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Vii - Le grand théâtre de la « démocratie » sioniste

Par Aline de Diéguez

C'étaient de très grands vents, sur toutes faces de ce monde,
De très grands vents en liesse par le monde, qui n'avaient d'aire ni de gîte,
(...)
Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

Saint-John Perse, Vents 

- Acte I : Deux célèbres acteurs du théâtre sioniste en tournée mondiale
- Acte II : Où l'on découvre qu'un miracle est à l'origine du théâtre sioniste
- Acte III - Où l'on s'aperçoit que l'idéologie sioniste plonge ses racines dans le Talmud
- Acte IV : Où l'on découvre que le hasard s'est invité dans le scénario : "C'était un jour imprégné de l'odeur de l'histoire et de l'éternité" (Abdelwahab Elmessiri)
- Acte V : Dans les coulisses du théâtre sioniste
- Acte VI : Plongée dans les souterrains du théâtre sioniste
- Acte VII : Epilogue: Israël, une ethno-théocratie héliogabalesque

Acte I : Deux célèbres acteurs du théâtre sioniste en tournée mondiale

Lors de sa rencontre du 2 février 2011 avec la Chancelière d'Allemagne, M. Shimon Peres, l'actuel Président de la République d'Israël, jouant les pères nobles, a finement déclaré à la Chancelière d'Allemagne, Mme Angela Merkel, qu'un régime démocratique ne se réduit pas à des élections. M. Peres sous-entendait par là que les sous-hommes arabes n'avaient pas atteint le niveau de développement intellectuel qui permettrait à leurs sociétés de comprendre les subtilités du fonctionnement d'une démocratie. Heureusement qu'Israël est là pour représenter la pointe avancée de l'Occident au milieu d'un océan de barbares, semblait-il jubiler en sous-conversation.

Shimon Peres à Angela Merkel : "Cadeau de la démocratie..." 

Le célèbre chantre de la démocratie sioniste a pris le relais devant son public favori. Œil froid de poisson des grandes profondeurs, le torse bombé, le verbe haut et la lippe dédaigneuse, il s'est planté devant les spectateurs et a entonné avec assurance le grand air de la démocratie sioniste incarnée en sa personne. Le 24 mai 2011, devant un Congrès américain dont l'enthousiasme frisait l'hystérie, l'actuel chef de gouvernement israélien, M. Benjamin Netanyahou a confirmé la haute idée d'eux-mêmes que se font les Israéliens. A cette occasion, il s'est longuement auto-congratulé de ce que son pays "représente ce qui est juste au Moyen Orient"...

Benjamin Netanyahou dans son meilleur rôle 

Il a rappelé avec la modestie qu'on lui connaît, combien l'écrivain anglais George Eliot avait vu juste lorsqu'il avait prophétisé, il y a un siècle, qu'une fois établi, "l'État Juif brillera comme une étoile brillante de la liberté au milieu des despotismes de l'Orient". Tel le Dorian Gray du roman d'Oscar Wilde contemplant, pétrifié d'admiration, la splendeur de sa propre personne sur la toile que venait d'achever le peintre Basil Hallward, le rayonnement de la beauté d'Israël irradiait l'orateur et les honorables congressistes américains en furent illuminés comme d'une révélation. Ils ne purent se retenir d'applaudir debout et à cinquante cinq reprises, un discours dont ils saisissaient, dans une clarté fulgurante, la beauté radieuse et la vérité. Quelle belle journée ce fut pour le sionisme international!

Le spectacle avait commencé dans les coulisses, avant la montée sur le podium de l'amphithéâtre qui réunissait les membres de la chambre des représentants et ceux du sénat. Lors de sa progression en direction de la scène, nombreux furent ceux qui firent cercle autour du prophète israélien. Saisis d'une émulation d'obséquiosité, ils se pressaient, se bousculaient, chacun cherchait à le toucher, à humer l'enivrant parfum démocratique qu'exhalait sa personne. S'ils ne s'étaient pas retenus, ils l'auraient plaqué au sol et, comme dans le génial roman de Patrick Suskind, Le Parfum, auraient fini, par amour et "pleins d'une volupté goulue", par planter leurs dents dans sa chair afin de s'approprier "une petite plume, une petite aile"de l'ange de la démocratie sioniste.

Il faut savoir que les dirigeants israéliens bénéficient d'alliés solidement pourvus en arguments sonnants et trébuchants et les honorables parlementaires américains portent tous à la ceinture un sac, toujours grand ouvert, destiné à recueillir une manne miraculeuse de billets verts capable d'effacer des consciences les taches ou même les ombres que les crimes du héros fêté en ce 24 mai de l'an de grâce 2011 auraient pu y imprimer. Cet "effet téflon" est universellement connu et permet aux heureux bénéficiaires de la rosée financière d'oublier que tous les grands assassins, de Staline à Hitler en passant par Mao-Dzedong et tant d'autres, ont suscité un enthousiasme débordant des foules, avant de terminer leur carrière dans les "poubelles de l'histoire" sans que leurs anciens admirateurs éprouvent le plus petit sentiment de honte ou même le moindre trouble de mauvaise conscience de leur tourner le dos du jour au lendemain. Tout juste certains ont-ils l'estomac un peu lourd d'avoir avalé si longtemps une nourriture avariée.

Tout à son triomphe, M. Benjamin Netanyahou ne voit pas que les lourds nuages qui annoncent l'entrée en scène de Némesis s'amoncellent déjà à l'horizon. "Netanyahu nie l'existence d'une crise, mais les Américains sont toujours furieux" titrait le Ha'aretz du 23 mai 2011. Pire que cela, une confidence d'un officiel israélien aurait révélé au journaliste israélien Barak Ravid, que les sentiments de la secrétaire d'État, Hillary Clinton, à l'égard de Netanyahu "allaient de la répugnance à la haine".

On sent que le drame est en train de se nouer, mais comme dans toute grande tragédie classique, les héros, aveuglés par leur propre hubris, ne voient rien venir. Assuré d'avoir envoyé au tapis d'un petit coup de pied vicieux sous la ceinture, un Président Obama, qui s'est réfugié auprès de la reine d'Angleterre, pendant que lui-même et ses acolytes de l'AIPAC se rendaient maîtres de la politique étrangère américaine, notre héros ne touche plus terre. L'auto-satisfaction lui donnant des ailes, il oublie que l'histoire galope plus vite qu'un éventuel Zorro américain sauveur, en attente d'un second mandat libérateur, et qui risque fort d'arriver trop tard. [1]

Acte II : Où l'on découvre qu'un miracle est à l'origine du théâtre sioniste

Comme il est touchant, en effet, le portrait idéal de "la seule démocratie du Moyen Orient" que les Israéliens tentent, depuis un demi-siècle, d'imposer au reste du monde: une "villa dans la jungle", un îlot de civilisés entouré d'une horde de sauvages! Non seulement cet Etat se vit comme un modèle de démocratie, mais il se glorifie d'être un phénomène unique dans l'histoire de l'humanité, un miracle politique.

Or, Israël est bien le fruit d'un miracle, le miracle du déferlement dans l'histoire contemporaine d'un imaginaire religieux demeuré intact depuis la préhistoire, et aussi puissamment clos sur lui-même qu'une casemate en béton armé de la Wehrmacht surgie au milieu des frêles châteaux de sable des idéologies démocratiques contemporaines. Avec l'idéologie sioniste, une fiction qui s'est successivement métamorphosée en théologie, puis en histoire et enfin en politique a brutalement envahi l'espace mental de la réalité mondiale et tel un dinosaure sauropode, écrasant de ses grosses pattes écailleuses toutes les lois internationales, il a débarqué au milieu d'un troupeau de moutons, provoquant la stupeur et la panique au sein d'une masse d'ovins bêlant la délicate mélodie des principes démocratiques, mais bien décidés à ne pas bouger une patte pour les faire respecter sur ce petit morceau de terre.

Un des exemples les plus récents de l'efficacité remarquable du sauropode sioniste est fournie par la manière dont il est capable de réduire en bouillie les vertueuses proclamations morales de la "communauté internationale"représentée par son Vatican sis à New-York. Il suffit, pour cela, d'écouter la dernière déclaration de son pape actuel, un asiatique dénommé Ban Ki-Moon. Il faut savoir que celui-ci lorgnait la prolongation de sa présence à la direction d'une institution qui offre à son chef le généreux pot de miel de trois cent mille dollars par an. Pour jouir de cette savoureuse gelée royale, il suffit à notre butineur de faire semblant de défendre le droit et la liberté dans le monde. Notre papal Coréen, qui vient d'être réélu à son poste pour un nouveau mandat de cinq ans, avait compris quelles sont les forces à ne pas mécontenter afin de continuer de jouir des trésors de la caverne d'Ali Baba onusienne.

M. Ban Ki-Moon:"Je condamne la flottille ou je la soutiens that is the question!"

Fort de cette connaissance essentielle pour le confort de son propre avenir, et comme tout pape qui se respecte, Ban Ki-Moon 1er a donc proclamé sa liste personnelle d'interdits.

Primo, il déclare illégale la seconde flottille humanitaire conduite par les volontaires désarmés en provenance du monde entier et qui devait prendre la mer à la fin du mois de juin en direction des assiégés et des affamés de Gaza et afin de rompre un blocus militaire illégal d'une province et d'une population d'un million sept cent mille personnes prises en otage par un état colonisateur. Or, un Etat ne peut imposer un blocus à un autre Etat que s'il existe une déclaration de guerre formelle entre eux ou s'il bénéficie de l'aval de l'ONU. Le blocus de Gaza est d'autant plus illégal en droit international que les territoires palestiniens ne sont pas des Etats, mais sont considérés comme des "territoires occupés". C'est donc en violation de la charte des Nations-Unies dont M. Ban Ki-Moon est, en principe, le gardien, que l'Etat colonisateur a établi un sévère blocus punitif terrestre, naval et aérien contre une population civile.

Secundo, un M. Ban à la mémoire courte et à la morale sélective demande donc aux pays d'où sont originaires les héroïques citoyens contraints de suppléer sa propre défaillance, de les empêcher de prendre la mer.

Tertio: Explicitant sans complexe sa position, notre papal Coréen affirme sans sourciller que les humanitaires désarmés porteurs de nourriture, de matériel médical et de matériaux de construction afin de permettre aux prisonniers du goulag de Gaza de réparer les maisons volontairement détruites par les saints missiles du "peuple élu", sont en réalité une armée agressive menant "une action militaire contre Israël".

En conséquence, le représentant officiel du droit international vient non moins officiellement d'autoriser un Etat baignant en toute quiétude dans l'illégalité depuis sa création et qui traite la centaine de résolutions condamnant sa politique coloniale de chiffons de papier, de poursuivre un blocus criminel. En vertu du bon plaisir du pape de service chargé de veiller à l'application des idéaux de la démocratie, l'Etat sioniste se verrait autorisé à empêcher la flottille d'arriver à Gaza, serait justifié d'arraisonner les bateaux, y compris par la force et même dans les eaux internationales. De plus, il serait excusé s'il assassinait les volontaires désarmés qui aurait pris place sur ces navires, le tout en vertu de l'application d'un "droit de la guerre" qui autorise un Etat "militairement attaqué" à se défendre.

Qu'aurait pensé la vertueuse "communauté internationale"si, lors du blocus de la ville Berlin par l'Union soviétique le pont aérien américain qui avait permis à la ville de continuer de vivre avait été déclaré illégal? Mais ce n'est pas la même chose, me dira-t-on, Berlin et les Berlinois étaient précieux. impossible de les laisser mourir de faim. Aucun dirigeant occidental ne se risquera à proclamer haut et fort que le destin des Palestiniens est aussi important que celui des Berlinois. Et surtout pas une Allemagne confite dans les remords de son passé nazi et qui n'arrête pas d'expier ses crimes sur le dos des Palestiniens. L'Allemagne nazie a été responsable du martyre des juifs, l'Allemagne démocratique, le plus fidèle soutien du régime sioniste, est complice du martyre des Palestiniens.

Mais l'affaire se situe probablement à un étage beaucoup plus secret que celui de humanitaire. M. Ban Ki-Moon n'ignore pas qu'Israël s'active frénétiquement dans les eaux territoriales de Gaza et du Liban afin de mettre la main, avec la complicité des sociétés pétrolières anglo-saxonnes, sur la totalité des immenses gisements d'hydrocarbures et surtout de gaz naturel, dont le plus important appartient en propre au territoire palestinien occupé. Il est vital pour l'occupant d'interdire à tout navire, palestinien ou étranger, de venir rôder autour des forages-pirates auxquels il est en train de procéder et de constater le pillage à grande échelle qui se prépare au détriment des prisonniers de Gaza. En vertu du mécanisme bien connu des poupées russes, les vilenies de l'occupant s'emboîtent les unes dans les autres. Chaque boîte en renferme une nouvelle et la pire se cache dans la dernière boîte. Ce sont ces spoliations en chaîne que les flottilles humanitaires risquent de démasquer et on comprend mieux pourquoi le diplomate coréen qui préside aux destinées des Nations Unies a parlé d' "action militaire contre Israël". On sort, en effet, de l'action strictement humanitaire pour pénétrer sur un terrain familier aux amis de M. Ban Ki-Moon: la guerre secrète que mène l'Etat sioniste afin de s'approprier la totalité des ressources en gaz naturel découvertes au large de la bande de Gaza.

J'écrivais déjà le 13 janvier 2009, au moment même où Israël illuminait le ciel de Gaza avec ses bombes au phosphore blanc que "la vérité est le pire ennemi des tyrans. Le monde découvrira enfin que sous les innombrables pelures de mensonges assénés par la propagande sioniste et répercutés tels quels par une presse docile, la guerre israélienne soutenue par les compagnies gazières européennes et par leurs gouvernements est la soeur jumelle de la guerre d'Irak menée par l'empire américain: il s'agit de dépouiller les Palestiniens d'une ressource naturelle très importante: le gaz." 


Voir : 14 - L'axe de l'apocalypse se rue à l'assaut du camp de concentration de Gaza...

Et après cela qui osera encore prétendre qu'Israël n'est pas un "miracle politique", alors que tout le monde peut voir comment une poignée de quelques centaines de milliers d'individus est capable de piétiner la conscience et le sens moral de milliards d'hommes et de femmes indignés dans le monde entier, de ridiculiser le représentant officiel du droit international, de prouver urbi et orbi que ce groupe humain jouit du pouvoir de retourner à son profit toute personnalité officielle comme une vieille chaussette, de la mettre à son service et de lui faire déclarer le contraire de ce pour quoi elle est mandatée?

C'est un peu comme si, un dimanche matin, du haut de son balcon, le pape Benoît XVI proclamait que dorénavant, il est interdit aux honnêtes chrétiens d'empêcher les voleurs et les assassins de commettre leurs forfaits, car ce serait entreprendre une "action militaire" contre les malfaiteurs.

Naturellement, le pape chrétien ne proclamera rien de tel. En fait, il ne proclamera pas non plus son soutien aux héroïques volontaires qui embarqueront sur les coquilles de noix de la flottille et feront face, poitrine nue, aux commandos de marine sionistes armés jusqu'aux dents et qu'on a vus à l'oeuvre lors de la tentative de la première flottille de briser le blocus de Gaza. Le christianisme est vieux, très vieux, trop vieux. Il n'a plus la sève qui donne la force de l'insurrection morale portée par une rude et franche parole officielle qui mettrait les corps en mouvement. Il n'est plus capable que de sussurer des platitudes bien-pensantes sous la forme d'homélies gémissantes et chevrotantes qui frôlent les oreilles des auditeurs sans toucher leurs âmes. Néanmoins trois courageux évêques catholiques et l'ancien président de la Fédération protestante de France se sont prononcés en faveur de la flottille. [2] Saluons-les.

Mais ni les héroïques bénévoles décidés à braver la violence et les menaces de l'Etat sioniste, ni les jeunes Palestiniens caressés par les grands vents qui soufflent "sur toutes faces des vivants" ne prêtent plus la moindre attention aux radotages des représentants momifiés d'une "communauté internationale" dépourvue de conscience. "Malgré la prétendue communauté internationale, et contre la colonie sioniste, nous retournerons en Palestine" crient-ils aux frontières de leur patrie. Et c'est avec leur sang, le sang des victimes de la violente répression de la soldatesque sioniste, qu'ils scellent leur serment. [3]

Comme l'écrivait magnifiquement le poète tunisien Abou el Kacem Chebbi (1909- 1934),

Lorsque le peuple un jour veut la vie
Force est au destin de répondre
Aux ténèbres de se dissiper
Aux chaînes de se briser... 

Acte III - Où l'on s'aperçoit que l'idéologie sioniste plonge profondément ses racines dans le Talmud 

La théologie - donc l'idéologie - de l'Etat sioniste interprétée dans le sens le plus matériel et le plus grossièrement réaliste demeure donc son ADM, son increvable Arme de Destruction Massive de la Raison. Inentamable et indestructible, ce bouclier, miroir du fonctionnement du cerveau des tenants de cette fiction, est devenu l'alibi religieux d'une politique agressivement coloniale dont la brutalité se nourrit de son impunité depuis un demi siècle. Efficacement étayé par la puissance financière de membres de cette communauté qui occupent des postes-clés dans les instances financières et internationales, le récit fictif auto-justificatif permet au sionisme de donner libre cours à sa volonté de puissance, de se lancer à la conquête du Moyen Orient et de faire fi, avec un mépris non dissimulé, des timides admonestations des Etats dits démocratiques.

Mais la Thora n'est pas la seule source de l'idéologie sioniste. En effet, c'est le Talmud qui est l'objet principal des études dans les nombreuses écoles rabbiniques. C'est lui qui, depuis des siècles, modèle en profondeur la psychologie du groupe et ce d'autant plus efficacement que de nombreux rabbins le considèrent comme un code spirituel supérieur même à la Thora. C'est dans le Talmud commenté par des rabbins fanatiques que les étudiants des nombreuses yeshiva, notamment dans les colonies juives de Cisjordanie, apprennent que seul "le peuple élu est digne de la vie éternelle et que les autres peuples sont semblables aux ânes" (Comm. du Hos. IV, Fol. 230, col. 4.) ou que "les maisons des goïm sont des maisons d'animaux"(Sepher Leb Tob, Fol. 46a.).

Les cahiers du Talmud dit de Jérusalem  furent édités en un volume vers l'an 230, alors que celui, dit de Babylone fut rédigé par des rabbins restés en Mésopotamie après la déportation des notables judéens par Nabuchodonosor. Il compte quatorze in-folios et ne fut achevé que vers l'an 500. C'est le plus important des deux.

Le Talmud

A partir du Talmud il est enseigné qu' "il est permis de tromper un goy et de pratiquer l'usure à son égard, mais si vous vendez quelque chose à votre prochain (c'est-à-dire à un juif) ou si vous achetez quelque chose de lui, il ne vous est pas permis de le tromper". (Tract. Baba Mez., Fol. 61a. v. Tosaphoth a. l., et Tract. Bechoroth, Fol. 13b). Et il est expressément précisé qu' "il est permis à un israélite, de faire du tort à un goy" (Tract. Sanhedrin, Fol. 57a.), de le voler ou de faire des faux témoignages. Il est même interdit de "rendre au goy ce qu'il a perdu ", car "celui qui rend au goy ce que celui-ci a perdu, ne trouvera pas grâce auprès de Dieu". (Tract. Sanhedrin, Fol 76b, et Tract. Baba Qamma, Fol. 113b.)

Comment s'étonner que des esprits formés à un apprentissage du mépris et de la haine à l'encontre tout ce qui n'est pas juif, se transforment en prédateurs sans foi ni loi et qu'une soldatesque de plus en plus sensible aux discours des rabbins les plus fanatiques s'amuse à tout détruire dès qu'elle pose un pied dans une maison palestinienne et maltraite même les enfants. Bien souvent, elle y ajoute des souillures nauséabondes. Les pires exactions semblent toutes naturelles aux colons fanatiques, encouragés par leurs rabbins, puisque le Talmud a prévu qu' "envers un animal on ne pratique pas la charité du prochain".(11 - V. Tract. Ab. Zar., Fol. 26b.)

Lorsqu'on lit que "le Messie rendra aux juifs le sceptre royal du monde, que tous les peuples le serviront et que tous les royaumes lui seront soumis" (Tract. Sanhedrin, Fol. 88b et 99a.), ou que "le Messie recevra les dons de tous les peuples et qu'il ne refusera que ceux des chrétiens. Les juifs seront alors immensément riches" (Tract. Pesachim, Fol. 118b.), on se dit qu'un Etat sioniste qui laisse enseigner ce genre de prescription ne pourra jamais vivre en paix avec des voisins. Un autre passage précise que "tous les trésors des peuples passeront dans leurs mains" et que "leur trésorerie sera si grande, qu'on aura besoin de trois cents ânesses pour porter les clefs des portes et des serrures." (Tract. Pesachim, Fol. 119, et Tract. Sanhedrin, Fol. 110b) En conséquence, "tous les peuples se convertiront à la religion judaïque".

Des textes comme ceux du Talmud constituent une véritable spectrographie de l'inconscient d'une société. Tout ce qui est habituellement refoulé dans les groupes humains policés se déverse dans ces commentaires en un noir flot tumultueux, grouillant de fantasmes érotiques, de désirs de mort, de haine, de rêves de puissance, de mesquineries à l'égard d'autres groupes humains. Dans ce magma surnagent parfois quelques pépites qui empêchent de désespérer des hommes.

On ne peut pas comprendre l'attitude de M. Netanyahou lors de son discours au congrès ou son mépris visible pour le Président Obama si l'on ne voit pas qu'ils sont un reflet de préceptes talmudiques. Même les Israéliens qui sont pas des lecteurs assidus des textes religieux baignent dès l'enfance dans une atmosphère qui prédétermine une attitude méprisante à l'égard des Palestiniens en l'occurrence, mais également à l'égard de tous les non-juifs, stigmatisés sous le nom générique de goims. C'est pourquoi seule l'étude de l'arrière-monde religieux d'une société ou d'une civilisation permet de saisir à quel point les mythes religieux sont une projection du mode de fonctionnement des cerveaux qui les ont conçus, et comment, en retour, dans une sorte de trajectoire du boomerang, ou de mouvement circulaire, ils influencent les mentalités, donc les comportements sociaux et politiques du groupe humain concerné et en prédéterminent les décisions ou les comportements.[4]

voir Les analyses de "Théopolitique" du philosophe Manuel de Diéguez

On comprend pourquoi, dès les premiers jours qui ont suivi la déclaration d'indépendance du 14 mai 1948, David Grün-Ben-Gourion a déployé une farouche et inlassable énergie afin que la Bible devînt la source unique de l'histoire d'Israël et que la fiction fût définitivement métamorphosée en vérité historique. Les généalogies imaginaires, les récits d'accrochages entre tribus devenant d'homériques batailles de géants, les cajoleries, les admonestations et les "cadeaux" territoriaux de la divinité privée de cette ethnie étaient censés se substituer aux réalités historiques, aux règles internationales, au droit public et privé ainsi qu'à tous les principes moraux universels sur lesquels se sont édifiées les sociétés policées depuis deux millénaires.

Le Talmud et la Thora qui logent dans les méandres les plus secrets des cervelles sont les véritables moteurs de la politique sioniste.

Voir David Grün, alias Ben Gourion, et la naissance de l'"Etat juif"

Acte IV : Où l'on découvre que le hasard s'est invité dans le scénario : "C'était un jour imprégné de l'odeur de l'histoire et de l'éternité" (Abdelwahab Elmessiri) 

L'arrogance et le mépris à l'égard des peuples voisins, conséquence logique de la croyance à une "élection divine" particulière, confortée par les commentaires du Talmud, caractérisent si profondément la mentalité israélienne que l'explosion du "printemps arabe"a pétrifié de stupeur tout ce qui détient un milligramme de pouvoir dans un Etat dont la politique étrangère officielle n'est que la partie émergée d'un iceberg composé, sous la ligne de flottaison, d'un empilement de services secrets connus pour espionner la planète entière, pour disposer dans tous les pays du monde de milliers de relais dans la presse et les médias, mobilisés dans la minute en faveur de la patrie de leur cœur, ainsi que d'équipes de tueurs prêts à opérer impunément partout dans le monde. Mme Tzippi Livni, ancienne ministre des affaires étrangères et actuelle responsable d'un parti d'opposition, a commencé sa carrière dans une équipe de ce genre.

De plus, les escadrons de la mort israéliens ont été expressément autorisés à opérer dans des pays "amis" afin d'y assassiner les "ennemis de l'Etat d'Israël". Les lamentations d'Israël sur le "terrorisme palestinien" doivent donc être interprétées comme la forme suprême de la chutzpah ou de l'humour noir. On sait que durant toute la première moitié du XXe siècle, un terrorisme juif d'une efficacité remarquable fut utilisé comme seule stratégie militaire contre les autorités britanniques d'abord qui, à partir de la signature du traité de Sèvres en 1920 et jusqu'en 1947 prirent la place de l'empire ottoman vaincu. Ce n'est pas le lieu de rappeler la liste des crimes terroristes commis par les nombreux groupes terroristes sionistes puissamment armés et entraînés ont semé la terreur dans les villes et les villages palestiniens.

Voir Israël du mythe à l'histoire

Aux dernières nouvelles, la cour suprême israélienne vient d'autoriser officiellement les attentats de Tsahal ou du Mossad - des "assassinats ciblés" - contre les Palestiniens ou les étrangers catalogués "ennemis d'Israël". [5]

Provoquer la panique et pousser les habitants légitimes à s'enfuir afin d'échapper à la mort était le but recherché, le vide étant immédiatement comblé par les cohortes d'immigrants appâtés par des avantages financiers offerts par les généreux donateurs sis dans les pays anglo-saxons. Pour parfaire le nettoyage ethnique, des villages entiers ont été totalement rasés. Il fallait effacer jusqu'au souvenir de leur existence.

L'exemple du village d'Emmaüs touchera particulièrement le coeur des chrétiens. Selon l'Evangile de Luc (24, 13-35), "le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé. Or, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas."

Aucun pélerin ne fera plus jamais route vers un village appelé Emmaüs.

Le village d'Emmaüs que les pélerins dont parle l'évangéliste auraient pu reconnaître
(
'Imwas -General view of our beautiful village in 1958 - before destruction
Photo, Pierre Medebielle )

Emmaüs: Intervention sioniste contre la mémoire du christianisme - 1958
(Photo, Pierre Medebielle )

General View Of Imwas (Emmaüs) Eleven Years After Destruction in 1978. Note The Old Road On The Left & Abu Ubaydah's Shrine, Picture Taken By Pierre Medebielle.

General View Of Imwas (Emmaüs) Twenty One Years After Destruction in 1988., Picture Taken By Pierre Medebielle.

Ces photos figurent dans l'important et excellent site Palestine Remembered.com

La politique de terreur et de violence s'est poursuivie sans interruption durant des décennies et se poursuit de plus belle jour après jour. La puanteur nauséabonde des gaz lacrymogènes, des bombes au phosphore et autres jouets mortifères dont ses multiples polices et une soldatesque sur-équipée usent généreusement contre des résistants palestiniens désarmés, a rendu les dirigeants israéliens anosmiques au parfum du monde tel qu'il s'est répandu discrètement en dehors de leur bulle. Ils n'ont donc pas senti la fraîche odeur de jasmin que portaient les "très grands vents en liesse par le monde" qui ont balayé la rive sud de la Méditerranée. Même le puissant et redouté Mossad n'avait rien humé. Et pourtant, comme l'écrivait d'une manière prophétique le grand historien égyptien Abdelwahab Elmessiri dans la dédicace de sa monumentale Encyclopédie sur le judaïsme et le sionisme: "C'était un jour imprégné de l'odeur de l'histoire et de l'éternité". [6]

Malgré les zig-zag des reprises en main ici et là, les grands vents de la liberté se sont levés en Méditerranée et, à terme, rien ne les arrêtera.

Acte V : Dans les coulisses du théâtre sioniste

Bien que la Déclaration d'indépendance du 14 mai 1948 eût prévu qu'une Constitution allait être adoptée avant le 1er octobre 1948, aucun texte constitutionnel n'a jamais vu le jour, et cela pour deux raisons. Selon la première, avancée par M. Ben Gourion lui-même et acceptée par les juristes sionistes malgré son incongruité, il fallait attendre le "retour" sur la "terre promise" de tous les juifs éparpillés dans le monde entier.

Une condition de ce genre, aussi absurde qu'impossible à remplir signifiait évidemment qu'il n'y aurait pas de Constitution, puisque jamais tous les juifs ne quitteraient la patrie d'adoption dans laquelle un grand nombre d'entre eux vivaient en toute quiétude et prospérité. De plus, tous les juifs n'adhèrent pas à l'idéologie sioniste et n'éprouvent pas le moindre désir de vivre dans un Etat colonisateur et spoliateur dont ils réprouvent la politique. Personne ne considère donc que ce leurre pouvait constituer un argument valable.

Le véritable motif, jamais officiellement invoqué, pour lequel cet Etat n'a pas de constitution se cache sous l'argument fictif officiellement invoqué. En effet, les rabbins, maîtres du récit biblique fondateur et des commentaires talmudiques, refusaient catégoriquement qu'une autorité laïque fût supérieure aux textes religieux dont ils sont les gardiens. Or, le sionisme ne peut pas exister sans ses fondations religieuses. Sans la caution des textes religieux et l'appui des rabbins, il n'y aurait pas de sionisme politique.

Voir: Le messianisme biblique se rue à l'assaut de la Palestine

L'Etat d'Israël est donc régi par une série de lois fondamentales modifiables à la majorité simple par le parlement, ce qui signifie que chaque nouvelle majorité peut les adapter à son public. Ainsi la "loi fondamentale" concernant le fonctionnement du gouvernement, votée en 1968 - soit vingt ans après l'indépendance - a été modifiée en 1992, puis en 2001. Il ne s'agit donc en rien d'une Constitution, mais de textes législatifs non contraignants et modifiables à volonté.

Le 13 décembre 1980, la Knesset - le parlement israélien - a adopté une "loi fondamentale" appelée Loi de Jérusalem, qui proclame cette ville "une et indivisible"et la désigne comme la capitale de l'Etat d'Israël.

On demeure donc confondu devant la sidérale candeur des "négociateurs" palestiniens qui, depuis trente ans, "négocient" dans le vide en se berçant de l'illusion qu'un Etat qui a fait voter une "loi fondamentale" spécifique afin de proclamer "une et indivisible" la ville dont il a fait sa capitale, accepterait gentiment d'en offrir une partie, en raison de son bon cœur, à un interlocuteur qu'il a vaincu et à l'encontre duquel il use des ruses les plus perverses depuis un demi-siècle afin de l'éliminer totalement et définitivement.

Le 5 iyar 5708 signe donc, non pas la naissance d'un Etat démocratique, mais celle d'un Etat Juif, fondé sur une appartenance ethnico-religieuse. "L'Etat d'Israël sera ouvert à l'immigration juive" est-il d'ailleurs proclamé dès la première ligne de la Déclaration d'indépendance.

Un éminent pilier de cet Etat, M. Aharon Barak, né en Lituanie en 1935, professeur de droit à l'université hébraïque de Jérusalem, président de la Cour Suprême d'Israël de 1995 à 2006 et négociateur des Accords de Camp David en 1978 a tracé dans tous ses détails les contours d'un Etat juif :

"L'État juif est un État dont l'histoire est imbriquée dans celle du peuple juif. C'est un État dont la langue est l'hébreu et dont les fêtes reflètent la renaissance nationale. [...] L'État juif est celui qui développe la culture juive, l'éducation juive et l'amour du peuple juif. [...] L'État juif est celui qui puise ses valeurs dans celles de la tradition religieuse, dont la Bible est le livre le plus fondamental et les Prophètes la base de sa morale: l'État juif est cet État dans lequel le droithébraïque joue un rôle important et où ce qui relève des mariages et des divorces des juifs est réglé par le droit de la Thora." [7]

On retrouve dans cette définition liminaire la totalité du message - et donc du "programme politique" - des deux dirigeants de l'antiquité judéenne, Néhémie et Esdras. Ces deux hommes ont façonné de manière indélébile la mentalité des Judéens de l'antiquité, fossilisé leur société et tracé le sillon dans lequel le judaïsme politique - le sionisme - s'est définitivement embourbé.

Le 19 juin 201, Benjamin Netanyahou a confirmé que "l'important est que l'Etat soit pour les Juifs seulement", autrement dit, que les Palestiniens devraient légitimer les purifications ethniques passées, présentes et futures. Le Talmud ne précise-t-il pas, comme il est dit plus haut, qu' "envers un animal palestinien on ne pratique pas la charité du prochain"? Dans ce scénario, il ne resterait plus aux Palestiniens qu'à offrir spontanément maisons et propriétés aux protégés du dieu Jahvé... et à vider les lieux, puisque ce sont eux qui seraient devenus des intrus!

Acte VI : Plongée dans les souterrains du théâtre sioniste 

Au retour de l'exil des notables imposé par Nabuchodonosor, Néhémie et Esdras entreprirent de "purifier" la Judée de la pollution que constituait la présence sur le territoire d'étrangers et même de juifs samaritains et galiléens qui, bien que pratiquant depuis toujours une forme de judaïsme, étaient méprisés et considérés comme insuffisamment juifs aux yeux des prêtres sacrificateurs qui officiaient dans le temple de Jérusalem. Toute une population d'immigrés issus des régions périphériques de la Judée et qui avaient occupé la place laissée vacante par les exilés, fut fermement priée de déguerpir. Les récalcitrants furent expulsés manu militari et les mariages d'hommes juifs avec des femmes non juives ou d'un judaïsme douteux furent impitoyablement rompus. Femmes et enfants furent expulsés sans pitié même lorsque les épouses s'étaient converties au judaïsme, car l'appartenance à la communauté passait par la pureté du lignage.

Voir : La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire

C'est ainsi que, dès l'origine, une relation unique dans l'histoire mondiale s'est instaurée entre la pratique d'une religion et la biologie de ses adeptes. Depuis la réforme d'Esdras et de Néhémie, seuls furent considérés comme automatiquement juifs les enfants issus de mères dont la judéité était officiellement attestée. Cette condition a traversé les siècles et demeure toujours en vigueur. Elle a même donné naissance à une catégorie d'individus qui constitue une curiosité ethnique, celle des "juifs athées" qui refusent, disent-ils, l'adhésion à la religion judaïque, tout en continuant à se proclamer "juifs". A quel signe, critère, symptôme, manifestation physique ou psychique se reconnaît ce groupe dont la dénomination constitue un oxymoron? Voilà un des ces mystères auquel ni eux, ni personne ne semble vouloir de donner une réponse logique acceptable - ou être capable de le faire - et qui nourrit les pires fantasmes.

La pureté biologique et l'homogénéité psychologique d'un petit groupe ont représenté, durant la période qui a précédé et suivi l'exil en Babylonie, un atout politique éminemment positif. En effet, ces conditions génétiques draconiennes soudaient d'une manière puissante les membres d'une tribu peu nombreuse, mais qui, avec beaucoup de ténacité, avait réussi, une première fois à s'approprier un lopin de terre déjà occupé et en avait chassé les habitants originels au nom d'une légitimité divine créée pour la circonstance, comme on en lit les traces dans les récits du Deutéronome et des Rois.

"Et lorsque le Seigneur votre Dieu vous aura fait entrer dans la terre qu'Il a promise avec serment à vos pères, Abraham, Isaac et Jacob, et qu'Il vous aura donné de grandes et de très bonnes villes que vous n'aurez point fait bâtir, des maisons pleines de toutes sortes de biens, que vous n'aurez point construites, des citernes que vous n'aurez point creusées, des vignes et des plants d'oliviers que vous n'aurez pas plantés..."(Dt, 6,10-11)

Derrière l'intention théologique du lévite qui a voulu montrer toute l'étendue de la générosité du dieu de la tribu, le récit du Deutéronome révèle la strate historique réelle sur laquelle est construit le texte théologique. Elle traduit, involontairement, le souvenir de la conquête d'un territoire habité par une population plus évoluée et plus riche, ainsi que le vol de ses biens, personne n'étant assez naïf pour attribuer à Jahvé "en personne", si je puis dire, la construction des "maisons pleines de toutes sortes de biens", des précieuses citernes ou la plantation des vignes et des oliviers. L'actuelle conquête de la Palestine est donc une répétition d'un événement fondateur. Les récits pseudo-historiques du Pentateuque sont des rationalisations théologiques auto-légitimantes d'une prédation originelle: il s'agissait d'attribuer à un cadeau de sa divinité le territoire conquis à la pointe de l'épée, de se laver du péché originel d'avoir volé la terre d'un autre peuple et de l'avoir expulsé. On pourrait qualifier ce comportement auquel l'Etat sioniste vient de procéder pour la seconde fois dans l'histoire en pointillé de cette communauté, de "syndrome du coucou".

Etablie sur quelques arpents plutôt ingrats, coincés entre les deux grands ensembles prospères du bassin du Nil et de la Mésopotamie, les tribus judéennes ont pu, grâce à des conditions génético-religieuses sévères, éviter de se dissoudre dans les puissants empires qui l'environnaient et qui ont envahi et conquis leur territoire à tour de rôle en raison de l'intérêt stratégique qu'il présentait sur la route qui menait de l'Asie du sud à l'Egypte. On a pu voir avec l'affaire du soldat Shalit à quel point la psychologie tribale persiste et a donné naissance à une forme de solidarité quasi animale. Alors que tuer des Palestiniens est devenu une activité aussi banale que d'égorger un poulet, la vie de cet unique individu est tellement précieuse que la galaxie tout entière retentit des gémissements et des lamentations de ses co-religionnaires depuis sa capture au cours d'une opération militaire qui a fait de lui un prisonnier de guerre et une précieuse monnaie d'échange de prisonniers avec le camp adverse et nullement un otage - sauf à considérer que les dix mille résistants palestiniens enfermés dans les geôles israéliennes - et depuis plusieurs décennies pour certains d'entre eux - représentent dix mille otages.

Mais à partir du moment où une émigration volontaire de Judéens qui avaient goûté aux plaisirs et aux possibilités d'enrichissement personnel qu'offraient des civilisations plus avancées, s'est répandue dans tous les pays méditerranéens et même au-delà, la condition absolue de pureté ethnique sur laquelle repose la pratique religieuse de ce groupe est devenue un obstacle insurmontable à l'intégration de ces immigrés dans les pays dans lesquels les Judéens - devenus plus tard les juifs - se sont établis en vue de pratiquer leur talent ou leur commerce dans des conditions plus lucratives que sur leur petit arpent originel.

Un comportement qui avait constitué une force au moment où la tribu conquérait son espace vital, devenait une source permanente de conflits avec les populations autochtones sur des terres étrangères qualifiées d'"impures", mais qui nourrissaient et enrichissaient les immigrants. Un groupe auquel sa religion interdit l'assimilation dans les pays-hôtes chez lesquels il séjourne, même durant des générations nombreuses, suscite fatalement la méfiance, quand ce n'est pas l'hostilité. Personne ne peut exiger d'autrui une vertu qu'il ne s'applique pas à soi-même.

Car durant les temps de la dispersion, ni la mentalité, ni les principes internes qui permettaient aux groupes d'exilés volontaires de conserver une identité homogène n'ont évolué d'un seul iota. Durant deux millénaires, les sociétés juives sont demeurées imperméables au mode de vie et aux mentalités des populations au milieu desquelles elles s'étaient installées. Leur vie était totalement et volontairement séparée de celle des habitants autochtones. Ces groupes allogènes à leur environnement bénéficiaient d'une structure économique spécifique, s'exprimaient dans une langue différente, possédaient une organisation communautaire propre, notamment religieuse et judicaire, tous ces facteurs réglaient le fonctionnement interne d'une vie juive particulière.

Ces sociétés closes, souvent issues de Shetl d' Europe de l'est, principales sources du judaïsme - c'est-à-dire de petites villes et de bourgades exclusivement composées de juifs - se sont transportées telles quelles en Palestine lors des grands mouvements migratoires du XXe siècle. C'est donc porteurs de cet arrière-monde-là que les immigrés sionistes ont débarqué par petits paquets en Palestine ottomane à partir de la fin du XIXe siècle. L'immigration s'est intensifiée à partir de 1920, lorsque la province a été placée sous tutelle britannique. Un flot ininterrompu a suivi la déclaration d'indépendance de 1948. C'est pourquoi l'adhésion à une citoyenneté à fondement universaliste prônée par les communautés juives de la dispersion et claironnée dans la Déclaration d'indépendance de 1948 a été, dans le nouvel Etat, remisée au fond d'un tiroir et n'en est jamais sortie.

En effet, l'actuel Etat juif qui a pour mission de d'attirer les juifs du monde entier, de promouvoir l'hébreu et le judaïsme, n'est pas au service des "citoyens" de cet Etat - cette notion n'existe pas - ni même à celui des juifs d'Israël. L'Etat d'Israël est l'Etat de tous les juifs de la planète. Comme l'écrit cocassement Shlomo Sand dans une interview: "Israël appartient à Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy plus qu'à mon collègue de l'université qui est originaire de Nazareth."

Et il ajoute, non sans malice : "Mais BHL et Finkielkraut ne veulent pas vivre sous la souveraineté juive."

Ciel! quel vide leur départ laisserait dans les médias hexagonaux et dans la politique élyséenne!

Mais BHL et Finkielkraut ne sont plus seuls à ne pas vouloir vivre sous la souveraineté juive. Comme pratiquement tous les habitants de cet Etat ont conservé la nationalité de leur pays d'origine, une ruée spectaculaire sur un deuxième passeport traduit désormais leur désir de prendre la fuite et un sondage indique que la moitié des Israéliens envisagent de partir et que 22% des colons venus de Russie sont déjà retournés "chez eux". [8]

Acte VII : Epilogue: Israël, une ethno-théocratie héliogabalesque 

L'ethno-théocratie d'Israël évoque irrésistiblement le festin qu'offrait à ses convives l'empereur romain dépravé, Héliogabale. "Il lui arrivait d'offrir à ses invités des banquets dont les mets étaient constitués de verre ; il plaçait parfois sur la table des convives des serviettes ouvragées représentant les plats qu'on lui apportait et aussi nombreuses que les services que comportait habituellement son repas, si bien qu'ils n'étaient nourris que de figures brodées ou tissées. C'était même quelquefois des tableaux peints qu'on leur présentait. Ils avaient ainsi sous les yeux l'ensemble du dîner dont lui-même dînait réellement, mais n'en mouraient pas moins de faim." (Histoire Auguste, Antonin Heliogabale, XXVII,4)

Citant les agapes de cet empereur fou, Rabelais parle de "viandes en cire, en marbre, en poteries, en peintures et nappes figurées". En effet, Israël possède certains attributs apparents de la démocratie, mais ce sont "figures brodées et tissées"puisque les lois y sont sélectives et hiérarchisées en fonction des ethnies et des appartenances religieuses.

"C'est faux, dans cet Etat exemplaire règne une démocratie idéale, clament ses thuriféraires. Toutes vos critiques sont le fruit de l'antisémitisme:"La nation israélienne est le seul peuple global du monde. (...) On y trouve toutes les races, des Juifs noirs aux Juifs aux yeux bridés, en passant par les Juifs au teint mat de l'Inde ou du Yémen. On y parle toutes les langues du monde. "[9]

Outre que ce tableau idéal ne correspond nullement à la réalité et qu'une discrimination sévère s'exerce entre juifs eux-mêmes. Le groupe dominant des Askhenazes, originaires d'Europe de l'Est méprise ouvertement les Sépharades originaires d'Afrique du nord et des pays du Moyen Orient. Quant aux Fallachas noirs d'Ethiopie, ils sont méprisés par tous les autres juifs et à peine mieux traités que les non-juifs, chrétiens ou musulmans, victimes d'une féroce ségrégation. Et je ne parle pas d'autres sous-groupes, ainsi que des convertis, objets de toutes les méfiances.

Le grand violoniste et chef d'orchestre, juif lui-même, Yehudi Menuhin, confirmait ce qu'il est impossible d'occulter, en dépit de l'action frénétique des innombrables sayanim qui peuplent les médias de tous les Etats du monde:"Ceux qui vivent par le glaive périront par le glaive, et terreur et peur provoquent terreur et peur. La haine et le mépris sont fatalement contagieux.... Un fait est sûrement abondamment clair, à savoir que cette façon dévastatrice de gouverner par la peur, par le mépris de la dignité fondamentale de la vie, cette asphyxie continue d'un peuple dépendant devraient être les dernières méthodes adoptées par ceux qui, eux-mêmes, connaissent trop bien l'horrible signification, la souffrance inoubliable d'une telle existence... "

Quant aux formes légales de discrimination dont sont victimes les habitants autochtones de cette terre depuis des millénaires, elles sont si innombrables que leur liste dépasse les dimensions de ce texte. [10]

Pendant que l'Héliogabale sioniste banquette gloutonnement et se remplit la panse de terres palestiniennes à la table de sa"démocratie théocratique", les habitants de seconde zone, humiliés et harcelés, de plus en plus comprimés dans un espace qui rétrécit comme une peau de chagrin, sont condamnés à se nourrir de figures de cire, de verre, voire de plomb durci.

Peut-on appeler"démocratie"un Etat sans constitution et fondé sur le judaïsme le plus fanatique, un Etat en expansion territoriale continue et qui poursuit son rêve biblique, un Etat qui opprime et prive de droits deux millions et demi de Palestiniens? Comme l'écrit le Père Elias Chacour, originaire de Biram, un des villages détruits par l'Etat sionisme:"Nous sommes des citoyens de seconde zone, oui, il y a des zones. Je crois en fait qu'il n'y a qu'une zone en Israël, la zone de citoyenneté juive. Il y a ensuite la non-zone, la marge, ou les non-juifs sont tolérés, mais ne sont pas acceptés, car ils ne trouvent pas la solution pour s'en débarrasser."

Voir Israël et son cadavre

En effet dans ce"canada dry"de démocratie l'état civil est soumis au droit religieux. Impossible de se marier civilement ou de divorcer. Les rabbins sont les maîtres de la vie quotidienne. Un gouvernement, au service d'une seule catégorie de la population, pratique une colonisation féroce et grignote sans discontinuer les terres palestiniennes. Les politiques de citoyenneté, la politique foncière, la confiscation des biens des non-juifs, la destruction de leurs villages qu'ils soient chrétiens ou musulmans arabes, une répression aveugle et des arrestations arbitraires accompagnées de coups, de tortures, d'emprisonnements, la destruction de maisons, l'interdiction des mariages entre juifs et non-juifs, la discrimination dans les écoles et même dans les crèches et la liste des brimades s'allonge à l'infini. Voilà le pain quotidien des habitants de seconde zone, sans compter le système kafkaïen des"zones"A, B ou C qui découpent la Cisjordanie en rondelles ou en confettis quadrillés de routes réservées à l'ethnie dominante, bloquées par des checkpoints fixes ou volants, chaque parcelle étant soumise à une législation différente et délibérément tordue, variable et imprévisible.

La seconde loi adoptée le 24 mars 2011 à 2 H du matin, et votée par trente cinq députés contre vingt, introduit la possibilité pour des villes et des quartiers de créer des"comités d'admission"qui décideront si une ou des personnes venant s'installer dans la localité sont jugées"convenables".

Pire que l'apartheid officiel qui avait régi la société sud-africaine, l'apartheid élastique, aux modalités changeantes, imprévisibles et délibérément sadique imposé par le sionisme, vise à déstabiliser psychologiquement les Palestiniens, à créer un état d'angoisse et d'insécurité permanents afin de pousser la population à l'exil.

Seule une chutzpah en plomb durci permet à ses chantres de proclamer qu'Israël est une démocratie, [11] une"lumière des nations", dans laquelle cependant, un tribunal rabbinique ultra-orthodoxe de Jérusalem peut se permettre de condamner à mort par lapidation un pauvre chien errant, qu'un rabbin illuminé a accusé d'être la réincarnation d'un avocat laïque qui aurait"insulté"les juges religieux vingt ans auparavant, et cela sans que personne ne s'avise de décider officiellement que la place adéquate de ces rabbins est l'hôpital psychiatrique. [12]

Notes

[1] Michel Warschawski, Israël/États-Unis : alliance stratégique mais tensions réelles aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
info-palestine.net

[2] Monseigneur Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi France, Monseigneur Yves Patenôtre, archevêque de Sens-Auxerre, prélat de la Mission de France, Monseigneur Housset, évêque de La Rochelle et Saintes, Jacques Stewart, pasteur, ancien président de la Fédération protestante de France.

[3] Fadwa Nassar, Malgré les massacres, nous retournerons en Palestine,
ism-france.org

[4] voir les analyses de" Théopolitique "du philosophe Manuel de Diéguez
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

[5] Yasser Al Banna, Un demi-siècle d'assassinats israéliens
ism-france.org

Meurtre de Dubaï : l'ambassadeur d'Israël à Londres convoqué au Foreign office, Le 20 janvier, Mahmoud al-Mabhouh, un responsable militaire du Hamas, est assassiné lemonde.fr

[6] Voir Professeur Chahid Slimani, La Palestine:"C'était pour qu'on n'oublie pas la terre et le pays... Pour que personne n'oublie la patrie"... chahidslimani.over-blog.com

[7] Cité in La démocratie d'Israël, Claude Klein, 1997

[8] Franklin Lamb, Les Israéliens se ruent sur les seconds passeports
ism-france.org counterpunch.org

[9] jssnews.com Shmuel Trigano, Radio J

[10] voir, les excellentes analyses de Sami Aldeeb : Israël : Discriminations contre les non-juifs tant chrétiens que musulmans (parties 1à 4), 8 avril 2002
oumma.com

[11] Voir George Stanechy, Gaza, le triomphe de Caïn 
stanechy.over-blog.com
[12] Akiva Novick, Dog sentenced to death by stoning Rabbinical court rules spirit of secular lawyer who insulted judges 20 years ago transferred into wandering dog's body 
ynetnews.com

Bibliographie

Professor Abdel-Wahab Elmessiri:
The function of outsiders : weekly.ahram.org.eg
The kindness of strangers: weekly.ahram.org.eg
A chosen community, an exceptional burden : weekly.ahram.org.eg
A people like any other : weekly.ahram.org.eg
Learning about Zionism: weekly.ahram.org.eg

Mario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire, 2003, trad. Ed. Bayard 2008

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman,La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie, 2001,trad. Ed. Bayard 2002

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible, trad.Ed.Bayard 2006

Ernest Renan, Histoire du peuple d'Israël, 5 tomes, Calmann-Lévy 1887

Douglas Reed, La Controverse de Sion

Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard 2008, coll. Champs Flammarion 2010

Avraham Burg, Vaincre Hitler : Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste, Fayard 2008

Israël Shahak, Le Racisme de l'Etat d'Israël, Guy Authier, 1975

Karl Marx, Sur la question juive

SUN TZU, L'art de la guerre

Claude Klein, La démocratie d'Israël,1997

Jacques Attali: Les Juifs, le monde et l'argent, Histoire économique du peuple juif. Fayard, 2002

23 juin 2011

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr