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L'intelligence incrémentielle

Certaines personnes n'avalent pas le principe du crédit-droit entre autres à cause de paradigmes sous-tendus qui ne sont connus que des chercheurs de vérité, étudiants, gens qui travaillent avec leur tête.
Paradigmes parmi lesquels nous avons accepté d'office que l'intelligence pouvait être incrémentielle (en plus de l'holistique).

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En effet un système social qui délivre des autorisations de transactions à la place de ce que fait la monnaie, en contrôlant les tenants et les aboutissants et donc en étant capable d'interdire des transactions nuisibles et d'autoriser celles qui sont vitales, part du principe que l'intelligence (artificielle) à laquelle on confie le « sentiment de justice » qui est le socle fondateur de toute société, est capable de résoudre des problèmes plus complexes que ce qu'aucun humain seul ne peut résoudre.

Il est clair pourtant qu'un tel défi devrait titiller plus d'un programmeur.
Seuls les programmeurs peuvent savoir pour l'avoir expérimenté qu'en effectuant un travail quotidien et soigneux, chaque bribe d'intelligence utilisée subsiste dans le logiciel, y compris des choses qu'on a faites il y a longtemps et qui sont devenues routinières.

Dans la vie courante c'est le contraire qui se passe (le contraire de 1 est 0), puisque toute l'énergie humaine ne sert principalement qu'à fabriquer des objets voués à être détruits, leur salaire leur sert à manger le jour présent, et au final, ce qui se passe, c'est que les générations ultérieures n'héritent que de ruines.

Les seules oeuvres humaines qui aient une efficacité positive appartiennent au domaine public, quand on crée des biens qui sont accessibles gratuitement, comme des terrains de basket par exemple.
Sinon à part cela, dans le monde physique il n'y a pas grand chose à léguer.

Les avancées scientifiques ou technologiques ne sont léguées aux « générations futures » que si elles sont libre de droits, c'est à dire accessibles à la compréhension.

Ainsi on peut observer que les seules richesses de l'humanité sont celles qui appartiennent au public, que ce soit sur le plan de la matière ou celui du savoir.
Selon cet angle, l'accaparement de terres par des multinationales est une confiscation à toute l'humanité d'un bien qui, au lieu de profiter à tous profite à une seule personne (et à court terme à ses sujets / esclaves / employés).

Cette notion est très importante pour comprendre l'intérêt de travailler au profit du public.

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J'aime bien quand un auteur utilise le terme « crise systémique » parce que c'est parlant d'un début de prise de conscience d'un phénomène (le et les systèmes), et que le vocabulaire est encore très rétrécit au point de ne pas hésiter à commettre des erreurs légitimes dans l'emploi de cette expression.

Un système, un robot n'a pas de crise. Une voiture déglinguée n'est pas en « crise » et elle ne va pas se remettre à marcher une fois que la crise est passée.

Un logiciel ne fait qu'exécuter les commandes de sa programmation, ce qu'il y a c'est que notre « système » des échanges (dont découle directement le système social en entier puisque la plupart des relations interhumaines sont d'ordre professionnelles - ce que personne n'a prit en compte dans l'élaboration de la monnaie) n'a jamais été pensé, prévu, et modelé pour fonctionner correctement à grande échelle et à long terme.

Alors bien sûr avant d'abandonner complètement le capitalisme on va lui rendre un dernier hommage, pour avoir accéléré la révolution industrielle en faisant croire aux gens qu'ils allaient créer ainsi un monde meilleur pour leurs enfants alors que c'était un peu une arnaque, et regarder s'éloigner l'époque où il fallait convaincre un investisseur avant de faire quoi que ce soit de bien ou d'utile.

D'ailleurs plus ce qu'on veut faire est bien et utile, moins il y a d'investisseurs, car ils connaissent bien leur métier, ils ne vont pas se tirer une balle dans la patte en donnant naissance à des projets qui génèrent de la gratuité.
Quoi que dans certains cas le business arrive même à s'en sortir dans ces conditions qui lui sont pourtant hostiles (grâce aux produits dérivés, en utilisant la gratuité comme appât).

Mais bon la question aujourd'hui, en constatant que rien de bien ou d'utile ne peut être fait, et que toute l'énergie humaine est concentrée var la production de déchets, est de se demander quelle intelligence supérieure va pouvoir nous sortir de là.

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Quand on a un problème a résoudre, et que tout autour de ce problème à résoudre rien ne fonctionne correctement non plus, ça paraît dérisoire de faire cette première réparation, qui risque de provoquer de nouvelles pannes, au sein d'un milieu qui lui-même est trop hétérogène pour qu'on puisse espérer y avoir un impact.

Ce genre de chose m'est arrivé en prog, ça s'appelle une impasse évolutive, parce que faire évoluer n'importe quel composant va provoquer encore plus d'erreurs, et appeler à chaque fois un nombre de réparations supérieur à 1 (donc plus on en résout, plus on a de problèmes).

Quand on en arrive là, il faut bien se rendre à l'évidence qu'on gagnera plus de temps en se posant tranquillement dans un fauteuil et laisser voguer ses pensées en direction d'un autre système, une autre façon de faire, une autre logique.

Il suffit de fouiller un peu et on trouve toujours des choses qu'on avait mises de côté et qui n'ont jamais été résolues, et ces découvertes ne sont rien d'autre que les endroits où on peut définir de la façon la plus explicite les raisons de la « crise systémique » comme on la nomme brutalement et ingénument.

On a apprit tout au début de sa vie dans la prime enfance de la programmation que tout problème, pour se résoudre, devait se diviser en petits problèmes qui eux sont faciles à résoudre.

Mais opérer de la sorte au moment où on est obligés d'admettre la réalité d'une impasse évolutive, ce qui en passant fait passer tout le travail accompli dernièrement comme parfaitement inutile voire même stupide une fois qu'on a compris les fondements du problème, est une mauvaise façon de persister dans la supra-erreur.

Si il faut décomposer un dysfonctionnement en petites problématiques, autant que celles-ci soient précisément choisies au moment où on a laissé divaguer son esprit à la recherche d'un autre système.

A cet instant, de grandes questions se posent ; et il apparaît que ce n'est pas de résoudre les supra ou les micro problèmes actuels qui servir positivement à ces grandes questions.

Soulever les « vrais » problèmes, ceux qui sont d'ordre systémique et non mécaniques (car toute mécanique n'agit qu'au sein d'un système, or en changeant le système une même mécanique peut changer d'utilité) c'est poser de grandes et belles questions.

Si le but est de servir l'utilité, alors pourquoi ne pas y aller carrément en appliquant ce paradigme à toutes les mécaniques existantes.

Cette façon d'opérer dit qu'au moment de la découverte d'un paradigme sous-jacent, il faut aller l'appliquer à toutes les mécaniques existantes, ce qui permet en même temps de tâter de son utilité.
En répétant cette séquence de réparations avec d'autres paradigmes découverts, on arrive à « repeindre » un système et à rendre fonctionnel ce qui ne marchait pas, et même à pouvoir envisager des nouveaux fonctionnements encore plus complexes.

En programmation (c'est à dire quand on construit un système qui doit se superposer le plus parfaitement possible avec la Logique) il se produit la même chose que quand on découvre un truc tout bête : soudain l'horizon s'éclaircit !

On peut dire que le côté ombrageux de notre époque (celle de ma génération promettait « no future » et celle d'aujourd'hui dit carrément « on est foutus ») est le fait de l'impasse évolutive dans lequel se trouve le système des échanges, et cela il faut le dire, le plus naturellement du monde.

Aucun système ne sort du néant, il s'agit toujours de se référer aux objets qui sont mis en mouvement par l'ancien système, et probablement aux objets qu'on regrette de ne pas voir en mouvement, et cela à cause de l'ancien système.

Et par la pratique on ne peut que voir qu'il y a différents niveaux simultanés de réalité auxquels il faut faire attention, et que se contenter d'améliorer un système sur le plan mécanique sans penser / être conscients / avoir la moindre idée de ce qui se passe sur le plan systémique, a pour seul effet de bloquer toutes les évolutions mécaniques.

C'est parfaitement naturel qu'il en soit ainsi, c'est comme ça que pousse l'arbre, c'est comme ça que le cobra change de peau, c'est toujours en abandonnant une chose vitale avant et devenue une vieille carcasse, et cette « chose », quand on parle du système social humain, c'est un paradigme, une croyance automatique et jamais questionnée, qui se trouve au fond de quasiment toutes les raisons terriennes de s'exprimer vocalement !

Pour soulever de terre de telles questions, une terre sur laquelle on habite, il faut être prêt à des chambardements, il faut savoir que c'est un risque. C'est quand même dommage, après une humanité de temps d'avoir fabriqué un sol si solide pour aller y faire des trous et fouiller dedans. Mais dans le monde des idées (ce n'est pas comme dans le monde physique) il ne faut pas être radins, paresseux, ou précieux.

Mais puisque l'humanité est en question (j'ai bien dit que c'étaient des grandes questions), et en particulier son devenir à moyen-court terme, il est logique qu'il ne soit plus question de consacrer autant d'énergie à la préservation de paradigmes dont on va découvrir d'ailleurs qu'ils ont été étirés plus loin que les endroits pour lesquels ils sont vrais.

Et c'est justement cette opération mentale qui est la clef de la révolution, ou de toute prise de conscience en général, c'est quand, après avoir été poussés par l'objectivité, on réévalue l'importance d'un paradigme jamais questionné jusqu'ici, et qu'on tombe alors sur une véritable aberration au moment où on se rend compte que ce paradigme est devenu caduque.

Quand soudain on a une vision plus claire des choses, après avoir découvert la pierre angulaire par laquelle tout, depuis le départ, aurait dû être défini, il se passe que l'ampleur de la tâche qui nous attend devient visible, possible à atteindre, quoi que grandiose. C'est une vraie lumière au bout du tunnel et il n'y a rien de plus motivant.