grandioses, si on s'interroge sur ce qu'ils veulent obtenir à la vue des moyens mis en oeuvre dans la pratique, il apparaît assez clairement (enfin je trouve) que leur motivation est profondément imprégnée de la peur et de la crainte de laisser s'échapper vers le passé une époque où ils sont les rois du monde, où l'argent et le pouvoir ont le droit d'être plus importants que la justice.

Toute la politique actuelle, en fait, n'est pas spécifiquement dirigée vers un avenir mais vars la conservation d'un passé, que l'évolution a déjà condamné, à un moment où les consciences commencent à en être informées par la Grand Esprit qui est le chef d'orchestre de cette évolution.

Sur le plan magnétique, la politique est devenue motivée par la répulsion de tout ce qui empêche le système actuel de perdurer et le nouveau d'advenir, là où au départ, les mêmes gens qui utilisaient les mêmes mots et qui portaient les mêmes habits, étaient porteurs du grandiose espoir de faire prendre à la civilisation les chemins les plus attirants, à la vue du plus grand nombre possible de considérations, avec même une forme de soulagement à laisser derrière eux un passé désuet.

Et c'est vers ça qu'on va revenir.

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La peuplade en route vers son destin confie à ceux qui s'en sentent capables de soin de choisir les sentiers qui conduiront vers la prochaine borne de l'évolution.
Mais rien n'est promis, pour passer d'une étape à l'autre il faut passer une épreuve, un petit test.
Cela est parfaitement légitime puisqu'il ne saurait être question de permettre à une peuplade d'évoluer en respectant un cahier des charges bien précis légué par une civilisation qui elle, aurait déjà terminé le parcours qui mène vers la société idéale, avec plein de jardins fleuris et où les serrures sont des exceptions.

Et bien sûr à chaque étape la difficulté de l'épreuve est croissante car il s'agit quand même de confier à cette peuplade migrante dans le flux du Temps les clefs de l'univers, la satisfaction de leur immense curiosité et l'obtention du contrôle sur leur destin, bref la maîtrise.

Sur le chemin actuel de notre peuplade une question est posée.
Pour arriver au prochain drapeau qui symbolisera la victoire de la justice, il aura fallu faire un choix puissant.

Pour l'instant, les politiciens ont fait leur choix : ils pensent que les apports du prochain stade évolutif sont trop insaisissables, tandis que les pertes qu'il faut accepter pour y parvenir, leur semblent trop précieuses.

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Moi quand je construit mon petit logiciel à la maison dans l'état d'esprit du loisir, j'ai aussi eu le loisir de me construire toute un aménagement qui me permette de lancer des fourches évolutives qui ont le droit de parfois être des échecs.

A un autre moment j'ai établi la force qu'il fallait pour certifier une évolution et savoir qu'on ne pourra plus revenir en arrière. Cette action est celle des vrais héros car elle requiert du courage et de la foi, comme quand il s'agit de pouvoir ouvrir la porte de son appartement de l'extérieur sans les clefs au moyen d'un système rudimentaire avec des ficelles et des clous : c'est un jeu amusant mais c'est beaucoup plus stressant si on laisse ses clefs à l'intérieur ! On n'a pas le droit à l'erreur.

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Quand l'humanité va faire le choix d'aller en avant dans la marche évolutive, elle va devoir abandonner une grande partie de ce qui fait sa cosmogonie, elle va devoir se mettre en jeu elle-même et prendre un pari (un peu) fou.

Ces politiciens sont les garde-fou de l'évolution, ils la freinent autant que possible afin de ne pas commettre l'irréparable, et ce faisant ils font perdre de la valeur à tout ce à quoi ils s'accrochent, et ne font que rendre chaque jour un peu plus inéluctable le prochain pas en avant que l'humanité devra oser faire.

Puis un jour, quand le coût des pertes paraîtra inférieur aux profits promis par la raison, tout basculera, les premiers seront les derniers.

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