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Ils voudraient diriger le monde comme on dirige une société

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La direction dans laquelle le monde aime à être changée, est au mieux fondée rationnellement, c'est à dire que les changements sont le fruit de l'expérience.
Si y'en a un qui arrive et qui dit selon ses observations personnelles et non discutées que le monde doit changer de telle ou telle manière, obligatoirement on appellera cela un totalitarisme, non pas parce que ses idées seront obligatoirement mauvaises, ni spécialement parce quelles n'auront pas été discutées, mais parce que ça ne prendra pas en compte ce qui a été fait et découvert d'utile et de concret.

De ce point de vue on peut dire que la façon dont le monde change, tout aussi laborieux et malheureux que soit ce changement qui est en fait une dégradation vers le chaos, part pourtant du principe très louable que ces changements sont fondés rationnellement, et qu'on ne trouve rien de mieux à faire.

En fait ce qui ne va pas, si on le dit simplement c'est que le système économique capitaliste oblige, permet, valorise la politique de l'égoïsme. Mais si on va plus loin, en fait c'est le fruit de ce qu'enseigne l'organisation professionnelle qu'engendre le soucis du profit.

D'un moyen placide et diaphane que devait être l'argent pour permettre les échanges d'avoir lieu, on est passés à une structure de société fondée sur l'expérience concrète acquise dans l'exercice de la recherche spécifique du profit, où celui-ci n'est plus un moyen ou un bénéfice au sens stricte du terme, mais un but inexpugnable.

A la limite peu importe l'activité, le but est qu'elle rapporte. Et le monde entier se fie à cette cécité en croyant que c'est une condition suffisante pour justifier le fait que ces activités soient honorables.
Mais quand même on s'aperçoit que l'écologie, la pollution, la pauvreté, les guerres, découlent directement de ce à quoi ce système ne répond pas, c'est à dire tout ce qui est laissé de côté par cette obsession.

Il est très intéressant de voir comment fonctionne une organisation à but lucratif, pour ensuite tracer par projection ce que les puissants ont planifié comme transformation du monde actuellement en cours.
Comme je l'ai dit, c'est tout ce qu'il y a de plus rationnel et fondé, discuté, concerté, démocratique, mais quand même fondé sur une conception assez hasardeuse de la mission humaine.

Ah ? Il y a une mission humaine ?
En tous cas l'absence de mission humaine conduit à la désorganisation de la société.
Que doit faire l'humain, quelle est sa mission ?
Si on en croit la politique capitaliste du profit privé, la mission humaine est nulle, tout l'intérêt qu'il y a à vivre est de s'en sortir, survivre, se battre, sans raison particulière, à part de vagues sentiments religieux, toutefois très motivants pour des raisons spirituelles et emplies de crédulité.

Je ne veux pas critiquer ce qui guide l'humanité, mais si ça la guide mal, si on interprète le message religieux dans le but de l'appliquer au système capitaliste à but lucratif, alors on risque de mettre de bons concepts au service d'un mauvais système. Le système n'est pas remit en cause, il demeure tout-puissant et non discuté rationnellement.

Tous ces gens sur toute la Terre s'agitent et se battent, discutent, se contredisent, sans qu'aucun ne remette en cause la sacro-saint recherche de profit à titre privé.
Faut-il s'étonner si rien ne fonctionne ?
Pour les politiques, la mode est à l'écologie, alors ils en font leur beurre, mais surtout pas n'arrivent à concevoir pourquoi ça ne marchera pas, c'est à dire la non remise en cause des institutions financières qui sont des propriétés privées.

Avec la meilleure volonté du monde, si on est dans un contexte d'injustice, on ne gagne qu'en dignité à se battre pour sa survie, mais le monde lui pendant ce temps continue de se dégrader. Normal, les fondements de la structure sociale, jamais remis en cause, sont donc laissés à l'abandon, objets d'une rouille inévitable qui la fragilise.

Le fondement de la structure sociale étant laissé à l'abandon, oublié, logiquement le reste de ce qui est construit dessus, aussi bien construit qu'on puisse le faire, est voué à l'effondrement.
Comme si le système de la propriété privée était aussi inaliénable que l'ADN, alors que ce n'est qu'un consensus social facilement modifiable même si ça chagrine les plus riches.

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Finalement ce qui se passe c'est que ce qui sert de modèle pour conformer la société, pour qu'elle change, n'est rien d'autre que la plus aboutie des organisations construites par l'humain : une super-méga corporation.

Si le monde devait être organisé comme un petit commerce, avec un patron qui dispose ses produits dans un étalage, et quelques employés qui viennent prêter main forte, cela paraîtrait très insuffisant comme modèle.
Par contre les grandes structures d'entreprise sont une vraie source d'inspiration pour les politiciens qui changent le monde.

Son organisation de nature militaire est essentielle pour faire fonctionner un taylorisme qui divise les tâches, ce qu'il y a de plus intelligent à faire car si on ne le fait pas, on perd en spécialisation et donc en qualité et en qualité.
Seulement les relations entre les étages mériteraient d'être refondées.
Sa hiérarchie résonne assez bien avec la manière dont la structure étatique s'est édifiée au fil du temps, héritant de la royauté ou totalitarisme, où le pouvoir a été lui aussi divisé pour une meilleure justice.

Si on suit la logique jusqu'au bout, la structure idéale donne un pouvoir d'action sur l'ensemble du système de plus en plus laborieux au fur et à mesure qu'on descend dans l'échelle hiérarchique.
Là aussi, c'est fondé parce qu'avant que la parole de l'un ne soit crédible, il lui aura fallu faire ses preuves à son niveau.

Pourtant quand l'autre bouffonne de Ségo parle de "démocratie participative", ou de nommer par hasard des gens pour qu'ils jugent des affaire judiciaires, ça a tout d'illogique dans le système en place, car les intervenants ne sont pas des spécialistes, et à la fois ça flatte l'égo et les aspirations les plus utopiques, dans lesquelles si le monde était plus juste, il tiendrait mieux compte de ce que ressentent les gens de la base, quand ce sont eux qui subissent les inconvénients d'un système pensé depuis le très-haut de l'échelle hiérarchique, où la compassion est très faible.

Il y a du bon à prendre dans tout.
Dans une société on rajoute des services au fur et à mesure que le besoin se fait sentir de diviser une tache en plusieurs, c'est à dire quand de nouvelles distinctions deviennent nécessaires.
Les bureaux se réfèrent à d'autres bureaux etc etc, et à la fin il résulte de cet ensemble un esprit collectif qui cultive ce que chacun a en commun.

Et dans une société ce que chacun a en commun, c'est l'irresponsabilité de ce qui concerne les autres bureaux, le désintérêt pour ce qui ne concerne pas sa propre tâche.

Ce n'était pas prévisible qu'il y ait une telle émergence, que ce soit cela qu'on puisse retirer de l'ensemble de l'activité de la société. Au départ la structure de petite entreprise faisait que chacun se sentait quand même concerné par l'ensemble. A la fin, chacun ne s'applique qu'à sa tâche, en ayant dans le contexte du lucratif et de la pression hiérarchique qu'un seul soucis, le gain de temps, et le désintérêt pour tout le reste.

Et finalement quand on voit les politiciens se promener dans les endroits publics accompagnés de caméras, ils ne font rien d'autre que des inspections de routine au sein d'une méga-société, félicitant les travailleurs dont le travail leur profite, et critiquant les "services" qui ne leur semblent pas rentables.

C'est logique que la société (le même mot à chaque fois) humaine s'inspire de ce que l'organisation industrielle peut faire de plus perfectionné et élaboré, pensé, et obtenu à force d'une longue et patiente structuration.

Parce que c'est ce qui existe de plus concret et de plus rationnel.
Quand quelqu'un arrive en disant, en leur disant à ces puissants : "c'est plutôt comme cela que vous devriez fonctionner", évidemment ils se gaussent. Car leur organisation, elle, n'a rien de totalitaire, c'est le fruit du travail de tous.

La seule faille de ce système de réflexion c'est l'absence de discernement entre ce qui est intéressant pour une société à but lucratif, et ce qui est bénéfique pour une société humaine.

Il suffirait de faire exactement la même chose que ce qu'on fait déjà; mais en se fixant des buts partagés.
Le seul bénéfice acceptable pour une entreprise, devrait être "bénéfique" au sens que ça produit des bonnes choses pour tous, et non pour un seul propriétaire.
Ça consiste en un minimum de générosité, que de travailler pour le bien de tous et non que pour le sien.

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Une confusion entre société et Société conduit à de graves erreurs.
Si ça reste confus de se demander pourquoi l'humanité existe, quel est son but, au moins l'humanité peut se fixer des objectifs évolutifs concrets.

Savoir ce vers quoi il faut tendre devrait être le moteur premier des transformations de la société.
Les acquis de l'humanité font que si on devait, comme les corporations le font d'ailleurs, restructurer le système, on mettrait peut de temps à revenir à un niveau de vie qu'on a connu durant ce dernier siècle dans les pays riches, mais cette fois appliqué à l'ensemble des humains sans distinction.

Les Droits de l'Homme sont un guide, une somme de contraintes inéluctables pour juger de la réussite du système obtenu par la structuration du système.
C'est la même fonction qu'un grand-patron, quand on dit "le grand-patron tient absolument à ce que..." et du coup, les travailleurs s'y conforment.

Exactement de la même manière que le profit financier est un but dans les corporations, la société humaine doit se fixer des buts à poursuivre, avec la même énergie.

Il ne manque pas grand chose, avec tous ces acquis, en les destinant à des buts dont les bénéfices seront partagés et non privés, pour que ça fonctionne.
En premier il s'agit de se soucier en premier lieu des conséquences des choix qu'on fait, et que selon ces conséquences si elles sont néfastes on s'interdise certaines activités.

Il faut une restructuration de ce qui existe déjà. La révolution idéale ferait que, sans douleur et sans déchirement, toutes les activités existantes continuent mais avec la nuance qu'elles appartiennent à une superstructure qui se soucie des conséquences, dont le but est justement que ces conséquences soit voulues, que ce soient elles les bénéfices.

Si les employés des grosses sociétés sont capables, cyniquement, de se montrer fiers d'eux quand ils réussissent à rapporter beaucoup d'argent à leur entreprise, juste je pose la question, quelle fierté retirerait-on si le bénéfice était plutôt situé sur l'échelle sociale, la production de plus de justice ?

Une production industrielle de justice et de bien commun, n'est-ce pas un beau rêve ?

Dans l'idéal on pourrait créer des corporations à but lucratif fondées sur des structures différentes et afin de faire des tests.
En fait, la structure corporative qui permettrait de dégager le plus de bénéfice avec les mêmes outils, par exemple différentes sociétés qui auraient les mêmes moyens mais des structures-test différentes, permettraient (tout en étant un concours attrayant pour les chercheurs de fric) de trouver la structure qui servirait d'exemple pour toute la société.

Si on dit, par exemple mais ce n'est qu'un exemple (il faut bien finir cet article par une proposition) que dans la corporation chacun touche un salaire qui est le fruit du travail de tous, selon un savant calcul basé sur le principe de la juste répartition, dès lors on aura mit en place presque sans le vouloir les systémiques qui devront de toutes façons finir par être utilisées à l'échelle globale.

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