110619 8 min

La théorie de l'humain heureux

Dans un précédent texte qui n'a pas eu beaucoup de résonance j'expliquais que la (connue pour exister) « solution au conflit israélo-palestinien » ne serait trouvée qu'à partir de l'instant où une bonne raison aura suffit pour impulser le besoin de « pardonner au nazisme ».

Et j'y faisais référence à un article de Hamira Hass, déesse du temple de la vérité, qui parlait du bonheur des soldats colonialistes.

En ayant cette vérité en tête on comprend mieux pourquoi les « négociations » sont vitales pour Israa, alors pourtant qu'elles ne semblent mener à rien, c'est qu'en fait elles sont un moment privilégié pour s'adonner à des séances de psychanalyse.

C'est pourquoi il semble essentiel de faire s'embarquer dans cette question le paradigme sociologique que je vais tenter d'exposer ; Parce que comprendre ce qu'est l'humain est au coeur de tous les conflits.

-

Par nature et qu'on le veuille ou non l'humain ne trouve l'équilibre psychologique, l'opposition la plus parfaite entre ses quatre pulsions opposées, qu'en étant heureux. Cela est dû au fait qu'être heureux n'est que la conséquence d'avoir un équilibre stable entre les quatre pulsions de base.

Alors bien sûr on peut être heureux sans que ces pulsions ne soient fortes ou alors pourtant qu'elles sont puissantes, tant qu'elles s'annulent exactement. On peut être un imbécile heureux comme un savant heureux, quoi que ces joies soient très distinctes.

Qu'il vive au temps préhistorique ou dans la civilisation idéale où tout est robotisé et où tout le monde possède un bagage scientifique de pointe, qu'il vive sous le régime de l'esclavage ou du nazisme, dans une ville désindustrialisée d'Amérique (comme Détroit) ou dans une colonie occidentale implantée par la force, l'humain cherche toujours à être heureux.

Et dès lors on ne peut que voir que pour se faire, pour être heureux, le contexte historique dans lequel on se trouve ne joue qu'un rôle inductif [comparable à ce qui est subconscient] sur la manière dont on est heureux.

C'est à dire que le contexte historique ou la société dans laquelle on vit est une donnée invisible et à la fois déterminante dans la façon d'être heureux, c'est à dire de rétablir l'équilibre psychologique entre les quatre pulsions, que sont le désir, le rejet, la compassion et le nihilisme, si on peut les résumer ainsi.

Il y a toujours des choses qu'on désire ou rejette, auxquelles on est attachés ou distants, et ces choses on les puise dans le réel qui nous est donné, dans lequel on est plongés.

Le réel qui est donné est à ce point relatif que la manière dont les uns et les autres sont heureux peut très bien entrer en opposition, et dans ce cas, cela ne fait qu'encourager les deux opposants à réfléchir à la fragilité de ce sur quoi repose le bonheur qu'ils poursuivent l'un et l'autre.

Déjà en temps normal sans même avoir à se trouver dans un conflit de sociétés (dont l'existence est théorique), la façon qu'on a d'être heureux au sein de sa société devrait être suffisamment parlante pour constituer une critique de la société dans laquelle on vit.

C'est à dire que en théorie si deux civilisations entraient en conflit leur premier réflexe serait de mettre dans un pot commun ce que l'une et l'autre ont à reprocher à leur propre société (mais ça évidemment personne n'y a jamais pensé dans toute l'histoire de l'humanité !).

-

Si la façon qu'ils ont d'être heureux relève de la cruauté et du sadisme, il apparaît clairement que le désir qui les motive est totalement à l'écart de ce qui est possible ou logique, et en soi, cela relève évidemment de la maladie mentale, mais quand on parle en terme de sociétés et non d'individus, on peut simplement parler de « peuple primitif et immature ».

Cette maturité qui fait défaut dans une société humaine est la plus facile à trouver dans la recherche des sous-bassements de ce qui fait la société, et ce n'est jamais facile de remettre en cause les joies qui sont les siennes.

Quand les esclaves chantaient en attendant des jours meilleurs, tout comme n'importe quel enfant maltraité ils pensaient quand même en grande partie s'accommoder de leur statut d'inférieur. S'en accommoder est, tant qu'on n'a pas d'autres moyens pour rivaliser avec, la solution la plus communément choisie par notre psychologie humaine pour ensuite pouvoir exercer son besoin vital d'être heureux. De danser, de chanter pour oublier tout ça.

En temps d'esclavage il est bien plus sain pour le mental (mais plus sain à court terme seulement) d'incorporer ce qui est imposé et de dire par exemple « c'est vrai, je suis inférieur, et je suis bien content qu'on me laisse dormir sur le foin dans la grange ce soir au moins ». Du moins c'est ce qui se passe le plus souvent.
De même l'enfant maltraité répond, quand on le lui demande comment il supporte cela, qu'il a « l'habitude ».

Mais il n'empêche que cela ne tient pas bien longtemps.

L'enfant va se référer aux autres et en agrandissant le champ de vision qu'il a sur le monde, sa manière de trouver la paix va se réactualiser en conséquence.
La société qui veut réviser sa façon d'être heureuse va remettre en cause et abandonner ses propres joies mais en se référant à un idéal qui est rendu soudainement possible en raison du reflet qu'on y voit de la joie qu'on y vivrait.

Si il se trouve que la façon d'être heureux dans une société repensée devient un motif de guérison d'une douleur accumulée par des années de faux-bonheur, alors soudainement la société se transforme
(c'est ce que j'ai nommé par ailleurs un effet de l'Equilibrium).

-

Il ne faut pas médire les chemins parcourus pour arriver jusqu'à nous, autant qu'on ne peut pas être sûrs qu'on serait plus heureux dans une autre société. Il est même prévisible que la façon d'être heureux à court et à long terme mette encore beaucoup de temps à entrer en harmonie.

Cependant on n'en est pas si loin à une époque où la densité de la communication permet de palper en temps réel l'état d'esprit de toute cette même époque (qui elle même embarque toute une flottille de civilisations).

C'est à dire que les buts à courts et à longs termes peuvent entrer en harmonie maximale si ils se fondent en un seul et unique objectif, comme par exemple renverser un dictateur ou renverser l'ordre économique mondial, dont la seule joie qu'il procure de façon maladive est à ranger dans la catégorie des boulimies obscènes.

Si la société se mettait plutôt à récompenser, de manière symbolique mais populaire, ce qui est fait dans l'intérêt collectif (ou public), si ce qui rendait heureux les gens était le sentiment, quel que soit leur travail, de participer à une oeuvre fantastique, dont les effets positifs ne cesseraient d'être signalés ici et là, non seulement on s'imagine bien que ce qui les rendra heureux sera bien plus intense et valable à long terme, mais aussi et surtout on s'aperçoit que dans la pratique, la façon la plus tangible d'exprimer la réalité de ce qui rend heureux réside dans des réalisations qui appartiennent complètement à la sphère de ce qui est matériel, palpable, mesurable (c'est ça qui est fantastique !).

Cela signifie implicitement que le fondement le plus solide pour qu'une société soit heureuse est la capacité à mesurer les effets positifs de toute action commise, que ce soit en mettant en rapport l'énergie et l'efficacité, en assistant de ses yeux à des comparaisons évolutives (chose qui n'est rendue possible que depuis l'ère informatique), et donc, implicitement à cette implication, à savoir évaluer ce qui est « positif ».

Je veux dire par là qu'un monde où tout est réglé comme une horloge trouvera son bonheur si il est capable d'estimer ce à quoi il réchappe en fonctionnant comme il le fait. Sans doute il y aura des simulateurs puissants pour le dire.

Alors, comment évaluer ce qui est tangiblement positif, au moment de faire un choix ?

Les objectifs fixés socialement tels que l'éradication de la pauvreté et du plastique (pour résumer) peuvent très bien être des motifs permettant de devoir s'attaquer à tous les problèmes du monde afin de pouvoir atteindre ces points pris comme référence.

En fait les problèmes de ce monde sont si intriqués qu'on peut commencer par n'importe quel bout, de sorte que la moindre action dans n'importe quel domaine puisse être jugée « positive » sur le plan de l'accomplissement de cet objectif social commun.

On a donc un repère solide qui détermine et calibre la façon dont on jugera les actions humaines, et en conséquence, la façon dont il est « juste » qu'elles soient récompensées.

A ce simple titre que j'ai exposé de la recherche de la fin de la pauvreté (et du plastique !) il est possible d'affecter un indice d'utilité par rapport à cet objectif, à de nombreux aspects de notre société, et en particulier aux choses qui rendent heureux, comme de s'acheter une voiture (et dans la pub le gars se lâche complètement et éclate d'une joie irrépressible d'avoir acheté une voiture !).

En l'occurrence le (ou les) lecteurs de cet article s'en seront rendu compte, l'acte de « acheter une voiture » ne contribue pas positivement aux objectifs exposés.

Il est possible d'objecter que ça y contribue à court terme, à la limite, puisque ça fait tourner le commerce et que les enfants esclaves sont embauchés pour fabriquer la sellerie en cuir, mais sur le long terme il est décemment impossible de se voiler la face. On peut même dire que ça y contribue négativement, et on devrait commencer à se soucier de pouvoir affecter des notations à (=évaluer) tous ces facteurs d'influence, qui sont tous en réseau et qui constituent la réalité du monde dans lequel l'humain a pour prérogative, contre toute raison, d'y vivre heureux.