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Les non-dits et les suites de la chute de M. Strauss-kahn : Une tempête sur l'échiquier de la politique internationale

Par Manuel de Diéguez

La tragique élimination d'un candidat binational à la tête de la nation a provoqué une onde de choc salutaire non seulement au sein de la classe politique française, mais également aux yeux de l'anthropologie critique. Une foule de non-dits sont montés du champ de course jusqu'aux oreilles du peuple, puis de celles des sciences humaines. Qu'est-ce qu'un homme d'Etat, se demandait-on subitement sur l'hippodrome, et quelles sont les relations que l'inconscient religieux des populations entretient avec le comportement de leurs dirigeants sur la scène internationale se demandaient les connaisseurs de la vie onirique de notre espèce. A quelque chose malheur est bon, disaient-ils. Jusqu'alors, la question posée aux démocraties était seulement: "Qu'est-ce qu'un conducteur de train, un instituteur, un négociant?" et jamais, comme Platon le soulignait déjà, on ne se demandait: "Qu'est-ce qu'un grand homme d'Etat?"

On a commencé d'examiner à la loupe les conditions mystérieuses dans lesquelles M. Strauss Kahn a été retiré de la liste des partants deux jours avant la catastrophe scabreuse que l'on sait. Puis, il a été révélé au grand jour qu'une opposition vigoureuse et secrète au sein de la presse parisienne avait brisé la montée à l'assaut de l'Elysée d'un banquier richissime et tout dévoué à l'Etat d'Israël. Mais pourquoi l'interdiction tacite persistait-elle d'évoquer devant l'opinion publique le contexte international dans lequel l'élection présidentielle d'un sioniste aurait conduit le pays ? Et pourtant, tout cela se trouvait soudainement mis en évidence par le naufrage même de l'homme qui symbolisait toutes les contradictions inscrites dans l'alliance bancale de la France renaissante avec une Amérique devenue un peu moins régnante au sein de l'OTAN. Il me faut donc revenir en arrière de quelques pas afin de tenter d'observer les évènements extraordinaires de ces derniers jours dans le rétroviseur que la sortie de l'arène de M. Strauss-Kahn a remis entre les mains des astronomes qu'intéressent les trajectoires stellaires interrompues.

1 - La montée sur les planches d'un nouveau type d'intellectuel
2 - Les apprêteurs du suffrage universel
3 - Les hauts consultants de la démocratie et les nababs du suffrage universel
4 - La démocratie et la géopolitique
5 - Qu'est-ce qu'une classe dirigeante ?
6 - L'internationalisation de la politique
7 - L'enjeu planétaire du sionisme et l'avenir de la raison de l'humanité
8 - Que s'est-il passé d'extraordinaire derrière le rideau ?
9 - Le schisme
10 - Le nouveau quartier général de la politique mondiale
11 - La psychanalyse de Dieu

1 - La montée sur les planches d'un nouveau type d'intellectuel

Le 7 mai dernier, dans leur brève conversation du samedi matin sur France-Inter, MM. Jean-Marie Colombani et Stéphane Rozès avaient présenté un étrange document aux sociologues, aux ethnologues et aux anthropologues à l'affût des innovations intellectuelles souvent inaperçues auxquelles le théâtre de la démocratie sert de détecteur. Le journaliste et le sociologue avaient analysé l'immensité de la faute politique commise par les agents de M. Strauss-Kahn et d'Anne Sinclair: on avait vu, la veille, le couple des sionistes de choc à la recherche du lieu le plus approprié à l'installation du quartier général où les Clausewitz du premier banquier de l'univers, élaboreraient leur stratégie électorale. Or, ils étaient au volant d'une Porsche magnifique. Nos deux éminents spécialistes du suffrage universel paraissaient expliquer du haut d'une chaire de politologie électorale le mode d'emploi et la méthode adéquate que requiert l'entreprise de se faire porter à l'Elysée par la voix du peuple souverain. Le principe de cette ascension était simple: il fallait, disaient nos deux docteurs, non point paraître se hisser au sommet de l'Etat, mais sembler se laisser rouler doucement et à votre corps défendant par la houle d'une opinion publique qui vous déposera sans accroc sur le seuil du palais.

Elle était donc irréparable, soulignaient nos commentateurs, l'erreur de navigation du capitaine de vaisseau qui courait au port en héritier d'un "Président des riches", alors qu'il fallait s'efforcer, le cœur sur la main, d'incarner le parti des pauvres gens. Il n'appartenait qu'à un néophyte de la marine de tomber raide mort sur le pont avant d'entreprendre la manœuvre. Ils étaient donc de retour, le yacht de M. Bolloré et les parquets glissants du Fouquet's sur lesquels votre malheureux prédécesseur avait chu de tout son long.

Voyez M. Hollande, ce Machiavel de la démocratie, qu'on voyait monter de la Corrèze à califourchon sur son scooter. Souvenez-vous de M. Raffarin qui répétait déjà: "La route est droite, mais la pente est forte". Comment, disait M. Colombani, pouvait-on s'étaler sur les coussins d'un carrosse de grand luxe et sous les yeux du public! C'était sur deux roues gonflables avec une pompe à main qu'il fallait escalader le Capitole. Avis aux augures: jamais le peuple souverain ne vous déposera sous les dorures et les lambris de l'Etat sur un drap d'or.

[2 - Les apprêteurs du suffrage universel]

Il appartient donc aux anthropologues du régime démocratique d'observer l'étrange dichotomie cérébrale qui change l'intellectuel contemporain - donc le rationaliste laïc d'hier - en un personnage dont aucun romancier n'a jamais dessiné ni les vêtements de satin, ni la perruque, ni le bicorne. Le journaliste d'envergure s'est métamorphosé en savant de la politique, en pédagogue initié aux arcanes des Etats, en spécialiste de la science historique au jour le jour.

A ce titre, c'est d'égal à égal qu'il s'entretient maintenant avec Machiavel, Vergennes ou Talleyrand. On dirait que ce familier des cours et des chancelleries du peuple tient entre ses mains les documents les plus secrets dont les chefs d'Etat ne s'entretiennent entre eux qu'à mi-voix. Mais, dans le même temps, ô prodige, ce type de professeurs de la démocratie explique à la foule des citoyens massés sur l'Agora, non seulement les plans de bataille longuement mûris qui permettront de rouler les patriotes dans la farine, mais l'art des grands théoriciens du suffrage universel de tendre à la nation les pièges nouveaux dans lesquels on fera tomber la multitude si seulement on se montre un enseignant réfléchi de la sottise publique et un parfait connaisseur de l'art de la gérer. La classe dirigeante des masses serait donc un cancre que son apprentissage initiera aux secrets des leurres qui égarent les foules.

Mais l'intellectuel de ce modèle exprimerait-il une ambiguïté psychique viscéralement attachée à la machine humaine? Notre anthropologie est encore si timide qu'elle aurait grand intérêt, me disais-je, à tenter de radiographier les praticiens de la vie cérébrale des démocraties et les gestionnaires de leur langage. Car personne ne s'adresse vraiment à la foule des illettrés. Seule la fraction aristocratique de la population intéresse la politologie. Du coup, ce sont exclusivement quelques privilégiés de la réflexion publique que l'on convie sur les ondes à porter un regard d'aigle sur l'infirmité cérébrale de la classe dirigeante du pays. Mais quelle proportion du public se révèlera-t-elle en mesure de peser l'incapacité des pilotes du suffrage des masses et de recaler les sorciers incompétents? Les démagogues professionnels savent faire jaillir des entrailles du "peuple souverain" des décisions censées habilement apprêtées, mais les magiciens patentés du mythe de la Liberté travaillent dans les coulisses pour le seul intérêt de telle faction ou de telle autre du corps électoral. S'il peut exister une démocratie pensante, le "Connais-toi" socratique est-il applicable à la politique?

3 - Les hauts consultants de la démocratie et les nababs du suffrage universel 

Le trône bancal sur lequel le pouvoir d'Etat de type démocratique est prié de s'asseoir quelques minutes le samedi matin se révèle pourtant muni de solides ressorts, parce que les nombreux auditeurs présélectionnés par l'écoute de nos deux intellectuels en toge se montrent tout heureux, à mon avis, de se trouver embusqués dans les coulisses aux côtés du haut clergé de notre démocratie. Le public a le sentiment, me semble-t-il, d'assister aux conclaves des princes de la nation de la Liberté. Quant aux apprentis susceptibles de s'instruire à l'école des hauts hiérarques de la République, ils ne vont pas se précipiter en toute hâte dans la rue, ils ne vont pas, toutes affaires cessantes y arrêter les passants, ils ne vont pas quitter l'antenne sur l'heure pour aller de ce pas dessiller les yeux du public, ils ne vont pas divulguer les secrets qu'ils viennent d'apprendre. Au contraire, ils vont tenter de s'agglutiner aux phalanges cogitantes de la République de demain et de sauter d'un bond sur les recettes de la vie publique que des prêtres défroqués leur ont imprudemment livrés.

Et puis, me répétais-je, MM. Colombani et Rozès ne sont pas des Harpagons de l'instruction publique, au contraire: ils se montrent si peu jaloux de protéger leurs sacrilèges de la vue du public qu'ils côtoient leurs blasphèmes du pas tranquille des apostats libérateurs. Ces déserteurs du temple vont même confier aux oreilles de leurs auditeurs qu'aucun évènement n'est un tonneau de poudre en soi et que la dynamite n'explose sur le parcours d'un candidat que si quelque détonateur, mèche ou étincelle s'amuse à en déclencher la foudre. Or, en l'espèce, c'était une voix isolée qui avait lancé le brandon enflammé, c'était une seule parole, mais bien placée, qui avait mis le feu à l'édifice, c'était le grain de raison d'un gamin qui avait allumé l'incendie: "C'est la Porsche tranquille", s'était-il exclamé - et le champignon d'Hiroshima était monté dans l'atmosphère.

Comment un tel éclair peut-il traverser le ciel de la gauche? M. Berlusconi est un richissime industriel, mais ses frasques se localisent à droite de l'échiquier; M. Balladur avait une réputation de mamamouchi véhiculé en chaise à porteurs - et l'on prétend qu'il dormait dans les draps en satin - mais il ne se présentait pas en choriste des pauvres. Quant à M. Pasqua, il traînait une réputation maffieuse, mais il ne cachait pas son jeu à la tête des gueux et des miséreux. Certes, les papes, les cardinaux et les archevêques d'autrefois étalaient l'or et la pourpre d'une religion fondée sur la sanctification de la pauvreté; mais si les évangélistes de la gauche portaient un nabab à leur tête, n'était-ce pas le monde à l'envers ? On connaissait les couronnes en or massif dont la caverne d'Ali Baba regorgeait: une maison à Washington, un appartement de deux cent quarante mètres carrés place des Vosges, un palais à Marrakech, un tailleur dont les complets lui coûtaient entre sept mille et trente cinq mille dollars.

4 - La démocratie et la géopolitique

Deux siècles après la Révolution de 1789, le suffrage universel demeure absent de la scène internationale, mais le "parti de l'étranger" qu'illustraient autrefois les immigrés de 1793 a seulement changé de costume, de culte, de train de vie et de complot: il ne s'agit plus de rétablir la royauté, mais d'enflammer dans le monde entier des phalanges d'ardents défenseurs des conquêtes passées et à venir d'Israël et d'en porter les légions à la tête de tous les Etats démocratiques du monde. Quel révélateur de l'immaturité des peuples modernes ! Comment tenter de dénouer les fils de cette intrigue internationale sans tomber dans le piège évoqué par le Guardian, qui focalisait l'attention de la France et du monde entier sur le scandale local du"Porschegate"et qui se demandait seulement si le spectacle évangélique d'un socialiste dans une Porsche était théologiquement"possible", alors que le vrai drame est de savoir si un suffrage universel demeuré apostolique dans l'âme se rendra un jour capable de changer le regard que le globe oculaire du genre humain porte sur le monde. Quel spectacle que celui de la course de la planète vers le gouffre qu'Israël ouvre sous ses pas!

Je rappelle que tout cela se passait avant le coup de tonnerre qui a déchiré le ciel de la démocratie mondiale à New-York le 14 mai. Pour ma modeste part, la seule question qui me préoccupait était de prévoir quelle serait la politique internationale de la France si un pur sioniste installait à l'Elysée son identité douloureusement déchirée entre deux patries et si le monde arabe se réveillait, et si le drame palestinien imposait à la démocratie mondiale le devoir de défendre ou de renier ses principes fondamentaux au point de légitimer un guerrier et un seul, un colonisateur et un seul, un messie et un seul. La France n'accorde la double nationalité qu'à des pays minuscules et sans poids sur la scène internationale. Mais Israël est devenu l'axe central de la politique mondiale, le pivot de la civilisation de l'éthique et du droit, le carrefour des empires et le quartier général où se décide un avenir ouvert au fermé de l'Occident sur le monde arabe.

Le public de haut niveau que j'imaginais à l'écoute des Machiavel de la démocratie d'aujourd'hui et auquel MM. Colombani et Rozès s'adressaient par-dessus la tête des simples d'esprit, ce public d'élite se souvenait-il seulement d'un chef-d'œuvre de la démagogie "communicationnelle" vieux de trente ans et que revendiquait le génie politique d'un grand prélat de la gauche de 1981? En ce temps-là, les bataillons serrés de l'utopie d'extrême gauche jouaient les hauts dignitaires et les docteurs professionnels du salut du monde sur toute la terre habitée; en ce temps-là, même les archevêques et les archidiacres de l'orthodoxie du profit capitaliste pliaient l'échine devant un marxisme de masse trépidant; en ce temps-là, des volcans crachant le feu du messianisme politique menaçaient de faire tomber le réalisme du capitalisme bon teint dans une anarchie redoutable; en ce temps-là, il fallait encore inventer la tiare champêtre et apaisante de M. François Mitterrand pour conjurer la tempête; en ce temps-là, on collait partout des affiches couronnées d'un gentil clocher de village afin de chapeauter de clochettes inoffensives le spectre de la Révolution de 1917. Les moissons de la prière du soir de Meissonnier étaient de retour, le slogan paisible des nouveaux catéchistes du peuple disait seulement: "La force tranquille".

Et maintenant, la démocratie de la Porsche tranquille posait à la planète entière la question de l'identité de toutes les nations de la terre. Qu'était-ce qu'un Français sioniste, un Américain sioniste, un Européen sioniste ? Pour tenter de comprendre ce mystère de la foi, je me demandais de quel type de dirigeants M. Strauss-Kahn se réclamait.

5 - Qu'est-ce qu'une classe dirigeante ? 

Le genre simiohumain, me disais-je, exerce le pouvoir politique, donc l'autorité sur lui-même selon trois modèles principaux. Le premier rassemble une élite d'ascètes étrangers à la gestion dispendieuse des cités et composée de diverses catégories de ploutocraties jansénistes et frugaux - les Rockefeller, les Rothschild. Cette classe de dirigeants de l'ombre s'exerce aux multiples activités des négociants de tous ordres, mais elle se tient prudemment hors de l'enceinte des Etats, des gouvernements et des foules.

La seconde catégorie est celle des tribuns ambitieux. Ceux-là ne pilotent nullement les nations dans les tumultes périlleux de l'histoire, ni ne s'enrichissent effrontément, mais se grisent seulement à ameuter les foules avant que la rage allumée dans leur cœur les précipite dans des massacres vengeurs.

La troisième catégorie se nomme l'oligarchie. Elle est tellement multiforme qu'elle a illustré la caste des patriciens et des sénateurs de la Rome antique, les doges de Venise, la haute aristocratie française antérieurement à sa domestication sous Louis XIV, la cléricature somptueuse du catholicisme, la monarchie héréditaire et de droit divin, la concentration du pouvoir financier entre les mains de quelques banquiers de haut vol et de quelques grands propriétaires du marché industriel et de la bourse internationale.

M. Dominique Strauss Kahn n'appartenait exclusivement à aucune de ces catégories anciennes ou récentes de souverains des Etats et des peuples, mais à une nouvelle phalange de maîtres du monde, celle que sécrète, depuis 1947 le nationalisme messianique que professe un nouvel et puissant acteur sur la scène internationale, l'Etat d'Israël. A sa manière, le nazisme était déjà un nationalisme messianisé, en ce sens que la mystique du destin de la nation allemande répondait à un besoin immense des Germains de prendre la revanche des vaincus. Mais la comparaison me parait instructive, parce qu'Israël, lui aussi, nourrit son messianisme des récoltes d'un mythe à la fois biblique et guerrier. L'étroite imbrication du ciel et des armes aurait fait octroyer par une divinité son territoire à tel peuple déterminé. Mais comment expliquer la défaite des guerriers d'un Jahvé moins heureux à la guerre que Wotan? Comment un général romain, un certain Titus, fils de Vespasien, avait-il pu conduire à la défaite, sur le champ de bataille, de l'Etat dont les guerriers se trouvaient épaulés par un ciel invincible et que ses fidèles tenaient pour le plus grand chef de guerre de l'époque?

Jahvé a engendré le messianisme propre à Israël: pour la première fois, l'ambition naturelle d'une classe politique de se porter au pouvoir se nourrissait d'un nationalisme de type eschatologique et terrestre inextricablement associés, donc sacralisés en commun par un mythe d'un salut universel et pourtant censé réalisable ici bas. Un apostolat devenu sélectif et à mener tambour battant dans le temporel exigeait l'émergence d'une élite dichotomisée elle aussi entre ses deux origines, donc entre ses deux identités, celle des dirigeants d'un peuple terrestre d'un côté et.celle d'une caste rédemptrice à l'échelle de l'univers de l'autre. La greffe chrétienne sur le judaïsme allait illustrer les exploits de ce type de conquérants schizoïdes pendant près de deux millénaires de l'histoire biface du genre humain.

Mais le statut biphasé du messianisme juif et chrétien a connu, en 1947, une conversion au nationalisme des origines dont il est devenu nécessaire d'étudier les conséquences psychopolitiques; car le mythe dichotomique de l'élection d'un peuple déterminé par sa divinité à elle - celle qu'elle a nécessairement imaginée sur son propre modèle - ce mythe, dis-je, demeure le cordon ombilical de l'identité onirique des trois monothéismes. Quelle sera l'attitude des politologues français du samedi matin sur France Inter face à un phénomène aussi ignoré de nos intellectuels laïcs que le retour israélien aux sources des trois confessions de foi unifiées à l'origine et dont Israël retrouve seul la vocation conquérante et guerrière? Nous sommes si bien installés dans la vieillesse et la fatigue du christianisme et de l'islam que nous sommes surpris de redécouvrir que les trois dieux uniques avaient un couteau entre le dents sous leur allure pateline. Mais les mythes sacrés demeurent des documents anthropologiques à déchiffrer, donc des révélateurs indispensables au décryptage et à l'évolution de la psycho-biologie des croyances monothéistes, comme il a été démontré par la scission de la doctrine chrétienne elle-même entre plusieurs théologies à la fois vigoureusement antagonistes entre elles et adaptées aux climats et aux mentalités diverses des nations dont le genre simiohumain se compose.

6 - L'internationalisation de la politique

J'avais signalé, dès le 22 mai 2011,

Le sionisme et l'avenir du monde, 22 mai 2011

qu'il avait suffi de quelques jours à M. DSK pour se faire placer sur orbite présidentielle par les soins de quatre de ses co-religionnaires, MM. Fabius, Elkabach, Cohn-Bendit et Fottorino, dont le commando avait pris le relais d'une pluie de sondages d'opinions mystérieux, tous en provenance des provinces. Du tréfonds de son âme la nation française appelait spontanément un banquier richissime à obéir aux voix du destin qui l'appelait à replacer la gauche sur les fonts baptismaux de ses idéaux naufragés.

Qu'on le veuille ou non, la question du statut politique de la communauté juive de France a débarqué sur la scène nationale et internationale, tellement il est impossible de fermer les yeux plus longtemps sur l'évidence qu'un complot anti-sioniste a été ourdi et qu'il été piloté par des Français juifs bien placés dans la presse. Ce sont eux, comme il est suggéré plus haut qui, dans l'ombre, ont mis en échec la tentative de M. Dominique Strauss-Kahn de se placer à la tête de l'Etat. On admirera la vigueur et la rapidité de l'exécution de cette mini révolution. Mais on avait compris qu'il n'était plus temps d'enfermer le suffrage universel français dans le champ de vision du socialisme hexagonal et que le monde se trouvait à un carrefour décisif, celui, prévu par le Général de Gaulle de l'ouverture ou de la fermeture de l'Occident à l'avenir du monde arabe!

On ne change pas en un tournemain le globe oculaire de l'intellectuel français. Ce genre de héros répond à un modèle bien connu des nomenclaturistes et parfaitement illustré par MM. Colombani et Rozès: depuis l'effondrement du mythe d'un savoir censé universel et que la globalisation chrétienne de l'univers avait illustré pendant deux millénaires, on qualifiait d'intellectuel le spécialiste d'un champ du savoir désormais étroitement circonscrit et réputé aussi clairement délimité et aussi minutieusement circonscrit que la géométrie d'Euclide. C'est ainsi que nos deux interlocuteurs du samedi matin sur France Inter traitaient de la politique intérieure de la France comme d'un territoire séparé de tous temps de celui de la politique internationale. Naturellement, cette scission était devenue illusoire longtemps avant que le fusible strauss-kahnien ne sautât: il y avait belle lurette que le politologue français moyen ne traitait nullement du sujet qu'il s'imaginait sincèrement arpenter de long en large: depuis des lustres, rendre réellement compte des évènements intérieurs à la France, c'était occuper un terrain de la connaissance objective de la politique et de l'histoire autrement plus vaste que celui dont l'hexagone avait longtemps tracé les frontières.

Aussi, à l'instant où un sioniste déclaré tentait - et précisément à ce titre - d'accéder à la présidence de la République, MM. Colombani et Rozès se révélaient entièrement absents de la problématique que requérait un examen de la question politique réellement posée à la nation, parce que le thème à traiter devenait celui de la métamorphose fatale de l'échiquier et des paramètres mêmes de la politique du pays qui en résultait. Quand la question de l'avenir politique d'Israël en vient à placer cette nation au cœur de la politique mondiale, comment le champ de vision de l'intellectuel classique français n'en serait-il pas rendu aussi obsolète que celui du théologien qui traite sans sourciller et de siècle en siècle des attributs immuables d'une divinité répertoriée par une Eglise déclarée infaillible?

7 - L'enjeu planétaire du sionisme et l'avenir de la raison de l'humanité

Il serait incongru, me répétais-je, de ne pas se poser, à titre préalable et de toute urgence, la seule question décisive, celle de la définition du statut de la souveraineté des peuples rendus complices d'un conquérant par l'aliénations de leurs dirigeants au profit d'un Etat étranger; car l'élargissement du champ de vision des nations démocratiques qui résulte nécessairement du débarquement en force d'Israël dans la politique intérieure de tous les Etats du monde change le suffrage universel sous-informé des Français en un instrument d'asservissement du pays àl'étranger. On ne saurait donc plaquer plus longtemps sur le cas de M. Strauss-Kahn et de sa Porsche la vision étroite du monde et de l'histoire qui nourrissait les gauches locales depuis Karl Marx, alors que l'incongruité qui rendait constitutionnelle en apparence la candidature d'un sioniste à la présidence de la République française anéantissait l'alliance de l'idée de patrie avec celle de justice. Or, c'est de la solidité de cette alliance que dépend l'avenir de la géopolitique, donc la réussite ou l'avortement du débarquement de l'islam dans la civilisation moderne.

Certes, l'espèce humaine est une hallucinée de naissance depuis qu'elle se croit dirigée par des divinités. Mais l'avenir intellectuel du monde dépend du destin d'une science critique des mythes sacrés des ancêtres et cette question-là a d'ores et déjà débarqué dans la politique. Exemple: supposez qu'en 2011 un peuple ancien débarque en Corrèze et vous déclare tout uniment qu'il se trouvait installé en ces lieux deux mille ans auparavant et cela par la volonté expresse et incontestable de la divinité qu'il s'était donnée en ce temps-là. Supposez ensuite que le vieil encéphale du monde entier reconnaisse encore la légitimité de cette divinité primitive et que, par conséquent, trois siècles après celui des Lumières, l'Assemblée générale des Nations unies autorise les nouveaux arrivants à expulser non seulement les Corréziens de leurs terres, mais de proche en proche les habitants du Cantal, du Puy de Dôme, de la Creuse, de la Haute Vienne et de la Dordogne. Arrivés en Gironde, les bienheureux élus de leur Olympe pré-homérique poussent leur avantage théologique en direction du Languedoc, puis de Marseille, de Cannes et de Nice. Les Français de l'endroit se sont pelotonnés en Afrique du Nord; mais ils ont beau protester haut et fort, que voulez-vous, il se trouve que la conscience universelle s'est rangée du côté du capitaine céleste des conquérants du VIIIe siècle avant Jésus-Christ et qu'il est trop tard pour remettre en vigueur la loi de 1905, qui ordonnait la séparation du ciel et de la terre qu'une humanité plus pensante qu'aujourd'hui avait promulguée. Et puis, les Gaulois ne sont pas prolifiques: la masse de leurs rejetons décroît à vue d'œil. Trois générations plus tard, ils se trouvent en voie de disparition sous les yeux affligés de la croix rouge internationale, effarés des comités de défense des droits de l'homme, apitoyés de quelques historiens.

Mais si nous formulons l'hypothèse audacieuse selon laquelle les malheureux descendants de Vercingétorix se multiplieraient de nouveau sous le soleil et qu'ils se présenteraient en masse aux frontières de la France afin de faire valoir leurs droits de retourner dans leur patrie, ne pensez-vous pas que le droit international et la justice universelle se montreraient sensibles à ce changement du rapport des forces sur la terre et que le dieu vaincu des chrétiens retrouverait la force d'allumer quelques cierges sur ses autels désertés? Mais comment voulez-vous que ces Français redeviennent intelligents s'ils n'acquièrent pas de connaissance réelle de l'idole que vénéraient leurs ancêtres et s'ils ne se demandent pas pourquoi les chefs célestes du simianthrope se collent au drapeau des vainqueurs. On voit que l'avenir politique du monde est à nouveau lié à l'avenir de la raison de l'humanité.

Le véritable enjeu, me disais-je, est donc devenu celui de l'avenir de la réflexion politique et du savoir philosophique au sein d'une espèce que son évolution cérébrale a laissée délirante, mais que le tragique des événements commence de contraindre à peser les notions mêmes de démocratie et de théologie. Car si le malheureux régime politique qu'on appelle populaire se voyait appelé à la tâche impossible de légitimer la sujétion de telles ou telles parcelles du Moyen Orient aux conquêtes militaires et religieuses confondues d'Israël, et cela au nom même des prétendues valeurs universelles de la justice séraphique et du droit angélique que la démocratie mondiale persévérerait à brandir jusqu'à une date bien déterminée, puis à la tâche de délégitimer les rapines suivantes, comment édicterons-nous la règle qui proclamerait, du haut du Mont Sinaï de la Liberté: "Vous serez de parfaits démocrates à étendre vos forfaits à la Corrèze, au Cantal, au Puy de Dôme, à la Creuse, à la Haute Vienne, à la Dordogne, mais vous deviendrez des malfrats et des hors-la-loi au-delà"?

La bipolarité cérébrale, donc l'incohérence mentale dont la politique intérieure d'une France et d'un monde devenus pensants seulement à demi se trouve soudainement frappée par sa complicité avec Israël, cette bipolarité, dis-je, rend contradictoires les fondements mêmes de la nouvelle piété, celle de la Liberté. Mais alors, la question de savoir quelle place notre espèce occupe dans l'histoire de l'évolution de sa boîte osseuse débarque dans la géopolitique. Image-t-on un Français sioniste de naissance conduire la France et la planète entière au reniement des valeurs de la civilisation mondiale? Pour tenter de répondre à la question de la pesée de notre crâne, examinons plus avant la métamorphose du paysage politique que la volatilisation subite de M. Strauss-Kahn a provoquée.

8 - Que s'est-il passé d'extraordinaire derrière le rideau ?

Premièrement, pourquoi les véritables causes de la chute politique de M. Strauss-Kahn, que j'avais explicitées sur ce site dès le 22 mai 2011, ont-elles été unanimement soustraites au champ de vision des journalistes et des politologues, et cela au seul profit, si je puis dire, d'une cause extérieure soudainement proclamée unique, parce que retentissante et honteuse? Pourquoi une cause bruyante effacerait-elle toutes les autres du territoire de la réflexion politique et anthropologique? Depuis quand le tonnerre fait-il oublier l'éclair qui l'a silencieusement précédé? Rares sont les évènements qu'explique seulement le bruit qu'ils font. Certes, les conséquences d'un grand tapage sont souvent plus spectaculaires que l'événement réel et qui demeure caché - mais c'est rien de moins que renoncer à penser de prendre des faits imprévus pour des explications. La causalité est un personnage si discret et si éloigné du tintamarre qu'il n'attirera que tardivement l'attention des dormeurs. De plus, il ne sert de rien de courir à toute allure sur le lieu où l'incendie fait rage si les flammes les plus hautes ne sont jamais qu'une diversion précisément appelée à détourner les regards des planches où la pièce se joue d'acte en acte et de scène en scène.

Pourquoi Libération et le Monde ont-ils soudainement consacré plusieurs pages au train de vie somptueux de M. Strauss-Kahn, et cela la veille même du fait divers tonitruant survenu sur un autre champ de tir, pourquoi des photographies prises dans le bureau même du président du Fonds monétaire international ont-ils montré au public français les quatre "communicants", tous sionistes, qui régnaient en maîtres dans les coulisses du candidat à l'Elysée, pourquoi cette campagne d'information hors norme et ravageuse à souhait dirigeait-elle, de toute évidence, les projecteurs en direction de la judéité de M. Strauss-Kahn, sujet alors tabou en France, alors que le nouveau directeur du Monde s'appelle M. Izraelewicz? M. Strauss-Kahn avait lui-même souligné que ses difficultés à venir proviendraient de trois sources, son goût prononcé pour le sexe faible, son argent et sa judéité.

Mais alors pourquoi cette judéité devenait-elle subitement un obstacle aux yeux de la direction du Monde et de Libération? Que s'est-il passé d'extraordinaire derrière le rideau pour que M. Strauss-Kahn eût été mis sur orbite présidentielle en moins de temps qu'il ne faut pour le dire par MM. Fabius, Elkabach, Cohn-Bendit et le directeur du Monde de l'époque, M. Fottorino, comme il est rappelé plus haut et que, quelques jours seulement plus tard, la scène eut changé de protagonistes au point que la candidature qui paraissait recueillir tous les suffrages se révélât catastrophique?

On voit que les vraies causes d'un événement historique, si tintamarresque qu'il soit, ne sont pas celles qui s'étalent sur le champ de foiré évoqué par Victor Hugo:

"Ah ! Tout perdre en un jour !
Pour une amourette avec une servante, une fille de rien.
On m'exile ! Et vingt ans d'un labeur difficile, vingt ans d'ambition, de travaux nuit et jour.
Mon crédit, mon pouvoir, tout ce que je rêvais...charges, emplois, honneurs, tout en un instant s'écroule.
Au milieu des éclats de rire de la foule!" 

(Victor Hugo - Ruy Blas - acte I scène I)

S'il s'agit d'une prise de conscience en profondeur des enjeux éthiques de la politique internationale, s'il s'agit d'un pas de géant en direction des lucidités à venir, ce ne serait pas au Commissaire Maigret qu'il faudrait faire appel pour dénouer les fils de l'intrigue, mais à un Balzac, à un Cervantès, à un Shakespeare de l'aventure mondiale du sionisme et de son échec.

9 - Le schisme

Voici quelques indices qui pourraient nous mettre sur la piste d'une enquête sérieuse sur les dessous du Ruy Blas d'aujourd'hui. Il y a quelques mois seulement, on a vu, pour la première fois une brèche immense s'ouvrir sur le front uni du sionisme français: MM. Lévy, Finkielkraut, Brückner, Olivier Nora ont publié un acte d'allégeance exclusif et plus frémissant à l'Etat d'Israël que celui du judaïsme habituel, mais assorti d'un appel pathétique à défendre les intérêts véritables et à long terme de cet Etat. On courait à la catastrophe, disaient les signataires, si Tel-Aviv ne changeait pas de stratégie à l'échelle mondiale et ne s'ouvrait pas au champ d'action nouveau que l'histoire réelle du monde à venir lui offrait. M. Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France avait aussitôt fustigé les hérétiques; puis MM. Adler, Glucksmann et d'autres avaient signé, dans la foulée, un rappel solennel à l'orthodoxie politique dont les juifs de France demeuraient les dépositaires à titre exclusif. Mais le 2 juin 2011 M. Bernard-Henry Lévy se précipitait en Libye, puis auprès de M. Benjamin Netanyahou.

- M. Benjamin Netanyahou et l'exercice biblique du droit du plus fort - La sociologie et l'anthropologie philosophique, 5 juin 2011

Faut-il supposer que les têtes les plus logiciennes du judaïsme français et international auraient tiré in extremis les conséquences rigoureuses du schisme qui scinde désormais ouvertement le judaïsme de la diaspora entre deux confessions plus séparées l'une de l'autre que le catholicisme et le protestantisme au XVIe siècle? En ce temps-là tout le monde se demandait à quel endroit précis le Dieu des chrétiens cachait son Verbe au cours de la cérémonie de la messe. Se réfugiait-il dans les cellules de chair et de sang que le prêtre faisait dévaler sur l'autel à l'instant précis du déroulement du rituel où il prononçait les paroles de la consécration des offrandes, ou bien la divinité était-elle à elle-même le pain et le vin de l'esprit? Mais alors, comment la loger liturgiquement en Judée? Et puis, la politique venait bousculer les solennités cultuelles les deux théologies: au Monde et à Libération, les gardiens de la foi s'étaient-ils subitement changés en hérétiques à leur tour? Avaient-ils pris rendez-vous, eux aussi, avec un prophète des collisions qui allaient fatalement se produire entre la chair et le verbe d'Israël? De plus, l'heure avait sonné à tous les beffrois de la planète où la potence rebelle des chrétiens rencontrerait le dieu de la soumission à la fatalité des musulmans.

On sait que M. Strauss-Kahn se demandait chaque matin ce qu'il allait entreprendre à la gloire Israël: "Je considère que tout Juif dans la diaspora, et donc c'est vrai en France, doit partout où il le peut apporter son aide à Israël. C'est pour ça d'ailleurs qu'il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. Tout le monde ne pense pas la même chose dans la Communauté juive, mais je crois que c'est nécessaire. Car, on ne peut pas à la fois se plaindre qu'un pays comme la France, par exemple, ait dans le passé et peut-être encore aujourd'hui, une politique par trop pro-arabe et ne pas essayer de l'infléchir par des individus qui pensent différemment en leur permettant de prendre le plus grand nombre de responsabilités. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, au travers de l'ensemble de mes actions, j'essaie de faire en sorte que ma modeste pierre soit apportée à la construction de la terre d'Israël." (Propos recueillis par Emille Malet, Passages n°35, février-mars 1991).

10 - Le nouveau quartier général de la politique mondiale

Sans doute les esprits microscopiques et les esprits prophétiques ne donnent-ils pas le même sens aux"mots de la tribu", comme disait le poète. Il fallait donc poser la question de la définition physique et de la définition théologique de l'identité politique d'Israël et faire débarquer ce débat"spirituel"dans la science historique moderne; il y avait longtemps qu'elle frappait à la porte, l'anthropologie critique des dieux, il y avait longtemps qu'elle radiographiait les peuples, les nations, les Etats livrés à leurs idoles au gré des époques et des lieux. Mais en ce début du XXIe siècle, une science politique qui ne s'enracinerait pas dans un décryptage de l'histoire cérébrale de la planète ne s'installerait pas sur le territoire du temps vécu. L'histoire se souviendra de ce que la première prise de conscience de l'enjeu anthropologique du sionisme aura été le fait de quelques responsables de journaux dirigés par des Français juifs.

Certes, à la suite de la propulsion de M. Strauss-Kahn sur la trajectoire présidentielle que j'ai évoquée plus haut, le Parlement avait tenté de voter en toute hâte une loi qui, si elle avait été promulguée, aurait donné de la transparence aux sondages mystérieux et précipités qui fusaient de partout et qui propulsaient à la vitesse de la lumière une étoile nouvelle dans le ciel de la République. Mais à peine la chute de M. Strauss-Kahn était-elle annoncée que le projet de loi était couronné de quelques rubans funéraires. Et pourtant, le 4 juin 2008 M. Barack Obama avait, le premier, annoncé que l'univers changeait de cap et que l'islam ouvrait les bras à la démocratie mondiale; puis dans son discours du 25 mai 2011 au Congrès, il avait rappelé à plusieurs reprises son rôle d'annonciateur du nouveau pilotage de la planète. Enfin, le 13 juin, il se faisait menaçant: le temps pressait, disait-il. Faute d'un geste positif d'Israël, les Etats-Unis ne pourraient s'opposer plus longtemps à la volonté de l'Assemblée générale des Nations-Unies, qui allait reconnaître la Palestine dans les frontières de 1967. L'avenir des Etats-Unis et du monde entier au sein de la civilisation arabe ne serait pas sacrifié pour les beaux yeux d'Israël. Quant à M. Alain Juppé, il avait été appelé de Bordeaux à la suite du naufrage de l'Union des Etats riverains de la Méditerranée; et il lui avait suffi de quelques coups de barre pour commencer de remettre entre les mains de la France et de l'Europe le timon des affaires que le dernier successeur du Général de Gaulle avait abandonné en 2007.

Dans ces conditions, est-il absurde d'imaginer que les directions du Monde et de Libération auraient jugé rationnel de précipiter en toute hâte M Strauss-Kahn du haut de la roche tarpéienne, de crainte que le sionisme étroit et inflexible du président du fonds monétaire international ne jetât le monde entier dans un chaos dramatique, tellement il était devenu clair que le nationalisme israélien conduisait la planète à un affrontement géant et sans issue entre les principes universels de la démocratie et le droit de faire couler le sang qu' un conquérant biblique réclamait au seul profit de son glaive?

Comme nous sommes loin de la chambre 2806 d'un hôtel de luxe de Manhattan!

11 - La psychanalyse de Dieu

La question du statut physique et du statut théologique d'Israël que j'évoquais au début de cette spectrographie théologique du mythe démocratique débarque de nouveau sur le plateau. Qu'on en juge : la conscience universelle, qui a fait de la liberté sa proie et son oracle, souffre d'un problème de déglutition de son péché originel. Comment demander au pécheur d'adresser à la divinité une supplique schizoïde, afin qu'elle s'accorde l'absolution ou reconnaisse publiquement sa faute et sa repentance, comme au lendemain du Déluge? Car Jahvé avait taillé précipitamment dans sa propre chair et sans prendre le temps de la réflexion un territoire qui appartenait à Allah. Ecoutons la semonce et la complainte d'Israël.

- Et voici les paroles que ton peuple t'adresse:"Dieu de ton imprévoyance, Dieu de tes faux séraphins, comment as-tu légitimé l'Eden microscopique sur lequel tu nous as si ridiculement logés? Nous laisseras-tu accuser de légitimer tes rapines? Que vaut la sainteté que tu accordes à tes propre forfaits, que vaut la damnation dont tu brandis le sceptre au-dessus de nos têtes? Si tu n'es parvenu ni à sanctifier ton cambriolage de cette terre, ni à nous éviter la condamnation du monde entier pour n'avoir que suivi tes traces sur la terre, qui es-tu? Dieu de partout et de tout le monde, pourquoi as-tu livré sept cent cinquante mille disciples de Muhammad à l'exil ou à l'extermination? Et maintenant, n'est-il pas juste que le monde entier te cite à comparaître au banc des accusés?"

Tel est le confessionnal universel de la démocratie, tel est le miroir du monde dans lequel Jahvé et Allah se regardent, l'un en accusé, l'autre en justicier. Mais quelle est la victime du sacrifice que je vois saigner sur une potence? Celle-là demande à l'autel d'un boucher du ciel de répondre à la question:"Qu'en est-il d'Israël en chair et en os et d'Israël selon ses prophètes?"

19 juin 2011
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr